Archive pour juin, 2010

Top Cops

30 juin, 2010

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Jimmy Monroe et Paul Hodges sont les deux flics les plus calamiteux de leur commissariat. Non pas qu’ils n’arrêtent jamais de criminels – ça leur arrive parfois – mais avec eux, on peut s’attendre à chaque fois à ce qu’il y ait de la casse. Mis à pied pour un mois après une nouvelle bavure, Jimmy n’a plus qu’une solution pour trouver l’argent du mariage de sa fille : vendre une carte de baseball rarissime. Mais quand le précieux collector est volé avant qu’il ait pu récupérer l’argent, lui et Paul n’ont plus d’autre choix que de se lancer à sa recherche, se retrouvant bien malgré eux confrontés à un cartel mexicain

« Ceux ayant envie d’une comédie policière plus vivante que d’habitude – même si bancale – pourront se faire un petit plaisir coupable »

La recette est bien connue : prenez deux flics aussi différents que le jour et la nuit, entourez les de belles femmes dans une ambiance à la cool, ajoutez quelques criminels ainsi que des scènes d’action et voilà, vous avez un buddy movie dans les règles de l’art. Représenté des dizaines (voire des centaines) de fois au cinéma, le genre est aujourd’hui de retour dans les salles obscures avec Top Cops et à priori, même avec la présence de Bruce Willis en tête d’affiche, il n’y aurait donc pas de quoi se faire dessus à cette idée. Sauf que ce coup-ci, c’est un Kevin Smith en quête d’évolution artistique qui est aux commandes du projet. Et ça, tout de suite, ça rend les choses beaucoup plus intéressantes. Mais jusqu’à quel point ?

De la supérette aux super-flics

Remarqué en 1994 avec l’indépendant Clerks, Kevin Smith s’est par la suite fait une réputation en développant l’univers de ce film, le View Askewniverse (du nom de sa société de production), au travers de ses différents efforts. Quelle que soit l’histoire qu’il abordait, nous retrouvions ainsi d’une péloche à l’autre les mêmes personnages, les mêmes lieux, dans une logique « entre potes » devenue sa marque de fabrique. Désormais adulte (ou en tout cas plus mature), Kevin Smith a envie de s’écarter un peu de ce passé et de faire ses preuves dans un cinéma plus « traditionnel », moins marqué par son style. Sans être alors son premier essai en la matière (on peut y ajouter Père et fille en 2004 et Zack et Miri tournent un porno en 2008), Top Cops entérine pour de bon ce virage dans la carrière du réalisateur en cela que c’est la première fois qu’il s’attaque à un genre cinématographique autre que la comédie pure et dure. Le buddy movie à la L’Arme Fatale et consorts, donc, une tradition que Smith connaît sur le bout des doigts en tant que cinéphile boulimique et à laquelle il entend bien se conformer en taisant ses tics de style. Ce n’est en effet pas pour rien que le personnage de Bruce Willis dit très tôt qu’il « ne s’agit pas de juste citer des répliques de films », le réalisateur ayant toujours été un spécialiste en la matière. Mais pas ici, ou en tout cas pas de la même manière, bien que le duo Willis / Morgan lui offre l’opportunité de dialogues mordants comme il les affectionne. Il saute clairement aux yeux que Smith veut passer à du neuf, montrer qu’il peut faire autre chose que du « View Askewniverse », et c’est pourquoi il s’attache autant à respecter le cahier des charges du buddy movie (sur certains points tout du moins), jusqu’à délaisser pour un temps son New Jersey natal au bénéfice de la plus propice – et voisine, quand même – New York. D’ailleurs, peut-être le respecte-t-il même un peu trop à en juger le manque flagrant d’innovation du film, l’absence de recherche formelle (la réalisation est étonnamment plate). Car au bout du compte, et malgré son évident désir d’évolution, Kevin Smith reste Kevin Smith et fait du Kevin Smith.

