Archive pour avril, 2010

Thor : la première image ! Et du costume en plus !

30 avril, 2010

J’avais pas mal ralenti sur les news ces derniers temps mais, alors que je préparais ma critique de Iron Man 2 (ça vient, ça vient), je ne pouvais passer à côté de celle-ci. Toujours dans l’univers Marvel, et après que le personnage ait été teasé dans la dernière aventure de Tony Stark (n’oubliez pas de rester jusqu’au bout du générique de fin !), voici donc la toute première image de Thor, le super-héros nordique !

Bon, on ne voit pas encore grand chose (où est le marteau ? Ah oui, il est dans Iron Man 2 !) mais Chris Star Trek Hemsworth semble déjà avoir un bon look et, cerise sur le gâteau, l’armure a l’air de bien péter !

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En tournage depuis quelques temps sous la houlette du shakespearien Kenneth Branagh, l’adaptation comptera également parmi ses rangs Natalie Portman en amourette du dieu, Idris Elba (The Losers), Kat Dennings (Defendor), Anthony Hopkins en Odin, Stellan Skarsgard (Anges et Démons), Ray Stevenson (Rome), Rene Russo (L’Arme fatale 3), Tom Hiddleston pour incarner le méchant Loki et enfin Colm Feore (L’Échange).

Thor viendra jouer du marteau dans les salles françaises dès le 04 mai 2011.

Kick-Ass

29 avril, 2010

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Les supers-héros reviennent sur nos écrans mais cette fois avec Kick-Ass, contrairement aux mutants et autres extraterrestres, il s’agit de personnes issues du commun des mortels, des quidams sans pouvoir enfilant un costume pour se rendre justice eux-mêmes. Qualifié par la critique d’oeuvre postmoderne vu sa manière de réfléchir et citer la culture comic-book, le nouveau film de Matthew Vaughn risque donc de s’attirer les foudres de ceux qui n’y verront qu’un encouragement à l’auto-défense et aux vigilantes. Mais le petit Kick-Ass, s’il est effectivement un justicier dans la ville, n’en est pas pour autant Charles Bronson ou Dirty Harry, et se pose finalement davantage comme un comic-book movie ultra fun qu’un pamphlet à l’encontre d’une justice laxiste. Qui en doutait ?

Lycéen et fan de comics, Dave Lizewski se demande pourquoi jamais personne n’a eu l’idée de devenir un super-héros dans la réalité. Fatigué d’être transparent et de se faire braquer par les brutes du quartier, il endosse alors l’identité de Kick-Ass et, son costume flambant neuf sur le dos, part lutter contre le crime. Mais tandis que sa notoriété commence à croître, d’autres lui emboitent le pas et commencent à énerver la mafia locale qui ne tarde pas à contre-attaquer. Impitoyablement. Pris dans une guerre qu’il n’imaginait pas, Dave va apprendre ce qu’il en coûte d’être Kick-Ass et de vouloir jouer aux héros quand on n’a pas de super-pouvoir

A première vue, avec ses héros décidant de se faire justice eux-mêmes, Kick-Ass entrerait de plain-pied dans la catégorie de ces films à la valeur morale discutable, prônant la loi du Farwest et du Talion comme ligne de conduite. Mais ce serait occulter le fait que, bien que prenant place dans une réalité voulue comme proche de la nôtre, le film ne se contente pas d’être une histoire réaliste de super-héros. Il va au contraire sans cesse faire des rappels au genre et à Spider-Man en particulier, dont il reprend des scènes entières et la vision d’un New York de bande-dessinée, créant par ce biais un indéniable second degré qui tend à le distancier de tous discours trop vindicatifs, trop terre-à-terre. Très malin, le script original de Mark Millar (Wanted) multiplie les niveaux de lecture pour s’établir dans un réel aux données entièrement sous contrôle, où le super-héros peut subir une raclée tout ce qu’il y a de plus crédible quand son alter-égo sort avec la fille de ses rêves grâce à un subterfuge digne du tout-venant de la comédie romantique. Cette vision biaisée de l’univers de Kick-Ass entre véracité et fiction, en plus de lui offrir un terrain fertile pour développer ses thématiques, devrait ainsi normalement suffire à le préserver de toute attaque contre sa soi-disant glorification des vigilantes. Et si ce n’est pas le cas, sait-on jamais, il lui reste toujours son argument massue !

Parce que ce long-métrage est avant toutes choses un monument de fun, purement et simplement. On peut se prendre la tête tant qu’on veut pour déterminer si son message d’auto-défense est dangereux ou non, cela n’a que peu d’importance face au délire ambiant. Et encore moins aux yeux d’un Matthew Vaughn ne désirant rien d’autre que de livrer un comic-book movie fendard et original. Comme c’était le cas avec ses premiers efforts, Layer Cake et Stardust, l’ancien producteur de Guy Ritchie adapte totalement sa réalisation à son sujet et insuffle donc ici une énergie folle à son métrage, dont le rythme de lapin sous stéroïdes n’empêche pas de développer son intrigue (même si, avouons-le, Dave Lizewski aurait mérité quelques scènes supplémentaires pour creuser le personnage) tout en assurant le spectacle. Lequel culmine bien sûr dans des scènes d’action jouissives au possible, aussi acrobatiques et brutales que variées, le tout monté sur une bande-son punchy vous filant la grosse patate. L’ambiance est bien à l’éclate, dans un fourre-tout pop et bariolé où Vaughn peut se permettre d’expérimenter (voir le très joli flashback en comic animé) comme de se lâcher sévère avec sa caméra. Une liberté qu’il a chèrement payée, mais qui constitue la plus grande force de Kick-Ass.

