Critique ciné : Moi, moche et méchant

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Dans une banlieue impeccable avec blanches palissades et proprettes demeures, on trouve une lugubre maison cachant de sombres secrets. Sous ses fondations se terre en effet la base secrète de Gru, le plus grand super-méchant de la Terre. Mais les temps sont durs depuis l’arrivée de jeunes génies du Mal aux dents longues et, afin de retrouver sa gloire d’antan, Gru planifie alors le casse du siècle : voler la Lune, rien que ça ! Ses machinations vont toutefois connaître un obstacle de taille avec l’arrivée dans sa vie de Margo, Edith et Agnès… trois petites orphelines qui vont voir chez lui autre chose qu’un terrifiant et machiavélique criminel

« Le Mal évite d’être enterré sous le sentimentalisme grâce à son arme la plus puissante : l’humour »

Un peu à la traîne des autres majors sur le marché de l’animation, Universal entend bien réparer ce manque grâce au récemment créé Illumination Entertainment, dont la tâche principale sera de grappiller des parts du gâteau de Pixar et consorts. Pour ce faire, et en attendant un Flanimals issu de l’esprit de Ricky Gervais, le jeune studio cherche donc à se démarquer de la concurrence avec Moi, moche et méchant, pensé à l’origine – et de manière originale – comme un film adoptant le point de vue du méchant. Mais si la note d’intention est appréciable, il n’est pas si aisé de vouloir à la fois se poser en outsider et s’installer dans la place.

Un méchant rose bonbon

Plus encore qu’un antihéros, c’est ainsi un vrai méchant que l’équipe du film voulait en personnage principal. Et à bien des égards, Gru n’a pas usurpé son titre de super-vilain : sévèrement outillé et secondé par ses âmes damnées, il n’a de cesse de faire le Mal autour de lui. Un vrai méchant, en somme. Pourtant, au fur et à mesure que se déroule le long-métrage, il faut se rendre à l’évidence que les auteurs ont flanché vis à vis de ce concept prometteur, auquel ils s’arrêtent en surface. Certes, Gru est un « méchant », mais il n’est jamais le méchant de l’histoire. Dans ce monde sans représentant de l’ordre, il est même clairement identifié comme le « gentil » puisqu’il n’est jamais confronté qu’à d’autres super-méchants, encore plus diaboliques que lui. Désamorçant par le fait leur volonté première, les réalisateurs inscrivent leur intrigue dans un classicisme qu’elle aurait facilement pu éviter, certainement pour ne pas se fermer au plus jeune public.

L’humour noir qu’impliquait alors un tel projet n’a pas pignon sur rue, afin de ne pas trop entrer en conflit avec ce qui est devenue la véritable visée de Moi, moche et méchant : parler au coeur des spectateurs, les émouvoir grâce au récit de ce super-méchant dont la carapace fond au contact de trois orphelines, recueillies pour exécuter un de ses plans. Hélas, et comme la combinaison d’astronaute du pauvre Gru, ces petites filles ont tendance à faire tourner au rose bonbon tout ce qu’elles touchent. Les bons sentiments en bandoulière, l’évolution de leur relation n’en est dès lors que plus mécanique et simpliste et ne devrait pas intéresser grand monde.

L’humour, arme ultime du Mal

Le Mal évite néanmoins d’être définitivement enterré sous le sentimentalisme excessif car il lui reste son arme la plus puissante : l’humour. Pas forcément noir, donc, mais diablement efficace tout de même. Car pour commencer se cache derrière la silhouette hitchcockienne de Gru l’excellent Steve Carell (Gad Elmaleh dans la VF), qui livre ici une sorte de version diabolique – et russe – de son rôle de patron dans la série The Office. Une analogie d’autant plus frappante que l’on reconnaît parfaitement les mimiques du comédien dans ce personnage, résultat du très bon boulot des réalisateurs Chris Renaud et Pierre Coffin ainsi que des animateurs français de Mac Guff (déjà responsables du magnifique Chasseurs de dragons). Mais la vraie réussite du film, ce sont sans aucun doute les minions de Gru, ces petites bestioles jaunes que Willy Wonka troquerait sans remord contre ses umpa lumpas. Fonctionnant sur un principe repompé aux ‘Lapins crétins’ de Ubisoft, cela ne les empêche pas de se montrer extrêmement drôles et, mieux encore, de servir la narration du long-métrage. Que ce soit alors dans les transitions humoristiques parfaitement intégrées au reste de la péloche – au contraire par exemple de Scrat dans les épisodes de L’Age de glace – ou dans l’intrigue à proprement parler, les minions se révèlent être d’une aide inestimable et volent la vedette à tous les autres protagonistes.

S’il n’est donc pas aussi méchant qu’il voudrait bien l’être, loupant ainsi une belle occasion de proposer du neuf (nous verrons ce qu’il en est avec le Megamind de Dreamworks), Moi, moche et méchant sait tout de même ménager son petit effet grâce à son humour et sa réalisation soignée, qui contrebalancent les lourdeurs de son script. Illumination Entertainment fait en tout cas une entrée appréciable sur le marché du film d’animation, alors bienvenue au petit nouveau et puisse la suite être au moins aussi marrante !

(Retrouvez cette critique sur Excessif.com)

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