Le cul entre deux chaises

Sa mise en scène quelque peu plombée par sa démarche d’hommage aux buddy movies de années 80, le style de Smith reste donc envers et contre tout visible dans Top Cops. Que ce soit dans les enjeux absurdes de l’histoire (vous en connaissez beaucoup des comédies policières où le héros doit retrouver une carte de baseball pour marier sa fifille ?) ou dans l’omniprésence des joutes verbales, le long-métrage porte sans conteste la marque de son homme de tête. Un fait d’autant plus surprenant que pour la première fois de sa carrière, il s’agit d’un long-métrage dont il n’a pas signé le scénario. Et voilà justement ce qui pourra poser problème : à la fois désireux de s’affranchir de sa méthode et incapable de le faire totalement, Kevin Smith emballe une péloche bâtarde qui peinera sûrement à trouver son public. Certains fans de la première heure parlent ainsi d’une véritable trahison tandis que les amateurs de buddy movie risquent d’être désappointés par la radinerie du film en matière d’action, ou encore le piètre intérêt des scènes concernées. Le geek du New Jersey avait pourtant fait montre en quelques occasions d’un savoir-faire largement plus convaincant, en particulier avec le survolté Jay et Bob contre-attaquent, mais il faut croire qu’il n’est pas aussi à l’aise avec les fusillades et explosions que nous le pensions. Heureusement, son humour s’accommode très bien dans ce registre différent et les vannes fusent à la place des balles, avec une réjouissante grossièreté que la prude Hollywood a d’ordinaire plutôt tendance à vouloir taire. Une réussite due principalement aux buddies du movie, l’alchimie fonctionnant on ne peut mieux entre Bruce Willis et l’échappé du SNL Tracy Morgan (vu aussi dans la sitcom 30 Rocks), au point que leur relation – amicale, entendons-nous – est parfois presque touchante. Et mine de rien, comble du « film de potes », ce n’est pas souvent que nous avons droit à une amitié aussi crédible dans ce genre d’intrigue !

Littéralement défoncé par la presse, Top Cops est en effet loin d’être un film parfait et pourra sans peine faire gonfler les rangs de ses détracteurs vu le décalage résidant en son sein. Film de commande exécuté par un auteur en pleine remise en question professionnelle, il est trop bavard pour contenter les intoxiqués de la pétarade et trop différent de ses oeuvres passées pour les nostalgiques-intégristes du View Askewniverse. Il ne reste alors plus qu’à espérer que Kevin Smith aura choisi la voie à prendre d’ici sa prochaine réalisation (d’autant qu’il s’agira d’un film d’horreur, Red State, où le flottement des tons pardonne bien moins) et en attendant, ceux ayant envie d’une comédie policière plus vivante que d’habitude – même si bancale – pourront toujours se faire un petit plaisir coupable avec cette paire de flics.

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Toy Story 3

26 juin, 2010

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Les années ont passé depuis leur dernière aventure et cela fait maintenant quelques temps que Woody, Buzz et les autres ont été cantonnés au coffre à jouets. Andy sur le point de partir à l’université, tous s’inquiètent de leur devenir et quand il se retrouvent par erreur jetés à la poubelle, c’est la panique ! Seule autre alternative : la garderie de Sunnydale, où l’on jouera avec eux pour toujours. Mais derrière la façade rieuse de ce paradis pour jouets se cache en réalité un véritable enfer. Torturés par les bambins, menacés par les autres joujoux, la bande se lance alors dans la plus grande évasion qu’on ait jamais vue. Oui, mais pour fuir où ?

« Le petit dernier n’est pas une simple suite mais la conclusion incroyable d’une des sagas animées les plus brillantes qui soient »

Toute la confiance qu’on peut leur accorder n’y change rien : il se pose en ce moment un problème avec Pixar. Car là où le studio des merveilles nous avait habitué à livrer presque à chaque fois des projets originaux, rendant chacun d’entre eux d’autant plus unique comme à la grande époque de Disney, il semble s’axer désormais sur une politique de suites assez décevante. L’abandon de Newt (heureusement, Brave semble maintenu pour l’instant), Cars 2 l’année prochaine (et sur lequel John Lasseter est venu à l’aide du réalisateur… ça sent pas bon), Monstres et Cie 2 et, bien sûr, ce Toy Story 3. Un long-métrage pivot à l’importance cruciale, qui nous fera accepter ou non ce tournant pris par Pixar. Parce qu’en dépit de notre attente fébrile, il soulève une inquiétude de poids : les magiciens du studio sauront-ils réitérer une troisième fois le miracle des deux épisodes précédents ?

