Critique ciné : Piranha 3D

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Ce sera bientôt la période des examens de fin d’année et, comme le veut la coutume, des centaines d’universitaires débarquent au Lac Victoria lors du Spring break, pour forniquer et se torcher méchamment la tronche. Habitués à cela, la shérif Julie Forester et ses adjoints vont pourtant être confrontés à une situation inédite lorsqu’un tremblement de terre ouvre une faille au fond du lac… et libère des milliers de piranhas préhistoriques affamés

« La nostalgie n’est pas une excuse pour s’épargner de faire un peu de neuf »

Parce qu’il serait malvenu d’être scandalisé par l’arrivée d’un remake de Piranhas, lui-même étant un remake non-avoué (appelé aussi « plagiat » dans certains milieux autorisés) des Dents de la mer, la mise en chantier de ce nouvel exemple du recyclage hollywoodien intensif avait évité la grogne chronique des fans. Il faut dire aussi que les fans, sous leurs atours un peu bourrus, sont des hommes (et des femmes, parfois) comme les autres, avec des faiblesses toutes humaines. Et quand on touche à une de leurs marottes mais qu’on leur promet en contrepartie un massacre historique et des tas de généreuses poitrines en 3D, forcément, on sait très vite vers où va la loyauté… Piranha 3D, c’est donc ça : du cul, du gore, des frissons et par-dessus le tout une grosse couche de second degré. A priori, on ne demanderait pas plus. Sauf que voilà, parfois, les spectateurs peuvent se montrer plus affamés encore que des piranhas !

Les vacances de Mr Aja

S’étant fait une spécialité des remakes depuis son exil aux Etats-Unis, la démarche hardcore du compatriote Alexandre Aja avait fait des merveilles avec La Colline a des yeux mais s’adaptait mal à Mirrors, qui allait s’égarer dans un final grotesque. Alors, pour son troisième carnage annoncé chez l’Oncle Sam, le réalisateur décide de lâcher la pédale sur le sérieux et de s’offrir un petit break bien campy, 80′s style, en remakant une péloche qui lui est chère pour avoir éveillé ses sens au cinoche qui tache : Piranhas de Joe Dante (dont on attend toujours le come-back The Hole 3D, au fait), venu mordiller les baigneurs en 1978. Il s’agit de se faire plaisir. En pleine adéquation avec le thème du Spring break, Aja installe donc son film dans une ambiance à la cool, très festive, et régale sans vergogne les mirettes des spectateurs masculins avec des légions de jolies filles toutes plus légèrement vêtues les unes que les autres, quand il ne va pas jusqu’à nous faire admirer les corps nus des naïades Kelly Brook et Riley Steele en plein barbotage sur le Duo des Fleurs (un choix musical on ne peut plus approprié) de Léo Delibes. Comme à la tendre époque où Janet Jackson pouvait dévoiler un téton sans choquer la moitié de l’Amérique. Définitivement nostalgique, le fils d’Alexandre Arcady agrémente en plus son alléchant casting (même si peu exploité) d’invités de luxe, tous droits issus des glorieuses 80′s. Richard Dreyfuss bien sûr, venu pour un sympathique clin d’oeil aux Dents de la mer, mais surtout l’incroyable Christopher Lloyd que nous n’avions pas vu depuis (trop) longtemps et qui, par conséquent, agit comme une véritable madeleine de Proust.

S’il est pourtant évident que le réalisateur se paie une belle récréation avec ce Piranha 3D entièrement tourné vers son plaisir, et par extension celui des spectateurs partageant le même trip que lui, il a aussi une tendance à se laisser un peu trop aller aux doigts de pied en éventail. Le film apporte ainsi bien quelques modifications par rapport à l’original (le Spring break, l’origine des monstres) – ce qui motivait Aja à ne pas le qualifier de pur remake – mais pour le reste, il fonctionne sur un modèle éprouvé à partir duquel il ne cherche jamais à innover, si ce n’est dans son approche de pur jouisseur. Situations convenues, construction désespérément plate, le frenchy mène sa barque avec savoir-faire mais sans provoquer le moindre remous. Et quand enfin on a une petite surprise… hé bah, le générique de fin déboule…