Il faut savoir en effet qu’à l’origine du projet, Vaughn et Millar n’ont pu s’accorder avec aucun grand studio sur la manière de porter à l’écran le comic, les producteurs hollywoodiens acceptant au mieux d’y réfléchir si de drastiques changements étaient appliqués. Sachant toutefois mieux que personne que l’insolence et les aspects choquants du matériau en font tout le sel, le duo n’a pas cédé à la pression et sous l’égide de Marv Films -la société de Vaughn- l’a alors produit en indépendant, pour un budget ridicule en comparaison des canons du genre (environ huit fois moins qu’un Spider-Man 3). Résultat ? Grâce à une esthétique soignée, le film ne donne jamais l’impression d’avoir été fait au rabais, mais cette indépendance est surtout bénéfique par rapport à la liberté de ton qu’elle permet d’adopter. C’est vrai, vous en connaissez beaucoup des films où un père tire sur sa fillette de onze ans pour lui apprendre le métier de justicière ? Et où cette même fillette, par la suite, massacre des hommes à tour de bras dans un festival de gerbes de sang et de membres voltigeant ? C’est sûr, Kick-Ass peut facilement choquer ceux le prenant au premier degré mais, dans le cas contraire, on ne peut être que réceptif à l’humour du film, franchement irrévérencieux et communicatif de par l’approche décontractée du réalisateur. Sans oublier les comédiens derrière lui, impeccables et tirant chacun leur épingle du jeu avec tout de même un avantage à Christopher Mintz-Plasse, meilleur de film en film (drôle et grave à la fois, son Red Mist apporte une réelle ampleur dramatique à la mythologie mise en place par l’intrigue), et surtout à une petite Chloe Moretz incroyable sous la perruque violette de Hit-Girl, fille naturelle de Snake Plissken et de la Mariée de Kill Bill. Enfin, comment ne pas saluer la performance d’un Nicolas Cage qui ne nous avait pas été aussi sympathique depuis longtemps ? Visiblement ravi par son rôle de gentil papounet obnubilé par la vengeance, ce gros fan de comic-books incarne avec malice le mentor de tous les super-héros en culotte courte et nous rappelle -après Bad Lieutenant- combien il peut être bon quand il laisse s’exprimer son grain de folie, quand il veut botter des culs plutôt que de les lécher.

Que dire alors si ce n’est que le débat sur l’apologie du vigilantisme prétendument diffusée par Kick-Ass paraît complètement à côté de la plaque, le film n’ayant d’autre prétention que de nous faire passer un excellent moment grâce à son regard original et frondeur sur les super-héros. Et il y parvient avec une classe folle, presque insolente même tant il paraît ne léser aucune facette de son exhaustif sujet. Matthew Vaughn entérine ainsi tout le bien que l’on pensait de lui après ses deux premières péloches et s’il avouait aimer se lancer à chaque fois sur un projet radicalement différent, on ne peut qu’être aux anges en apprenant que lui et Mark Millar travaillent déjà à la suite. Car oui, Kick-Ass 2 il y aura. Et on attends ça de pied ferme, prêts à botter à tout-va !

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Mammuth

27 avril, 2010

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Ultime bastion de liberté sur le petit écran, le Groland s’est déjà frotté plusieurs fois au cinéma et, parmi ces essais, les duettistes Benoit Delépine / Gustave Kervern sont ceux ayant le mieux réussi à s’installer dans la place. Déjà aux commandes de trois longs-métrages (Aaltra, Avida et Louise-Michel), ils reviennent avec Mammuth, road-movie humaniste et social où un Gérard Depardieu sorti tout droit d’un concert heavy-metal promène son impressionnante stature. Une oeuvre tendre et mordante à la fois dont seuls nos voisins imaginaires pouvaient accoucher.

60 ans, le cheveux gras et la bedaine proéminente, Mammuth quitte l’abattoir dans lequel il travaille depuis dix ans et s’apprête à profiter d’une retraite bien méritée. Mais avant cela, l’administration tatillonne lui réclame plusieurs justificatifs pour tous les petits boulots cumulés au cours de sa vie, sans exception. Plutôt que de racheter ses trimestres, Mammuth enfourche alors sa vieille moto et part sur le chemin de son passé, sans se douter qu’il fait peut-être fausse-route

Groland, les connaisseurs le savent, c’est avant tout un état d’esprit. Alors que la télévision a une tendance de plus en plus flagrante à patauger dans la fange tout en s’en défendant farouchement, les trublions de Canal Plus -en dignes successeurs de Hara-Kiri et autre Fluide Glacial- assument sans complexe leur humour pipi-caca et n’hésitent pas à montrer ce qu’on ne voit jamais, à faire rire quitte à choquer. Mais surtout, dans un PAF où les discours de droite dominent désespérément, les idées anarcho-gauchistes de la bande constituent une véritable bouffée d’air frais, un espace libre d’expression où l’on peut pointer sans complaisance les travers et incohérences de notre société. Mammuth se fait en toute logique la prolongation de cette philosophie, le but premier de son héros n’étant ni plus ni moins que d’obtenir sa retraite (une mission vraiment épique quand on voit les réformes à venir), et les réalisateurs profitent de cette odyssée pour livrer de savoureuses observations de nos concitoyens, des relations humaines. Idéale dans ce but, la forme du road-movie permet au jeune retraité de croiser une galerie de personnages pittoresques (excellents caméos et seconds rôles sont au programme) tous victimes à leur façon du monde du travail, ne le vivant que comme un souffrance ou faisant tout pour lui échapper. Ce qui n’est pas vraiment le cas d’un Mammuth qui se pose par conséquent en témoin parfait des ces dérèglements, comme lors des longs plans fixes où nous constatons avec lui -alors dos à la caméra- le pathétique ou l’absurde de diverses situations.