Une vraie saga

Tout comme Toy Story a une place à part dans la filmographie de Pixar en tant que leur premier long-métrage, Toy Story 2 y avait la particularité d’être leur seule suite pendant plusieurs années. Sans être pour autant la brebis galeuse du lot, ce film constitue même l’un de leurs plus brillants représentants, explosant le postulat de l’original pour le conduire « vers l’infini et au-delà ». Ce qui n’allait pas sans poser un problème puisque si cette suite était une réussite incontestable, cela était surtout dû à une surenchère (intelligente, heureusement) plaquée sur une structure très, très similaire au premier volet. La formule Pixar pour les « sequels« , il faut croire, d’autant que Toy Story 3 répond lui aussi à ce principe. Difficile en effet de ne pas voir les similitudes entre ce nouveau film et les deux l’ayant précédé, que ce soit au niveau de la construction pure et dure (l’introduction « fictive », la réunion pour fixer les enjeux,…) ou bien d’éléments repris ici et là (le combat sur un tapis roulant,…). Encore plus flagrant, on constate que les scénaristes semblent ne pas pouvoir se passer de la présence d’un Buzz l’éclair ignorant qu’il est un jouet et il n’hésitent donc pas à faire régresser l’astronaute de Star Command, malgré le risque de redondance que cela représente.

Mais c’est là tout le génie de Pixar : plus que de reprendre simplement un modèle à la lettre, ils parviennent à surenchérir encore dessus, à donner une charge émotionnelle et thématique neuve à ces réminiscences de Toy Story 1 et 2. Tous les renvois à ses prédécesseurs que l’on peut alors dénoter dans le métrage ne sont plus les symptômes d’un manque d’ambition mais, au contraire, continuent de tisser les connexions entre les différents épisodes de ce qu’il faut bien appeler désormais une saga, épique qui plus est. En aucun cas répétitif ou inutile, Toy Story 3 prolonge avec un à-propos rare les questionnements soulevés par les deux autres films sur la nature des jouets, leur fonction et leur destin ; et quand arrive cette image finale de nuages renvoyant directement à ceux sur lesquels s’ouvre le premier Toy Story, on sait que la boucle est bouclée et que le petit dernier n’est pas qu’une simple suite, mais la conclusion incroyable d’une des sagas animées les plus brillantes qui soient.

Pour les 7 à 77 ans

Ayant surmonté le défi d’accoucher d’un troisième volet ayant une réelle utilité, il ne restait alors plus à Pixar qu’à mettre en oeuvre son savoir-faire pour remporter la donne, ce dont ils ne se sont évidemment pas gênés. Comme à chaque fois avec le studio de Lasseter & co, leur film ne lèse absolument aucun de ses aspects pour régaler petits et grands. Livrer un spectacle le plus total possible. Avec l’humour pour commencer, nos héros étant toujours aussi drôles (même Buzz revenu en « mode Star Command » arrive à avoir de nouveaux gags) et les petits nouveaux apportant une touche de fraîcheur bienvenue (le Ken fashion-victim et peu sûr de lui est tout bonnement génial), ensuite grâce à une sévère dose d’action (le final est un énorme climax de plus de vingt minutes qui ne s’arrête jamais). Et puis bien sûr, que serait un Pixar sans des scènes dont l’émotion ferait fondre les coeurs les plus durs ? Doté d’une gravité que seule permet la maturité, celle de la saga mais aussi celle du studio, Toy Story 3 aborde ainsi à plusieurs reprises des scènes sacrément poignantes. Le flashback sur Lotso l’ours par exemple, où est mis sous un jour nouveau le cruel sort qui peut être réservé aux jouets, mais surtout l’acceptation finale de la bande face à la mort. Un moment d’une intensité rare, que ce soit dans le cinéma d’animation ou bien live. Alors après, que le relief du film soit anecdotique n’a aucune espèce d’importance (sauf pour ceux qui auront raqué 3 euros en plus) : il n’a absolument pas besoin de ça pour nous faire vivre son histoire de l’intérieur !

Comme toujours avec Pixar, leur dernière production dépasse donc de très loin toutes nos espérances, confirmant qu’ils sont tout à fait capables de faire tomber la foudre non pas deux, mais trois fois au même endroit. Il faut pourtant espérer que nous soyons rendus à la fin de la saga, sans quoi un quatrième film pourrait ruiner l’équilibre mis en place, la logique de l’entreprise. Ceci dit, c’est aussi un peu ce que l’on craignait avec ce Toy Story 3 avant qu’il vienne nous rappeler à quel point il ne faut pas sous-estimer Pixar. Alors qui sait, vu la folie des suites qui anime en ce moment le studio, peut-être aurons-nous droit un jour à un Toy Story 4 ? Et peut-être, très probablement même, s’agira-t-il encore d’un chef d’oeuvre ?

