The Crazies

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Shérif de la petite ville rurale d’Ogden Marsh, David Dutton voit un jour certains de ses concitoyens devenir inexplicablement violents, provoquant plusieurs morts des plus horribles. Il s’avère qu’ils ont été contaminés par une arme chimique de l’armée américaine, relâchée dans les environs après le crash d’un avion. Une bavure que le gouvernement veut étouffer en plaçant la zone en quarantaine. Tirés comme des lapins par les militaires, poursuivis par leurs anciens voisins et amis, une poignée de survivants menés par David et sa femme vont alors tout risquer pour échapper à cet Enfer sur Terre

« Un remake pas mal torché mais loin d’être impérissable pour autant »

Connu quasi-exclusivement pour sa saga zombiesque, George A. Romero en proposa pourtant une variation assez réussie – bien que complétement fauchée – en 1973 avec The Crazies, opportunément re-titré chez nous La Nuit des fous vivants. Un film resté obscur pour beaucoup, rebutés par sa facture cheap, et propice donc au remake tant on évite de fâcher des hordes de fans tout en s’assurant le label du maître de l’horreur. Néanmoins, si l’entreprise était prometteuse, la nomination de Breck Eisner pour remplacer Romero avait de quoi soulever quelques interrogations…

Breck Eisner sort du désert

Remarqué chez nous uniquement pour le peu concluant film d’aventure Sahara, Eisner semblait en effet ne pas être l’homme de la situation pour offrir une seconde jeunesse à une péloche de Romero, ou même simplement pour se lancer sur un film d’horreur. Il faut croire cependant que le bonhomme apprécie le genre puisqu’après s’être escrimé sur un remake de La Créature du lagon noir (tombé à l’eau… ah, ah, ah !) et avoir réalisé un épisode de la série Fear Itself (une anthologie à la Masters of Horror), il est donc parvenu à convaincre les financiers de lui confier ce remake. Heureusement, sans casser non plus trois pattes à un canard ou chercher à innover, il se trouve être plutôt à l’aise dans la discipline et concocte quelques scènes efficaces, que ce soit dans la montée du suspense où dans l’horreur pure. La main à la rigueur un peu lourde sur les sursauts faciles, il instille une ambiance prenante – baignée dans la lumière naturaliste de Maxime Alexandre, un habitué d’Alexandre La Colline a des yeux Aja – puis la laisse éclater lors de fulgurances confirmant son statut d’artisan habile. Le tout au travers de quelques idées bien vicieuses (le massacre à la fourche) ou malsaines (les chasseurs) nous rappelant la présence de Scott Kosar, un des artisans de la résurrection réussie de Massacre à la tronçonneuse, derrière le scénario de ce The Crazies.

Courir deux lièvres à la fois

Le scénario est pourtant ce qui va finir par refroidir notre enthousiasme car, à jongler avec les deux menaces qui pèsent sur nos courageux héros, il a tendance à amoindrir un peu leur importance thématique, voire même émotionnelle. Le propos du film, celui sur lequel il communique ouvertement, est la peur du changement chez l’autre, peur d’autant plus grande quand il s’agit d’un proche. Un aspect de l’intrigue que l’on a alors la surprise de voir presque passé sous silence en cours de visionnage, nombre de bifurcations narratives possibles débouchant sur un cul-de-sac pur et simple. Ce qui est particulièrement évident dans un final sentant le rafistolage en catastrophe, où le propos ne se focalise que sur une pseudo-dénonciation paranoïaque du pouvoir quand tout appelait au contraire à une conclusion visant le coeur, humaine et déchirante. L’étape du montage a dû être douloureuse, et on ne sent que trop bien les hésitations pour équilibrer les deux partis sans se prononcer. Que ce soient alors les infectés ou les militaires, ils représentent des menaces traitées trop en surface pour donner proprement corps au récit, en dépit de la présence d’excellents acteurs (Timothy Olyphant et Radha Mitchell en tête, mais également un Joe Anderson très bon en adjoint au shérif) qui auraient très bien pu nous intéresser au destin de leurs personnages.

Au terme de la pandémie (mais est-ce vraiment fini ?), nous sortons ainsi de The Crazies avec l’impression d’avoir assisté à un remake pas mal torché mais loin d’être impérissable pour autant, ce qui constitue déjà une petite prouesse dans la catégorie des classiques revisités. S’il est très loin d’être un auteur de la trempe de Romero et prive son métrage de sous-texte, d’une véritable réflexion ou message, Breck Eisner se révèle tout du moins être un habile faiseur dans le genre, emballant avec une relative efficacité sa péloche. Ce dont on saurait presque se satisfaire, surtout quelques semaines après le catastrophique nouveau Griffes de la nuit

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