Archive pour août, 2010

Critique ciné : The Expendables : Unité Spéciale

30 août, 2010

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Mercenaires à l’efficacité redoutable, les « Expendables » sont contactés par la CIA afin qu’ils se rendent dans une ile d’Amérique du sud où le tyran local, aidé par un ancien agent du service, fait vivre un véritable enfer à la population. Censés le renverser et restaurer l’ordre, les membres de l’équipe hésitent d’abord à accepter la mission, trop incertaine, mais chacun va progressivement trouver une bonne raison de prendre part à ce nouveau combat

« Stallone donne l’impression de confondre quelque peu plaisir régressif et laxisme »

Auréolé grâce à Rocky Balboa et John Rambo d’une reconnaissance qu’il n’avait jamais connu jusque-là, Sylvester Stallone oublie pour un temps les drames humains ou la dénonciation de dictatures avec la récréation The Expandables, un bon gros revival des actioners bourrins qui fleurissaient dans les salles obscures et vidéo-clubs des années 80. Et puisqu’une récréation n’est jamais aussi divertissante que lorsqu’on la passe entre potes, Sly a invité à se joindre à lui des petits camarades qui, mis ensemble, constituent à n’en point douter le casting le plus burné jamais vu pour un film d’action. Alors, prêts à laisser parler la testostérone et les gros pétards comme à la belle époque ?

Un putain de casting de sa mère

Il l’a fait ! Ça semblait complètement fou à l’annonce du projet mais Sly a bien réussi à réunir quelques unes des plus grandes stars de l’action des années 80 et 90 pour sa nouvelle péloche dopée au jus de couilles de taureau ! Passons donc sur les quelques regrettables absents (JCVD, Steven Seagal, Chuck Norris) et les caméos trop rapides (Schwarzy et Bruce Willis) pour nous concentrer sur le gros des troupes, les cadors de la gâchette qui sont venus ici se mettre joyeusement sur la gueule. Un rêve de fan devenu aujourd’hui réalité. Imaginez un peu : Sylvester Stallone, Dolph Lundgren, Jet Li, Mickey Rourke, Eric Roberts plus les « jeunots » Jason Statham et Terry Crews, les catcheurs Steve Austin et Randy Couture, tout ça balancé dans un trip régressif qui sent du slip et des dessous de bras… n’en jetez plus, ce programme suffirait à coller une érection à un mort pour peu qu’il apprécie les gros Bill se rentrant dans le lard.

Mais si le plaisir est évidemment là (il faudrait être fou pour le bouder), il subsiste toutefois un problème quant à la dynamique de groupe, traitée trop légèrement pour nous donner l’impression d’une réelle fraternité entre ces mastodontes. Utilisés selon leur « rang »ou statut dans l’histoire du cinéma d’action américain (Statham en jeune loup, Lundgren en outsider, la touche exotique Li, Crews, Couture et Austin cantonnés aux seconds rôles,…), certains acteurs s’avèrent être « sacrifiables » (« expandables » en anglais) au sens propre du terme et hormis donc les inséparables Sly et Statham, un peu trop mis en avant avec leurs histoires de coeur (sans oublier que le britannique se doit d’être là pour contenter le public adolescent, plus coutumier des Hyper Tension que des Rambo), il n’y a guère que Rourke et Lundgren à tirer leur épingle du jeu. Pour un film de groupe ça la fout un peu mal, disons-le, surtout quand en plus certains dialogues sonnent à ce point faux et tendent à discréditer encore les relations entre les personnages, de toute manière définis avec la finesse d’une Blitzkrieg. On ne s’attendait bien sûr pas à ce que Stallone renoue avec la caractérisation de rôles d’un John Rambo mais tout de même, il passe à côté d’un élément crucial en ne développant pas davantage la fraternité entre les Expendables, ou en tout cas en ne sachant pas mieux nous la communiquer.

