Top Cops

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Jimmy Monroe et Paul Hodges sont les deux flics les plus calamiteux de leur commissariat. Non pas qu’ils n’arrêtent jamais de criminels – ça leur arrive parfois – mais avec eux, on peut s’attendre à chaque fois à ce qu’il y ait de la casse. Mis à pied pour un mois après une nouvelle bavure, Jimmy n’a plus qu’une solution pour trouver l’argent du mariage de sa fille : vendre une carte de baseball rarissime. Mais quand le précieux collector est volé avant qu’il ait pu récupérer l’argent, lui et Paul n’ont plus d’autre choix que de se lancer à sa recherche, se retrouvant bien malgré eux confrontés à un cartel mexicain

« Ceux ayant envie d’une comédie policière plus vivante que d’habitude – même si bancale – pourront se faire un petit plaisir coupable »

La recette est bien connue : prenez deux flics aussi différents que le jour et la nuit, entourez les de belles femmes dans une ambiance à la cool, ajoutez quelques criminels ainsi que des scènes d’action et voilà, vous avez un buddy movie dans les règles de l’art. Représenté des dizaines (voire des centaines) de fois au cinéma, le genre est aujourd’hui de retour dans les salles obscures avec Top Cops et à priori, même avec la présence de Bruce Willis en tête d’affiche, il n’y aurait donc pas de quoi se faire dessus à cette idée. Sauf que ce coup-ci, c’est un Kevin Smith en quête d’évolution artistique qui est aux commandes du projet. Et ça, tout de suite, ça rend les choses beaucoup plus intéressantes. Mais jusqu’à quel point ?

De la supérette aux super-flics

Remarqué en 1994 avec l’indépendant Clerks, Kevin Smith s’est par la suite fait une réputation en développant l’univers de ce film, le View Askewniverse (du nom de sa société de production), au travers de ses différents efforts. Quelle que soit l’histoire qu’il abordait, nous retrouvions ainsi d’une péloche à l’autre les mêmes personnages, les mêmes lieux, dans une logique « entre potes » devenue sa marque de fabrique. Désormais adulte (ou en tout cas plus mature), Kevin Smith a envie de s’écarter un peu de ce passé et de faire ses preuves dans un cinéma plus « traditionnel », moins marqué par son style. Sans être alors son premier essai en la matière (on peut y ajouter Père et fille en 2004 et Zack et Miri tournent un porno en 2008), Top Cops entérine pour de bon ce virage dans la carrière du réalisateur en cela que c’est la première fois qu’il s’attaque à un genre cinématographique autre que la comédie pure et dure. Le buddy movie à la L’Arme Fatale et consorts, donc, une tradition que Smith connaît sur le bout des doigts en tant que cinéphile boulimique et à laquelle il entend bien se conformer en taisant ses tics de style. Ce n’est en effet pas pour rien que le personnage de Bruce Willis dit très tôt qu’il « ne s’agit pas de juste citer des répliques de films », le réalisateur ayant toujours été un spécialiste en la matière. Mais pas ici, ou en tout cas pas de la même manière, bien que le duo Willis / Morgan lui offre l’opportunité de dialogues mordants comme il les affectionne. Il saute clairement aux yeux que Smith veut passer à du neuf, montrer qu’il peut faire autre chose que du « View Askewniverse », et c’est pourquoi il s’attache autant à respecter le cahier des charges du buddy movie (sur certains points tout du moins), jusqu’à délaisser pour un temps son New Jersey natal au bénéfice de la plus propice – et voisine, quand même – New York. D’ailleurs, peut-être le respecte-t-il même un peu trop à en juger le manque flagrant d’innovation du film, l’absence de recherche formelle (la réalisation est étonnamment plate). Car au bout du compte, et malgré son évident désir d’évolution, Kevin Smith reste Kevin Smith et fait du Kevin Smith.

Le cul entre deux chaises

Sa mise en scène quelque peu plombée par sa démarche d’hommage aux buddy movies de années 80, le style de Smith reste donc envers et contre tout visible dans Top Cops. Que ce soit dans les enjeux absurdes de l’histoire (vous en connaissez beaucoup des comédies policières où le héros doit retrouver une carte de baseball pour marier sa fifille ?) ou dans l’omniprésence des joutes verbales, le long-métrage porte sans conteste la marque de son homme de tête. Un fait d’autant plus surprenant que pour la première fois de sa carrière, il s’agit d’un long-métrage dont il n’a pas signé le scénario. Et voilà justement ce qui pourra poser problème : à la fois désireux de s’affranchir de sa méthode et incapable de le faire totalement, Kevin Smith emballe une péloche bâtarde qui peinera sûrement à trouver son public. Certains fans de la première heure parlent ainsi d’une véritable trahison tandis que les amateurs de buddy movie risquent d’être désappointés par la radinerie du film en matière d’action, ou encore le piètre intérêt des scènes concernées. Le geek du New Jersey avait pourtant fait montre en quelques occasions d’un savoir-faire largement plus convaincant, en particulier avec le survolté Jay et Bob contre-attaquent, mais il faut croire qu’il n’est pas aussi à l’aise avec les fusillades et explosions que nous le pensions. Heureusement, son humour s’accommode très bien dans ce registre différent et les vannes fusent à la place des balles, avec une réjouissante grossièreté que la prude Hollywood a d’ordinaire plutôt tendance à vouloir taire. Une réussite due principalement aux buddies du movie, l’alchimie fonctionnant on ne peut mieux entre Bruce Willis et l’échappé du SNL Tracy Morgan (vu aussi dans la sitcom 30 Rocks), au point que leur relation – amicale, entendons-nous – est parfois presque touchante. Et mine de rien, comble du « film de potes », ce n’est pas souvent que nous avons droit à une amitié aussi crédible dans ce genre d’intrigue !

Littéralement défoncé par la presse, Top Cops est en effet loin d’être un film parfait et pourra sans peine faire gonfler les rangs de ses détracteurs vu le décalage résidant en son sein. Film de commande exécuté par un auteur en pleine remise en question professionnelle, il est trop bavard pour contenter les intoxiqués de la pétarade et trop différent de ses oeuvres passées pour les nostalgiques-intégristes du View Askewniverse. Il ne reste alors plus qu’à espérer que Kevin Smith aura choisi la voie à prendre d’ici sa prochaine réalisation (d’autant qu’il s’agira d’un film d’horreur, Red State, où le flottement des tons pardonne bien moins) et en attendant, ceux ayant envie d’une comédie policière plus vivante que d’habitude – même si bancale – pourront toujours se faire un petit plaisir coupable avec cette paire de flics.

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