Critique ciné : Le Dernier exorcisme

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Prédicateur adulé et exorciste respecté, Cotton Marcus vit sur la foi des autres sans croire lui-même en l’existence de Dieu ou du Diable. C’est pourquoi, quand un de ses confrères provoque par erreur la mort d’un enfant, il décide de mettre un terme à sa carrière, non sans se consacrer au préalable à un ultime exorcisme qu’il exécutera sous l’oeil d’une équipe de journalistes. Pour prouver que rien de tout ça n’est vrai. Mais quand il arrive chez les Sweetzer et fait la rencontre de la jeune Nell, habitée par le démon selon son père, Cotton va perdre peu à peu ses certitudes

« La plus grande qualité du film est de redonner ses lettres de noblesse au vrai fantastique »

Il a beau nous faire régulièrement baver avec ses nombreuses annonces de projets tous plus excitants les uns que les autres (Thanksgiving, Endangered Species, le remake de Massacre dans le train fantôme,…), Eli Roth n’a en fin de compte pas pondu un seul long-métrage depuis Hostel : Chapitre 2, qui remonte à plus de trois ans. En attendant donc que l’enfant terrible du cinéma d’horreur américain veuille bien se réinstaller derrière une caméra, il nous régale en tant que producteur d’un croisement entre Le Projet Blair Witch et L’Exorciste, mode du documenteur oblige après le succès des Rec et autres Paranormal Activity. Alors, Le Dernier exorcisme, simple suiveur ou proposition réussie de péloche horrifique ?

Document tueur

Aussi avisé au poste de producteur qu’à celui de réalisateur, Roth a fait preuve d’une très bonne initiative en confiant les rênes du Dernier Exorcisme à Daniel Stamm. Remarqué depuis son Allemagne natale pour le faux-documentaire A Necessary death, le bonhomme est en effet déjà familier du documenteur et s’avère être pour ne rien gâcher un cinéaste réfléchi, sachant aussi bien faire monter la tension (même si quelques idées sont empruntées ici ou là à la concurrence) que mener le procédé du « film à la première personne » au-delà du pur gimmick. Les deux Rec ayant auparavant poussé le concept dans des retranchements impressionnants – où la caméra est un personnage à part entière, un être vivant pouvant être blessé et même littéralement mourir – , Stamm s’en sert comme d’un simple moyen pour raconter son histoire. Sans vouloir jouer les petits malins, il construit sa propre approche du genre et, entre documentaire et pur film d’exploitation, s’offre au final une liberté que beaucoup pourraient lui envier dans un exercice aussi rapidement réducteur. Les spectateurs et critiques n’ont alors pas manqué d’y noter quelques entorses (présence d’une bande originale, point de vue de la caméra pas toujours adéquat,…) mais cela découle directement de sa démarche et ne retire en rien l’efficacité directe du documenteur. Bon, à la rigueur peut-être le film perdrait-il en réalisme (encore faudrait-il considérer Le Dernier exorcisme comme un film réaliste) sauf que tout ceci est tellement discret que nous n’y prêtons que peu d’attention, d’autant que cette attention est focalisée sur toute autre chose.

Satan l’habite ou non ?

La grande réussite du Dernier exorcisme, c’est donc de dépasser la thématique première du documenteur en une mise en abîme que contenait déjà A Necessary death. D’ordinaire, devant un film de ce style, la question est de savoir si le filmage apporte un surplus de réalisme à des événements surnaturels. Or, ici, on s’en fout, car la véracité de ce que l’on voit (ou croit voir) n’est absolument pas certaine. Voisin du Projet Blair Witch en ce sens, le film de Daniel Stamm joue sans cesse avec notre incertitude quant à la nature des faits (ce qui n’a rien à voir avec le « inspiré d’histoires vraies » rajouté à l’opportuniste sur la campagne d’affichage française) et en cela approfondit le système propre au documenteur, lui dont la nature même est de nous perdre entre réalité et fiction. Passionnante, la problématique du métrage prend de plus vie grâce à une fourchette d’acteurs plus vrais que nature et si la performance habitée de la jeune Ashley Bell ne manquera pas de marquer les esprits, c’est définitivement grâce au personnage principal, Cotton Marcus (interprété par Patrick Fabian), qu’elle gagne une telle substance. Ce n’est pas pour rien que le film s’appelait à l’origine Cotton tant sa place y est centrale, car le prédicateur cynique est en fait le double du spectateur : de la même manière que nous savons un documenteur être fictif, lui est persuadé que l’existence de forces supérieures n’est que du flan et ne se gêne pas pour démonter cette théorie ou son métier (avec un humour bienvenu). Mais au fur et à mesure que l’intrigue progresse, les spectateurs comme Cotton sont amenés à revoir leurs certitudes, à douter, et toute la sympathie que nous avons pour lui nous entraîne alors davantage dans cette exquise perte de repères. Le final a beau alors céder au grandiloquent avec un satanisme de pacotille tout droit sorti d’une série Z (même s’il a été un peu tempéré depuis la première version présentée dans les festivals, avec des CGI moins éloquents laissant davantage planer le mystère), on ne peut nier le plaisir ressenti à voir nos habitudes de spectateurs bousculées de la sorte.

Si l’expression « il faut le voir pour le croire » pourrait être l’adage de la récente vague de documenteurs qui agite le monde de l’horreur, Le Dernier exorcisme se pose comme un cas plus rare où même ce que l’on voit est sujet à caution, prolongeant ainsi humblement ce qu’avaient fait les précurseurs de la catégorie (Le Projet Blair Witch ou Cannibal Holocaust, qui fit craindre à la véracité de certaines de ses séquences de meurtre). Plus qu’un opportuniste suiveur de courant, le film de Daniel Stamm et Eli Roth est une sorte de retour aux sources dont le fond et la forme se répondent en un captivant débat mêlant captation, perception et conviction. Sa plus grande qualité est alors de redonner ses lettres de noblesse au vrai fantastique, celui dont la vérité nous échappera toujours.

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Une Réponse à “Critique ciné : Le Dernier exorcisme”

  1. tiniere karine dit :

    j ai adoré le film il m a tenu tout du long en haleine il est vrai que la fin est un peu brusque mais n est pour moi pas choquante.
    je lui met un bon 18/20 et j attend la sortie du blue ray qui viendra rejoindre notre collection de films

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