80′s are not (so) dead

Le traitement des personnages est un donc peu foiré : tant pis, on ne va pas non plus en faire une jaunisse. Parce que tel un boxeur aguerri, The Expendables a plusieurs moyens de nous mettre KO et le plus important de tous reste l’action, duquel nous attendons beaucoup. Après le choc barbare qu’était John Rambo, on espérait en effet que l’acteur-réalisateur persévère dans cette voie et profite de son cadre de série B (on ne va pas se mentir, le scénario tient sur l’étiquette du short Calvin Klein de Jason Statham) pour y aller franco, autant en termes de violence que d’échelle. Sauf qu’en lieu et place de la brutalité entre documentaire et comic book du quatrième Rambo, Sly reste cohérent avec la touche 80′s de son long-métrage et ne fait donc que surenchérir sur des routines bien rodées. C’est sûr qu’il y a quelques moments de pur débordement goresque (Terry Crews et son joujou foutent un joli merdier) et des scènes à faire blanchir le bouc de Chuck Norris (le final semble avoir pour seul but de faire oublier celui de Commando ou l’attaque du camp dans Predator) mais dans l’ensemble, sa réalisation sur les scènes d’action fait preuve d’une approche trop old-school, sans réelle saveur, pour provoquer une excitation similaire à celle expérimentée sur John Rambo. Enfin rassurez-vous, il y a tout de même de quoi se divertir puisque Sly sait se montrer généreux… mais ça aurait pu être tellement mieux !

En souhaitant ainsi revenir à la fibre des années 80 avec The Expendables, Sylvester Stallone donne l’impression de confondre quelque peu « plaisir régressif » et « laxisme ». Parfaitement conscient que son impressionnant casting suffira pour rameuter les spectateurs et engranger les billets verts, il ne s’embête pas plus de pondre un scénario correct que de réaliser des scènes d’action à la hauteur du choc des titans annoncé et, forcément, déçoit en conséquence : nous attendions le film d’action ultime, il faudra se contenter d’une série B gentiment pétaradante. Ses derniers efforts venaient du coeur, celui-ci n’a d’autre origine que le fond du porte-monnaie de Sly.

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Critique ciné : L’Apprenti sorcier

30 août, 2010

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Formé à la magie par Merlin l’enchanteur en personne, Balthazar Blake a pour mission de trouver le descendant de son illustre maître, seul à même de détruire une fois pour toute la sorcière Morgana. Sa quête le mène à Manhattan, de nos jours, où il fait la rencontre du jeune Dave Stutler, le « merlinien » qu’il a si longtemps recherché. Devenu apprenti-sorcier, Dave doit apprendre les plus anciens secrets de l’humanité s’il veut défaire le Mal qui rôde tout autour… et sortir avec la fille de ses rêves

« Le film sait nous jeter suffisamment de poudre aux yeux pour que la magie opère un brin »

Puisque le dernier volet de Harry Potter – ou sa première partie en tout cas – a été décalé aux fêtes de fin d’année, l’été 2010 aurait pu se trouver en rade de magie dans les salles obscures (horreur !). C’était bien évidemment sans compter sur Disney et son compagnon des gros coups, Jerry Bruckheimer, qui ont flairé l’opportunité en or et squattent le créneau en s’offrant une nouvelle franchise potentielle avec L’Apprenti Sorcier, l’adaptation discutable du fameux segment éponyme de Fantasia. Discutable mais pas inintéressante pour qui est en quête d’un spectacle estival décontracté de la tong, même avec l’insipide Turteltaub aux commandes. Alors, une fois les montagnes de dollars investies, que reste-t-il du souvenir ému du dessin animé de notre enfance ?

L’(éternel) apprenti réalisateur fait des efforts

Ancien clippeur devenu yes man aussi soigneux que fadasse, Turteltaub a pas mal roulé sa bosse dans le milieu hollywoodien sans jamais vraiment s’illustrer par la qualité de son travail. Depuis quelques temps en affaires avec le duo de choc Disney/Bruckheimer, il n’a pas plus convaincu avec les deux Benjamin Gates et en attendant un troisième opus annoncé depuis presque deux ans, il retrouve donc entretemps sa star Nicolas Cage et ses généreux financiers pour un nouveau blockbuster aux fortes effluves de popcorn. Histoire de ne pas perdre pas la main. A ceci près que là où l’aventurier dégarni ne proposait rien d’autre qu’un croisement pompeux entre les péripéties de Indiana Jones et les énigmes de Robert Langdon, L’Apprenti sorcier peut au moins se targuer d’avoir une carte à jouer : celle de proposer des affrontements entre sorciers combinant toutes les traditions du genre (transformations, possessions, boules d’énergie,…) avec une fluidité inédite, de laquelle seuls se rapprocheraient le duel contre Mme Mime dans Merlin l’enchanteur (d’ailleurs cité ici directement) ou le final du cinquième Harry Potter. Le tout multiplié par dix. Et s’il faut définitivement abandonner l’espoir de le voir un jour savoir raconter une histoire (d’autant qu’il n’est pas aidé ici comme nous le verrons plus tard), le réalisateur s’arrange malgré tout pour nous surprendre par la teneur du spectacle qu’il propose. Bien sûr nous ne sommes pas encore dans les débordements comic-bookesques que seul un del Toro saurait nous pondre mais, tout de même, il faut reconnaître au film une certaine efficacité dans ses scènes de combat, où les magies pleuvent avec une aisance dans la chorégraphie que l’on aurait bien aimé retrouver dans Le Dernier maître de l’air (à noter le très joli boulot effectué sur les SFX). Et à priori, nous n’aurions pas demandé beaucoup plus. A priori…