Mammuth n’est cependant pas qu’un témoin. Au contraire, c’est même lui qui fait avancer l’ensemble du film au guidon de sa grosse cylindrée, sa quête allant bien au-delà de la simple critique de notre système de retraites. Delépine et Kervern, en auteurs sachant ce qu’ils font, donnent en effet une dimension profondément humaine au voyage de leur antihéros, qui tente davantage de se replonger dans son passé (voir comment il retrouve vite les vieilles habitudes avec son cousin) plutôt que de mettre en place ses vieux jours. Une évidence à la vue de ce soixantenaire sur sa moto mais aussi, en plus métaphorique, quand on voit le contraste entre les deux amours de sa vie avec d’un côté Yolande Moreau, drastiquement rattachée au réel (mais tout de même plus sympathique que d’ordinaire), et de l’autre Isabelle Adjani, amour de jeunesse morte tragiquement et ne lui apparaissant plus que sous la forme d’une revenante à la beauté éthérée. Plus troublé qu’il n’y paraît sous sa fourrure d’ours tranquille, Mammuth trouve en plus avec Gérard Depardieu un interprète on ne peut plus adéquat, sachant véritablement lui donner corps. Le comédien, habitué ces dernières années à cachetonner ou capitaliser sur son image publique, trouve ici un rôle où il brise tout ce passif et se révèle surprenant comme jamais.

En fait, le Mammuth de Gérard Depardieu est comme la réalisation des deux artistes grolandais : pas très avenant au premier abord mais ensuite terriblement attachant. A la croisée du style volontairement mal-dégrossi de leurs premiers efforts et celui plus classique de Louise-Michel, Kervern et Delépine se livrent donc à un filmage qui pourra en rebuter certains tant il paraît maladroit et désargenté entre l’image granuleuse, de surprenantes zones de flou et une caméra à l’épaule, mais cet ensemble peu gracieux est loin de trahir un manque d’habilité. Fortement inspiré par l’art brut, cette forme de création pratiquée par ceux « indemnes de culture artistique » et dont nous avons plusieurs exemples frappants dans Mammuth, le duo veut nous faire croire à une fausse naïveté (on les sent évidemment cinéphiles dans leur démarche) sans se départir pour autant d’une réelle sensibilité. Ainsi, comme peut le faire l’oeuvre d’un résident d’asile ou celle d’un autodidacte un peu illuminé, leur approche fruste laisse éclater la beauté et l’émotion avec un surplus de force, à l’image de ce retraité maousse confronté à une morne société -idée directement retranscrite au travers du visuel « cradingue »- où ne subsiste que le fantôme de son passé, et qu’il dépassera en optant pour une simplicité salvatrice. Difficile dès lors de parler de réalisation hasardeuse, non ?

Intelligent et engagé mais aussi drôle et poétique, Mammuth marque donc une vraie réussite pour ses grolandais de réalisateurs. Auteurs aussi indispensables au petit qu’au grand écran, ils nous entraînent le long d’une aventure humaine prenante, servie par un casting entièrement dévoué à leur cause et sur laquelle souffle un vent de liberté ne craignant pas de choquer pour mieux interloquer. Quand on voit alors ce film à l’affiche aux côtés de Camping 2, pas besoin de chercher bien loin afin de comprendre pourquoi nous abandonnerions immédiatement l’Hexagone au profit du Groland !

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Les Aventures extraordinaires d’Adèle Blanc-Sec

24 avril, 2010

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Alors que les deux derniers chapitres de ses Minimoys prenaient forme en post-production, Luc Besson a réalisé dans la plus grande discrétion Les Aventures extraordinaires d’Adèle Blanc-Sec (d’ailleurs, il était amusant de voir dans le teaser Gilles Lellouche réclamer « surtout, pas un mot à la presse ! »), adaptation de la BD éponyme de Tardi qu’il fantasmait depuis une dizaine d’années. Ayant enfin réussi à mettre ses doigts sur la précieuse licence, il se charge ainsi d’en faire une grosse production bien de chez nous pleine de thunes, de stars, de péripéties,… un vrai blockbuster-camembert en somme, que le réalisateur et le dessinateur voulaient comme une oeuvre populaire et pas prise de tête. Mission réussie, même si ce n’est pas forcément pour le meilleur…

Journaliste et aventurière du début du 20éme siècle, Adèle Blanc-Sec est partie chercher en Égypte la momie d’un médecin de pharaon qui, une fois ranimé, pourrait l’aider à soigner sa soeur. Mais quand elle revient à Paris, c’est pour découvrir avec surprise que le professeur Espérandieu -censé l’aider dans ses desseins de résurrection- a été arrête par la police, accusé d’avoir lâché sur la ville un ptérodactyle. Entre un volatile préhistorique, une justice trop entreprenante et des momies en vadrouilles, la belle Adèle n’a plus le choix et doit dépêtrer ce sac de noeuds pour sauver sa soeur

