Archive pour novembre, 2010

Critique ciné : Harry Potter et les reliques de la mort – partie 1

29 novembre, 2010

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L’emprise de Celui-dont-on-ne-doit-prononcer-le-nom et ses Mangemorts s’étant considérablement accrue ces derniers mois depuis la mort tragique de Dumbledore, Harry, Ron et Hermione ne peuvent retourner à l’école de Poudlard, où leur sécurité n’est désormais plus assurée. Le monde des sorciers en guerre, ils décident alors de lutter contre leur terrifiant ennemi en partant à la recherche des Horcruxes, les différentes parties de son âme fragmentée qu’il a caché dans des objets secrets, pour les détruire. Mais le danger est absolument partout, et le courage des trois amis sera mis à rude épreuve lors de leur quête

« Plus mâture, plus sombre et cependant plus agréable que jamais à suivre »

Commencée il y a presque dix années, la saga Harry Potter au cinéma arrive enfin à son ultime chapitre. Ou presque puisque ce septième roman, Harry Potter et les reliques de la mort, sera adapté pour l’occasion en deux longs-métrages. Deux parties à sortir à huit mois d’intervalle, comme chacun sait. Une pratique que l’on aurait alors facilement pu qualifier de mesquine de la part de Warner Bros, le studio trouvant là une douteuse manière de doubler ses profits et de capitaliser sur une licence, mais qui présente au final du très bon comme du très mauvais. Concernant le très bon, c’est que jamais un film de la série n’a pu autant prendre ses aises pour raconter son histoire (enfin !). Quant au très mauvais… c’est que les huit prochains mois vont être sacrément longs avant de découvrir le final !

La force dans la continuité… mais pas seulement

On revient dessus à chaque fois que sort un volet dont il s’est chargé mais, puisque c’est à chaque fois plus vrai encore, pourquoi s’en priver : l’arrivée de David Yates sur la franchise fut une véritable bénédiction, l’esthétique sombre et torturée de sa mise en scène collant idéalement avec ces années peu joyeuses pour Harry et ses amis. Et ce n’est pas ce nouvel épisode ténébreux au possible qui lui permettra de se reposer sur ses lauriers entre une utilisation accrue des décors naturels – auxquels il donne des atours de conte noir, à la fois cruel et froid – et le retour de grosses scènes d’action qui faisaient défaut à Harry Potter et le prince de sang mêlé. De quoi remonter le score avec des moments presque plus destructeurs et impressionnants que le duel final du cinquième film (par exemple, bien qu’un peu chaotique dans sa gestion de l’espace et du montage, la scène d’introduction offre un spectacle réellement inédit et excitant).

Mais ce qui va rendre cet ultime chapitre si passionnant, c’est qu’il fait entrer pour de bon la saga dans l’âge adulte. Il y a en premier lieu nos trois héros qui se font maquisards, la dureté d’un tel contexte étant incomparable aux années dans le confort de Poudlard, puis ensuite plusieurs scènes se chargent d’appuyer cette analogie à la seconde Guerre Mondiale en flirtant avec des sujets des plus mâtures, comme lorsque Hermione se fait torturer par Bellatrix ou que les Mangemorts raflent des sangs-mêlés. Le plus marquant étant peut-être la disparition quasi-totale des compositions de John Williams pour la série, jusqu’au thème central, remplacées par celles plus contrastées du français Alexandre Desplat. Une manière de dire que nous en avons définitivement terminé avec l’aspect merveilleux de la magie (les scènes horrifiques sont même légion). Dorénavant, le monde des sorciers est en guerre et nous sommes jetés en plein milieu de cet impitoyable bourbier, sans plus de filet que les apprentis-sorciers.

Du condensé de Potter

Pour beaucoup, le plus grand problème du sixième opus était son scénario focalisé sur les amourettes adolescentes des jeunes héros. Ce qui, il est vrai, ne faisait pas réellement progresser l’intrigue de la saga, mais constituait une volonté évidente de coller au plus près des préoccupations des personnages. Or, si Yates et son scénariste Steve Kloves persévèrent dans cette voie, elle se révèle ici moins problématique par la nature même du livre et des événements qui y sont dépeints (voir des gens se battre pour une cause est bien souvent plus intéressant que de les voir s’enguirlander pour savoir qui va sortir avec qui). Loin d’être une arnaque, sa division en deux films constitue à ce titre un tour de magie car, pour la première fois depuis Harry Potter à l’école des sorciers, nous n’avons pas l’impression d’être poussés au cul lors du visionnage. Exception faite d’un début ayant tendance à se précipiter un chouïa (voir comment les morts de certains personnages importants sont rapidement expédiées), le métrage trouve après son rythme de croisière et en profite pour développer efficacement ses enjeux, avec un luxe d’ampleur dans la narration rarement constaté chez la saga. Malgré ainsi une durée raisonnable, 146 minutes qui le positionnent en troisième film le plus court de la série, on ne cessera de s’étonner de tout ce que ses créateurs ont y pu faire tenir sans perdre le spectateur. Le meilleur étant qu’une grosse partie du roman a déjà été casée ici, ce qui promet un second volet en forme de gigantesque feu d’artifice !