Construire sur des sables mouvants

En faisant de L’Apprenti sorcier un long-métrage live, qui plus est dans un contexte contemporain, on s’attendait forcément à ce que cette nouvelle version s’éloigne drastiquement du segment musical réalisé par Walt Disney en 1940. Et à l’arrivée, hormis la relation maître/apprenti (sans intérêt) ou l’indispensable scène des serpillères revêches (sans plus d’intérêt), nous sommes en effet très loin de Mickey et son grimoire-radeau. Toujours est-il que la clinquante modernisation du sujet aurait pu porter ses fruits – Jay Baruchel étant plutôt sympathique en geek névrosé et Cage moins grimaçant qu’à l’accoutumée – si elle avait bien voulu persévérer dans l’exploration de son univers magique, un peu comme si le sorcier binoclard de J.K. Rowling avait tout de suite été confronté à différentes traditions de sorcellerie. A la place, en bon gros film de producteurs qu’il est, L’Apprenti sorcier nous sert une « romance » ultra-clichée où la quête du héros ne consiste plus qu’à conquérir un ersatz blond de Kristen Stewart, ce qui nivelle encore plus par le bas une trame générale comme griffonnée entre deux siestes. De bonnes bases sont jetées sans être réellement exploitées (faut pas compter sur Turteltaub pour ça) et on se prend ainsi à espérer qu’une suite voit tout de même le jour un de ces quatre, ne serait-ce que pour corriger le tir et retrouver le très charismatique méchant interprété par Alfred Molina.

Sans être non plus la grosse purge que l’on aurait pu attendre, L’Apprenti sorcier demeure un film de studio emballé sans la moindre recherche d’originalité, se contentant de ressasser des ressorts narratifs mille fois vus. On pourrait alors rapidement se lasser mais, heureusement pour lui, il sait nous jeter suffisamment de poudre aux yeux pour que la magie opère un brin. La recette du récent Prince of Persia en somme, produit par la même team, sauf qu’ici nous évitons en plus la déception quant à l’adaptation du matériau d’origine (pas de « oh la, la, la le mec ressemble trop pas à Mickey » à la sortie des salles). C’est très léger – « c’est du pur Turteltaub pourrait-on dire – mais ça suffit au moins pour rendre la chose supportable. Si c’est pas de la magie, ça !

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Critique ciné : Night and Day

29 août, 2010

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Alors qu’elle s’apprête à prendre l’avion, June fait la rencontre de Roy et pense avoir touché le gros lot : beau, gentil et drôle, il a tout de l’homme idéal. Mais les apparences sont souvent trompeuses et Roy se révèle être en fait un agent secret quelque peu instable, qui a tôt fait de mêler la jeune femme bien malgré elle à un complot d’ordre international. Et les voilà plongés tous deux dans une haletante course-poursuite où derrière les faux-semblants, en dépit des fusillades, peuvent naître les vrais sentiments

« Cela faisait bien longtemps que le comédien ne nous était pas apparu aussi sympathique »

L’été est là, et avec lui sa flopée de blockbusters idéaux pour oublier le temps maussade, censés vous divertir sans prise de tête. Night and Day est de ceux-là avec sa résurrection d’une formule consacrée par le cinéma d’action des années 80, quand il s’agissait d’intéresser les femmes au genre. Du buddy movie sexualisé, en somme. Mais ce film, c’est surtout celui de la dernière chance pour sa star masculine, celui qui saura corriger son image aux yeux du public et le réinstaller aux cimes du box office après des années peu glorieuses. Ou quand la rédemption passe par les vieux pots…