On ne va pas cracher dans la soupe : même si les essais ne sont que rarement concluants, cela fait toujours (ou presque, remember Astérix aux Jeux Olympiques) plaisir de voir le cinéma hexagonal nous pondre un vrai gros film, un « péteur de records » dans la grande tradition de l’industrie hollywoodienne. Ne serait-ce que pour se prouver que nous aussi sommes capables de rendre le divertissement spectaculaire, que cela ne se contente pas à des vacanciers en string au camping. Et s’il y en a bien un qui peut le faire, c’est sans conteste le french mogul Luc Besson dont le goût pour l’entertainment n’est plus à démontrer, d’autant qu’il a là entre les mains un matériau au fort capital sympathie (l’oeuvre de Tardi compte parmi les best-sellers de nos libraires) et riche en potentiel cinématographique (une jolie enquêtrice du surnaturel dans le Paris de 1912, comment refuser ?). Du pain-béni pour les salles obscures que le boss de Europa Corp -à la demande de l’auteur original- envisage comme un film d’aventure léger, outrancièrement décontracté du corset. On passera alors sur quelques blagues foireuses et des images de synthèse décevantes pour se concentrer sur les performances des comédiens, ces rôles secondaires grimés afin de ressembler à leur double de papier dans une logique jusqu’au-boutiste rappelant le Dick Tracy de Warren Beatty. Lellouche, Rouve, Amalric et Nercessian, libérés de toute retenue grâce à leur maquillage, campent ainsi des personnages hauts-en-couleur sur lesquels repose pour beaucoup la sympathie que fait naître le film, établissant une filiation étroite et pleine de fraîcheur avec les romans-feuilletons et autres serials qui fleurissaient à l’époque de l’histoire. Il n’y a qu’à les mettre devant la caméra et leur plaisir évident de surjouer de la sorte fait le reste, ce qui en passant n’est pas plus mal car si Besson offre une réalisation appliquée bien qu’un peu trop fonctionnelle, il semble surtout avoir définitivement perdu le style opératique de ses oeuvres les plus réussies.

En revanche, ce qu’il n’a malheureusement pas laissé au placard, c’est son don unique pour accoucher des scénarios les plus faibles qu’il soit, et Les Aventures extraordinaires d’Adèle Blanc-Sec en profite comme les autres. Ayant dans l’idée de tirer trois films à partir des neuf albums parus, Besson ne veut pas laisser de la matière se perdre et fusionne alors deux tomes en un seul long-métrage, quitte à les relier par un argument inepte (le pouvoir d’Espérandieu). Et ce n’est pas le plus grave, car cette double-intrigue du ptérodactyle et des momies en rajoute une couche en déséquilibrant l’ensemble du récit, créant de dramatiques problèmes de rythme et de construction. Il y a bien sûr le choc de voir les deux albums ainsi séparés dans le fil d’une histoire où, en gros, on ne passe pour de bon aux momies qu’au terme d’une heure de métrage… une fois le chapitre du dinosaure volant définitivement clos ! Un triste écueil dont découle l’absence de climax et d’un véritable méchant, Mathieu Amalric en Dieuleveult étant honteusement absent (il n’est là que pour le prologue et l’épilogue), mais il y a pire encore. Parce que si Adèle Blanc-Sec était déjà cassante à souhait dans la bande-dessinée, elle est ici -il faut le dire- une véritable conasse. Ni plus, ni moins. Le réalisateur-scénariste confiait pourtant lors de la promotion avoir voulu rendre le personnage plus humain, lui apporter une facette plus émotionnelle, or cette volonté tombe complétement à l’eau puisque nous n’apprenons les réelles motivations d’Adèle qu’en toute fin. On comprend évidemment qu’elle désire sauver sa soeur, jusque-là rien de très extraordinaire, mais en fait, sur ce simple prétexte filial, les larmes de la mignonne Louise Bourgoin peinent à convaincre après toute la gouaille qu’elle déploie dans ses autres scènes. A trop vouloir se bâtir une armure, se cacher derrière un visage qui n’est pas le sien (voir son goût immodéré pour les costumes), l’héroïne en devient antipathique pour le spectateur qui ne comprend pas à qui il a affaire et ça, ce n’est jamais bon…

Il y a quelques temps de cela, Luc Besson disait qu’il arrêterait sa carrière de réalisateur après son dixième effort, ce qui aurait dû faire de Arthur et les Minimoys son salut d’adieu. Et quand on voit ses oeuvres depuis Jeanne d’Arc, quelque part, on se dit qu’il aurait peut-être même dû s’arrêter plus tôt, l’homme n’exprimant plus grande passion derrière la caméra et se perdant dans des scripts de plus en plus mal-foutus. Malgré tout, il faut reconnaître que Les Aventures extraordinaires d’Adèle Blanc-Sec est plus réussi que ses opus minimoyesques et certains spectateurs peu regardants pourront même y trouver de quoi se divertir mais comme souvent, trop souvent, il est rageant de constater que, à défaut de faire aussi bien que les américains, nous savons seulement nous planter comme eux…

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Le Choc des Titans

22 avril, 2010

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1981. Alors que le cinéma commencera pour de bon l’année suivante à flirter avec les effets spéciaux numériques, à l’occasion d’un Tron un peu trop en avance sur son temps, sort sur les écrans Le Choc des Titans. Une relecture démesurée de la mythologie grecque marquant le chant du cygne de la carrière de Ray Harryhausen et de son art, restée dans les mémoires pour le travail du maestro en matière de créatures animées en stop-motion. Mais tout comme l’animation image-par-image était appelée à être remplacée par des techniques plus modernes, le film, au script rédigé par le spécialiste en la matière Beverley Cross (Jason et les Argonautes), souffrait d’une narration passéiste à trop vouloir singer les récits grecs classiques, à en reprendre la forme épisodique. Sur ce constat il n’y avait alors pas de quoi s’offusquer d’un remake du film de Desmond Davis, son potentiel pouvant réellement être transcendé sous un jour nouveau. Mais s’il y a bien une chose que les producteurs hollywoodiens partagent avec les dieux grecs, c’est l’impatience, et cela se ressent malheureusement à la vision d’un film qui aurait gagné à peaufiner un peu mieux son titanesque clash…

