Kick-Ass

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Les supers-héros reviennent sur nos écrans mais cette fois avec Kick-Ass, contrairement aux mutants et autres extraterrestres, il s’agit de personnes issues du commun des mortels, des quidams sans pouvoir enfilant un costume pour se rendre justice eux-mêmes. Qualifié par la critique d’oeuvre postmoderne vu sa manière de réfléchir et citer la culture comic-book, le nouveau film de Matthew Vaughn risque donc de s’attirer les foudres de ceux qui n’y verront qu’un encouragement à l’auto-défense et aux vigilantes. Mais le petit Kick-Ass, s’il est effectivement un justicier dans la ville, n’en est pas pour autant Charles Bronson ou Dirty Harry, et se pose finalement davantage comme un comic-book movie ultra fun qu’un pamphlet à l’encontre d’une justice laxiste. Qui en doutait ?

Lycéen et fan de comics, Dave Lizewski se demande pourquoi jamais personne n’a eu l’idée de devenir un super-héros dans la réalité. Fatigué d’être transparent et de se faire braquer par les brutes du quartier, il endosse alors l’identité de Kick-Ass et, son costume flambant neuf sur le dos, part lutter contre le crime. Mais tandis que sa notoriété commence à croître, d’autres lui emboitent le pas et commencent à énerver la mafia locale qui ne tarde pas à contre-attaquer. Impitoyablement. Pris dans une guerre qu’il n’imaginait pas, Dave va apprendre ce qu’il en coûte d’être Kick-Ass et de vouloir jouer aux héros quand on n’a pas de super-pouvoir

A première vue, avec ses héros décidant de se faire justice eux-mêmes, Kick-Ass entrerait de plain-pied dans la catégorie de ces films à la valeur morale discutable, prônant la loi du Farwest et du Talion comme ligne de conduite. Mais ce serait occulter le fait que, bien que prenant place dans une réalité voulue comme proche de la nôtre, le film ne se contente pas d’être une histoire réaliste de super-héros. Il va au contraire sans cesse faire des rappels au genre et à Spider-Man en particulier, dont il reprend des scènes entières et la vision d’un New York de bande-dessinée, créant par ce biais un indéniable second degré qui tend à le distancier de tous discours trop vindicatifs, trop terre-à-terre. Très malin, le script original de Mark Millar (Wanted) multiplie les niveaux de lecture pour s’établir dans un réel aux données entièrement sous contrôle, où le super-héros peut subir une raclée tout ce qu’il y a de plus crédible quand son alter-égo sort avec la fille de ses rêves grâce à un subterfuge digne du tout-venant de la comédie romantique. Cette vision biaisée de l’univers de Kick-Ass entre véracité et fiction, en plus de lui offrir un terrain fertile pour développer ses thématiques, devrait ainsi normalement suffire à le préserver de toute attaque contre sa soi-disant glorification des vigilantes. Et si ce n’est pas le cas, sait-on jamais, il lui reste toujours son argument massue !

Parce que ce long-métrage est avant toutes choses un monument de fun, purement et simplement. On peut se prendre la tête tant qu’on veut pour déterminer si son message d’auto-défense est dangereux ou non, cela n’a que peu d’importance face au délire ambiant. Et encore moins aux yeux d’un Matthew Vaughn ne désirant rien d’autre que de livrer un comic-book movie fendard et original. Comme c’était le cas avec ses premiers efforts, Layer Cake et Stardust, l’ancien producteur de Guy Ritchie adapte totalement sa réalisation à son sujet et insuffle donc ici une énergie folle à son métrage, dont le rythme de lapin sous stéroïdes n’empêche pas de développer son intrigue (même si, avouons-le, Dave Lizewski aurait mérité quelques scènes supplémentaires pour creuser le personnage) tout en assurant le spectacle. Lequel culmine bien sûr dans des scènes d’action jouissives au possible, aussi acrobatiques et brutales que variées, le tout monté sur une bande-son punchy vous filant la grosse patate. L’ambiance est bien à l’éclate, dans un fourre-tout pop et bariolé où Vaughn peut se permettre d’expérimenter (voir le très joli flashback en comic animé) comme de se lâcher sévère avec sa caméra. Une liberté qu’il a chèrement payée, mais qui constitue la plus grande force de Kick-Ass.

Il faut savoir en effet qu’à l’origine du projet, Vaughn et Millar n’ont pu s’accorder avec aucun grand studio sur la manière de porter à l’écran le comic, les producteurs hollywoodiens acceptant au mieux d’y réfléchir si de drastiques changements étaient appliqués. Sachant toutefois mieux que personne que l’insolence et les aspects choquants du matériau en font tout le sel, le duo n’a pas cédé à la pression et sous l’égide de Marv Films -la société de Vaughn- l’a alors produit en indépendant, pour un budget ridicule en comparaison des canons du genre (environ huit fois moins qu’un Spider-Man 3). Résultat ? Grâce à une esthétique soignée, le film ne donne jamais l’impression d’avoir été fait au rabais, mais cette indépendance est surtout bénéfique par rapport à la liberté de ton qu’elle permet d’adopter. C’est vrai, vous en connaissez beaucoup des films où un père tire sur sa fillette de onze ans pour lui apprendre le métier de justicière ? Et où cette même fillette, par la suite, massacre des hommes à tour de bras dans un festival de gerbes de sang et de membres voltigeant ? C’est sûr, Kick-Ass peut facilement choquer ceux le prenant au premier degré mais, dans le cas contraire, on ne peut être que réceptif à l’humour du film, franchement irrévérencieux et communicatif de par l’approche décontractée du réalisateur. Sans oublier les comédiens derrière lui, impeccables et tirant chacun leur épingle du jeu avec tout de même un avantage à Christopher Mintz-Plasse, meilleur de film en film (drôle et grave à la fois, son Red Mist apporte une réelle ampleur dramatique à la mythologie mise en place par l’intrigue), et surtout à une petite Chloe Moretz incroyable sous la perruque violette de Hit-Girl, fille naturelle de Snake Plissken et de la Mariée de Kill Bill. Enfin, comment ne pas saluer la performance d’un Nicolas Cage qui ne nous avait pas été aussi sympathique depuis longtemps ? Visiblement ravi par son rôle de gentil papounet obnubilé par la vengeance, ce gros fan de comic-books incarne avec malice le mentor de tous les super-héros en culotte courte et nous rappelle -après Bad Lieutenant- combien il peut être bon quand il laisse s’exprimer son grain de folie, quand il veut botter des culs plutôt que de les lécher.

Que dire alors si ce n’est que le débat sur l’apologie du vigilantisme prétendument diffusée par Kick-Ass paraît complètement à côté de la plaque, le film n’ayant d’autre prétention que de nous faire passer un excellent moment grâce à son regard original et frondeur sur les super-héros. Et il y parvient avec une classe folle, presque insolente même tant il paraît ne léser aucune facette de son exhaustif sujet. Matthew Vaughn entérine ainsi tout le bien que l’on pensait de lui après ses deux premières péloches et s’il avouait aimer se lancer à chaque fois sur un projet radicalement différent, on ne peut qu’être aux anges en apprenant que lui et Mark Millar travaillent déjà à la suite. Car oui, Kick-Ass 2 il y aura. Et on attends ça de pied ferme, prêts à botter à tout-va !

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Une Réponse à “Kick-Ass”

  1. lorang dit :

    Un film jouissif

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