Critique ciné – Resident Evil : Afterlife

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Voilà plusieurs années que l’humanité a été décimée par le virus créé dans les laboratoires de Umbrella, lâchant à la surface de la Terre des hordes de monstres voraces. Sur la trace de ses amis et pensant en avoir fini avec la diabolique corporation, Alice tente de rejoindre Arcadia, une zone supposée vierge de toute contamination. Mais encore faut-il la trouver… et survivre aux horreurs qui rôdent en s’y rendant

« Le film n’est qu’une bande-démo servant à promouvoir la technologie 3D »

Sincèrement fan du jeu original et toujours honnête (ou tout du moins sympathique) dans sa démarche de réalisateur, Paul WS Anderson s’était pris une sacrée volée de bois vert à la sortie du premier Resident Evil. Non pas de la presse, plus magnanime alors avec lui qu’à l’accoutumé, mais bien des fans de la saga made in Capcom, qui apprécièrent moyennement les libertés prises par l’adaptation. Ce qui n’empêcha pas le film d’engranger les dollars, puis d’engendrer deux autres volets s’éloignant toujours plus du jeu vidéo. Alors, quand un quatrième Resident Evil fut annoncé avec le retour de Paulo aux commandes, on pouvait penser que sa motivation était de rattraper ses erreurs, peaufiner ce qu’il avait entrepris pour livrer à ses confrères gamers la péloche que tous attendaient… Tout faux. S’il est revenu sur la franchise, le Paulo, c’est surtout pour sa gueule, et ça se ressent pas mal devant ce Resident Evil : Afterlife.

Resident Débile

Vous l’aurez donc compris, ce n’est pas grâce à ce nouvel opus que les fans se réconcilieront avec la version ciné de leurs jeux favoris. En effet, comment ne pas se sentir blousé quand le respect à l’oeuvre originale consiste seulement à piocher dans les nouveautés de la série (le cinquième est pillé dans les règles de l’art) et dans la galerie de personnages, quitte à tomber dans le ridicule total ? Genre « le monde est dominé par les zombies depuis des années mais un frère et une soeur arrivent à se retrouver dans tout ce bordel »… Nous sommes pourtant habitués à ne pas trop attendre des scénarios de la saga au ciné mais là, tout de même, ils ont fait fort. Véritable patchwork de lieux communs régurgités comme un mauvais pinard, l’histoire de ce nouvel opus est complètement à la ramasse et ne mène à rien, est incapable de mettre en place le moindre enjeu. Il faut ainsi voir l’absence totale d’impact du pseudo-twist final – autant chez les spectateurs que chez les personnages (!) – pour comprendre à quel point l’intrigue est ici reléguée au rang de gadget, simple formalité dont on n’hésitera pas même à sacrifier les quelques éléments intéressants (Wentworth Miller et son rôle de badass qui s’assagit très vite).

Plus encore, ce flou scénaristique officialise la rupture entre Resident Evil au cinéma et son origine vidéo-ludique puisqu’il n’y est même plus question de perpétuer une quelconque mythologie, marque de fabrique de la création de Shinji Mikami sur consoles, mais seulement de… faire n’importe quoi, il faut croire. Albert Wesker, le grand gaillard avec sa massue/hache, l’étrange artefact insectoïde, des zombies avec la bouche pleine de tentacules,… rien de tout cela n’est expliqué, ni même simplement introduit dans le contexte de la saga sur grand écran, et il ne s’offre alors que deux possibilités au spectateur : soit il connait les jeux et comble les blancs tout seul, soit il se contente d’un laconique « Umbrella avait continué ses expériences » en voix-over et ferme sa gueule en tentant de se raccrocher aux branches. Peut-être que tout s’expliquera dans le cinquième volet (déjà prévu après le carton de celui-ci, plus gros succès de la saga jusqu’à présent) mais le problème est alors que cet épisode ne fait plus office que de transition, bancale qui plus est, et n’en devient que davantage irritant.

Paulo, le retour

En fait, pour la première fois de sa carrière, on sent que Paul WS Anderson s’est lancé sur un projet autrement que par passion de son sujet. C’est vrai, après avoir poliment refusé les épisodes 2 et 3, pourquoi se charger du quatrième ? La réponse tient en deux signes : 3D. Fasciné par la nouvelle – et onéreuse – technologie du relief après avoir visité le plateau de Avatar, Paulo n’avait plus d’autre idée que de l’essayer à son tour et était prêt pour cela à quelques concessions. Comme se charger du nouvel opus d’une série sans cesse sur le déclin, que l’on disait même sur le point de s’arrêter (Afterlife devait à l’origine être l’ultime chapitre). Bénéficiant ainsi du matos développé par James Cameron sans toutefois nous transporter de la même manière, il nous offre quand même une 3D plus réussie que la moyenne (on sent nettement la différence avec les films upgradés en post-production) en jouant sans cesse sur la profondeur de champ et en s’assurant qu’il y ait son lot de séquences « in your face ». C’est en effet devenu monnaie courante avec les adaptations de Resident Evil, nous sommes plus face à un film d’action qu’à de l’horreur pure et hormis quelques « jump scares » de rigueur, nous sommes surtout là pour voir de la castagne (l’épique scène d’introduction donne tout de suite le ton). On peut alors reprocher à Anderson certains de ses tics de réalisation, quelques ralentis et autres bullet-time dispensables faisant parfois ressembler le film à un clip vidéo, mais la plupart du temps cela permet tout de même d’apprécier au mieux le relief (voir le combat dans les douches) et va plaisamment à l’encontre de la mode du montage ultra-cut pour les scènes d’action. Toujours dans cette idée de s’amuser avec son nouveau joujou, il se paye le luxe d’une très grande variété de décors – avec quelques trucs inattendus comme le laboratoire géant immaculé, d’un esprit très 70′s – et achève ainsi de nous convaincre de son seul intérêt visuel pour ce long-métrage.

En fait, la seule preuve que Anderson sait (à peu près) s’y prendre pour porter un jeu vidéo sur grand écran est le personnage de Wesker, tellement réussi qu’on le croirait fait en CGI et non interprété par Shawn Diary of the Dead Roberts. Pour le reste, Resident Evil : Afterlife n’est qu’une bande-démo servant à promouvoir la technologie 3D, aussi esthétisante que creuse et vaine. Parce que même avec toute la bonne volonté du monde, le Paulo n’a pas la moitié des talents de conteur d’un James Cameron. Alors quand en plus il n’en a rien à foutre de raconter une histoire, on atteint un néant émotionnel qui ferait passer l’encéphalogramme d’un zombie pour le mont Everest !

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