Green Zone

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En 2003, Bagdad est sous l’occupation de l’armée américaine. A la recherche d’armes de destruction massive avec ses hommes, le commandant Roy Miller multiplie les échecs malgré des renseignements censés être fiables, approuvés même par le gouvernement des États-Unis. Ses supérieurs ne voulant pas réagir face à ces fiascos successifs, Miller se met à soupçonner qu’une vérité toute autre se cache derrière leur présence dans ce pays

« Plus creux qu’il n’y paraît. Mais si on craignait un « Jason Bourne en Irak », il n’en est finalement rien ».

Parce qu’il n’y aura probablement jamais de suite aux aventures de Jason Bourne, on pouvait aisément prendre ce Green Zone pour un palliatif réservé aux fans de l’espion à la mémoire qui flanche. Pensez un peu : la star de la saga est là, ainsi que le réalisateur de deux des épisodes, et il y avait surtout la communication autour du film, qui appuyait lourdement sur les similitudes avec les romans de Robert Ludlum. Une grossière astuce de vendeur de voitures d’occasion, desservant en fin de compte un film loin d’être parfait mais qui gagne à être reconnu pour ce qu’il est, sans chercher midi à quatorze heure (ou pire, des A.D.M. en Irak).

Full Metal Damon

Il était ainsi facile de prendre ce film pour un Jason Bourne bis, avec une bande-annonce qui montrait Matt Damon seul contre tous, poursuivi par le gouvernement. Une machine à tuer avec des états d’âme cherchant à lever le voile sur un sombre mystère. Clairement, tout ça s’embrayait dans une continuité logique avec la trilogie. Mais des les premières minutes du métrage, nos soupçons s’estompent quand nous comprenons que Paul Greengrass, responsable également de films plus « documentaires » comme Bloody Sunday ou Vol 93, veut en réalité faire un film de guerre, ou en tout cas sur la guerre. Ce n’est pas pour rien que la scène d’introduction reprend le climax de Full Metal Jacket, dynamité par la réalisation d’un Paulo nous ayant convaincu de sa très grande maîtrise de la shaky-cam depuis l’ébouriffant La Vengeance dans la peau. Comme si Green Zone se posait en tant que suite logique au long-métrage de Kubrick, modèle de la péloche réflexive sur le casse-pipe, en étendant sa remise en cause de la guerre (le manichéisme n’a pas pignon sur rue ici) à des thématiques plus modernes, au parfum de scandale (n’oublions pas que nous sommes à une époque où les tabloïds constituent le plus gros des ventes des librairies). Et même quand il délaisse un peu cette approche « film de guerre » pour s’assimiler davantage à un thriller d’action dans son dernier tiers, le nouveau Greengrass fonctionne sur une dynamique suffisamment différente de celle des Jason Bourne pour ne pas se perdre dans les méandres du coup commercial.

Enfoncer les portes explosées

Seulement voilà, plus on avance dans le film, et plus on s’aperçoit que celui-ci ne fait que brasser du vent. Ayant déjà abordé le 11 septembre sous un autre angle avec Vol 93, Greengrass voudrait cette fois fustiger les conséquences de cet événement et tout spécialement la politique du gouvernement américain, qui s’en est servi d’excuse pour s’installer au Moyen-Orient. Une volonté des plus nobles mais tournant malheureusement court. Le réalisateur joue la carte du mystère et du suspense au fil de l’enquête du commandant Miller et nous assène même quelques révélations (ou qu’il veut en tout cas comme telles) mais, au bout du compte, qui sera surpris d’apprendre qu’il n’y a jamais eu d’armes de destruction massives en Irak ? Que les États-Unis se sont installés dans un autre pays sous un prétexte fallacieux de leur propre cru ? Personne, si ce n’est l’américain moyen dont la seule fenêtre sur le monde est Fox News. Les autres auront l’impression de voir Greengrass donner des coups d’épée dans l’eau, vainement, d’autant plus qu’il n’aborde jamais le fond du problème, le « pourquoi ? » de cette invasion, quand bien même celui-ci donne son titre au film : la « zone verte ». Cet espace de luxe, calme et volupté dans un pays déchiré par la guerre, une oasis réservée aux exécutifs politiques et commerciaux américains avides d’exploiter les richesses de l’Irak sans passer par de coûteux intermédiaires. C’est là que Green Zone aurait pu faire ses classes de pamphlet utile, et c’est justement ce qu’il laisse de côté.

Le nouveau film du duo Damon / Greengrass est donc plus creux que ce que laissait paraître son sujet mais si nous craignions un « Jason Bourne en Irak », option paresseuse au possible, il n’en est finalement rien. Timoré, Green Zone demeure malgré tout bien rythmé et offre notre comptant de spectacle, ce qui ne va pas sans appuyer encore les lacunes de son scénario. Un divertissement troussé avec talent mais aussi vain thématiquement que la recherche d’A.D.M. en Irak…

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3 Réponses à “Green Zone”

  1. mabataille dit :

    Moi j’ai plutôt aimé cette peloche : ça bouge bien comme d’hab avec ce réalisateur et on ne s’y ennuie pas mortellement comme dans un démineur. J ne suis pas allé voir un film militant à la M. Moore donc quand Greengrass ne donne pas toutes les réponses (au fond du problème), c’est pour éviter de nous servir la soupe, et encore heureux je dirais, il ne me semble pas avoir la carrure/crédibilité d’un Noam Chomsky. C’est un point positif pour moi pour ce film d’action. On a quand même droit au Complot servi par deux beaux acteurs.
    A partir de là je me rend compte que je suis en total désaccord avec ta conclusion :)

    Sinon : « donner des coups d’épée dans l’eau, vainement » ça fait doublon.

  2. pitouwh dit :

    Je n’ai pas l’impression qu’on soit vraiment en désaccord mais plutôt qu’on recherchait des choses différentes dans ce film. Tu n’étais peut-être pas au courant mais le film est vraiment vendu dans la presse comme un « courageux thriller politique » alors forcément, quand on se retrouve face à un résultat aussi timoré, on déchante un peu.

    Sinon : “donner des coups d’épée dans l’eau, vainement”, c’est pour l’emphase et le rythme de la phrase. Donc oui, c’est doublon, mais c’est fait exprès. ;-)

  3. lorang dit :

    Vu hier soir. Tout dépend comment on aborde ce film et vous avez raison de le préciser. Pour ceux qui l’ont vu, ils rejoindront Pitouwh en ce sens que le film est bien moins courageux que « Vol 93″. Ceci dit, si on le prend sous l’angle unique du divertissement, on peut se dire qu’on a là un film bien ficelé qui rappelle un peu le Phillip Noyce de « Jeux de guerre » ou « Danger immédiat ».

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