Mangold, un homme en or

Au fil de son éclectique carrière, James Mangold a prouvé que son statut d’auteur ne l’empêchait aucunement de se lancer sur des projets plus mainstreams. Cela étant, c’est donc avec un intérêt certain que l’on attend de voir son boulot sur un projet aussi décomplexé que Night and Day, dont la seule et unique préoccupation est de divertir le spectateur. Comme il le laissait alors entendre récemment avec le remake de 3h10 pour Yuma, le réalisateur est très à l’aise avec l’action et nous mitonne plusieurs séquences bien pétaradantes, dont certaines sont même vraiment impressionnantes à l’image de celle « à la GTA », sur l’autoroute. Mais ce qu’il y a de mieux avec un réalisateur de cet acabit, c’est qu’il ne se limite pas à assurer le spectacle et sait également lui apporter une certaine rigueur au niveau de la narration, une inventivité que l’on ne retrouverait pas forcément chez quelqu’un de moins réfléchi. Les ellipses médicamenteuses font par exemple parties de ces bonnes idées concrétisées avec talent, de celles qui contribuent à assurer à la péloche un rythme trépidant pour une efficacité maximale.

Comme à la belle époque

Quand la comédie romantique rencontre le film d’action, comme l’ont démontré quantité de péloches auxquelles celui-ci emprunte le ton suave (écoutez ce tango en bande-son, on se croirait dans True Lies !), la réussite de cette union tient bien souvent au couple vedette que nous allons suivre. Et celui ici présent est bien glamour comme il faut, Cameron Diaz étant toujours aussi charmante même si, vu les règles du genre, elle tient le rôle du boulet et a par conséquent droit à son lot de séquences « spéciales nunuche », où elle peut devenir assez agaçante. Enfin, ça faisait longtemps qu’on ne l’avait pas vu dans un projet de premier plan et c’est donc avec plaisir que nous la retrouvons mais celui que nous attendions surtout de voir, c’était bien évidemment un Tom Cruise en perte sèche de crédibilité depuis quelques temps : passé pour un bouffon après ses frasques amoureuses, il avait tenté de se racheter avec des films sérieux mais sans rencontrer ni succès public ou critique, et son seul moment de reconnaissance était en fait venu avec sa participation outrancière à Tonnerre sous les tropiques, dans la peau du génial Les Grossman. Il a ainsi compris que son salut viendrait de l’humour et joue agréablement de la dérision avec son rôle d’agent secret charmeur (la mèche est de retour, mesdames !) et meurtrier, au point que – hormis dans le vrai-faux film de guerre de Ben Stiller – cela faisait bien longtemps que le comédien ne nous était pas apparu aussi sympathique

Entraînant et sexy (merci Cameron !), Night and Day s’inscrit donc dans une tradition hollywoodienne qu’il ne cherche aucunement à révolutionner mais, au contraire, il s’emploie à en utiliser les codes aux mieux, réussissant par le fait à devenir un divertissement des plus recommandables. Mangold continue de cultiver tout le bien que l’on pense de lui et après une période de vaches maigres, Tom Cruise parvient enfin à nous faire oublier quel odieux nabot scientologue (tiens, ça me rappelle quelqu’un d’autre) il peut être. La comédie semble en tout cas bien être sa seule porte de sortie alors vite, Tom, offre à Les Grossman la péloche qu’il mérite !

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Critique ciné : Le Dernier maître de l’air

29 août, 2010

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Dans un monde divisé en quatre nations maîtrisant chacune un élément naturel, la guerre fait rage depuis que l’Avatar – le seul être capable d’user des quatre éléments – a disparu, il y a cent ans de cela. Martyrisés comme les autres par la vindicative nation du feu, deux adolescents de la tribu de l’eau du Sud découvrent un jour un enfant prisonnier de la glace, Aang. Le dernier maître de l’air, et l’actuel Avatar. Un rôle qu’il a tenté de fuir il y a longtemps mais aujourd’hui, alors que les flammes ravagent toujours davantage le monde, Aang décide d’achever sa formation et part pour cela à l’aventure avec ses deux nouveaux amis

« Une adaptation qui ne satisfera pas complètement les fans du cartoon et devrait laisser les autres sur le carreau »

A bien des égards, Le Dernier maître de l’air a de quoi susciter les attentes les plus folles. En premier lieu, il s’agit en effet de l’adaptation d’une monstrueuse série animée, peut-être la meilleure que le petit écran américain nous ait jamais lâchée (séries humoristiques mises à part). Mais surtout, ce qui rend ce long-métrage si excitant, c’est la présence derrière la caméra d’un réalisateur passionnant – même si en perte de vitesse ces derniers temps – à l’oeuvre sur son premier blockbuster familial (sans compter le scénario du premier Stuart Little). Sincèrement intéressé par le matériau d’origine, M. Night Shyamalan a donc entre les mains un projet au très fort potentiel, un défi maousse pour retrouver les grâces du public et de la critique. Un peu trop maousse ?