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Fatal

24 juin, 2010

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Rappeur numéro uno et star incontestée du bling-bling, Fatal n’a jamais connu que la gloire depuis ses débuts fracassants dans la musique. Mais alors que sort dans les bacs son énième album, sa suprématie est menacée par l’arrivée de la nouvelle sensation de l’électro-pop, Chris Prolls, qui tire de plus en plus à lui la couverture médiatique. Ridiculisé lorsque son ennemi révèle qu’il ne vient pas du ghetto mais de Savoie, Fatal tombe plus bas que terre et perd absolument tout, de son parc d’attraction Fataland à son épouse sexy. Il n’a alors plus d’autre choix, poussé par le désespoir, que de retourner sur les terres familiales, où se posera à lui un choix crucial : abandonner et devenir berger ou remonter à Paris et regagner son titre de roi des charts

« Sous influence et pas toujours très malin, sa première réalisation s’avère malgré tout très recommandable »

Fouteur de merde professionnel lors de ses années Morning Live, Michaël Youn est rapidement passé du petit au grand écran pour y exprimer son humour provoc’, mais la réussite étant une maîtresse des plus traîtresses, il n’a cumulé que des déceptions ces dernières années. Déceptions pour le public mais également déceptions pour lui, qui a l’impression de ne pas avoir trouvé le projet qu’il lui faut. The Good One. Plutôt alors que d’attendre l’opportunité en or, et avant de s’enfoncer trop profondément dans les limbes de la comédie lourdingue, l’ancien-animateur décide de faire SON film, celui qu’il assumera de A à Z. Et qui, pour la première fois, montrera ce qu’il veut vraiment faire au cinéma. Ressuscitant son alter-égo de l’album « T’as vu », le rappeur Fatal Bazooka, Youn se lance ainsi un défi sur lequel beaucoup de comiques se sont cassés les dents. Celles en or du gangsta de Savoie lui éviteront-elles cette déconvenue ?

Le petit frère de Zoolander

Dans les interviews données avant la sortie du film, Michaël Youn ne faisait aucun mystère de ses sources d’inspiration pour ce Fatal : les comédiens américains du « Frat Pack », de Will Ferrell à Ben Stiller. Et ce dernier en particulier, qui a si brillamment cumulé les postes d’acteur / scénariste / réalisateur. Une filiation qu’il a donc bien fait de ne pas taire tant, à la vision de sa première réalisation, il est impossible de ne pas penser au Zoolander de Stiller, dont il reprend la structure (les parcours du rappeur et du top-model sont rigoureusement identiques) et certains thèmes mais aussi des scènes entières, au point que l’on pourrait parfois presque croire à une adaptation. Fortement influencé par l’interprète de Zoolander, Youn va même jusqu’à concrétiser le faux-film « Simple Jack » apparaissant dans Tonnerre sous les tropiques lors de sa partie savoyarde, son look renvoyant directement à celui qu’y arbore le comique américain. Mais plutôt que de s’étouffer avec des références dont il ne saurait que faire, ce qu’il y avait fort à craindre, l’ex-trublion de M6 les utilise comme une toile de fond sur laquelle il appose – à défaut de sa propre histoire – ses propres gags, son propre humour. Et une charge assez réjouissante, bien que pas toujours très finaude, contre l’industrie du disque et le star-system en général, où le comédien fait un mea culpa lucide (mais sincère pour autant ?) tout en pointant du doigt les excès de tous les partis concernés. Cette faune tout en paillettes, toujours comme chez Stiller, Michael Youn lui donne une véritable valeur comique en confiant les rôles à des personnes que l’on n’attendait pas forcément mais s’intégrant malgré tout à merveilles à son univers (Stéphane Rousseau trouve là une de ses meilleures prestations comiques). Et comme ça, à force de petites surprises, Fatal esquive l’écueil du plagiat.