Parce que sa femme l’a trompé avec Zeus et que de cette union est né un fils, Persée, le roi Acrisius fait jeter femme et enfant à la mer, enfermés dans un cercueil. Sauvé par une famille de pêcheurs, le garçon grandit dans un monde où la colère contre les dieux ne cesse de s’intensifier et quand ses proches sont assassinés par Hadès, Persée jure de le tuer en retour. Rejoignant une troupe de soldats de la ville d’Argos partis en mission pour sauver leur princesse de la menace du Kraken, gigantesque créature sous le contrôle du seigneur des Enfers, le demi-dieu s’engage dans une aventure épique qui lui révélera sa véritable nature

Refaire aujourd’hui Le Choc des Titans, avant même de penser à doper aux CGI le bestiaire mythologique, c’est donc s’attacher à retravailler un script dont les rouages paraissent quelque peu ampoulés, où les personnages n’ont d’autre but que d’illustrer et motiver les péripéties (voir le jeu à gros traits des comédiens, pour coller à leur emploi d’archétype). Sur ce constat, studio et scénaristes ont décidé de réaffirmer la place de l’Homme dans le récit, en commençant tout d’abord par modifier les origines du héros. Ici, la mère de Persée ne survit pas au châtiment d’Acrisius et les années dans sa famille adoptive font qu’il ne s’imagine que comme un être humain, un simple pêcheur. Incarné avec conviction et les pieds dans la boue par Sam Worthington, le Persée de 2010 n’a donc plus rien à voir avec la vision idéalisée d’un Harry Hamlin parfaitement bouclé, et l’évolution du personnage ne s’arrête pas là. Désormais, il accomplit en effet sa destinée en faisant partie d’un groupe d’hommes (un emprunt au mythe de Jason et les Argonautes), de frères d’armes réaffirmant son appartenance à l’espèce humaine, quand le Persée de 1981 n’était accompagné que de sidekicks purement fonctionnels. Pour comprendre la différence dans le travail d’épaississement des protagonistes, il suffit de savoir que l’irritant hibou mécanique du film original est ici remplacé par un Mads Mikkelsen (Valhalla Rising) royal et devenant une figure paternelle pour un héros en quête de lui-même. Les apports scénaristiques de cette nouvelle version savent ainsi épaissir et consolider l’intrigue imaginée par Cross, jusqu’au plus significatif de tous : la révolte des hommes contre les dieux. Ou comment, après avoir redonné les rênes de leur destin aux humains, on questionne leur relation aux divinités et la manière dont peut s’exprimer leur foi. Un traitement définitivement moderne de la mythologie grecque (les fanatiques d’Argos ou la destruction de la statue de Zeus renvoient à des images tout sauf lointaines) en plus d’ajouter en ampleur à l’aventure (humains contre dieux, voilà le vrai choc des titans !), relecture fort appréciable même si en découlent d’étranges incohérences pour reprendre envers et contre tout des éléments du film des 80′s (si Zeus est à ce point énervé contre les humains, pourquoi aide-t-il son fils qui veut lui botter le cul ?). Sans compter que l’affrontement entre Persée et un ou plusieurs résidents de l’Olympe n’aura jamais lieu, ou pas comme nous l’espérions, ce qui la fiche un peu mal à une époque où sort sur console God of War III et ses affrontements véritablement titanesques !

Dommage car à côté de cela, on sent parfaitement que le réalisateur Louis Leterrier et son équipe s’en sont donnés à coeur joie pour créer une Grèce mythologique inédite, plus sombre et sale (réaliste ?) que ce que nous avons l’habitude de voir. Il faut dire aussi que nous sommes dans un monde en guerre, qui plus est contre les dieux, et les couleurs désaturées du film, son aspect général particulièrement rugueux, retranscrivent bien cet état de fait. Mais ce qui retiendra le plus notre attention, bien sûr, c’est le bestiaire de ce nouveau Choc des Titans. On ne peut ainsi qu’apprécier les trouvailles visuelles de l’équipe artistique, menée par un Leterrier dont les nombreuses sources d’inspiration ne manquent pas de sauter aux yeux mais sans perturber pour autant l’intégrité de sa vision. Et le duel stop-motion/images de synthèse n’a finalement pas même lieu d’être puisque si quelques créatures en CGI savent justifier pleinement l’utilisation de cette technique (Méduse, le Kraken dans une certaine mesure comme nous le verrons), d’autres ne se montrent pas si convaincantes (les sbires de Hadès) et ce sont bien les effets traditionnels qui nous laisseront la plus forte impression. Maquillages et marionnettes, comme le faciès ravagé par la foudre de Calibos (Jason Flemyng) ou bien un Charon -le passeur du Styx- absolument fabuleux, noué dans le bois de sa barque. Ou même encore, parmi la clique de dieux en armures rutilantes, un Hadès (Ralph Fiennes, toujours excellent) dont la noirceur et l’impression de puissance renvoient sans effort au bac à sable la version vue dans Percy Jackson le voleur de foudre (on ne parle pas de Steve Coogan et son look glam rock, hein, mais bien du Hadès sous sa forme démoniaque). En fait, avec son remake, on sent bien que l’ex-protégé de Luc Besson a voulu pousser la Grèce antique dans un nouvel âge, forcément plus contemporain mais aussi plus sec et brutal, nourri par toute une tradition artistique (jeu de rôle, heroic fantasy,…) s’étant bâtie -entre autres- sur ces mythes fondateurs.