Plus mâture, plus sombre et cependant plus agréable que jamais à suivre, Harry Potter et les reliques de la mort – partie 1 entérine donc la conclusion de la saga sur les chapeaux de roues (de Magicobus), confirmant une nouvelle fois tout le bien que nous pensons du réalisateur David Yates et de son apport à la série. Ne reste maintenant plus qu’à attendre le 13 juillet prochain pour découvrir la prometteuse seconde partie ce qui, convenons-en, relève de la véritable gageure après une mise en bouche aussi plaisante. Ah, si seulement la magie pouvait exister pour avancer le temps…

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Critique ciné : Harry Brown

27 novembre, 2010

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Ancien militaire à la retraite, Harry Brown vit dans une cité où règnent la violence et les trafics de drogue, où l’on se sent perpétuellement menacé par des bandes de jeunes livrés à eux-mêmes. Son ami Leonard en particulier, qui n’en peut plus de cette peur et des brimades perpétuelles. Décidant un jour de ne plus se laisser faire, son corps sans vie est retrouvé dès le lendemain par une police impuissante à appréhender les coupables. Sa femme morte depuis peu des suites d’une longue maladie, son ami assassiné, Harry n’a plus aucune raison de vivre… si ce n’est la vengeance

« Une soupe sécuritaire venant entacher un début de réflexion pourtant prometteur »

Après les super-héros sans pouvoir de Kick-Ass, Matthew Vaughn et sa société Marv Films s’intéressent à nouveau aux vigilantes mais, cette fois, dans un contexte bien différent. Finie l’ambiance fun d’un comic book movie, nous sommes ici immergés dans une cité de la banlieue de Londres tout ce qu’il y a de plus réaliste, où le justicier est un vieil homme au bout du rouleau et ses ennemis non pas des bandits costumés hauts en couleurs, mais simplement des adolescents laissés pour compte par le système. Alors, Harry Brown, vigilante flick avec une véritable réflexion sociologique et sachant éviter l’écueil caractéristique du genre, cristallisé par la polémique autour de Un justicier dans la ville avec Charles Bronson ? C’est en tout cas ce qu’on aurait pu croire.

Un homme seul

Des citoyens décidant de pallier aux déficiences de la justice en l’appliquant eux-mêmes, l’histoire du cinéma en est pleine. Qu’ils portent des collants verts, jouent du six coups ou dessoudent du voyou dans les bas-quartier de nos villes malfamées, on ne compte plus ceux usant de la vengeance pour capter l’empathie du spectateur. Harry Brown a toutefois cela de particulier qu’il est rare de suivre un vigilante avec une carte vermeil, impliquant ainsi un rapport de force différent avec la menace qui l’entoure. Et quand ce justicier du troisième âge est en plus interprété par le grand Michael Caine, forcément, on ne peut qu’être intrigué par un tel projet. Dans un registre alors relativement nouveau pour lui (il n’y aurait guère que le Jack Carter de La Loi du milieu à s’en rapprocher), le comédien livre une performance à la hauteur de son talent. Que ce soit dans la peinture d’un homme que la Vie a laissé seul à attendre la mort ou dans le portrait d’un vengeur s’enfonçant du côté obscur, il puise dans son implication personnelle à travailler sur ce film (ancien militaire lui-même, il a précisément grandi dans le quartier où se déroule l’histoire) pour nuancer son interprétation, lui conférer un réalisme en lien direct avec la manière dont est dépeint son environnement. Parce que loin de l’impunité grandiloquente d’un Bronson en Paul Kersey ou du gang très Mad Max de Death Sentence, nous sommes face à un métrage ayant une évidente volonté de dresser un tableau crédible de la situation dans les cités.