De la barbaque en veux-tu, en voilà

Ce qui pourrait alors passer pour un relâchement scénaristique (et l’est, d’une certaine façon), avec cette absence flagrante de ligne narrative claire, nous conduit à la conclusion suivante : le but de l’histoire n’est pas d’arriver à battre les monstres marins comme c’est d’ordinaire le cas – voir l’expéditive et inexpliquée manière d’y parvenir ici – mais bien de conduire jusqu’au climax, le massacre tant vanté. Et seulement ça. En même temps on ne va pas se mentir, c’est exactement ce qu’on venait chercher. Les viandards de tout poil seront alors ravis car la séquence s’avère effectivement épique, autant en terme d’échelle que de gore (le studio KNB n’a pas chômé) ; et il faut reconnaître qu’on éprouve une réelle délectation à contempler tous ces « spring breakers » stupides se faire mettre en charpie, surtout qu’Alexandre Aja n’hésite pas à verser dans un humour bien noir toujours réjouissant. Une démarche au second degré qui aurait normalement dû payer sauf que, toujours à cause de ce scénario boiteux, le buffet final des piranhas est totalement privé d’implication spectatorielle – transférée ailleurs avec Elisabeth Shue portant secours à ses moutards – et ne consiste dès lors plus qu’en un bordélique carnage que l’on regarde d’un oeil détaché.

Certains ont tendance à comparer Piranha 3D avec Braindead, autre film qui marqua pour son final baignant dans le raisin, mais il existe une différence fondamentale en cela que chez Peter Jackson, les héros sont plongés au beau milieu du merdier, il constitue leur ultime épreuve. Le remake du Joe Dante aurait dû comprendre que cela compte tout autant (si ce n’est plus) que les milliers d’hectolitres de faux-sang déversés. Il aurait dû réunir les deux actions pour accoucher d’un climax complet, à la fois émotionnellement fort et visuellement marquant. Mais voilà, vu la décontraction qui semblait présider à la création du film, on peut penser que c’est l’aspect pratique des choses qui a pris le dessus… C’est vrai, pourquoi se casser le cul quand on est en vacances ?

Baignant dans le fun et la tripaille mais manquant cruellement d’une volonté de se démarquer (voire de « bien faire les choses »), Piranha 3D nous laisse donc un sentiment en demi-teinte similaire à ce qu’on a vu il y a peu avec The Expendables, où le réalisateur (c’est de toi qu’on parle Sly, sois un peu attentif) se reposait également sur ses arguments massue, sa promesse d’un revival de la belle époque, pour ne pas trop se fouler. Alors, oui, les 80′s c’était grave mortel et il est toujours attrayant de retrouver l’esprit de ces années dans les productions d’aujourd’hui, mais qu’on se le dise : la nostalgie n’est pas une excuse pour s’épargner de faire un peu de neuf ou chercher à surprendre un minimum !

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4 Réponses à “Critique ciné : Piranha 3D”

  1. mabataille dit :

    Entièrement d’accord avec toi sur le côté pied en éventail. Une french touch aurait été bienvenue, ou une suedish touch je sais pas, puisqu’il paraît que « Let the right one in AKA Morse » était bien.

    Il reste l’affiche, sublime (bon à part le gros 3D bien mercantile), pour décorer une garçonnière, pas plus.

  2. pitouwh dit :

    Mais si, Morse est très bien : faut juste que tu le regardes dans une langue que tu comprends ! ;-)

    Et si tu trouves que le 3D sur l’affiche est un peu too much, je te conseille d’aller voir la version américaine ( http://www.impawards.com/2010/piranha_3d_ver3.html ) pour te rendre compte que c’est possible d’être encore plus racoleur et « in your face ».

    Le plus fort en la matière est tout de même celui-ci, limite mythique : http://www.shocktillyoudrop.com/news/topnews.php?id=15172

  3. filmsavoir dit :

    J’ai vu ce film mais pas en 3D … Qu’elle bouse ! Faut que les américains arrête avec ce genre de film qui ne sert à rien … Même pas à divertir. Je trouve que ton commentaire est très bon et que c’est un plaisir de te lire. Bonne continuation

  4. despetitsmots dit :

    Ne me demandez pas pourquoi mais ce film a fait rire ma mère, c’est à se demander en ce qui concerne son gout prononcé pour le genre sanguinaire.
    Bon blogue

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