Le comique à la caméra

Parce que de la même manière qu’il a pensé son film en gardant toujours à l’esprit – volontairement ou non – l’oeuvre de Ben Stiller, on sent bien dans sa réalisation que Michaël Youn a digéré des années d’observation audiovisuelle, toutes sources confondues (films, clips, télévision,…). L’ensemble peut donc sembler parfois un peu hétérogène, sans ligne conductrice claire, mais l’apprenti-réalisateur a au moins le mérite de s’essayer à quelques petits cadrages et mouvements de caméra sortant du cadre posé de la comédie française, pour rendre sa péloche visuellement intéressante (là encore transparaît l’influence de Zoolander, avec son style parodiant celui de MTV). C’est déjà pas mal, d’autant plus quand on se remémore certaines déconvenues avec d’autres comiques passés derrière la caméra. Mais là où Youn gagne pour de bon des points en comparaison de la concurrence, c’est qu’il s’attache vraiment à raconter une histoire. Simple et balisée, certes, mais à laquelle il porte une réelle attention, sans la prendre de haut. Ça a peut-être l’air con de dire ça mais dernièrement, entre Gad Elmaleh et son Coco ou Eric & Ramzy et leur Seuls Two (quoique eux s’embarquaient quand même sur du costaud avec leur intrigue barrée), on ne peut pas dire que nos comiques aient brillé dans l’art de la narration. Sans chercher alors à révolutionner quoi que ce soit ni à se montrer plus malin qu’il ne l’est, Youn parvient à nous faire accepter une histoire de laquelle nous saurons nous contenter lorsque arrivera l’indispensable happy-end.

En quête du projet qui saura l’installer (ou plus exactement le remettre en place) sur le marché français de l’humour, Michaël Youn a donc très bien fait de prendre le taureau par les cornes et de se le tailler sur-mesure, Fatal éclipsant sans peine ses dernières années de bides. Sous influence et pas toujours très malin (mais plus c’est con, plus c’est bon), sa première réalisation s’avère malgré tout très recommandable pour son humour absurde et gentiment acide, ainsi que pour la passion qu’a mis son auteur (n’ayons pas peur des mots) dans le projet. La transition est joliment amorcée, et il ne reste désormais plus à Youn que de la confirmer avec un deuxième long-métrage aussi poilant !

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The Crazies

16 juin, 2010

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Shérif de la petite ville rurale d’Ogden Marsh, David Dutton voit un jour certains de ses concitoyens devenir inexplicablement violents, provoquant plusieurs morts des plus horribles. Il s’avère qu’ils ont été contaminés par une arme chimique de l’armée américaine, relâchée dans les environs après le crash d’un avion. Une bavure que le gouvernement veut étouffer en plaçant la zone en quarantaine. Tirés comme des lapins par les militaires, poursuivis par leurs anciens voisins et amis, une poignée de survivants menés par David et sa femme vont alors tout risquer pour échapper à cet Enfer sur Terre

« Un remake pas mal torché mais loin d’être impérissable pour autant »

Connu quasi-exclusivement pour sa saga zombiesque, George A. Romero en proposa pourtant une variation assez réussie – bien que complétement fauchée – en 1973 avec The Crazies, opportunément re-titré chez nous La Nuit des fous vivants. Un film resté obscur pour beaucoup, rebutés par sa facture cheap, et propice donc au remake tant on évite de fâcher des hordes de fans tout en s’assurant le label du maître de l’horreur. Néanmoins, si l’entreprise était prometteuse, la nomination de Breck Eisner pour remplacer Romero avait de quoi soulever quelques interrogations…

Breck Eisner sort du désert

Remarqué chez nous uniquement pour le peu concluant film d’aventure Sahara, Eisner semblait en effet ne pas être l’homme de la situation pour offrir une seconde jeunesse à une péloche de Romero, ou même simplement pour se lancer sur un film d’horreur. Il faut croire cependant que le bonhomme apprécie le genre puisqu’après s’être escrimé sur un remake de La Créature du lagon noir (tombé à l’eau… ah, ah, ah !) et avoir réalisé un épisode de la série Fear Itself (une anthologie à la Masters of Horror), il est donc parvenu à convaincre les financiers de lui confier ce remake. Heureusement, sans casser non plus trois pattes à un canard ou chercher à innover, il se trouve être plutôt à l’aise dans la discipline et concocte quelques scènes efficaces, que ce soit dans la montée du suspense où dans l’horreur pure. La main à la rigueur un peu lourde sur les sursauts faciles, il instille une ambiance prenante – baignée dans la lumière naturaliste de Maxime Alexandre, un habitué d’Alexandre La Colline a des yeux Aja – puis la laisse éclater lors de fulgurances confirmant son statut d’artisan habile. Le tout au travers de quelques idées bien vicieuses (le massacre à la fourche) ou malsaines (les chasseurs) nous rappelant la présence de Scott Kosar, un des artisans de la résurrection réussie de Massacre à la tronçonneuse, derrière le scénario de ce The Crazies.

