Critique ciné : Buried

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Camionneur civil américain travaillant en Irak depuis plusieurs mois, Paul Conroy, sonné, se réveille un jour dans une boîte exigu enterrée quelque part dans le désert. D’abord paniqué, il trouve un briquet et un téléphone portable ne lui appartenant pas. Le temps est désormais compté pour Paul, qui doit comprendre pourquoi il a été placé là et, surtout, comment en sortir

« L’un des films les plus significatifs de l’après 11 septembre »

Passé entre les mains de nombreux producteurs et salué à chaque fois, le script de Buried – rédigé par le nouveau-venu Chris Sparling – n’avait pourtant jamais trouvé d’acquéreur. Pensez un peu : comment diable un film avec un personnage unique à l’écran coincé pendant une 1h30 dans une boîte grande comme un cercueil pourrait-il ne pas rebuter les spectateurs ? Comment pourrait-il ne pas les lasser, ne pas les conduire vers une trop désagréable expérience ? Mission impossible ?Brillant mais trop risqué, le scénario aurait alors pu prendre la poussière sur une étagère si l’espagnol Rodrigo Cortés, désireux de se faire remarquer sur la scène internationale, n’avait eu les cojones de s’essayer à cet exercice de style fichtrement casse-gueule. Au culot. Et grand bien lui en a pris.

Six feet under

Mettre en images un film comme Buried relevait ainsi du challenge à s’arracher les cheveux, le principe du décor unique et microscopique pouvant vite devenir un impitoyable écueil sur lequel fracasser ses bonnes intentions. C’est pourquoi, dès le départ, Cortés envisage ce projet sous un angle assez inattendu : là où un autre réalisateur se serait certainement focalisé sur la sensation de claustrophobie, lui voit la chose comme « un film d’aventure dans un cercueil ». Afin d’aérer son approche d’un sujet en apparences si limité. Une volonté pour laquelle le scénario met évidemment en place un certain nombre « d’éléments perturbateurs » comme autant de défis supplémentaires pour le personnage, des plus évidents (chaque déplacement est d’un tel compliqué que nous avons presque l’impression d’avoir voyagé avec le prisonnier) aux plus surprenants. Toutefois, c’est bien par l’entremise de sa mise en scène que le réalisateur parvient à surmonter le défi que représentait Buried, le plus exigeant des métrages jouant sur le gimmick de l’espace réduit. Hormis donc une vidéo sur le téléphone portable et une poignée de « plans impossibles », pas une seule fois nous ne nous extrayons de la boîte, ce que Cortés compense par une réalisation épidermique, sans cesse collée au point de vue du malheureux enterré. Outre la bonne idée des différentes sources de lumière pour varier les ambiances, il capte la moindre réaction de son héros et lui donne un écho à travers l’image (par le cadrage comme l’utilisation de la mise au point et des flous), suit chacun de ses mouvements ou regards pour explorer la moindre parcelle de la boîte, et réussit ainsi à garder la tension constante sur 90 minutes tout en ne faisant jamais ressentir une quelconque redondance dans la mise en scène. Un vrai tour de force.

Le drame humain

Cela va de soi, rien n’aurait cependant été possible sans la présence d’un acteur suffisamment doué pour rendre tangible cette odyssée en milieu clos. Plus habitué aux rôles de beau gosse ou de faire-valoir comique beauf, Ryan Reynolds avait tout de même prouvé en certaines occasions qu’il pouvait faire mieux que cela, avec par exemple le remake de Amityville ou Mise à prix, et Buried se présente alors comme un ultime test avant la remise du diplôme. Qu’il décroche haut la main car malgré quelques incohérences ou réactions pas toujours logiques, pas franchement de son fait, la dimension humaine du récit reste toujours prenante. Il faut dire aussi que nous ne la quittons jamais de vue, littéralement, puisque tandis que nous voyons le personnage chercher désespérément à se sortir de là – ce qu’on comprend sans peine – nous apprenons en même temps à découvrir qui il est, c’est à dire un simple citoyen lambda pris dans une tourmente à laquelle il ne pipe rien, qu’il n’a pas désiré ni provoqué. La force du film étant alors d’user de ce tissu émotionnel pour nous faire comprendre en parallèle qui sont ses agresseurs, leurs motivations, ainsi que celles du camp opposé, le tout seulement par le biais de voix au téléphone. Afin de dresser un constat on ne peut plus sombre du conflit en Irak – et même des guerres en général – comme de la manière dont le « Pouvoir » peut user des « quantités négligeables ». La métaphore sublime le message anti institutionnel et le rend mille fois plus troublant que le discours lourdaud du récent Green Zone, par exemple, faisant assurément de Buried l’un des films les plus significatifs de l’après 11 septembre.

Buried est donc simultanément le film d’une confirmation et d’une révélation. Tout d’abord la confirmation des talents d’acteur de Ryan Reynolds, qui nous fait oublier pour de bon les pets à l’ail de Blade Trinity, mais surtout la révélation du savoir-faire de Rodrigo Cortés. Hallucinant de maîtrise pour un second long-métrage, il surmonte en effet toute les difficultés inhérentes au projet pour livrer un véritable modèle de suspense et de mise en scène, un exercice de style proposant qui plus est une profondeur n’ayant rien à envier à la tombe où est enterré son protagoniste. Bluffant, Cortés perpétue la réussite de la jeune garde du cinéma ibérique et s’inscrit au sommet de ceux à suivre de très, très près. Mission impossible… accomplie !

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Une Réponse à “Critique ciné : Buried”

  1. tiniere karine dit :

    j avais peur d aller voir ce film étant un peu claustrophobe il est vrai que parfois j ai cherché à respirer à la place du personnage,mais à aucun moment je me suis ennuyée c est réel un véritable voyage dans un cercueil ALLEZ Y

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