Triste constat

La scène d’introduction, électrochoc visuel, nous met donc immédiatement dans le bain avec des vidéos filmées au portable par les jeunes gangsters. Une manière de nous introduire à cet univers en effaçant le côté « factice » du cinéma, et que la réalisation ne cessera par la suite de relayer pour s’inscrire toujours plus profondément dans le registre réaliste. La violence sèche est un premier moyen d’y parvenir mais, surtout, c’est la représentation crue de cette banlieue londonienne qui troublera le plus. Sans équivoque sur l’état d’abandon qui y prédomine, elle illustre idéalement le message du film selon lequel la violence des jeunes n’est pas sans racine, elle découle de la désertion et des fautes des adultes. Le scénario fait ainsi preuve d’une réelle intelligence en ne se cantonnant pas à blâmer les adolescents, il met en perspective leur agressivité avec l’éducation (ou le manque d’éducation) qu’ils ont reçu de leurs parents. Et ce n’est pas l’État qui rattrapera le coup, ses seules actions consistant ici à envoyer des bataillons de policiers quand il juge que les choses deviennent trop incontrôlables. Voilà qui nous semble terriblement proche.

Pourtant, au fur et à mesure que l’intrigue progresse, ce discours plein de bon sens va être rattrapé par les grosses ficelles du vigilante flick. Dès que l’antihéros se lance pour de bon dans sa mission, en fait, avec une petite visite rendue à des dealers pour trouver une arme. Une scène relativement dérangeante et réussie dans son genre mais dont l’aspect ultra-caricatural (ces dealers sont méchants, sales, malades, dérangés, se droguent avec tout ce qu’ils trouvent, violent des femmes inconscientes et se filment même pendant l’acte…) choque au sein du cadre réaliste du film. Sans compter que leur exécution par le personnage de Michael Caine fait basculer sa mission de la vengeance au nettoyage pur et simple, ce qu’accréditera une image finale honteusement pragmatique et gerbante d’auto-satisfaction. D’un propos plein de bon sens, Harry Brown passe donc à un plaidoirie réac’ à souhait grâce à laquelle Caine nous sort de belles grosses conneries, comme lorsqu’il explique une émeute des jeunes des cités en affirmant qu’ils « font ça juste pour s’amuser« . Un constat simpliste et d’autant plus triste lorsqu’on le met en relation avec l’actualité anglaise récente, où des adolescents ont manifesté violemment, non pas « pour s’amuser », mais parce que leurs frais de scolarité pour les études supérieures vont doubler…

Il n’y avait alors qu’un seul piège majeur à éviter lorsqu’on s’attaque à un vigilante flick et, manque de pot, Harry Brown tombe en plein dedans en nous servant une soupe sécuritaire et bas du front, venant entacher un début de réflexion pourtant prometteur. A moins d’avoir voté pour notre cher président aux dernières élections ou bien pour ses potes d’extrême-droite, on ne peut donc qu’être outré par une bêtise à ce point crasse et ce ne sont pas la réalisation efficace du nouveau-venu Daniel Barber ou l’interprétation de Michael Caine qui viendront y changer quoi que ce soit. Après tout, il semblerait bien que les temps ne soient plus à la compréhension…

(sortie française le 12 janvier 2011)

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Critique ciné : Red

24 novembre, 2010

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Frank Moses s’ennuie. Depuis deux ans que sa carrière a pris fin, cet ancien agent des services secrets américains végète dans un pavillon de banlieue où sa seule occupation est de téléphoner à la responsable de son dossier retraite, pour discuter de choses et d’autres. Hormis ça, c’est le calme plat. Jusqu’au jour où Frank reçoit la visite nocturne de plusieurs assassins, accueillis avec les égards qui leurs sont dus. Comprenant que cela est lié à une de ses vieilles missions, le retraité de la CIA réunit alors d’anciens collègues de l’agence et se lance dans un ultime baroud d’honneur

« Un scénario ne consistant qu’en un amoncellement de fausses bonnes idées »

Le travail d’adaptation est un exercice à double tranchant : si bien souvent il consiste à restituer au mieux un matériau d’origine, il peut aussi représenter une opportunité de s’en éloigner drastiquement, pour accoucher d’une oeuvre qui soit propre à son nouvel auteur. Cette seconde option étant évidemment (à moins de chercher la merde) à conseiller aux projets ne risquant pas d’éveiller l’animosité de hordes de fans. Soit exactement le cas de Red, petit comic book chapeauté par deux cadors de la profession – Warren Ellis et Cully Hamner – mais passé relativement inaperçu, et que se réapproprie donc aujourd’hui Hollywood l’affamée. Avec la finesse légendaire que nous lui connaissons.

