Prince of Persia : les Sables du Temps

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Orphelin des rues débrouillard et culotté, son courage et sa bonté amènent un jour le jeune Dastan à être remarqué par le roi Sharaman, qui en fait son fils. Élevé avec ses deux autres garçons et devenu un remarquable guerrier, il obtient son premier fait de gloire en aidant à conquérir une sainte cité où il découvre l’existence des Sables du Temps et de leur gardienne, la princesse Tamina. Mais, accusé à tort du meurtre de son père, il doit prendre la fuite et emporte avec lui une dague aux mystérieux pouvoirs, capable d’inverser la course du Temps et convoitée par de sinistres personnages. Avec l’aide de la princesse, Dastan doit alors prouver son innocence et protéger les Sables du Temps, sans quoi une catastrophe sans précédent s’abattra sur la Perse

« Un divertissement luxueux, emballé avec professionnalisme mais sans grande passion »

Pirates des Caraïbes : jusqu’au bout du monde ayant dû marquer la fin du voyage pour Jack Sparrow et Benjamin Gates 3 tardant à pointer le bout de son postiche, la collaboration Disney / Bruckheimer n’avait plus sous le coude aucune grosse licence à transformer en blockbuster estival. Après deux années de réflexion, le duo nous revient alors avec du sang neuf à ajouter à son catalogue : d’abord Mission-G et ses hamsters-espions puis, en attendant L’Apprenti sorcier, ce Prince of Persia : les Sables du Temps. Adapté d’un best-seller vidéo-ludique apparu pour la première fois en 1989 sur l’Apple II et décliné depuis en de nombreux épisodes, jusqu’à une nouvelle trilogie sur les consoles next-gen ayant servi ici de modèle, c’est donc à une légion de gamers fiévreusement attachés à la série qu’ils vont se confronter. Ou pas. Car plutôt que de se risquer à la comparaison, le film préfère se forger son propre destin.

Du jeu au film, un parkour inattendu

Les fans du jeu crée par Jordan Mechner, et tout particulièrement ceux s’étant frottés à sa dernière trilogie en date (Les Sables du Temps, L’Âme du guerrier et Les Deux Royaumes), risquent ainsi d’être décontenancés face à une adaptation ne reprenant que très vaguement la trame originale. Ce que l’on pouvait comprendre pour les portages de Super Mario Bros ou Mortal Kombat mais dans le cas de Prince of Persia, où l’intrigue et la narration avaient profité d’une réelle attention (souvenez-vous la construction en flashback du premier volet), la chose a de quoi surprendre. Enfin, passé cet étonnement, nous découvrons que la piste choisie par les scénaristes ne manque pas d’intérêt ni de surprises, comme cette évocation à peine voilée de la recherche infructueuse d’armes de destruction massive en Irak (Disney impertinent ? On aura tout vu !). Mais le plus gros des remaniements concerne le personnage principal, ce prince de Perse qui n’avait jamais eu de nom jusqu’alors et auquel on a considérablement développé l’histoire personnelle. Après un début rappelant furieusement celui d’Aladdin, la relation dépeinte avec son père adoptif, ses frères et son oncle apporte une dimension presque shakespearienne au héros, nous faisant penser notamment à Hamlet. Une excellente idée qui aurait véritablement gagné à être creusée -en tout cas davantage que cette absconse intrigue de destinée- sauf que, probablement en souvenir des erreurs du troisième Pirates des Caraïbes, on ne laisse plus ici le temps au Temps. Réduite à du fonctionnel, l’histoire voit en effet les séquences s’enchaîner à une cadence infernale sans possibilité de mise en place ou d’approfondissement, ce qui prive pour beaucoup le métrage d’une ampleur dramatique qui lui aurait pourtant été profitable.

Mais si les gamers pourront passer outre ces modifications, il est une trahison au jeu qu’ils ne pardonneront pas aisément : ses décevantes scènes d’action. Là où la saga vidéo-ludique s’est bâtie une réputation sur ses animations chiadées (le jeu original était un des premiers à utiliser la rotoscopie) et les prouesses physiques de son héros, présentées bien sûr dans une étourdissante continuité, le film opte pour un découpage au cimeterre retirant toute impression de fluidité aux cabrioles de Dastan. Nous savions que le réalisateur Mike Newell n’avait pas franchement de prédispositions pour ce genre de démonstrations mais tout de même, avec un matériau aux spécificités si marquées, nous espérions qu’il s’en inspirerait au moins un minimum. Et qu’il ne céderait pas à la manie des cadrages approximatifs pour paraître « dans l’action », tant qu’à faire. Las, l’entraînement au parkour de Jake Gyllenhaal n’aura en fin de compte été pour pas grand chose…

Prince of panier percé

Le réalisateur donne en fait le sentiment de se reposer sur sa débauche de moyens pour assurer le spectacle, et on comprendra aisément pourquoi en constatant les largesses consenties par la production. Quelques effets spéciaux bâclés mis à part, le reste du métrage fait donc montre d’une production value à tomber par terre, où fleurissent de magnifiques décors à la richesse rare. Dépaysant et de grande envergure, Prince of Persia : les Sables du Temps ne lésine pas sur les billets verts pour nous en mettre plein les mirettes et le choix de placer Newell aux commandes se justifie alors pleinement, le britannique faisant preuve du même bon goût visuel que sur son Harry Potter et la coupe de feu aux accents médiévaux. En contrepartie de quoi, pour ne pas prendre trop de risques, le film cède à quelques grosses ficelles et à un certain formatage. Il y a évidemment la question du discutable casting, outrancièrement occidentalisé pour ne pas effrayer les spectateurs d’Amérique du nord et d’Europe, et quelques lourdeurs dans les dialogues (voir comment Dastan nous explique le mode d’emploi complet de la dague) mais, heureusement, toutes les facilités concédées par le scénario ne conduisent pas à la débâcle. L’indispensable sidekick n’est ainsi jamais usant grâce au talent comique d’Alfred Molina et, plus fort encore, le jeu du chat et de la souris entre Dastan et la princesse Tamina fonctionne très bien grâce à l’alchimie que font naître les acteurs et leur réalisateur, lequel nous rappelle par ce biais qu’il avait livré une des meilleurs comédies romantiques jamais vues avec Quatre mariages et un enterrement. Et puis, avouons-le, la beauté envoutante de Gemma Arterton n’est pas totalement étrangère à cette réussite : même muette et dans la pénombre, elle continuerait sans peine de nous fasciner !

Malgré tout, et bien que l’idée ne manquait pas de nous intriguer au départ, confier ce Prince of Persia : les Sables du Temps à Mike Newell n’est finalement pas très porteur pour tous ceux qui attendaient une vraie adaptation de la fameuse licence. L’équipe Disney / Bruckheimer, comme ce sera d’ailleurs le cas avec L’Apprenti Sorcier, choisit de s’éloigner de sa source d’inspiration pour mettre en place leur propre trilogie et, pour cette raison, les gamers ne manqueront pas de tomber sur le film. Les autres trouveront un divertissement luxueux, emballé avec professionnalisme -ce qui n’exclue pas quelques erreurs- mais sans grande passion.

(retrouvez cette critique sur excessif.com)

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