La Tête en friche

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La quarantaine bien tassée, Germain mène une vie sans la moindre aspiration entre ses petits boulots, ses copains de bistrot et une mère exécrable. Presque analphabète, il fait un jour la rencontre dans un parc d’une vieille dame et lectrice assidue, Margueritte, avec laquelle il va se mettre à cultiver un esprit laissé trop longtemps à l’abandon

« S’il pourra donner l’impression de radoter quelque peu, papi Becker n’en réussit pas moins son coup »

Après un Deux jours à tuer d’une gravité rare dans sa filmographie, Jean Becker revient au cinéma ayant fait son succès ces dernières années et s’offre une récréation avec La Tête en friche, petit projet sans autre prétention que de glorifier encore et toujours les mêmes valeurs. L’amour, l’amitié, la vie rurale,… toutes ces choses sur lesquelles aiment à s’épancher les grands-mères à moustache. Mais s’il pourra donner l’impression de radoter quelque peu, papi Becker n’en réussit pas moins son coup. Sans se fouler, sans surprendre, mais avec un savoir-faire et un ton que les fans sauront certainement apprécier.

Douce France…

Depuis 1999 et Les Enfants du marais, Jean Becker s’est fait une spécialité des longs-métrages glorifiant une certaine vision de la France. Celle du passé, de la campagne, où les gens et les relations entre eux étaient soi-disant plus sains, plus simples. Limite réac’, ce discours évitait malgré tout de basculer dans le répulsif grâce à l’humour du réalisateur, sa mise en images lumineuse et, surtout, des galeries de personnages à chaque fois servies par des acteurs incroyables, sachant rendre leurs rôles attachants et humains tout en évitant le cliché. Une recette déjà éprouvée plusieurs fois – avec succès – et que Becker réutilise donc telle quelle, sans chercher à la faire évoluer ne serait-ce que d’un iota. « Solution de facilité », pensez-vous ? Et combien vous avez raison ! D’une simplicité conférant parfois presque au simpliste (voir comment on entre dans le « vif du sujet » sans avoir recours à la moindre exposition), le scénario déroule son intrigue avec une totale absence d’enjeu pour mieux retranscrire cette idée de chronique de vie, comme c’était le cas dans Les Enfants du marais. Et entre coups au troquet avec les potes ou discussions poétiques avec la tendre Margueritte, force est de reconnaître qu’on se laisse embarquer dans ce jardin d’Eden oublié du Temps bien que ne nous soit pas épargnée une poignée de gags bien lourdingues, conséquences aux lacunes intellectuelles du personnage principal sur lesquelles le film insiste grossièrement.

Le paradoxe Depardieu

Mais l’élément le plus révélateur de la prise de risque nulle empruntée par La Tête en friche, c’est sans conteste la présence en tête d’affiche de Gérard Depardieu. Un monstre sacré donnant l’impression de participer à tous les films du cinéma français, à tort et à travers, et ce n’est pas son petit dernier qui inversera la tendance. Après le mini-scandale ayant accompagné la sortie de L’Autre Dumas, nous avons ainsi droit à un autre casting hautement discutable puisque, cette fois, « Depardiou » vient incarner – à grand renfort de coloration capillaire – un homme plus jeune que lui d’une grosse quinzaine d’années. Une différence conséquente et que l’on n’intègre pas forcément à la vision du film, ce qui peut soulever quelques interrogations chez le spectateur (que fait-il avec une fille si jeune ?) mais prouve par-dessus tout, assez tristement, le défi zéro représenté par le nouvel effort de Becker. Prendre une grosse star pour s’assurer l’empathie du public et une couverture médiatique suffisamment porteuse, quitte à faire n’importe quoi au casting. Ou presque, et c’est là le paradoxe, car le comédien – que nous n’arrivons pas une seule seconde à imaginer en homme de 45 ans – est pourtant impeccable dans la salopette de Germain et, après le récent Mammuth, continue de prouver qu’il est bien un des très grands de la profession. Un paradoxe, donc, semblable à celui du projet dans son entièreté où l’on est déçus par le manque d’originalité et en même temps contentés par quelque chose de familier, provoquant toujours une sympathie intacte chez nous.

Sans surprise, Jean Becker revient donc à sa formule idéalistico-nostalgique pour La Tête en Friche et ne s’en écarte jamais, cédant à une très grande facilité pour satisfaire tous ceux désireux de trouver un nouveau Enfants du marais, un nouveau Dialogue avec mon jardinier. Pour eux, aucun problème, ils seront charmés par la relation tendrounette entre la délicate Margueritte et le balourd Germain, les fleurs que fait germer la première dans l’esprit du second. Quant aux autres… bah, pour peu que vous ne soyez pas rebutés à l’idée de retrouver le goût des choses simples (ça fait pub pour saucisses, non ?), vous pourrez toujours vous laisser tenter par cet objet inoffensif et parfois même, disons-le, assez plaisant. Et puis, argument ultime, ça ne dure qu’à peine 1h20 (quand on vous dit qu’ils ne se sont pas foulés) !

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