Du rouge sang au gros rouge

A l’origine de Red on trouve ainsi une bande-dessinée relatant comment, un jour, un ancien membre de la CIA doit reprendre les armes après que ses anciens patrons aient tenté de le liquider. Une odyssée aussi courte (juste trois numéros) que sanglante et impitoyable, le retraité assoupi redevenant sans peine le « monstre » – selon ses propres termes – qu’il fut autrefois. Pour qui a vu ne serait-ce que la bande-annonce de son adaptation ciné, il est ainsi évident que cette dernière ne s’embarrasse pas d’une quelconque ressemblance avec la violence de son modèle. Voulu au contraire comme une inoffensive comédie d’action par ses producteurs, le film s’amuse à faire jouer les 007 à la retraite à une belle brochette de comédiens seniors dans un sens du décalage qui n’est pas sans rappeler Un flic à la maternelle ou Arrête ou ma mère va tirer. Du costaud. Et comme ces perles du ciné US des 90′s, Red n’est drôle que par très brèves intermittences, correspondant ici aux délires d’un John Malkovich sous acide (littéralement). Le reste oscille en effet entre l’indigent et l’embarrassant avec une mention spéciale pour l’interprétation de touriste de Bruce Willis, visiblement ennuyé d’être là. Déjà très loin du comics de Ellis / Hamner par cette intrusion du comique, la version grand écran continue de prendre ses aises en troquant les froides exécutions du support papier par de bonnes grosses scènes de fusillade. Ce qui, avouons-le, n’est pas spécialement pour nous hérisser le poil, surtout que le réalisateur Robert Schwentke (Flight plan) donne avec délectation dans la surenchère et frôle même le gonzo en certaines occasions (les meurtres au lance-roquette, sans la moindre hémoglobine toutefois). Pour le coup, on gagnerait presque dans le passage d’un format à l’autre ! Mais en dépit de ces modifications plus ou moins heureuses, ce n’est pas tant là que se situe le réel problème quant au travail d’adaptation de ce comic-book movie.

Un énorme bordel

Non, ce qui coince avec Red (bien obligé puisqu’il est « raide »… bon, ok, je rentre chez moi) c’est ce sentiment tenace et toujours plus prégnant que l’intrigue a été gonflée artificiellement, à grand renforts d’idées non-exploitées et d’autres à côté de leurs pompes. Bien sûr, voir des retraités reprendre leur activité avec tant d’entrain a quelque chose de déprimant mais, plus encore que le récent souvenir d’une cruelle défaite contre notre gouvernement, c’est donc dans l’accumulation gratuite que le métrage épuise ses cartouches. Révèle les faiblesses de sa conception. Multiplier par quatre le nombre de papis faisant de la résistance pouvait ainsi sembler une bonne alternative à la simplicité narrative de l’oeuvre originale, la dynamique de groupe étant toujours très efficace dès lors qu’on traîne avec des barbouzes ou des agents secrets. Néanmoins, puisque leur caractérisation est aussi fine que la retraite d’un ouvrier et que leur motivation à prendre part à l’aventure tient du « bah ouais, pourquoi pas ? », on se retrouve dans l’étrange situation où le seul personnage un tant soit peu intéressant est en fait celui du méchant, incarné par Karl Urban. Et ce n’est pas la pathétique histoire d’amour (dont le seul intérêt est de profiter de la charmante présence de Mary-Louise Parker) mise dans les pattes de Bruce Willis qui va venir rattraper le coup, celle-ci ne faisant qu’ajouter au bancal du métrage. On s’en convaincra encore davantage avec son incapacité à se trouver un ton propre, car la greffe d’éléments disparates amène un flou dans lequel on peut basculer de gros gags à la Z.A.Z. (la tueuse en tailleur qui débarque d’un coup avec ses bazookas) vers des choses plus sérieuses (les menaces contre la famille du méchant) avant, histoire de bien manger à tous les râteliers, de tomber finalement dans une mauvaise copie de la série 24. Une inconstance renforçant indubitablement l’impression de bordel hétéroclite généralisé.

A sa façon, le film Red réussit donc un mini-exploit puisque même en se détachant presque totalement de son modèle, il trouve le moyen de nous faire ressentir toute la pauvreté de son travail d’adaptation. Non pas que nous regrettons de ne pas retrouver plus de réminiscences du comic-book original mais, en fait, on ne peut fermer les yeux sur un scénario ne consistant qu’en un amoncellement de fausses bonnes idées dictées par le livre de recettes du producteur hollywoodien moyen, tout juste sauvé par quelques blagues et plaisantes scènes d’action. C’est con : à quelques semaines près, nous tenions un argument irréfutable contre le recul de l’âge de la retraite !

