Critique ciné : The Social Network

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Fraîchement largué par sa copine et désireux de se faire remarquer par les clubs les plus sélects de l’université, Mark Zuckerberg met en ligne un site pour classer les plus belles filles du campus. A deux doigts de se faire renvoyer, il n’en a pas moins attirer l’attention d’autres étudiants qui lui proposent alors de développer un site communautaire réservé à Harvard. L’idée plaît à Mark. Elle lui plaît même tellement qu’il décide, avec l’aide de son ami Eduardo Saverin, de monter son propre site. Nous sommes début 2004, Facebook est en ligne. Et les ennuis ne font que commencer

« Impossible de ne pas penser à la révolution antisociale de Tyler Durden »

L’Etrange histoire de Benjamin Button avait beau être plutôt réussi malgré ses longueurs, nous savions David Fincher capable de livrer des péloches bien plus tripantes et attendions alors qu’il nous assène une nouvelle claque avec son projet suivant. Mais alors que nous espérions sa nomination officielle sur les films d’animation The Goon ou Heavy Metal (de l’or en barre avec un tel visionnaire aux commandes), qu’il produit, le réalisateur avait surpris son monde en annonçant se lancer sur The Social Network, l’histoire de la création de Facebook… A priori, pas de quoi se la prendre et se la mordre. Sauf que, comme nous aurions dû nous en rappeler, Fincher n’est pas du genre à choisir ses sujets à la légère. Et encore moins à les traiter par-dessus la jambe.

Fight Club à la Fac

Même si le réseau social aux 500 millions d’abonnés a beau n’exister que depuis sept ans, David Fincher se place dans le cadre d’une reconstitution historique en voulant raconter l’histoire de sa création. Rapporter des faits véridiques (ou se donnant en tout cas comme tels) n’a rien de nouveau pour lui après Zodiac, mais il est intéressant de noter que sa linéarité minutieuse – presque comme si nous lisions le rapport d’un policier consciencieux – laisse ici la place à un éclatement de la narration. Contrepied total au classicisme de son film de 2007, The Social Network se construit en flashbacks autour des deux (pas une, deux !) procédures pénales lancées à l’encontre de Mark Zuckerberg, l’homme derrière Facebook. Aidée par le montage des habitués Kirk Baxter et Angus Wall comme la musique protéiforme de Trent Reznor et Atticus Ross, la réalisation de Fincher injecte donc une énergie de folie au long-métrage, en phase avec l’époque dans laquelle il s’inscrit, et cela malgré un léger essoufflement pouvant être ressenti avant la dernière bobine. Nous sommes happés dans l’histoire, intéressés même lorsque nous ne comprenons pas la moitié de ce que racontent les personnages (voir la scène de la création de Facesmash, cascade ininterrompue de langage hermétique). Cette énergie n’est alors pas sans rappeler une autre des pièces de choix du maître, Fight Club, dont a l’impression de voir l’univers transposé ici à la fac de Harvard. Que ce soit dans les dialogues menés comme des bastons de rues ou dans la représentation glauque de la célèbre université, impossible de ne pas penser à la révolution antisociale de Tyler Durden tant The Social Network procure le même plaisir au spectateur, à la fois fasciné par l’image et passionné par l’exécution.

Bienvenue à Facebookland

Tout ça fonctionne également parce qu’en plus du scénario sans parti-pris de Aaron Sorkin (La Guerre selon Charlie Wilson), tiré du livre de Ben Mezrich (Las Vegas 21), Fincher peut faire confiance à son casting pour rendre vivant un monde abstrait pour beaucoup, le drame humain derrière la création de Facebook. Le film profite ainsi d’une galerie de seconds rôles vraiment excellente, validant au propos une certaine objectivité par la pluralité des points de vue, et de laquelle se détachent bien sûr Andrew Garfield (le futur Spider-Man, c’est lui) et Justin Timberlake (davantage convaincant en acteur qu’en chanteur, alors n’hésite pas à changer de carrière pour de bon, gars). Mais il faut rendre à César ce qui est à César et c’est sans conteste Jesse Eisenberg en tête d’affiche qui épate le plus. Sympathique et drôle dans Bienvenue à Zombieland, il surprend dans The Social Network par la profondeur et la gravité de son interprétation et aide ainsi à dresser un portrait génialement nuancé du « plus jeune milliardaire au monde ». Une performance d’autant plus impressionnante que, quand on y regarde de plus près, il n’a finalement pas tant de dialogues que ça (compensés, il est vrai, par la narration en voix over). Sans être alors tendre avec Mark Zuckerberg, le film ne le lapide pas non plus et laisse le spectateur se faire son avis sur lui, après lui avoir donné toutes les données pour comprendre les forces, fêlures et faiblesses ayant présidé à la naissance de Facebook.

Bien que ça ne s’annonçait pas au premier abord des plus excitants, David Fincher a donc réussi à faire de The Social Network une nouvelle pièce maîtresse de sa filmographie, une preuve de plus de son talent singulier dans le paysage hollywoodien et de sa capacité à pousser au meilleur ses collaborateurs. Son prochain film, un remake du premier volet de Millenium, vient ainsi de regagner un intérêt supplémentaire à nos yeux : Fincher n’a pas fini de nous surprendre !

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