Pourtant, bien que la démarche semble pleine de bon sens, cela n’empêche pas le film -en bon gros blockbuster qu’il est- de céder à une fougue toute juvénile. Et les erreurs trahissant un manque de maturation de suivre dans la foulée, ce que nous avons déjà évoqué à propos des incohérences du scénario et que nous retrouverons, avec bien davantage de regrets, sur le caractère spectaculaire du long-métrage. En dépit ainsi de tous les points positifs évoqués plus haut, tout ce qui fait que Le Choc des Titans aurait dû être une incroyable claque visuelle, il est à déplorer que le film ne saura que rarement se montrer satisfaisant question action, la faute donc à un évident empressement de la production. On pourrait bien sûr évoquer le mini-scandale de la 3D du film, bidouillée en six semaines par Warner Bros et à ce qu’il paraît pathétique, mais c’est bien la réalisation des scènes de baston qui pose problème. Sans être le roi en la matière, Louis Leterrier nous a habitué à bien mieux lors de ses précédents efforts et c’est alors avec surprise que nous découvrons des séquences d’action brouillonnes, puissantes à leur manière mais illisibles et donc vaines. Une grosse déconvenue, surtout qu’il y avait matière à accoucher de purs moments d’anthologie, mais on a l’impression qu’il s’agit les trois-quarts du temps de cacher la misère plutôt que de nous transcender la rétine. Camoufler une mise en scène et des CGI approximatifs dans la fureur de l’instant. Et l’impression perdurera jusqu’à un climax saboté en beauté, où le pourtant impressionnant Kraken n’est jamais cadré dans son entièreté (pas facile de donner une vraie idée de l’échelle dans ces conditions) et où l’irruption de Hadès sent à plein nez le rafistolage de dernière minute… les boules !

Appelé à fréquenter les cimes de l’Olympe, ce nouveau Choc des Titans perd donc de sa superbe à n’avoir été envisagé par ses financiers que comme un banal blockbuster, emballé au plus vite et calibré pour le mangeur de popcorn moyen (nombre des incohérences du scénario viennent d’ailleurs de reshoots commandés par le studio pour « arrondir les angles »). Bâtard comme son demi-dieu de héros, le film conserve quelques beaux restes -de quoi continuer au moins à placer nos espoirs en Louis Leterrier- et pourra même se suivre avec un certain plaisir, mais il demeure malgré tout bien loin de tenir toutes ses promesses. Ou quand les considérations terre-à-terre gâchent les aspirations les plus élevées… voilà un combat que l’humain n’aurait pas dû remporter sur le divin…

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Dragons

14 avril, 2010

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Et une réussite de plus pour Dreamworks Animation, une ! Après nous en avoir gentiment mis plein la gueule avec des longs-métrages comme Kung Fu Panda ou Monstres contre Aliens, le vrai concurrent de Pixar continue son entreprise de livraison de solides blockbusters animés avec Dragons, adaptation épique d’un roman pour enfants de Cressida Cowell. Une péloche comme on les aime, trépidante et imaginative, avec juste ce qu’il faut de touches d’humour pour ne pas tomber dans le registre de la parodie. Telle est la recette d’un film d’aventure familial à part entière et réussi, ce qu’est définitivement ce How to Train your Dragon (titre original) de haute volée !

Dans sa tribu de fiers vikings, tuer un des dragons fondant régulièrement sur le village est un acte indispensable pour recevoir la considération de ses pairs. Toutefois, le jeune Harold ne parvient à exécuter un de ces reptiles volants après l’avoir blessé et, à la place, il le soigne et en fait son ami, apprenant à connaître ces créatures dont les siens ont toujours eu peur. A eux deux, ils pourraient ainsi mettre un terme à la guerre entre humains et dragons

Quand on y réfléchit, quel est le premier élément indispensable à toute bonne aventure ? Le dépaysement évidemment, et pour ça il faut donc nous plonger dans un monde aussi bien exotique que crédible, concret. Cet impératif, Dragons le remplit alors parfaitement en proposant une extrapolation bien pensée de l’univers des vikings, où l’idée commune que nous avons de ces barbares se mêle sans accroc à un contexte de fantasy. Mais là où il marque vraiment des points c’est dans l’élaboration d’une mythologie surprenante pour les dragons, rappelant un peu le travail des français Ivernel et Qwak sur l’excellent Chasseurs de dragons. Il y a ainsi plusieurs espèces de dragons, chacune avec ses spécificités et points faibles, ce qui donne un caractère ludique à leur découverte tout en conférant à chacun d’eux une réelle personnalité, un rang les détachant des autres. Cela peut sembler idiot mais c’est grâce à ça, par exemple, que le dressage de Crocmou par Harold acquiert une telle importance, parce qu’il s’agit d’un dragon que nous savons insaisissable et entouré de mystère, la « furie nocturne », le plus craint de tous les dragons. Un background admirablement mis en place dès une scène d’introduction enlevée, excellente séquence pleine d’action et d’humour grâce à la narration trainante du héros. Mais ce panorama de la situation ne brûlera pas toutes les cartouches du film d’entrée de jeu et, tout au long de l’aventure, les surprises continueront de consolider cet univers, de la zone d’entraînement pour apprentis-tueurs de dragons à l’antre de ces bestioles et encore d’autres joyeusetés.