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Critique ciné : Buried

18 novembre, 2010

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Camionneur civil américain travaillant en Irak depuis plusieurs mois, Paul Conroy, sonné, se réveille un jour dans une boîte exigu enterrée quelque part dans le désert. D’abord paniqué, il trouve un briquet et un téléphone portable ne lui appartenant pas. Le temps est désormais compté pour Paul, qui doit comprendre pourquoi il a été placé là et, surtout, comment en sortir

« L’un des films les plus significatifs de l’après 11 septembre »

Passé entre les mains de nombreux producteurs et salué à chaque fois, le script de Buried – rédigé par le nouveau-venu Chris Sparling – n’avait pourtant jamais trouvé d’acquéreur. Pensez un peu : comment diable un film avec un personnage unique à l’écran coincé pendant une 1h30 dans une boîte grande comme un cercueil pourrait-il ne pas rebuter les spectateurs ? Comment pourrait-il ne pas les lasser, ne pas les conduire vers une trop désagréable expérience ? Mission impossible ?Brillant mais trop risqué, le scénario aurait alors pu prendre la poussière sur une étagère si l’espagnol Rodrigo Cortés, désireux de se faire remarquer sur la scène internationale, n’avait eu les cojones de s’essayer à cet exercice de style fichtrement casse-gueule. Au culot. Et grand bien lui en a pris.

Six feet under

Mettre en images un film comme Buried relevait ainsi du challenge à s’arracher les cheveux, le principe du décor unique et microscopique pouvant vite devenir un impitoyable écueil sur lequel fracasser ses bonnes intentions. C’est pourquoi, dès le départ, Cortés envisage ce projet sous un angle assez inattendu : là où un autre réalisateur se serait certainement focalisé sur la sensation de claustrophobie, lui voit la chose comme « un film d’aventure dans un cercueil ». Afin d’aérer son approche d’un sujet en apparences si limité. Une volonté pour laquelle le scénario met évidemment en place un certain nombre « d’éléments perturbateurs » comme autant de défis supplémentaires pour le personnage, des plus évidents (chaque déplacement est d’un tel compliqué que nous avons presque l’impression d’avoir voyagé avec le prisonnier) aux plus surprenants. Toutefois, c’est bien par l’entremise de sa mise en scène que le réalisateur parvient à surmonter le défi que représentait Buried, le plus exigeant des métrages jouant sur le gimmick de l’espace réduit. Hormis donc une vidéo sur le téléphone portable et une poignée de « plans impossibles », pas une seule fois nous ne nous extrayons de la boîte, ce que Cortés compense par une réalisation épidermique, sans cesse collée au point de vue du malheureux enterré. Outre la bonne idée des différentes sources de lumière pour varier les ambiances, il capte la moindre réaction de son héros et lui donne un écho à travers l’image (par le cadrage comme l’utilisation de la mise au point et des flous), suit chacun de ses mouvements ou regards pour explorer la moindre parcelle de la boîte, et réussit ainsi à garder la tension constante sur 90 minutes tout en ne faisant jamais ressentir une quelconque redondance dans la mise en scène. Un vrai tour de force.

Le drame humain

Cela va de soi, rien n’aurait cependant été possible sans la présence d’un acteur suffisamment doué pour rendre tangible cette odyssée en milieu clos. Plus habitué aux rôles de beau gosse ou de faire-valoir comique beauf, Ryan Reynolds avait tout de même prouvé en certaines occasions qu’il pouvait faire mieux que cela, avec par exemple le remake de Amityville ou Mise à prix, et Buried se présente alors comme un ultime test avant la remise du diplôme. Qu’il décroche haut la main car malgré quelques incohérences ou réactions pas toujours logiques, pas franchement de son fait, la dimension humaine du récit reste toujours prenante. Il faut dire aussi que nous ne la quittons jamais de vue, littéralement, puisque tandis que nous voyons le personnage chercher désespérément à se sortir de là – ce qu’on comprend sans peine – nous apprenons en même temps à découvrir qui il est, c’est à dire un simple citoyen lambda pris dans une tourmente à laquelle il ne pipe rien, qu’il n’a pas désiré ni provoqué. La force du film étant alors d’user de ce tissu émotionnel pour nous faire comprendre en parallèle qui sont ses agresseurs, leurs motivations, ainsi que celles du camp opposé, le tout seulement par le biais de voix au téléphone. Afin de dresser un constat on ne peut plus sombre du conflit en Irak – et même des guerres en général – comme de la manière dont le « Pouvoir » peut user des « quantités négligeables ». La métaphore sublime le message anti institutionnel et le rend mille fois plus troublant que le discours lourdaud du récent Green Zone, par exemple, faisant assurément de Buried l’un des films les plus significatifs de l’après 11 septembre.

