Critique ciné : Red

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Frank Moses s’ennuie. Depuis deux ans que sa carrière a pris fin, cet ancien agent des services secrets américains végète dans un pavillon de banlieue où sa seule occupation est de téléphoner à la responsable de son dossier retraite, pour discuter de choses et d’autres. Hormis ça, c’est le calme plat. Jusqu’au jour où Frank reçoit la visite nocturne de plusieurs assassins, accueillis avec les égards qui leurs sont dus. Comprenant que cela est lié à une de ses vieilles missions, le retraité de la CIA réunit alors d’anciens collègues de l’agence et se lance dans un ultime baroud d’honneur

« Un scénario ne consistant qu’en un amoncellement de fausses bonnes idées »

Le travail d’adaptation est un exercice à double tranchant : si bien souvent il consiste à restituer au mieux un matériau d’origine, il peut aussi représenter une opportunité de s’en éloigner drastiquement, pour accoucher d’une oeuvre qui soit propre à son nouvel auteur. Cette seconde option étant évidemment (à moins de chercher la merde) à conseiller aux projets ne risquant pas d’éveiller l’animosité de hordes de fans. Soit exactement le cas de Red, petit comic book chapeauté par deux cadors de la profession – Warren Ellis et Cully Hamner – mais passé relativement inaperçu, et que se réapproprie donc aujourd’hui Hollywood l’affamée. Avec la finesse légendaire que nous lui connaissons.

Du rouge sang au gros rouge

A l’origine de Red on trouve ainsi une bande-dessinée relatant comment, un jour, un ancien membre de la CIA doit reprendre les armes après que ses anciens patrons aient tenté de le liquider. Une odyssée aussi courte (juste trois numéros) que sanglante et impitoyable, le retraité assoupi redevenant sans peine le « monstre » – selon ses propres termes – qu’il fut autrefois. Pour qui a vu ne serait-ce que la bande-annonce de son adaptation ciné, il est ainsi évident que cette dernière ne s’embarrasse pas d’une quelconque ressemblance avec la violence de son modèle. Voulu au contraire comme une inoffensive comédie d’action par ses producteurs, le film s’amuse à faire jouer les 007 à la retraite à une belle brochette de comédiens seniors dans un sens du décalage qui n’est pas sans rappeler Un flic à la maternelle ou Arrête ou ma mère va tirer. Du costaud. Et comme ces perles du ciné US des 90′s, Red n’est drôle que par très brèves intermittences, correspondant ici aux délires d’un John Malkovich sous acide (littéralement). Le reste oscille en effet entre l’indigent et l’embarrassant avec une mention spéciale pour l’interprétation de touriste de Bruce Willis, visiblement ennuyé d’être là. Déjà très loin du comics de Ellis / Hamner par cette intrusion du comique, la version grand écran continue de prendre ses aises en troquant les froides exécutions du support papier par de bonnes grosses scènes de fusillade. Ce qui, avouons-le, n’est pas spécialement pour nous hérisser le poil, surtout que le réalisateur Robert Schwentke (Flight plan) donne avec délectation dans la surenchère et frôle même le gonzo en certaines occasions (les meurtres au lance-roquette, sans la moindre hémoglobine toutefois). Pour le coup, on gagnerait presque dans le passage d’un format à l’autre ! Mais en dépit de ces modifications plus ou moins heureuses, ce n’est pas tant là que se situe le réel problème quant au travail d’adaptation de ce comic-book movie.

Un énorme bordel

Non, ce qui coince avec Red (bien obligé puisqu’il est « raide »… bon, ok, je rentre chez moi) c’est ce sentiment tenace et toujours plus prégnant que l’intrigue a été gonflée artificiellement, à grand renforts d’idées non-exploitées et d’autres à côté de leurs pompes. Bien sûr, voir des retraités reprendre leur activité avec tant d’entrain a quelque chose de déprimant mais, plus encore que le récent souvenir d’une cruelle défaite contre notre gouvernement, c’est donc dans l’accumulation gratuite que le métrage épuise ses cartouches. Révèle les faiblesses de sa conception. Multiplier par quatre le nombre de papis faisant de la résistance pouvait ainsi sembler une bonne alternative à la simplicité narrative de l’oeuvre originale, la dynamique de groupe étant toujours très efficace dès lors qu’on traîne avec des barbouzes ou des agents secrets. Néanmoins, puisque leur caractérisation est aussi fine que la retraite d’un ouvrier et que leur motivation à prendre part à l’aventure tient du « bah ouais, pourquoi pas ? », on se retrouve dans l’étrange situation où le seul personnage un tant soit peu intéressant est en fait celui du méchant, incarné par Karl Urban. Et ce n’est pas la pathétique histoire d’amour (dont le seul intérêt est de profiter de la charmante présence de Mary-Louise Parker) mise dans les pattes de Bruce Willis qui va venir rattraper le coup, celle-ci ne faisant qu’ajouter au bancal du métrage. On s’en convaincra encore davantage avec son incapacité à se trouver un ton propre, car la greffe d’éléments disparates amène un flou dans lequel on peut basculer de gros gags à la Z.A.Z. (la tueuse en tailleur qui débarque d’un coup avec ses bazookas) vers des choses plus sérieuses (les menaces contre la famille du méchant) avant, histoire de bien manger à tous les râteliers, de tomber finalement dans une mauvaise copie de la série 24. Une inconstance renforçant indubitablement l’impression de bordel hétéroclite généralisé.

A sa façon, le film Red réussit donc un mini-exploit puisque même en se détachant presque totalement de son modèle, il trouve le moyen de nous faire ressentir toute la pauvreté de son travail d’adaptation. Non pas que nous regrettons de ne pas retrouver plus de réminiscences du comic-book original mais, en fait, on ne peut fermer les yeux sur un scénario ne consistant qu’en un amoncellement de fausses bonnes idées dictées par le livre de recettes du producteur hollywoodien moyen, tout juste sauvé par quelques blagues et plaisantes scènes d’action. C’est con : à quelques semaines près, nous tenions un argument irréfutable contre le recul de l’âge de la retraite !

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