Courir deux lièvres à la fois

Le scénario est pourtant ce qui va finir par refroidir notre enthousiasme car, à jongler avec les deux menaces qui pèsent sur nos courageux héros, il a tendance à amoindrir un peu leur importance thématique, voire même émotionnelle. Le propos du film, celui sur lequel il communique ouvertement, est la peur du changement chez l’autre, peur d’autant plus grande quand il s’agit d’un proche. Un aspect de l’intrigue que l’on a alors la surprise de voir presque passé sous silence en cours de visionnage, nombre de bifurcations narratives possibles débouchant sur un cul-de-sac pur et simple. Ce qui est particulièrement évident dans un final sentant le rafistolage en catastrophe, où le propos ne se focalise que sur une pseudo-dénonciation paranoïaque du pouvoir quand tout appelait au contraire à une conclusion visant le coeur, humaine et déchirante. L’étape du montage a dû être douloureuse, et on ne sent que trop bien les hésitations pour équilibrer les deux partis sans se prononcer. Que ce soient alors les infectés ou les militaires, ils représentent des menaces traitées trop en surface pour donner proprement corps au récit, en dépit de la présence d’excellents acteurs (Timothy Olyphant et Radha Mitchell en tête, mais également un Joe Anderson très bon en adjoint au shérif) qui auraient très bien pu nous intéresser au destin de leurs personnages.

Au terme de la pandémie (mais est-ce vraiment fini ?), nous sortons ainsi de The Crazies avec l’impression d’avoir assisté à un remake pas mal torché mais loin d’être impérissable pour autant, ce qui constitue déjà une petite prouesse dans la catégorie des classiques revisités. S’il est très loin d’être un auteur de la trempe de Romero et prive son métrage de sous-texte, d’une véritable réflexion ou message, Breck Eisner se révèle tout du moins être un habile faiseur dans le genre, emballant avec une relative efficacité sa péloche. Ce dont on saurait presque se satisfaire, surtout quelques semaines après le catastrophique nouveau Griffes de la nuit

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La Tête en friche

12 juin, 2010

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La quarantaine bien tassée, Germain mène une vie sans la moindre aspiration entre ses petits boulots, ses copains de bistrot et une mère exécrable. Presque analphabète, il fait un jour la rencontre dans un parc d’une vieille dame et lectrice assidue, Margueritte, avec laquelle il va se mettre à cultiver un esprit laissé trop longtemps à l’abandon

« S’il pourra donner l’impression de radoter quelque peu, papi Becker n’en réussit pas moins son coup »

Après un Deux jours à tuer d’une gravité rare dans sa filmographie, Jean Becker revient au cinéma ayant fait son succès ces dernières années et s’offre une récréation avec La Tête en friche, petit projet sans autre prétention que de glorifier encore et toujours les mêmes valeurs. L’amour, l’amitié, la vie rurale,… toutes ces choses sur lesquelles aiment à s’épancher les grands-mères à moustache. Mais s’il pourra donner l’impression de radoter quelque peu, papi Becker n’en réussit pas moins son coup. Sans se fouler, sans surprendre, mais avec un savoir-faire et un ton que les fans sauront certainement apprécier.

Douce France…

Depuis 1999 et Les Enfants du marais, Jean Becker s’est fait une spécialité des longs-métrages glorifiant une certaine vision de la France. Celle du passé, de la campagne, où les gens et les relations entre eux étaient soi-disant plus sains, plus simples. Limite réac’, ce discours évitait malgré tout de basculer dans le répulsif grâce à l’humour du réalisateur, sa mise en images lumineuse et, surtout, des galeries de personnages à chaque fois servies par des acteurs incroyables, sachant rendre leurs rôles attachants et humains tout en évitant le cliché. Une recette déjà éprouvée plusieurs fois – avec succès – et que Becker réutilise donc telle quelle, sans chercher à la faire évoluer ne serait-ce que d’un iota. « Solution de facilité », pensez-vous ? Et combien vous avez raison ! D’une simplicité conférant parfois presque au simpliste (voir comment on entre dans le « vif du sujet » sans avoir recours à la moindre exposition), le scénario déroule son intrigue avec une totale absence d’enjeu pour mieux retranscrire cette idée de chronique de vie, comme c’était le cas dans Les Enfants du marais. Et entre coups au troquet avec les potes ou discussions poétiques avec la tendre Margueritte, force est de reconnaître qu’on se laisse embarquer dans ce jardin d’Eden oublié du Temps bien que ne nous soit pas épargnée une poignée de gags bien lourdingues, conséquences aux lacunes intellectuelles du personnage principal sur lesquelles le film insiste grossièrement.

