Robin des Bois

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De retour des Croisades aux côtés de Richard Coeur de Lion, Robin Longstride et quelques compagnons d’armes sont témoins de l’assassinat du roi et de sa garde alors qu’ils sont toujours en territoire français. Voyant là l’opportunité de rentrer au plus vite chez eux, ils endossent l’identité des chevaliers et rentrent en Angleterre annoncer la mort de Richard. Mais Robin, devenu Sir Robert Loxley, est amené à conserver ce nom pour venir en aide au père du vrai Robert et à l’épouse de ce dernier, Marianne. Découvrant les conditions misérables auxquelles sont réduits les gens de Nottingham ainsi que l’imminence d’une invasion des français, fomentée par le traître Godefroy, il s’engage dans un chemin que son père avait tracé pour lui et qui l’amènera à devenir la légende que tous connaissent

« En l’état, il y a fort à parier qu’il faudra attendre un director’s cut pour que ce Robin finisse par faire mouche. »

Aussi inséparables que Robin et ses gais compagnons, Ridley Scott et Russell Crowe se retrouvent une cinquième fois pour signer une nouvelle adaptation de la légende de l’homme des bois, le voleur au grand coeur. Un projet fleurant bon le Gladiator et donc le bienvenu mais qui soulevait tout de même une question d’importance : comment diable, après tant de versions au fil des décennies, offrir quelque chose de neuf avec Robin des Bois ? Surtout que si les premières pistes étaient des plus étonnantes (Crowe jouant à la fois Robin et le shérif de Nottingham, par exemple), les différents remaniements scénaristiques semblaient ramener progressivement le film vers une approche bien plus commune. En fin de compte, Scott et sa team justifient l’affaire en s’attaquant aux origines du personnage, nous dévoilant comment Robin est devenu Robin des Bois. Une excellente idée, malheureusement un peu biaisée par le sens des priorités du réalisateur…

Ridley Scott, faiseur d’Histoire

Entré au panthéon des réalisateurs avec des classiques de la SF comme Alien, le huitième passager ou Blade Runner, on aurait pu en oublier que Ridley Scott a aussi un très fort attrait pour l’Histoire et sa représentation au cinéma, à laquelle il s’attelait déjà avec Les Duellistes (son premier long-métrage !) puis 1492 : Christophe Colomb (et sa monstrueuse partition de Vangelis). Il n’est toutefois vraiment remarqué dans le genre qu’à l’orée du troisième millénaire, quand sort un Gladiator pour lequel il réinvente son approche de l’image en un style qui deviendra indissociable de lui, un peu comme ce qu’avait fait son frangin Tony avec Ennemi d’État. S’étant depuis confronté à l’Histoire à plusieurs reprises et sous différentes facettes, Scott avait notre entière confiance pour livrer une vision convaincante du XIème siècle, doublée d’un spectacle de haute facture… et on ne s’y était pas trompé ! Dès les premières secondes du métrage, nous sommes emportés dans cette époque de conflits (comme dans les aventures de Maximus, on commence bille en tête dans une bataille) par la virtuosité de sa réalisation, le souffle épique qu’il applique à sa reconstitution. Chantre du réalisme, Ridley Scott réussit pleinement à ancrer son Robin des Bois dans un cadre crédible, solide, d’autant que lui et son directeur de la photographie John Mathieson -après Gladiator et Kingdom of Heaven- optent pour un rendu de l’image plus naturaliste, moins stylisé. Plus que jamais le réalisateur s’impose donc comme un talentueux historien armé d’une caméra, et le meilleur pour faire revivre le passé dans toute son intensité et sa grandeur.

L’histoire de l’homme (un peu trop) derrière la légende

Mais c’est justement là que se pose le problème : à trop vouloir inclure leur Robin des Bois dans une veine réaliste, Scott et son scénariste Brian Helgeland (Man on Fire, également réalisateur de Payback ou Chevalier) en oublient presque de s’intéresser à leur héros. Si le but premier est en effet de lever le voile sur les origines du personnage, difficile de dire qu’il soit vraiment mis en avant dans les deux premiers tiers du film tant l’intrigue doit tricoter pour mettre en place tous les éléments de la légende, sans oublier de conserver une certaine véracité historique (par exemple, la mort du roi Richard en France). En découle l’impression désagréable que, sur toute cette durée, Robin Hood n’est pas Robin Hood, pas même un Robin Hood en devenir (le véritable ennemi du film n’est même pas le Prince Jean mais Godefroy et ses potes français, c’est dire). Il a beau alors être entouré des célèbres Will Scarlett, Petit Jean et Frère Tuck, tous incarnés par une clique d’excellents comédiens les rendant immédiatement sympathiques, l’intérêt trop tardif du film pour sa quête personnelle ne lui fait entretenir que peu de rapports avec le voleur de Sherwood qu’il est censé être plus tard (ses origines et son combat contre l’exploitation du peuple n’entrent pour de bon en scène qu’au bout d’une heure trente). Sa cible manquée (un comble pour cet as du tir à l’arc !), le long-métrage parvient tout de même à nous passionner grâce à ses magnifiques interprètes mais il reste dommage de ressentir ainsi l’élaboration à tâtons du script, qui trouve en plus le moyen de gâcher ses bonnes idées comme ces orphelins partis vivre dans les bois et devenus des braconniers fantômes.

Ridley Scott nous prouve donc une nouvelle fois à quel point il est à l’aise lorsqu’il s’agit de faire naître l’Histoire sur pellicule, et livre un spectacle flamboyant comme nous l’espérions. Mais si la forme de Robin des Bois confine au génial, son traitement scénaristique est bien plus faiblard et nous convaincra que le projet aurait gagné à porter un autre nom, pour ne pas avoir à se raccrocher ainsi aux branches. En l’état, et comme ce fut le cas à l’époque avec Kingdom of Heaven, il y a fort à parier qu’il faudra attendre la sortie d’un director’s cut pour que ce Robin finisse par faire mouche.

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