Shyamalan touche le gros lot

Salué après Sixième sens comme un réalisateur de génie doublé d’un scénariste novateur, Shyamalan n’a eu de cesse de décevoir avec ses derniers films : le twist dispensable dans Le Village, la grosse tête chopée sur La Jeune fille de l’eau puis, au zénith de cette déconvenue en plusieurs étapes, le grand n’importe quoi qu’était Phénomènes. Dans ce contexte, Le Dernier maître de l’air a donc de véritables airs de nouveau départ pour le réalisateur, une chance de prouver qu’il est capable de s’épanouir dans le système des studios tout en conservant son statut d’auteur (ce dont laissait grandement douter son précédent travail). Avec son confortable budget et un sens du spectacle quelque part entre Steven Spielberg et George Lucas, deux de ses maîtres à penser, il sait déjà faire plaisir aux fans – dont il fait à l’évidence parti (le film s’est fait sur sa propre initiative et non une demande de la Paramount) – en recréant respectueusement l’univers de la série malgré l’ampleur de la tâche que cela représentait, là où par exemple un Dragonball Evolution avouait d’entrée de jeu son incapacité à y parvenir. Dans le même ordre d’idée – et malgré le scandale ayant entouré la production du film, taxé de racisme – les acteurs s’avèrent plutôt bien castés et le jeune Noah Ringer, à qui revient l’épreuve d’incarner l’Avatar Aang, se révèle bien plus impressionnant dans l’action que ce que laissait entendre sa bouille rondouillarde.

Le plus dur avec ce film allait ainsi consister dans la recréation des scènes de combat de la série, qui étaient aussi splendides qu’inventives. Et c’est triste à dire mais Shyamalan déçoit un peu sur ce point, en dépit de quelques moments très réussis où il parvient à recréer le dynamisme du show de Nickelodeon. Pour le reste, les « maîtres » ont une tendance étonnante à rester statiques lors des duels, campés sur leurs marques pour faciliter le boulot des SFX, et les affrontements acrobatiques que nous connaissions ressemblent alors le plus souvent à des battles de taï-chi… Le réalisateur compense tout de même cette approche avec une caméra des plus mouvantes, multipliant les très longs travellings qu’il peut affectionner mais dans des proportions jusqu’ici inédites dans sa carrière, épiques comme il se doit avec un tel sujet.

La thune, ça se paye

En contrepartie des largesses financières nouvelles avec lesquelles il s’amuse, Shyamalan doit évidemment composer avec de nouvelles problématiques propres aux films de studio, des visées commerciales plus conséquentes que jamais. On n’a rien sans rien. Plus encore que sur Phénomènes, il va donc lui falloir concéder aux financiers de sa liberté pour tenir à flots son porte-monnaie. Mais pas sur tout non plus, faut pas exagérer : interloqué puis charmé par le sujet de la série animée, il creuse l’histoire sur certains points qui le passionnent (le monde des esprits, et au travers de lui la spiritualité et les philosophies orientales) et font que le film peut être thématiquement rattaché à sa filmographie. Pourtant, s’il préserve certains de ses droits en tant qu’auteur, le travail de Shyamalan souffre simultanément – et pas dans la demi-mesure – de ses obligations à l’égard du studio. D’une durée ridiculement courte par rapport au matériau à adapter, histoire de caser une séance supplémentaire par jour dans les cinémas, Le Dernier maître de l’air souffre en fait d’un mal que l’on retrouve régulièrement sur ce type de projet. Ce n’est pas tellement qu’il y a des manques par rapport à la série, des éléments que l’on aurait aimé retrouver pour que l’histoire soit fidèle (car elle l’est), mais simplement que le montage au cordeau du long-métrage ne lui permet aucune ampleur dramatique. Comme le prouve l’horripilante narration en voix-over, véritable aveu d’impuissance issu de la série (le générique de début) mais au recours trop systématique pour être honnête, il s’agit juste de caser le plus d’informations en usant du moins de temps possible, et les scènes s’enchaînent ainsi sans qu’un véritable souffle épique se fasse ressentir, sans que les personnages puissent être développés correctement. Indéniablement, le film manque au minimum d’une vingtaine de précieuses minutes, sacrifiées sur l’autel de la rentabilité.

