Critique ciné : Le Royaume de Ga’Hoole – la légende des gardiens

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Vivant paisiblement parmi les siens, Soren est une jeune chouette ne rêvant qu’aux exploits légendaires des Gardiens de Ga’Hoole, ses héros. Persuadé qu’ils existent pour de vrai, il est cependant confronté en premier lieu au méchant de la légende, Bec d’acier, lorsque lui et son frère sont faits prisonniers puis emmenés dans une base où les Sangs purs préparent la guerre. Parvenant à s’enfuir, Soren n’a plus qu’une idée en tête : retrouver les Gardiens de Ga’Hoole, seuls selon lui à pouvoir empêcher le massacre qui se prépare

« Bien moins enfantin que ce que veut nous faire croire la Warner »

Bêtement, on croit que la promotion d’un long-métrage est censée ratisser le plus large possible dans la masse des spectateurs dès qu’elle le peut, histoire d’en hameçonner le plus grand nombre en vue de la sortie en salles. Normalement, c’est toujours ce qui se passe. Sauf dans le cas qui nous intéresse aujourd’hui, Le Royaume de Ga’Hoole – la légende des gardiens, qui vise avec la détermination d’un missile SCUD le public familial dans sa campagne de communication. L’erreur étant donc de laisser croire que « familial » est synonyme de « enfantin » (un parallèle toujours vite établi) car, entre sa nature de film animé, ses mignonnes chouettes pour héroïnes et ses trailers tout en « waouhs », on le penserait fait en priorité pour la tribu du Cours Élémentaire. Comme si la Warner ne comptait pas sur l’argent des adolescents, geeks ou tout simplement des cinéphiles curieux alors qu’à l’évidence, pour les aider à ouvrir leur porte-monnaie, il aurait suffi de mentionner le nom du réalisateur…

Un réalisateur inattendu

Mais alors, qui est ce mystérieux réalisateur dont le nom n’apparaît dans aucun élément promotionnel du film et surtout, pourquoi le taire ? A cela une raison très simple : en apparences, Le Royaume de Ga’Hoole creuse un vrai fossé avec ses travaux précédents, réservés à un public adulte, et communiquer sur sa présence aurait ainsi refroidi la majorité des bienveillants parents. Car l’homme derrière cette adaptation des romans de Kathryn Lasky n’est autre que… Zack Snyder ! Oui, le type à qui nous devons les morceaux de bravoure que sont L’Armée de morts, 300 ou Watchmen, c’est à dire des univers effectivement très éloignés du jeune public. Tombé amoureux du projet après en avoir vu des essais lors de la post-production du péplum Miller-esque, on comprendra facilement ce qui a attiré cet esthète de la belle image vers son premier métrage d’animation tant son plaisir de réalisateur y est manifeste, dans les magnifiques scènes de vol qu’il orchestre – un très bon entraînement pour son futur Superman – comme dans le souffle épique qui anime l’ensemble (heureusement que le score maousse de David Hirschfelder est là pour écraser une poignée d’horripilantes chansons pop). Un pur délire de mise en scène pour un homme tel que Snyder, lui permettant de se lâcher comme jamais avec un tout nouveau terrain de jeu offert à sa caméra.

Ce qui n’empêchera pas sa patte (sa « serre » pourrait-on dire) d’être immédiatement identifiable sur le métrage, rendant toujours plus étrange la volonté de Warner de cacher l’évidence. En effet, comment ne pas reconnaître le style de Snyder lors de brutales scène d’action (imaginez Léonidas avec des plumes) où se multiplient les ralentis qu’il affectionne tant ? Une marque de fabrique que les grincheux ne cessent de lui reprocher mais ici parfaitement adéquate, car en plus de la stylisation exacerbée elle rend lisible une action qui aurait été sans ça chaotique. Ne se contentant pas de bêtes échauffourées, « Zackouille la dérouille » plonge effectivement ses rapaces dans de vrais fights chorégraphiés où la dextérité et l’armement des protagonistes sont mis au premier plan pour créer un style de combat à la fois inédit et impressionnant. Ceux désirant du spectacle et de l’action ne seront donc pas en manque, Snyder y veille.

Le Seigneur des anneaux pour les enfants ?

Quant à ceux voulant de la grande aventure, eux non plus ne serons pas lésés et on peut d’ailleurs lire un peu partout que Le Royaume de Ga’Hoole s’identifie à une sorte de Seigneur des anneaux pour les plus jeunes. Une filiation à juste titre tant les références/similitudes avec le chef d’oeuvre en trois parties (et bientôt cinq !) de Peter Jackson ne manquent pas, qu’elles soient visuelles – les décors et la manière dont la caméra se déplace dedans par exemple – ou simplement dues aux obligations narratives propres à la fantasy et ses grandes épopées. Mais de la même façon que la présence de Zack Snyder est tenue au secret, l’expression « Seigneur des anneaux pour enfants » est trompeuse et révélatrice de l’étrange communication fomentée par le studio : alors oui, le film peut être vu par des enfants, mais il n’a pas été fait que pour eux. Loin de là. Tout comme les combats ne s’épargnaient pas ainsi une certaine violence, l’histoire ne se prive pas de noirceur et maturité et passionnera sans peine les spectateurs plus âgés. La dimension tragique d’une lutte fratricide, les rappels au fascisme… autant d’éléments qui résonneront plus fortement chez eux que chez les bambins, et parmi lesquels trône la volonté du film de relativiser la façon dont on peut raconter l’Histoire et créer des héros. Un discours qui, mine de rien, n’est pas sans rappeler un peu celui de Watchmen, achevant de faire du Royaume de Ga’Hoole un indéniable représentant de la filmographie de Snyder.

Exactement comme Happy Feet il y a quelques années, Le Royaume de Ga’Hoole – la légende des gardiens est donc bien moins enfantin que ce que veut nous faire croire la Warner, ce qui pourrait valoir à une partie du public de ne pas découvrir une excellente aventure menée de main de maître par Zack Snyder. En fait, on pourrait résumer la problématique du film par le simple décalage qu’on retrouve dans les chouettes du film : sous leur apparence duveteuse, avenante et trop mignonne se cachent de véritables guerriers. Vous voilà prévenus, puisque le studio s’y refuse.

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Une Réponse à “Critique ciné : Le Royaume de Ga’Hoole – la légende des gardiens”

  1. lorang dit :

    Un très bon divertissement pour (pas trop) petits et grands :)

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