Critique ciné : Le Bruit des glaçons

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Charles a tout perdu : autrefois écrivain célébré, il n’est désormais plus que l’ombre de lui-même et a en plus trouvé le moyen de faire fuir femme et enfant, le laissant à l’abandon avec sa bouteille de vin blanc dans sa grande demeure. Mais la solitude de Charles va prendre fin lorsque débarque dans sa vie un étrange personnage hirsute, tour à tour sympathique et menaçant. Son cancer

« Rire du cancer, pourquoi pas ? Mais encore faut-il avoir envie de faire rire »

Si la comédie française est d’ordinaire synonyme d’un populisme caractérisé, pour le pire comme le meilleur, il est certains auteurs qui aiment à oeuvrer dans le genre sans pour autant tout sacrifier sur l’autel de l’humour. Et avec des films comme Les Valseuses, Tenue de soirée ou plus récemment Combien tu m’aimes ? à son actif, Bertrand Blier fait indubitablement partie de ces réalisateurs prenant un malin plaisir à naviguer entre comédie et drame (comédie dramatique ?), humour noir et humanisme. Ses soixante-dix printemps franchis sans émousser son envie de poil à gratter, il revient donc avec Le Bruit des glaçons, une courageuse tentative de faire rire avec quelque chose qui n’est d’ordinaire pas marrant du tout : le cancer. Sauf que le courage n’est pas tout, il lui faut aussi un minimum de volonté pour se voir concrétisé…

Le bruit du silence

S’il a déjà flirté avec le genre au cours de sa carrière, c’est néanmoins la première fois que Bertrand Blier approche un postulat fantastique à ce point même si, à proprement parler, nous serions plus dans le domaine de la fable métaphorique. Quoi qu’il en soit, avec cette visite d’un cancer à sa victime, il personnifie plus que jamais un ennemi sans visage (ce qu’il faisait déjà avec la Faucheuse dans Les Côtelettes) et on attendait donc de voir comment sa réalisation appréhenderait cela. Dès les premières images, le metteur en scène aguerri met ainsi en place une ambiance lourde, incertaine, avec ensuite la découverte d’un espace supposément idyllique (la villa avec piscine dans la garrigue, on ne cracherait pas dessus) mais dans lequel le temps est comme suspendu. Un cadre clairement fantastique, certes minimaliste mais plutôt bien amené et même indispensable car c’est grâce à lui que peut être rendu « crédible » un tel sujet. Toutefois, Blier n’est pas non plus Alejandro Amenabar et en digne représentant du cinéma français, son ambiance aux confins du surnaturel tourne très vite à vide malgré quelques moments réussis, tel ce plan angoissant d’un Albert Dupontel dans les tons bleus, pour basculer dans une conception théâtrale particulièrement rébarbative. Ce qui ne tient d’ailleurs pas seulement à l’unicité de temps et d’espace mais aussi à quelques dialogues à la récitation ampoulée et, surtout, à un goût pour le silence assez déconcertant (la B.O. en sourdine n’arrange rien). Résultat des courses, la touche fantastique ne conduisant qu’à une impasse, le malaise des débuts cède très vite la place à l’ennui.

Peut-on rire de tout ? Et surtout… comment s’y prendre ?

Et c’est triste à dire mais ce n’est pas la comédie qui viendra tromper cet ennui. Pourtant, entre la présence du duo Albert Dupontel / Jean Dujardin (qui nous arrache bien quelques sourires) et sa campagne de promotion (matez cette belle affiche sur fond blanc), on pouvait s’attendre à ce que Le Bruit des glaçons nous fasse passer un bon moment. C’est à dire que nous n’attendions évidemment pas un nouveau Bienvenue chez les ch’tis (qui le voudrait ?) mais au moins une péloche n’ayant pas peur de nous faire rire, même jaune avec son humour noir. Sauf que, à l’évidence, ce n’est pas ce qui intéresse Bertrand Blier ; et de la même manière que l’ambiance fantastique se dilue dans un classicisme très français, le postulat comique s’efface au profit de considérations de vieil homme : la relation de l’écrivain avec la jeunette russe (qui parle sans accent, c’est mieux), le dépucelage du fils par la bonne, la relation par delà les apparences entre l’écrivain et celle-ci,… La logique derrière tout ça n’est alors pas à remettre en cause, le message est cohérent et même salutaire bien qu’un peu démagogique (l’importance de vivre, de goûter la vie et d’en profiter) mais c’est dans la façon de l’exprimer que le film se perd, rattrapé par les tics du cinéma auteurisant français. Et comme si ça ne suffisait pas, le métrage nous égare encore lors d’un dénouement qui tombe comme un cheveu sur la soupe, d’une stupidité détonant avec les volontés d’auteur du projet et finissant de l’enterrer sous une certaine déconfiture.

Alors, rire du cancer, pourquoi pas ? Après tout l’humour n’a (idéalement) ni frontière ni tabou, donc rien ne viendrait en théorie l’en empêcher. Mais encore faut-il avoir envie de faire rire, ce qui ne semble pas franchement être le cas de Bertrand Blier ici. Fort d’une idée pourtant riche en ressorts humoristiques, il la saborde en voulant se parer d’une respectabilité qui vient trop souvent nuire aux productions de l’hexagone. Faut-il y voir une sorte de cancer du cinéma français ?

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