Critique ciné : Le Dernier maître de l’air

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Dans un monde divisé en quatre nations maîtrisant chacune un élément naturel, la guerre fait rage depuis que l’Avatar – le seul être capable d’user des quatre éléments – a disparu, il y a cent ans de cela. Martyrisés comme les autres par la vindicative nation du feu, deux adolescents de la tribu de l’eau du Sud découvrent un jour un enfant prisonnier de la glace, Aang. Le dernier maître de l’air, et l’actuel Avatar. Un rôle qu’il a tenté de fuir il y a longtemps mais aujourd’hui, alors que les flammes ravagent toujours davantage le monde, Aang décide d’achever sa formation et part pour cela à l’aventure avec ses deux nouveaux amis

« Une adaptation qui ne satisfera pas complètement les fans du cartoon et devrait laisser les autres sur le carreau »

A bien des égards, Le Dernier maître de l’air a de quoi susciter les attentes les plus folles. En premier lieu, il s’agit en effet de l’adaptation d’une monstrueuse série animée, peut-être la meilleure que le petit écran américain nous ait jamais lâchée (séries humoristiques mises à part). Mais surtout, ce qui rend ce long-métrage si excitant, c’est la présence derrière la caméra d’un réalisateur passionnant – même si en perte de vitesse ces derniers temps – à l’oeuvre sur son premier blockbuster familial (sans compter le scénario du premier Stuart Little). Sincèrement intéressé par le matériau d’origine, M. Night Shyamalan a donc entre les mains un projet au très fort potentiel, un défi maousse pour retrouver les grâces du public et de la critique. Un peu trop maousse ?

Shyamalan touche le gros lot

Salué après Sixième sens comme un réalisateur de génie doublé d’un scénariste novateur, Shyamalan n’a eu de cesse de décevoir avec ses derniers films : le twist dispensable dans Le Village, la grosse tête chopée sur La Jeune fille de l’eau puis, au zénith de cette déconvenue en plusieurs étapes, le grand n’importe quoi qu’était Phénomènes. Dans ce contexte, Le Dernier maître de l’air a donc de véritables airs de nouveau départ pour le réalisateur, une chance de prouver qu’il est capable de s’épanouir dans le système des studios tout en conservant son statut d’auteur (ce dont laissait grandement douter son précédent travail). Avec son confortable budget et un sens du spectacle quelque part entre Steven Spielberg et George Lucas, deux de ses maîtres à penser, il sait déjà faire plaisir aux fans – dont il fait à l’évidence parti (le film s’est fait sur sa propre initiative et non une demande de la Paramount) – en recréant respectueusement l’univers de la série malgré l’ampleur de la tâche que cela représentait, là où par exemple un Dragonball Evolution avouait d’entrée de jeu son incapacité à y parvenir. Dans le même ordre d’idée – et malgré le scandale ayant entouré la production du film, taxé de racisme – les acteurs s’avèrent plutôt bien castés et le jeune Noah Ringer, à qui revient l’épreuve d’incarner l’Avatar Aang, se révèle bien plus impressionnant dans l’action que ce que laissait entendre sa bouille rondouillarde.

Le plus dur avec ce film allait ainsi consister dans la recréation des scènes de combat de la série, qui étaient aussi splendides qu’inventives. Et c’est triste à dire mais Shyamalan déçoit un peu sur ce point, en dépit de quelques moments très réussis où il parvient à recréer le dynamisme du show de Nickelodeon. Pour le reste, les « maîtres » ont une tendance étonnante à rester statiques lors des duels, campés sur leurs marques pour faciliter le boulot des SFX, et les affrontements acrobatiques que nous connaissions ressemblent alors le plus souvent à des battles de taï-chi… Le réalisateur compense tout de même cette approche avec une caméra des plus mouvantes, multipliant les très longs travellings qu’il peut affectionner mais dans des proportions jusqu’ici inédites dans sa carrière, épiques comme il se doit avec un tel sujet.

La thune, ça se paye

En contrepartie des largesses financières nouvelles avec lesquelles il s’amuse, Shyamalan doit évidemment composer avec de nouvelles problématiques propres aux films de studio, des visées commerciales plus conséquentes que jamais. On n’a rien sans rien. Plus encore que sur Phénomènes, il va donc lui falloir concéder aux financiers de sa liberté pour tenir à flots son porte-monnaie. Mais pas sur tout non plus, faut pas exagérer : interloqué puis charmé par le sujet de la série animée, il creuse l’histoire sur certains points qui le passionnent (le monde des esprits, et au travers de lui la spiritualité et les philosophies orientales) et font que le film peut être thématiquement rattaché à sa filmographie. Pourtant, s’il préserve certains de ses droits en tant qu’auteur, le travail de Shyamalan souffre simultanément – et pas dans la demi-mesure – de ses obligations à l’égard du studio. D’une durée ridiculement courte par rapport au matériau à adapter, histoire de caser une séance supplémentaire par jour dans les cinémas, Le Dernier maître de l’air souffre en fait d’un mal que l’on retrouve régulièrement sur ce type de projet. Ce n’est pas tellement qu’il y a des manques par rapport à la série, des éléments que l’on aurait aimé retrouver pour que l’histoire soit fidèle (car elle l’est), mais simplement que le montage au cordeau du long-métrage ne lui permet aucune ampleur dramatique. Comme le prouve l’horripilante narration en voix-over, véritable aveu d’impuissance issu de la série (le générique de début) mais au recours trop systématique pour être honnête, il s’agit juste de caser le plus d’informations en usant du moins de temps possible, et les scènes s’enchaînent ainsi sans qu’un véritable souffle épique se fasse ressentir, sans que les personnages puissent être développés correctement. Indéniablement, le film manque au minimum d’une vingtaine de précieuses minutes, sacrifiées sur l’autel de la rentabilité.

Loin de s’être racheté après la bévue Phénomènes, M Night Shyamalan signe donc avec Le Dernier Maître de l’air une adaptation qui ne satisfera pas complètement les fans du dessin animé et devrait laisser les autres sur le carreau. On peut toujours espérer que le deuxième volet fasse un jour son apparition, les bases de la trilogie et la matière pour un bon film d’aventure étant là, mais c’est tout de même à se demander si nous continuerons longtemps de croire en Shyamalan… 

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