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Critique ciné : Ao, le dernier Néandertal

4 octobre, 2010

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Il y a quelques 30 000 ans, l’homme de Néandertal vit ses dernières heures. Ao, ultime représentant de sa tribu, s’engage alors dans un dangereux voyage vers la terre de son enfance, en quête d’un frère dont il fut séparé il y a longtemps. Mais ce qu’il ignore c’est qu’en partant à la recherche de son passé, le néandertalien pourrait bien trouver la clé de son avenir

« Ironiquement, celui qui nous parle tant de nos origines pensait pouvoir mettre les siennes au placard »

Parce que presque tout le monde oublie presque tout ce qu’il avait appris en primaire, beaucoup apprécièrent l’arrivée des docu-fictions sur le petit écran et en particulier les plus spectaculaires, c’est à dire ceux remontant le plus loin possible dans le temps (oui, c’est ainsi qu’on pense en termes téléspectatoriels). Ayant fait son fond de commerce de cette redécouverte préhistorique avec pas moins de trois documentaires à son actif (L’Odyssée de l’Espèce, Le Sacre de l’Homme…), Jacques Malaterre transpose alors l’expérience dans les salles obscures pour Ao, le dernier Néandertal et – dôté d’un budget plus confortable – voudrait appliquer un vrai cachet cinématographique à son long-métrage. Ironiquement, celui qui nous parle tant de nos origines pensait pouvoir mettre les siennes au placard…

Des débuts difficiles

Pourtant les premières secondes du métrage nous tromperaient presque. Classique mais efficace, nous avons droit au survol d’un magnifique paysage sauvage et enneigé, une entrée en matière qui fait toujours son petit effet. Puis, alors que la caméra retourne sur le plancher des vaches, des feuillages surgit brusquement Ao, l’homme de Néandertal, dans toute sa brutale splendeur. La classe, franchement. Et puis tout à coup, sans prévenir, voilà que… nous entendons ses pensées avec la voix française de Sean Penn ? Sans déconner ? Hé ouais, sans déconner… Désireux de nous dévoiler la réelle intelligence de nos ancêtres acromégaliens, Malaterre concède donc le rôle de narrateur à son personnage principal pour mieux laisser transparaître ses sentiments et sa réflexion mais, ce faisant, il annihile plus qu’autre chose la crédibilité de son projet (la voix de Sean Penn en plus, quoi). Passé ce choc initial, ça ne s’arrange guère mieux tant la première partie s’avère lourdingue, handicapée par l’approche d’un metteur en scène incapable de se défaire de ses tics télévisuels. Rien que son choix d’avoir recours à une narration nous donne immédiatement l’impression d’être face à un docu-fiction, impression renforcée par son traitement didactique (pour ne pas dire scolaire), et ce n’est pas tout : la réalisation ne fait qu’ajouter encore à ce constat ! Aussi plat (le combat tout pourri contre l’ours) que moche (les éclairages sont désespérément frontaux), le début du métrage ne passionne donc pas le spectateur, qui a l’impression de devoir se coltiner sur grand écran ce qu’il a déjà vu plusieurs fois sur le petit.

La guerre du feu n’aura pas lieu

Les choses s’arrangent heureusement un peu dès que Ao entame son périple, qu’il fait la rencontre d’une jolie femelle avec qui partager son aventure, car l’histoire acquiert alors une toute autre dimension et influe directement sur la réalisation de Malaterre, qui livre quelques scènes à l’ambiance bien trempée. Le plus agréable étant que, enfin, la voix over trouve son utilité ! Non pas en évoluant en une forme de dialogue, superflu pour la relation entre les 2 héros, mais bien en expliquant la quête d’Ao, tragique et d’une complexité qui n’aurait pas forcément été évidente sans narration. Pourtant, même si la mise en scène s’épanouit dès lors qu’on quitte la première partie casse-pied, ce n’est pas suffisant pour que film surmonte complétement sa principale difficulté : nous faire oublier La Guerre du feu, qui reste depuis presque 30 ans la référence absolue en matière d’immersion néandertalienne. Ao, le dernier Néandertal profite de maquillages plus modernes (mais de toute façon, quel besoin y avait-il de maquiller Ron Perlman ?) et se montre certainement aussi réaliste dans sa reconstitution historique, mais il ne parvient néanmoins jamais à égaler la sensation de réalisme émanant du chef d’oeuvre de Jean-Jacques Annaud. Quant à l’intérêt purement cinématographique, n’en parlons même pas : là où La Guerre du feu donnait à sa plongée dans notre passé d’incroyables résonances empruntées à l’heroic fantasy, son successeur ne peut rendre les honneurs à son inspiration westernienne (la péloche consisterait pour beaucoup en une longue poursuite à ciel ouvert) car Jacques Malaterre n’est pas Annaud. Il ne sait pas ce que réclame un long-métrage ciné, et encore moins rendre véritablement spectaculaire son sujet.

De là à dire que Ao, le dernier Néandertal n’est qu’un docu-fiction plus friqué que d’ordinaire, il n’y a alors qu’un pas. Les allergiques à l’exercice resteront donc de marbre devant cette nouvelle évocation de l’évolution humaine tandis que les autres, s’ils ne sont pas encore lassés, pourront trouver de quoi s’émouvoir vaguement avec le parcours de Ao, auquel on s’attache assez facilement. Mais ça n’ira malheureusement pas beaucoup plus loin.

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