La folie des grandeurs qui anime Dragons se retrouve alors dans sa réalisation, d’une ampleur particulièrement étonnante quand on sait que le seul coup d’essai de ses metteurs en scène était le sympathique -mais pas franchement spectaculaire- Lilo et Stitch de Disney. Dean DeBlois et Chris Sanders parviennent ainsi à prodiguer un efficace souffle épique à leur second essai, nous concoctant même en certaines occasions des images dont la beauté et la puissance nous coupent littéralement la chique. Les scènes de vol tirent en particulier leur épingle du jeu grâce à l’impression de fluidité qui les anime mais aussi, et là c’est un peu dommage, parce qu’elles sont à peu près les seuls moments où le relief a une vraie raison d’être, et certaines séquences magnifiques comme le vol des dragons dans la brume ou un climax proprement énorme ne manqueront pas de perdre en impact s’ils sont vus en 2D. Pour le reste pas de problème, la beauté intrinsèque des images et le dynamisme du récit se chargent de nous happer dans l’univers du film, pensé tout entier pour proposer au public un spectacle le plus complet possible. Nous ne sommes bien sûr pas dans la précision chirurgicale des scripts de Pixar, faut pas rêver non plus, mais Dreamworks Animation continue ici indéniablement à cultiver une marque de fabrique qui se caractérise par des oeuvres fun, intéressantes et rendant pleinement honneur à leurs origines cinématographiques (« du vrai grand cinéma » pourrait-on dire).

L’amélioration des scripts du studio constatée ces derniers temps ne se dément donc pas avec le petit dernier, dont l’adaptation du roman original revisite de fond en comble son intrigue afin de poser de passionnantes thématique. C’est vrai, la question du point de vue entre deux camps ennemis n’est que trop peu souvent traitée et, même si elle ne peut se départir ici d’une certaine simplicité pour être compréhensible par son plus jeune public, son message n’en reste pas moins valable, voire indispensable. Et s’il nous parvient avec tant de sincérité, sans cynisme aucun, c’est parce que les personnages restent toujours au centre de l’histoire et de l’action. L’exemple le plus frappant en est la volonté de ne pas céder à l’humour à tout prix, de laisser la comédie naître des situations et, surtout, de personnages suffisamment bien caractérisés pour que le tout fonctionne. Une remarque valant autant pour Harold, attachant antihéros, que pour son dragon de compagnie, lequel jouit d’une animation inspirée et « naturaliste » (difficile de ne pas penser à un chat lorsqu’on le regarde) lui permettant de s’exprimer parfaitement malgré son incapacité à parler. Leur relation est au coeur (de dragon) du film et explique alors pour beaucoup l’efficacité du scénario, qui développe en prenant le temps l’apprivoisement de chacun -un peu aux dépens des interactions du héros avec les autres humains, mais tant pis- pour que leur complémentarité nous apparaisse comme totale, prolongeant avec conviction la grande tradition du guerrier accompagné de sa fidèle et indispensable monture.

Dans la continuité de ses récents succès, Dreamworks Animation en remet donc une bonne couche avec ce Dragons réussi à plus d’un titre. Joliment épique sans oublier de nous impliquer grâce à un excellent duo de personnages, le film déploie en plus un univers d’une richesse à peine entamée comme le dévoile le générique de fin, plein de magnifiques dessins de prometteuses créatures. Là où l’on peut donc être un peu déçu de voir Pixar se mettre davantage aux suites (Toy Story 3 cette année, Cars 2 la prochaine), leurs chefs d’oeuvre se suffisant à eux-mêmes, son concurrent se pose comme un précieux initiateur de licences, un créateur de blockbusters animés aussi malins que spectaculaires. Ainsi, tout comme nous espérons un Kung Fu Panda 2 et un Monstres contre Aliens 2, il nous tarde que Dragons revienne pointer le bout de sa queue sur nos écrans pour une nouvelle aventure !

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Nanny McPhee et le Big Bang

12 avril, 2010

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Il y a quatre ans de cela, alors que la magie pullulait dans les salles obscures, débarquait Nanny McPhee. Inspirée d’une série de livres écrits par Christianna Brand et portée à bout de bras par l’actrice Emma Thompson, cette simili Mary Poppins surprit son monde en s’imposant comme un conte de fées des plus recommandables. Classique sans être vieillot, moderne sans être putassier, le film était à ranger au côté des oeuvres telles Babe, ces fables transgénérationnelles sur pellicule aussi intelligentes que soignées. Mais là où le cochon devenu chien de berger s’était réinventé à l’occasion de son deuxième volet, la disgracieuse nounou opte pour ne rien changer à sa formule et la réutiliser telle quelle, faisant de Nanny McPhee et le Big Bang un épisode indépendant (presque un remake même) plutôt qu’une vraie suite. Dans ces conditions, la magie fonctionnera-t-elle une seconde fois ?

Tandis que son bien-aimé mari est parti à la guerre, une mère se démène tant que bien mal pour élever leurs trois enfants dans la ferme familiale. Toutefois, la situation devient ingérable lorsque viennent s’y installer pour un temps les cousins de la ville, un frère et une soeur nés avec une petite cuillère d’argent dans la bouche et ne se plaisant que peu à la campagne. Désemparée face aux disputes à répétition, la mère trouve une aide inespérée lorsque surgit Nanny McPhee, une nounou pas comme les autres et ayant quelques leçons à enseigner aux garnements