Le paradoxe Depardieu

Mais l’élément le plus révélateur de la prise de risque nulle empruntée par La Tête en friche, c’est sans conteste la présence en tête d’affiche de Gérard Depardieu. Un monstre sacré donnant l’impression de participer à tous les films du cinéma français, à tort et à travers, et ce n’est pas son petit dernier qui inversera la tendance. Après le mini-scandale ayant accompagné la sortie de L’Autre Dumas, nous avons ainsi droit à un autre casting hautement discutable puisque, cette fois, « Depardiou » vient incarner – à grand renfort de coloration capillaire – un homme plus jeune que lui d’une grosse quinzaine d’années. Une différence conséquente et que l’on n’intègre pas forcément à la vision du film, ce qui peut soulever quelques interrogations chez le spectateur (que fait-il avec une fille si jeune ?) mais prouve par-dessus tout, assez tristement, le défi zéro représenté par le nouvel effort de Becker. Prendre une grosse star pour s’assurer l’empathie du public et une couverture médiatique suffisamment porteuse, quitte à faire n’importe quoi au casting. Ou presque, et c’est là le paradoxe, car le comédien – que nous n’arrivons pas une seule seconde à imaginer en homme de 45 ans – est pourtant impeccable dans la salopette de Germain et, après le récent Mammuth, continue de prouver qu’il est bien un des très grands de la profession. Un paradoxe, donc, semblable à celui du projet dans son entièreté où l’on est déçus par le manque d’originalité et en même temps contentés par quelque chose de familier, provoquant toujours une sympathie intacte chez nous.

Sans surprise, Jean Becker revient donc à sa formule idéalistico-nostalgique pour La Tête en Friche et ne s’en écarte jamais, cédant à une très grande facilité pour satisfaire tous ceux désireux de trouver un nouveau Enfants du marais, un nouveau Dialogue avec mon jardinier. Pour eux, aucun problème, ils seront charmés par la relation tendrounette entre la délicate Margueritte et le balourd Germain, les fleurs que fait germer la première dans l’esprit du second. Quant aux autres… bah, pour peu que vous ne soyez pas rebutés à l’idée de retrouver le goût des choses simples (ça fait pub pour saucisses, non ?), vous pourrez toujours vous laisser tenter par cet objet inoffensif et parfois même, disons-le, assez plaisant. Et puis, argument ultime, ça ne dure qu’à peine 1h20 (quand on vous dit qu’ils ne se sont pas foulés) !

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Infectés

1 juin, 2010

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Danny et Brian traversent les États-Unis avec deux amies pour rejoindre la plage où ils passaient leurs vacances étant enfants. Planches de surf sur le toit, radio réglée sur rock, le voyage a presque des airs des vacances. Mais c’est sans compter les cadavres qui jonchent les rues par milliers, l’espèce humaine ayant été décimée après l’apparition d’un virus extrêmement contagieux. Le moindre contact avec un infecté, et c’est la mort. Ne devant leur survie qu’à un règlement des plus stricts et cruels, les deux frères vont alors découvrir que leur recherche du paradis perdu réclamera les plus horribles des sacrifices

« Trop court et linéaire, le film ne démérite pourtant pas dans la vague actuelle du cinéma post-apo »

Depuis quelques temps, le cinéma se plaît à nous rappeler que le monde va mal, très mal, et que nous courrons droit à la catastrophe si nous ne corrigeons pas nos nombreuses erreurs (horreurs ?) s’étalant dans le JT ou la presse. Avec Infectés (Carriers en VO), leur premier long-métrage, les frangins Pastor entrent donc dans une arène déjà jonchée de cadavres et souffrent en plus que leur idée de départ – originale aux prémisses du projet – ait été rendue caduque par l’actualité. Qu’importe, car loin de vouloir seulement tirer la sonnette d’alarme des craintes contemporaines, les espagnols Alex et David se révèlent être de ces cinéastes ne sacrifiant pas leur sensibilité au sensationnalisme.