Buried est donc simultanément le film d’une confirmation et d’une révélation. Tout d’abord la confirmation des talents d’acteur de Ryan Reynolds, qui nous fait oublier pour de bon les pets à l’ail de Blade Trinity, mais surtout la révélation du savoir-faire de Rodrigo Cortés. Hallucinant de maîtrise pour un second long-métrage, il surmonte en effet toute les difficultés inhérentes au projet pour livrer un véritable modèle de suspense et de mise en scène, un exercice de style proposant qui plus est une profondeur n’ayant rien à envier à la tombe où est enterré son protagoniste. Bluffant, Cortés perpétue la réussite de la jeune garde du cinéma ibérique et s’inscrit au sommet de ceux à suivre de très, très près. Mission impossible… accomplie !

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Critique ciné : Le Royaume de Ga’Hoole – la légende des gardiens

9 novembre, 2010

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Vivant paisiblement parmi les siens, Soren est une jeune chouette ne rêvant qu’aux exploits légendaires des Gardiens de Ga’Hoole, ses héros. Persuadé qu’ils existent pour de vrai, il est cependant confronté en premier lieu au méchant de la légende, Bec d’acier, lorsque lui et son frère sont faits prisonniers puis emmenés dans une base où les Sangs purs préparent la guerre. Parvenant à s’enfuir, Soren n’a plus qu’une idée en tête : retrouver les Gardiens de Ga’Hoole, seuls selon lui à pouvoir empêcher le massacre qui se prépare

« Bien moins enfantin que ce que veut nous faire croire la Warner »

Bêtement, on croit que la promotion d’un long-métrage est censée ratisser le plus large possible dans la masse des spectateurs dès qu’elle le peut, histoire d’en hameçonner le plus grand nombre en vue de la sortie en salles. Normalement, c’est toujours ce qui se passe. Sauf dans le cas qui nous intéresse aujourd’hui, Le Royaume de Ga’Hoole – la légende des gardiens, qui vise avec la détermination d’un missile SCUD le public familial dans sa campagne de communication. L’erreur étant donc de laisser croire que « familial » est synonyme de « enfantin » (un parallèle toujours vite établi) car, entre sa nature de film animé, ses mignonnes chouettes pour héroïnes et ses trailers tout en « waouhs », on le penserait fait en priorité pour la tribu du Cours Élémentaire. Comme si la Warner ne comptait pas sur l’argent des adolescents, geeks ou tout simplement des cinéphiles curieux alors qu’à l’évidence, pour les aider à ouvrir leur porte-monnaie, il aurait suffi de mentionner le nom du réalisateur…

Un réalisateur inattendu

Mais alors, qui est ce mystérieux réalisateur dont le nom n’apparaît dans aucun élément promotionnel du film et surtout, pourquoi le taire ? A cela une raison très simple : en apparences, Le Royaume de Ga’Hoole creuse un vrai fossé avec ses travaux précédents, réservés à un public adulte, et communiquer sur sa présence aurait ainsi refroidi la majorité des bienveillants parents. Car l’homme derrière cette adaptation des romans de Kathryn Lasky n’est autre que… Zack Snyder ! Oui, le type à qui nous devons les morceaux de bravoure que sont L’Armée de morts, 300 ou Watchmen, c’est à dire des univers effectivement très éloignés du jeune public. Tombé amoureux du projet après en avoir vu des essais lors de la post-production du péplum Miller-esque, on comprendra facilement ce qui a attiré cet esthète de la belle image vers son premier métrage d’animation tant son plaisir de réalisateur y est manifeste, dans les magnifiques scènes de vol qu’il orchestre – un très bon entraînement pour son futur Superman – comme dans le souffle épique qui anime l’ensemble (heureusement que le score maousse de David Hirschfelder est là pour écraser une poignée d’horripilantes chansons pop). Un pur délire de mise en scène pour un homme tel que Snyder, lui permettant de se lâcher comme jamais avec un tout nouveau terrain de jeu offert à sa caméra.

