Infectés

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Danny et Brian traversent les États-Unis avec deux amies pour rejoindre la plage où ils passaient leurs vacances étant enfants. Planches de surf sur le toit, radio réglée sur rock, le voyage a presque des airs des vacances. Mais c’est sans compter les cadavres qui jonchent les rues par milliers, l’espèce humaine ayant été décimée après l’apparition d’un virus extrêmement contagieux. Le moindre contact avec un infecté, et c’est la mort. Ne devant leur survie qu’à un règlement des plus stricts et cruels, les deux frères vont alors découvrir que leur recherche du paradis perdu réclamera les plus horribles des sacrifices

« Trop court et linéaire, le film ne démérite pourtant pas dans la vague actuelle du cinéma post-apo »

Depuis quelques temps, le cinéma se plaît à nous rappeler que le monde va mal, très mal, et que nous courrons droit à la catastrophe si nous ne corrigeons pas nos nombreuses erreurs (horreurs ?) s’étalant dans le JT ou la presse. Avec Infectés (Carriers en VO), leur premier long-métrage, les frangins Pastor entrent donc dans une arène déjà jonchée de cadavres et souffrent en plus que leur idée de départ – originale aux prémisses du projet – ait été rendue caduque par l’actualité. Qu’importe, car loin de vouloir seulement tirer la sonnette d’alarme des craintes contemporaines, les espagnols Alex et David se révèlent être de ces cinéastes ne sacrifiant pas leur sensibilité au sensationnalisme.

Et si Roselyne Bachelot avait eu raison ?

Sa campagne de promotion pouvant aisément laisser croire le contraire, il est indispensable de préciser avant toutes choses que Infectés n’est pas un nouveau film de zombies, ou même d’ »infectés » à la 28 jours plus tard. Inspirés par un article sur la grippe aviaire publié il y a quelques années de cela, les frères Pastor veulent eux aussi nous dévoiler un monde ayant subi les ravages d’une pandémie aux proportions bibliques mais là où l’exercice se transforme souvent en foire aux monstres chez les autres, les deux cinéastes en herbe optent pour une approche plus réaliste, plus humaine et intime (ce qui les inscrit en droite lignée de la mouvance du cinéma fantastique hispanique de ces dernières années). Une peur plus diffuse. Celle de la contamination insidieuse, bien sûr, mais aussi des conséquences et choix dramatiques qu’elle implique. En soi rien de très neuf, toutes les péloches de morts-vivants baignent dans les mêmes thématiques, sauf que ce nouveau représentant du genre post-apo entend donc établir un lien direct avec les psychoses entretenues dans les médias. Ou c’était en tout cas la volonté originale des frangins car, comme nous le savons désormais (et comme beaucoup d’entre nous s’en doutaient), la grippe H1N1 n’était qu’un pétard mouillé. Difficile dès lors d’angoisser avec un sujet à ce point risible et après avoir revu leur copie, pour effacer les rappels trop évidents au virus dont nous rabâchaient les journaux (voir le générique original qu’on peut trouver sur YouTube), ils concentrent le film sur le parcours de leurs héros, leurs réactions face à cette situation inextricable et leur quête du paradis perdu. Ce qu’il a perdu en « opportunisme » et correspondance avec l’actualité, Infectés le regagne alors en universalité et s’assure par le fait une durée de vie et une portée largement plus conséquentes. Un mal pour un bien, pourrait-on dire.

Toujours droit devant

Pas manchots non plus avec une caméra, les Pastor installent une morne ambiance de fin du monde qui n’ira pas sans rappeler un peu le récent La Route de John Hillcoat (une ressemblance qui ne s’arrête d’ailleurs pas là), plus chaude dans ses teintes mais pas moins anxiogène grâce au travail inspiré du directeur de la photographie Benoît Debie (Calvaire). Un cadre étouffant qu’ils laissent éclater au cours de quelques scènes de flippe plutôt bien troussées sans trop en faire, jouant pour la majorité sur une horreur plus psychologique que les simples débordements graphiques – même si une poignée de jolis maquillages sont de la partie – et autres « jump scares ». Toutefois, l’étonnante maîtrise dont font preuve les jeunes réalisateurs ne va pas sans quelques faiblesses et, pris dans son ensemble, Infectés donnera la sensation d’un déroulement un peu trop mécanique ne s’écartant jamais de sa ligne droite, la colonne vertébrale de sa narration. Normal pour un road-movie dira-t-on mais dans le cas où celui-ci se trouve également être un chouïa court (84 minutes ici), cela s’accompagne irrémédiablement de lacunes quant au traitement des personnages, qui semblent dès lors plus subir un schéma pré-établi qu’autre chose. Pourtant, s’ils auraient gagné à être épaissis pour rendre certaines scènes plus poignantes, les frangins sauvent les meubles en confiant ces rôles de survivants à des comédiens prometteurs (Chris Pine qui continue de prouver qu’il n’est pas qu’une belle-gueule, accompagné de Lou Taylor Pucci et Emily VanCamp), trop rares sur grand écran (le monstrueux Christopher Meloni) ou que nous avons tous simplement plaisir à retrouver (Piper Perabo, inoubliable depuis ses cabrioles scabreuses dans Coyote Girls).

Trop court et linéaire, Infectés ne démérite donc pourtant pas dans la vague actuelle du cinéma post-apocalyptique. Relativement original dans sa manière d’aborder le genre, le film vaut surtout pour la révélation de ses jeunes réalisateurs. Il nous tarde alors de voir ce qu’ils feront par la suite, car l’avenir s’annonce des plus radieux pour eux. Enfin, à moins bien sûr qu’une pandémie ne vienne éradiquer l’espèce humaine mais ça, c’est une autre histoire !

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