Les Chèvres du Pentagone

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La guerre en Irak, Hollywood en a déjà fait un sujet de prédilection depuis quelques temps pour exorciser les démons d’un pays égaré, réfléchir aux conséquences de tels actes. Un sujet sérieux, que l’establishment prend en grande considération (les six Oscars de Démineurs en sont la preuve) et que personne (ou presque) n’avait donc encore osé aborder avec dérision. Jusqu’à Les Chèvres du Pentagone, qui s’intéresse en réalité plus à la guerre dans sa globalité qu’à celle du moment, ne se servant de cette dernière que pour mieux illustrer son propos pacifiste. Et quand c’est fait avec autant de rythme et d’humour sans oublier un putain de casting tout bonnement parfait, on ne peut qu’adhérer !

Largué par sa femme, le journaliste Bob Wilton part pour l’Irak sans vraiment savoir ce qu’il fait. Sur place il fait la rencontre de Lynn Cassady, un soldat prétendant détenir des pouvoirs paranormaux depuis qu’il a intégré une unité spéciale de l’armée, fermée depuis plusieurs années. Intrigué par ce récit duquel il ne sait que penser, Bob suit Lynn dans sa supposée mission

La vraie bonne idée du film est donc d’aborder le sujet de la guerre en Irak sous un angle plus décalé que d’ordinaire, adopter un regard permettant de traiter le sujet sans lourdeur tout en conservant la force du message. Le principe même de la caricature, appliqué ici à un long-métrage parvenant à fonctionner car n’oubliant jamais de brouiller un minimum la frontière entre réalité et fiction, l’intrigue étant « plus vraie que nous ne saurions le croire » comme l’annonce l’intertitre en introduction. Malgré tout, tiré d’un livre du journaliste Jon Ronson censé se fonder sur de véritables expériences menées en secret par l’armée américaine, Les Chèvres du Pentagone déploie un improbable récit où la véracité n’a finalement que peu d’importance (un fait d’autant plus évident que l’équipe s’est contentée de « recréer » son Irak au Nouveau-Mexique). Plus qu’un documentaire, le film se veut donc être un conte où le contexte de la guerre actuelle n’est qu’une toile de fond, prétexte à ratisser le sujet bien plus largement. Profondément utopiste et antimilitariste, le film ne se sert en aucun cas de ses « soldats jedis » comme d’un élément incroyable, une révélation historique fracassante, mais bien comme d’une parabole sur la force de la conviction personnelle contre la pensée unique. La toute puissance de l’esprit en paix, cristallisée dans une conclusion de doux rêveur. Un message qui aurait pu devenir risible si le réalisateur Grant Heslov (également acteur, vu entre autres en acolyte de Schwarzy dans True Lies) ne menait pas si bien sa barque, injectant ce qu’il faut d’absurde et de rythme pour déjouer tous les obstacles de l’exercice et livrer une oeuvre divertissante tout en ayant un vrai fond.

Mais si la sauce prend si bien, c’est aussi en très grande part grâce à l’un des plus incroyables castings qu’on ait vu depuis longtemps, ou en tout cas l’un des mieux employés. C’est simple, les têtes d’affiche collent si bien avec leur personnage qu’ils semblent n’avoir été écrits que pour eux, de façon à les utiliser au plus près de ce qu’ils font le mieux, d’une image qu’ils rendent immédiatement identifiable. Nous sommes là encore dans une logique de caricature, transcendée donc par la facilité avec laquelle les comédiens endossent leur rôle : Ewan McGregor en candide apprenti, Jeff Bridges ressuscitant le cultissime Jeffrey Lebowski, un Kevin Spacey parfait en représentant des culs-coincés comploteurs (on notera aussi la présence d’un Stephen Avatar Lang s’imposant définitivement comme un précieux second couteau). Et, surtout, George Clooney. The King. Un acteur qui aurait pu se contenter de capitaliser sur sa belle gueule au sortir de Urgences mais qui a su au contraire dynamiter ces attentes, se révélant en particulier dans la comédie au côté des frères Coen. Le voir ici en Lynn Cassady ne manquera alors pas de rappeler sa prestation dans O’Brother, ce qui ravira à coup sûr tous ceux considérant qu’il s’agit de son meilleur rôle. Et de loin, en plus, tant Clooney y faisait preuve d’un second degré savoureux, transformant avec naturel ses mimiques de beau-gosse en pures expressions de cartoon. Un registre qu’il réinvente dans la peau de cette machine de guerre pacifiste, hippie combattant hilarant de par sa conviction en ses pouvoirs et techniques mais portant également en lui une vraie blessure (la mort de la chèvre, scène à mourir de rire au demeurant). Celle que partagent tous ceux ayant vu leur innocence dissolue dans les horreurs de la guerre.

Porté par un casting aux petits oignons et un humour ravageur, Les Chèvres du Pentagone donnerait alors presque l’impression d’être l’oeuvre des frères Coen (en mode « comédie », cela va sans dire) au regard de la manière dont il enrobe son discours d’une sévère dose d’absurde, sans sacrifier l’un au profit de l’autre. Un jeu tout en finesse duquel Grant Heslov se sort avec les honneurs, livrant une ode antimilitariste aussi drôle que communicative. Alors n’hésitez plus et, vous aussi, devenez un jedi de la paix !

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2 Réponses à “Les Chèvres du Pentagone”

  1. mabataille dit :

    Effectivement ca m’a l’air très sympa ce film, tu l’as vu en VO ?

  2. pitouwh dit :

    Nein, je n’ai malheureusement pas eu cette chance. Vivement donc le Blu-Blu !

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