Ce qui n’empêchera pas sa patte (sa « serre » pourrait-on dire) d’être immédiatement identifiable sur le métrage, rendant toujours plus étrange la volonté de Warner de cacher l’évidence. En effet, comment ne pas reconnaître le style de Snyder lors de brutales scène d’action (imaginez Léonidas avec des plumes) où se multiplient les ralentis qu’il affectionne tant ? Une marque de fabrique que les grincheux ne cessent de lui reprocher mais ici parfaitement adéquate, car en plus de la stylisation exacerbée elle rend lisible une action qui aurait été sans ça chaotique. Ne se contentant pas de bêtes échauffourées, « Zackouille la dérouille » plonge effectivement ses rapaces dans de vrais fights chorégraphiés où la dextérité et l’armement des protagonistes sont mis au premier plan pour créer un style de combat à la fois inédit et impressionnant. Ceux désirant du spectacle et de l’action ne seront donc pas en manque, Snyder y veille.

Le Seigneur des anneaux pour les enfants ?

Quant à ceux voulant de la grande aventure, eux non plus ne serons pas lésés et on peut d’ailleurs lire un peu partout que Le Royaume de Ga’Hoole s’identifie à une sorte de Seigneur des anneaux pour les plus jeunes. Une filiation à juste titre tant les références/similitudes avec le chef d’oeuvre en trois parties (et bientôt cinq !) de Peter Jackson ne manquent pas, qu’elles soient visuelles – les décors et la manière dont la caméra se déplace dedans par exemple – ou simplement dues aux obligations narratives propres à la fantasy et ses grandes épopées. Mais de la même façon que la présence de Zack Snyder est tenue au secret, l’expression « Seigneur des anneaux pour enfants » est trompeuse et révélatrice de l’étrange communication fomentée par le studio : alors oui, le film peut être vu par des enfants, mais il n’a pas été fait que pour eux. Loin de là. Tout comme les combats ne s’épargnaient pas ainsi une certaine violence, l’histoire ne se prive pas de noirceur et maturité et passionnera sans peine les spectateurs plus âgés. La dimension tragique d’une lutte fratricide, les rappels au fascisme… autant d’éléments qui résonneront plus fortement chez eux que chez les bambins, et parmi lesquels trône la volonté du film de relativiser la façon dont on peut raconter l’Histoire et créer des héros. Un discours qui, mine de rien, n’est pas sans rappeler un peu celui de Watchmen, achevant de faire du Royaume de Ga’Hoole un indéniable représentant de la filmographie de Snyder.

Exactement comme Happy Feet il y a quelques années, Le Royaume de Ga’Hoole – la légende des gardiens est donc bien moins enfantin que ce que veut nous faire croire la Warner, ce qui pourrait valoir à une partie du public de ne pas découvrir une excellente aventure menée de main de maître par Zack Snyder. En fait, on pourrait résumer la problématique du film par le simple décalage qu’on retrouve dans les chouettes du film : sous leur apparence duveteuse, avenante et trop mignonne se cachent de véritables guerriers. Vous voilà prévenus, puisque le studio s’y refuse.

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Critique ciné : Very Bad Cops

8 novembre, 2010

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Dans la vie, il y a toujours ceux qui font tout mieux que tout le monde, le font avec classe, et attirent sur eux toute l’attention. Et puis il y a les autres types, ceux qu’on ne voit jamais. Les « héros du quotidien » d’une certaine façon, même si on peut difficilement voir de l’héroïsme dans le fait de rester toute la journée derrière son ordinateur à remplir de la paperasserie. La principale activité – et bien souvent la seule – des deux policiers les plus mal-appréciés de la police de New York, les inspecteurs Hoitz et Gamble. Pourtant, quand une banale affaire les conduit à lever le voile sur un énorme scandale financier, les deux hommes vont découvrir que tout le monde a un jour la chance de devenir un héros… et que ce n’est franchement pas évident d’y parvenir.

« Le film est un vrai représentant des buddy-movies et un des meilleurs vus depuis bien longtemps »

Après nous avoir sérieusement bidonné avec leurs excellentes comédies, les frères d’humour Adam McKay et Will Ferrell s’essayent au sous-genre bien spécifique du buddy-movie à tendance « action policière ». Une expérience qui n’est alors pas sans rappeler celle initiée il y a peu par Kevin Smith pour son Top Cops, avec la déception que nous savons au bout du compte. Sauf que là où le geek du New Jersey faisait un « film de potes » sans ses potes, justement, et dans le seul but de pouvoir réaliser ensuite un film d’horreur difficile à financer, le duo McKay/Ferrell offre avec Very Bad Cops une approche particulièrement saine du genre. En gros, il s’agit simplement de faire rire, tout faire péter, et le faire avec intelligence tant qu’on y est !

