Critique ciné : Very Bad Cops

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Dans la vie, il y a toujours ceux qui font tout mieux que tout le monde, le font avec classe, et attirent sur eux toute l’attention. Et puis il y a les autres types, ceux qu’on ne voit jamais. Les « héros du quotidien » d’une certaine façon, même si on peut difficilement voir de l’héroïsme dans le fait de rester toute la journée derrière son ordinateur à remplir de la paperasserie. La principale activité – et bien souvent la seule – des deux policiers les plus mal-appréciés de la police de New York, les inspecteurs Hoitz et Gamble. Pourtant, quand une banale affaire les conduit à lever le voile sur un énorme scandale financier, les deux hommes vont découvrir que tout le monde a un jour la chance de devenir un héros… et que ce n’est franchement pas évident d’y parvenir.

« Le film est un vrai représentant des buddy-movies et un des meilleurs vus depuis bien longtemps »

Après nous avoir sérieusement bidonné avec leurs excellentes comédies, les frères d’humour Adam McKay et Will Ferrell s’essayent au sous-genre bien spécifique du buddy-movie à tendance « action policière ». Une expérience qui n’est alors pas sans rappeler celle initiée il y a peu par Kevin Smith pour son Top Cops, avec la déception que nous savons au bout du compte. Sauf que là où le geek du New Jersey faisait un « film de potes » sans ses potes, justement, et dans le seul but de pouvoir réaliser ensuite un film d’horreur difficile à financer, le duo McKay/Ferrell offre avec Very Bad Cops une approche particulièrement saine du genre. En gros, il s’agit simplement de faire rire, tout faire péter, et le faire avec intelligence tant qu’on y est !

Devant la caméra : Will Ferrell

Rendons une nouvelle fois les honneurs à César puisqu’il continue d’être cruellement méconnu dans nos frontières (voir son absence dans la promotion française du film) : Will Ferrell est l’un des plus grands comiques américains actuels, si ce n’est le meilleur. Un statut acquis à force de rôles jouant à merveilles sur le contraste entre son apparente bonhommie, son air gauche perpétuel, et sa faculté à piquer d’incroyables colères ou à sortir avec sérieux des énormités d’un autre monde. Cette marque de fabrique, il l’a ainsi génialement cultivée avec son pote McKay en créant des personnages comme Ron Burgundy, Ricky Bobby ou Brennan Huff et aujourd’hui, c’est au tour de Allen Gamble de venir prolonger cette exquise tradition. Il va alors sans dire que les fans seront aux anges avec ce rôle fait sur-mesure pour et par le comédien, surtout que lui et le réalisateur se sont également fait plaisir niveau casting : déjà, se donner pour femme la sculpturale Eva Mendes est un (très) joli bonus, mais c’est bien dans la galerie de seconds rôles que l’on trouvera les plus belles pépites. Et il y a du beau monde qui se bouscule au portillon. En plus d’un Mark Wahlberg remplissant très bien son emploi de contrepied à l’absurde de Will Ferrell, nous retrouverons donc avec plaisir le trop rare Michael Keaton, l’inattendu Ray Stevenson ou Steve Coogan pour sa première excursion chez ses confrères comiques et, surtout, la team Samuel L. Jackson / Dwayne Johnson, utilisée avec un sens de la parodie confinant au grandiose.

Derrière la caméra : Adam McKay

De son côté, Adam Mckay surprend son monde. Nous le savions en effet relativement doué pour la comédie, très capable même, mais rien ne prouvait cependant qu’il saurait s’en sortir avec un buddy-movie. C’est sûr, la dynamique du duo ne lui est pas étrangère comme en témoignent ses péloches avec la paire Ferrell / Michael C. Reilly (Ricky Bobby, Frangins malgré eux) mais, pour ce qui est de l’action, on attendait de juger sur pièce. Et on voit très vite que le bonhomme s’en sort sacrément bien, avec des scènes aussi inventives que spectaculaires allant de l’attaque de banque au boulet de démolition à un final où la Grosse Pomme devient un vrai champ de bataille, le tout dans une plaisante démesure générale. Sans se contenter de la pyrotechnie, McKay continue d’aller là où on ne l’attendait pas en s’essayant à de très bonnes initiatives de réalisation pure, telle une chute en plan-séquence ou la soirée de biture en bullet-time (un grand moment de comédie). Par ce biais, il confirme l’implication et l’intelligence qu’il a mis dans le projet, le poussant bien au-delà de ce qu’on aurait pu en attendre. Il lui donne même une certaine valeur politique en se positionnant évidemment du côté des « petits », « the other guys » (le titre VO), mais aussi en prenant partie contre les grosses sociétés et leurs scandales financiers, mis étonnamment en images dans le générique de fin. Là où son travail pouvait ainsi être quelque peu éclipsé par le show en roue libre de Will Ferrell, McKay – libéré par cette exploration d’un genre nouveau pour lui – ose pour la première fois mettre en avant son travail et se révèle être un réalisateur encore plus intéressant que ce que l’on soupçonnait.

De rire en rire et de surprise en surprise, Very Bad Cops n’est donc pas vraiment une parodie des buddy-movie même s’il se moque bien de certaines conventions du genre : il s’agit d’un vrai représentant de ces bandes où l’humour le partage à l’action, et un des meilleurs vus depuis bien longtemps qui plus est. Sans être non plus la plus poilante des péloches du duo McKay / Ferrell (difficile de lutter contre la moustache de Ron Burgundy), il s’agit sans conteste de la plus aboutie, la plus complète de leur filmographie. Ils étaient déjà les rois de l’humour à l’américaine, et c’est désormais tout un nouveau champ d’expérimentations de genres qui s’offre à eux !

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