Fatal

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Rappeur numéro uno et star incontestée du bling-bling, Fatal n’a jamais connu que la gloire depuis ses débuts fracassants dans la musique. Mais alors que sort dans les bacs son énième album, sa suprématie est menacée par l’arrivée de la nouvelle sensation de l’électro-pop, Chris Prolls, qui tire de plus en plus à lui la couverture médiatique. Ridiculisé lorsque son ennemi révèle qu’il ne vient pas du ghetto mais de Savoie, Fatal tombe plus bas que terre et perd absolument tout, de son parc d’attraction Fataland à son épouse sexy. Il n’a alors plus d’autre choix, poussé par le désespoir, que de retourner sur les terres familiales, où se posera à lui un choix crucial : abandonner et devenir berger ou remonter à Paris et regagner son titre de roi des charts

« Sous influence et pas toujours très malin, sa première réalisation s’avère malgré tout très recommandable »

Fouteur de merde professionnel lors de ses années Morning Live, Michaël Youn est rapidement passé du petit au grand écran pour y exprimer son humour provoc’, mais la réussite étant une maîtresse des plus traîtresses, il n’a cumulé que des déceptions ces dernières années. Déceptions pour le public mais également déceptions pour lui, qui a l’impression de ne pas avoir trouvé le projet qu’il lui faut. The Good One. Plutôt alors que d’attendre l’opportunité en or, et avant de s’enfoncer trop profondément dans les limbes de la comédie lourdingue, l’ancien-animateur décide de faire SON film, celui qu’il assumera de A à Z. Et qui, pour la première fois, montrera ce qu’il veut vraiment faire au cinéma. Ressuscitant son alter-égo de l’album « T’as vu », le rappeur Fatal Bazooka, Youn se lance ainsi un défi sur lequel beaucoup de comiques se sont cassés les dents. Celles en or du gangsta de Savoie lui éviteront-elles cette déconvenue ?

Le petit frère de Zoolander

Dans les interviews données avant la sortie du film, Michaël Youn ne faisait aucun mystère de ses sources d’inspiration pour ce Fatal : les comédiens américains du « Frat Pack », de Will Ferrell à Ben Stiller. Et ce dernier en particulier, qui a si brillamment cumulé les postes d’acteur / scénariste / réalisateur. Une filiation qu’il a donc bien fait de ne pas taire tant, à la vision de sa première réalisation, il est impossible de ne pas penser au Zoolander de Stiller, dont il reprend la structure (les parcours du rappeur et du top-model sont rigoureusement identiques) et certains thèmes mais aussi des scènes entières, au point que l’on pourrait parfois presque croire à une adaptation. Fortement influencé par l’interprète de Zoolander, Youn va même jusqu’à concrétiser le faux-film « Simple Jack » apparaissant dans Tonnerre sous les tropiques lors de sa partie savoyarde, son look renvoyant directement à celui qu’y arbore le comique américain. Mais plutôt que de s’étouffer avec des références dont il ne saurait que faire, ce qu’il y avait fort à craindre, l’ex-trublion de M6 les utilise comme une toile de fond sur laquelle il appose – à défaut de sa propre histoire – ses propres gags, son propre humour. Et une charge assez réjouissante, bien que pas toujours très finaude, contre l’industrie du disque et le star-system en général, où le comédien fait un mea culpa lucide (mais sincère pour autant ?) tout en pointant du doigt les excès de tous les partis concernés. Cette faune tout en paillettes, toujours comme chez Stiller, Michael Youn lui donne une véritable valeur comique en confiant les rôles à des personnes que l’on n’attendait pas forcément mais s’intégrant malgré tout à merveilles à son univers (Stéphane Rousseau trouve là une de ses meilleures prestations comiques). Et comme ça, à force de petites surprises, Fatal esquive l’écueil du plagiat.

Le comique à la caméra

Parce que de la même manière qu’il a pensé son film en gardant toujours à l’esprit – volontairement ou non – l’oeuvre de Ben Stiller, on sent bien dans sa réalisation que Michaël Youn a digéré des années d’observation audiovisuelle, toutes sources confondues (films, clips, télévision,…). L’ensemble peut donc sembler parfois un peu hétérogène, sans ligne conductrice claire, mais l’apprenti-réalisateur a au moins le mérite de s’essayer à quelques petits cadrages et mouvements de caméra sortant du cadre posé de la comédie française, pour rendre sa péloche visuellement intéressante (là encore transparaît l’influence de Zoolander, avec son style parodiant celui de MTV). C’est déjà pas mal, d’autant plus quand on se remémore certaines déconvenues avec d’autres comiques passés derrière la caméra. Mais là où Youn gagne pour de bon des points en comparaison de la concurrence, c’est qu’il s’attache vraiment à raconter une histoire. Simple et balisée, certes, mais à laquelle il porte une réelle attention, sans la prendre de haut. Ça a peut-être l’air con de dire ça mais dernièrement, entre Gad Elmaleh et son Coco ou Eric & Ramzy et leur Seuls Two (quoique eux s’embarquaient quand même sur du costaud avec leur intrigue barrée), on ne peut pas dire que nos comiques aient brillé dans l’art de la narration. Sans chercher alors à révolutionner quoi que ce soit ni à se montrer plus malin qu’il ne l’est, Youn parvient à nous faire accepter une histoire de laquelle nous saurons nous contenter lorsque arrivera l’indispensable happy-end.

En quête du projet qui saura l’installer (ou plus exactement le remettre en place) sur le marché français de l’humour, Michaël Youn a donc très bien fait de prendre le taureau par les cornes et de se le tailler sur-mesure, Fatal éclipsant sans peine ses dernières années de bides. Sous influence et pas toujours très malin (mais plus c’est con, plus c’est bon), sa première réalisation s’avère malgré tout très recommandable pour son humour absurde et gentiment acide, ainsi que pour la passion qu’a mis son auteur (n’ayons pas peur des mots) dans le projet. La transition est joliment amorcée, et il ne reste désormais plus à Youn que de la confirmer avec un deuxième long-métrage aussi poilant !

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