Et si Roselyne Bachelot avait eu raison ?

Sa campagne de promotion pouvant aisément laisser croire le contraire, il est indispensable de préciser avant toutes choses que Infectés n’est pas un nouveau film de zombies, ou même d’ »infectés » à la 28 jours plus tard. Inspirés par un article sur la grippe aviaire publié il y a quelques années de cela, les frères Pastor veulent eux aussi nous dévoiler un monde ayant subi les ravages d’une pandémie aux proportions bibliques mais là où l’exercice se transforme souvent en foire aux monstres chez les autres, les deux cinéastes en herbe optent pour une approche plus réaliste, plus humaine et intime (ce qui les inscrit en droite lignée de la mouvance du cinéma fantastique hispanique de ces dernières années). Une peur plus diffuse. Celle de la contamination insidieuse, bien sûr, mais aussi des conséquences et choix dramatiques qu’elle implique. En soi rien de très neuf, toutes les péloches de morts-vivants baignent dans les mêmes thématiques, sauf que ce nouveau représentant du genre post-apo entend donc établir un lien direct avec les psychoses entretenues dans les médias. Ou c’était en tout cas la volonté originale des frangins car, comme nous le savons désormais (et comme beaucoup d’entre nous s’en doutaient), la grippe H1N1 n’était qu’un pétard mouillé. Difficile dès lors d’angoisser avec un sujet à ce point risible et après avoir revu leur copie, pour effacer les rappels trop évidents au virus dont nous rabâchaient les journaux (voir le générique original qu’on peut trouver sur YouTube), ils concentrent le film sur le parcours de leurs héros, leurs réactions face à cette situation inextricable et leur quête du paradis perdu. Ce qu’il a perdu en « opportunisme » et correspondance avec l’actualité, Infectés le regagne alors en universalité et s’assure par le fait une durée de vie et une portée largement plus conséquentes. Un mal pour un bien, pourrait-on dire.

Toujours droit devant

Pas manchots non plus avec une caméra, les Pastor installent une morne ambiance de fin du monde qui n’ira pas sans rappeler un peu le récent La Route de John Hillcoat (une ressemblance qui ne s’arrête d’ailleurs pas là), plus chaude dans ses teintes mais pas moins anxiogène grâce au travail inspiré du directeur de la photographie Benoît Debie (Calvaire). Un cadre étouffant qu’ils laissent éclater au cours de quelques scènes de flippe plutôt bien troussées sans trop en faire, jouant pour la majorité sur une horreur plus psychologique que les simples débordements graphiques – même si une poignée de jolis maquillages sont de la partie – et autres « jump scares ». Toutefois, l’étonnante maîtrise dont font preuve les jeunes réalisateurs ne va pas sans quelques faiblesses et, pris dans son ensemble, Infectés donnera la sensation d’un déroulement un peu trop mécanique ne s’écartant jamais de sa ligne droite, la colonne vertébrale de sa narration. Normal pour un road-movie dira-t-on mais dans le cas où celui-ci se trouve également être un chouïa court (84 minutes ici), cela s’accompagne irrémédiablement de lacunes quant au traitement des personnages, qui semblent dès lors plus subir un schéma pré-établi qu’autre chose. Pourtant, s’ils auraient gagné à être épaissis pour rendre certaines scènes plus poignantes, les frangins sauvent les meubles en confiant ces rôles de survivants à des comédiens prometteurs (Chris Pine qui continue de prouver qu’il n’est pas qu’une belle-gueule, accompagné de Lou Taylor Pucci et Emily VanCamp), trop rares sur grand écran (le monstrueux Christopher Meloni) ou que nous avons tous simplement plaisir à retrouver (Piper Perabo, inoubliable depuis ses cabrioles scabreuses dans Coyote Girls).

Trop court et linéaire, Infectés ne démérite donc pourtant pas dans la vague actuelle du cinéma post-apocalyptique. Relativement original dans sa manière d’aborder le genre, le film vaut surtout pour la révélation de ses jeunes réalisateurs. Il nous tarde alors de voir ce qu’ils feront par la suite, car l’avenir s’annonce des plus radieux pour eux. Enfin, à moins bien sûr qu’une pandémie ne vienne éradiquer l’espèce humaine mais ça, c’est une autre histoire !

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