Loin de s’être racheté après la bévue Phénomènes, M Night Shyamalan signe donc avec Le Dernier Maître de l’air une adaptation qui ne satisfera pas complètement les fans du dessin animé et devrait laisser les autres sur le carreau. On peut toujours espérer que le deuxième volet fasse un jour son apparition, les bases de la trilogie et la matière pour un bon film d’aventure étant là, mais c’est tout de même à se demander si nous continuerons longtemps de croire en Shyamalan… 

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Critique ciné : Marmaduke

28 août, 2010

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Grand Danois maladroit et facétieux, Marmaduke mène une vie paisible avec la famille Winslow dans leur petite ferme du Kansas. Mais quand le père se voit offert un nouvel emploi, tout le monde déménage en Californie où Marmaduke découvre un nouveau terrain de jeu, plein de nouvelles odeurs, de nouvelles bêtises à faire et de nouveaux amis à se faire. Et dans tout ça, le gros toutou qui n’a jamais su quoi faire de ses 90 kilos va devoir trouver la place qui est la sienne

« L’ensemble est trop convenu pour s’extraire du tout-venant de la comédie familiale US »

Comme pourra le confirmer Garfield, tirer un scénario de long-métrage à partir d’un comic strip n’est pas chose aisée. Partant avec le même handicap, Marmaduke du passe-partout Tom Dey (Shanghai Kid, Playboy à saisir) propose cependant une alternative intéressante en déplaçant son aventure canine dans le contexte d’une teen comedy, avec tout ce que cela implique de passages obligés et codes du genre parodiés par le point de vue du meilleur ami de l’homme. Les clans, les fêtes, aucun « enjeu scolaire » mais seulement l’amour et l’amitié, tout est là. Le mieux étant que, sur une telle trame, le personnage principal peut acquérir une humanité à laquelle tous n’ont pas droit. De gros chien un peu cabot dans la bande-dessinée, le Dogue allemand (ou Grand Danois) Marmaduke devient ainsi un adolescent mal dans sa peau car plus grand que les autres, catapulté dans un nouveau microcosme qu’il va lui falloir découvrir en même temps qu’il se découvrira lui-même. Un postulat classique mais qui, avec des animaux pour protagonistes et un petit grain de folie dans l’écriture, pourrait aisément suffire à emballer une péloche bien sympathique.

Le problème étant justement que cette transposition d’un genre dans un cadre décalé n’apporte en fin de compte rien du tout. Vu et revu, le parcours de Marmaduke ne sort pas des ornières et s’articule autour de ressorts narratifs d’une pauvreté sidérante. Il serait même aussi prévisible que le tragique destin d’une tortue perdue sur une autoroute si, en toute fin, il ne trahissait sa volonté de faire de la teen comedy en cédant à un climax à côté de la plaque. Mais le plus pénalisant, comme souvent dans les « films-avec-des-animaux-en-CGI-qui-parlent », demeure la présence humaine. Là, le scénario devient franchement cucul à ressasser les poncifs de la gentillette comédie américaine avec le père délaissant sa famille au profit du boulot, l’ainée qui réclame son indépendance, le fils qui n’ose pas confier ses problèmes,… Tout un pan du film bien lourdingue qui n’a pas sa place ici, mis comme si l’équipe craignait que les spectateurs ne puissent s’intéresser à une histoire sans humain. Drôle d’idée.

Il reste alors quelques bons gags et personnages efficaces (le chat mexicain mériterait un film pour lui tout seul), plus une VF bien plus convaincante que la VO en ce qui concerne le personnage principal (chose assez rare pour le préciser), mais l’ensemble est vraiment trop convenu pour que Marmaduke puisse s’extraire du tout-venant de la comédie familiale US. Comme quoi, un toutou bien sage n’est pas toujours ce qu’il y a de mieux !

(Retrouvez cette critique sur Excessif.com)

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