Devant la caméra : Will Ferrell

Rendons une nouvelle fois les honneurs à César puisqu’il continue d’être cruellement méconnu dans nos frontières (voir son absence dans la promotion française du film) : Will Ferrell est l’un des plus grands comiques américains actuels, si ce n’est le meilleur. Un statut acquis à force de rôles jouant à merveilles sur le contraste entre son apparente bonhommie, son air gauche perpétuel, et sa faculté à piquer d’incroyables colères ou à sortir avec sérieux des énormités d’un autre monde. Cette marque de fabrique, il l’a ainsi génialement cultivée avec son pote McKay en créant des personnages comme Ron Burgundy, Ricky Bobby ou Brennan Huff et aujourd’hui, c’est au tour de Allen Gamble de venir prolonger cette exquise tradition. Il va alors sans dire que les fans seront aux anges avec ce rôle fait sur-mesure pour et par le comédien, surtout que lui et le réalisateur se sont également fait plaisir niveau casting : déjà, se donner pour femme la sculpturale Eva Mendes est un (très) joli bonus, mais c’est bien dans la galerie de seconds rôles que l’on trouvera les plus belles pépites. Et il y a du beau monde qui se bouscule au portillon. En plus d’un Mark Wahlberg remplissant très bien son emploi de contrepied à l’absurde de Will Ferrell, nous retrouverons donc avec plaisir le trop rare Michael Keaton, l’inattendu Ray Stevenson ou Steve Coogan pour sa première excursion chez ses confrères comiques et, surtout, la team Samuel L. Jackson / Dwayne Johnson, utilisée avec un sens de la parodie confinant au grandiose.

Derrière la caméra : Adam McKay

De son côté, Adam Mckay surprend son monde. Nous le savions en effet relativement doué pour la comédie, très capable même, mais rien ne prouvait cependant qu’il saurait s’en sortir avec un buddy-movie. C’est sûr, la dynamique du duo ne lui est pas étrangère comme en témoignent ses péloches avec la paire Ferrell / Michael C. Reilly (Ricky Bobby, Frangins malgré eux) mais, pour ce qui est de l’action, on attendait de juger sur pièce. Et on voit très vite que le bonhomme s’en sort sacrément bien, avec des scènes aussi inventives que spectaculaires allant de l’attaque de banque au boulet de démolition à un final où la Grosse Pomme devient un vrai champ de bataille, le tout dans une plaisante démesure générale. Sans se contenter de la pyrotechnie, McKay continue d’aller là où on ne l’attendait pas en s’essayant à de très bonnes initiatives de réalisation pure, telle une chute en plan-séquence ou la soirée de biture en bullet-time (un grand moment de comédie). Par ce biais, il confirme l’implication et l’intelligence qu’il a mis dans le projet, le poussant bien au-delà de ce qu’on aurait pu en attendre. Il lui donne même une certaine valeur politique en se positionnant évidemment du côté des « petits », « the other guys » (le titre VO), mais aussi en prenant partie contre les grosses sociétés et leurs scandales financiers, mis étonnamment en images dans le générique de fin. Là où son travail pouvait ainsi être quelque peu éclipsé par le show en roue libre de Will Ferrell, McKay – libéré par cette exploration d’un genre nouveau pour lui – ose pour la première fois mettre en avant son travail et se révèle être un réalisateur encore plus intéressant que ce que l’on soupçonnait.

De rire en rire et de surprise en surprise, Very Bad Cops n’est donc pas vraiment une parodie des buddy-movie même s’il se moque bien de certaines conventions du genre : il s’agit d’un vrai représentant de ces bandes où l’humour le partage à l’action, et un des meilleurs vus depuis bien longtemps qui plus est. Sans être non plus la plus poilante des péloches du duo McKay / Ferrell (difficile de lutter contre la moustache de Ron Burgundy), il s’agit sans conteste de la plus aboutie, la plus complète de leur filmographie. Ils étaient déjà les rois de l’humour à l’américaine, et c’est désormais tout un nouveau champ d’expérimentations de genres qui s’offre à eux !

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Auto promo : Jackass 3D – 10 ans de Jackass

8 novembre, 2010

Drôle pour certains, scandaleux pour d’autres, les Jackass n’ont jamais laissé indifférent et ça continue aujourd’hui avec Jackass 3D, un troisième opus ciné cartonnant actuellement à travers le monde.

L’occasion pour moi de faire un petit dossier sur l’histoire de cette bande d’hurluberlus sado-masochistes, qui a fêté cette année ses dix ans d’existence. Dix ans de poilade, de fractures et de renvois gastriques. Si vous désirez alors savoir ce qui se cache derrière ce controversé phénomène de société, il ne vous reste plus qu’à cliquer sur le lien ci-dessous !

P-A-I-N !

JACKASS FETE 10 ANS D’AGE BETE

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