La surprise n’est donc pas de mise avec cette nouvelle aventure de Nanny McPhee. Sans même réclamer un bouleversement complet de la forme du premier épisode, une simple évolution aurait été appréciable pour justifier pleinement ce retour mais, plutôt que d’éviter la redite, le film se contente en fait d’adapter son postulat à un nouveau contexte. La « Grande Guerre » (première ou deuxième, au choix), de laquelle fuient les enfants en se rendant dans l’arrière-pays ou un monde imaginaire. Pas franchement novateur, nous en conviendrons. Déjà prétexte à la suite du Peter Pan de Disney, cette toile de fond a souvent été rencontrée dans les oeuvres de fantasy pour kids comme Le Monde de Narnia, 5 enfants et moi,… et ce n’est pas Nanny McPhee et le Big Bang qui apportera quelque chose de révolutionnaire sur le sujet, l’utilisant comme une menace/épreuve que les enfants surmontent grâce à une magie les faisant mûrir. Il faut dire aussi que ce deuxième volet n’a en fin de compte que peu d’intérêt pour l’originalité, patchwork de situations ou thématiques connues comme le loup blanc. Le rat de ville et le rat des champs, le beau-frère qui veut vendre la ferme familiale,… autant d’éléments scénaristiques n’aidant pas le film à se départir de cette impression générale de déjà-vu. Dans le cadre du genre mais aussi en tant que suite, car son histoire n’apporte rien de plus au précédent si ce n’est d’étoffer (très) timidement la mythologie de la nounou avec l’introduction des anciens enfants dont elle s’est occupée par le passé, et qui sont maintenant ses contacts et aides dans le monde des adultes. Mais pour le reste, Nanny McPhee respecte immuablement le modus operandi vu dans sa première aventure ciné, elle ne s’écarte jamais de ce que nous connaissons d’elle et devient ainsi une sorte de personnage passe-partout, un peu dans la tradition littéraire des Oui-Oui et autres Martine où l’on peut prendre le héros et le mettre dans n’importe quelle situation.

La plus grande réussite de Nanny McPhee et le Big Bang est alors de parvenir à fonctionner sur ce registre épisodique, justement parce que son manque d’ambition ne lui fait pas oublier pour autant la formule magique du précédent volet. Qui commence par une facture visuelle perdue entre histoire fantasmée et magie rurale, assurée ici avec bon goût par une transfuge du petit écran britannique, Susanna White, sachant injecter de la vie et une certaine « réalité » dans cette campagne de conte de fées. Plus encore, la sensibilité avec laquelle elle compose ses plans se retrouve dans sa façon de manier des thématiques forcément didactiques (après tout, nous sommes dans un conte) sans les rendre lourdingues, évidemment aidée en cela par le scénario d’Emma Thompson. Il y a en fait une réelle domination du point de vue féminin qui plane sur l’ensemble du métrage -rendue évidente à l’écran par le triumvirat Maggie Gyllenhaal / Emma Thompson / Maggie Smith (trois générations d’actrices représentées par la crème de leurs membres) et le fait que les rôles d’hommes adultes sont présentés soit comme des méchants, soit comme des idiots (enfin jusqu’au retour du père, qui réserve d’ailleurs une bonne surprise)- grâce à laquelle il fait preuve d’intelligence et de tendresse dans son approche de l’enfance. Il sera ainsi étonnant de constater comme les gamins du récits, pourtant bien dissipés, savent éviter de se montrer trop énervants, et souvent même arrivent à nous faire rire (ou au moins sourire) de par leur innocence toute enfantine. Et ça, il faut le dire, c’est déjà un sacré défi de remporté !

Suite aussi accessoire qu’un « Martine à la plage » après avoir lu « Martine à la montagne », Nanny McPhee et le Big Bang parvient donc malgré tout à emporter l’adhésion du public grâce à une formule qu’elle réemploie, certes sans innovation, mais avec une déférence qui en restitue au moins toute la simplicité et l’efficacité. La nounou interprétée par Emma Thompson n’a rien perdu de sa magie et continuera de ravir petits et grands, comme se doit de le faire tout conte de fée. Après, pour chipoter, on pourra toujours se demander quel est le vrai sens de ce « Big Bang » dans le titre mais ça, c’est une autre histoire !

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Les Chèvres du Pentagone

6 avril, 2010

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La guerre en Irak, Hollywood en a déjà fait un sujet de prédilection depuis quelques temps pour exorciser les démons d’un pays égaré, réfléchir aux conséquences de tels actes. Un sujet sérieux, que l’establishment prend en grande considération (les six Oscars de Démineurs en sont la preuve) et que personne (ou presque) n’avait donc encore osé aborder avec dérision. Jusqu’à Les Chèvres du Pentagone, qui s’intéresse en réalité plus à la guerre dans sa globalité qu’à celle du moment, ne se servant de cette dernière que pour mieux illustrer son propos pacifiste. Et quand c’est fait avec autant de rythme et d’humour sans oublier un putain de casting tout bonnement parfait, on ne peut qu’adhérer !

Largué par sa femme, le journaliste Bob Wilton part pour l’Irak sans vraiment savoir ce qu’il fait. Sur place il fait la rencontre de Lynn Cassady, un soldat prétendant détenir des pouvoirs paranormaux depuis qu’il a intégré une unité spéciale de l’armée, fermée depuis plusieurs années. Intrigué par ce récit duquel il ne sait que penser, Bob suit Lynn dans sa supposée mission

La vraie bonne idée du film est donc d’aborder le sujet de la guerre en Irak sous un angle plus décalé que d’ordinaire, adopter un regard permettant de traiter le sujet sans lourdeur tout en conservant la force du message. Le principe même de la caricature, appliqué ici à un long-métrage parvenant à fonctionner car n’oubliant jamais de brouiller un minimum la frontière entre réalité et fiction, l’intrigue étant « plus vraie que nous ne saurions le croire » comme l’annonce l’intertitre en introduction. Malgré tout, tiré d’un livre du journaliste Jon Ronson censé se fonder sur de véritables expériences menées en secret par l’armée américaine, Les Chèvres du Pentagone déploie un improbable récit où la véracité n’a finalement que peu d’importance (un fait d’autant plus évident que l’équipe s’est contentée de « recréer » son Irak au Nouveau-Mexique). Plus qu’un documentaire, le film se veut donc être un conte où le contexte de la guerre actuelle n’est qu’une toile de fond, prétexte à ratisser le sujet bien plus largement. Profondément utopiste et antimilitariste, le film ne se sert en aucun cas de ses « soldats jedis » comme d’un élément incroyable, une révélation historique fracassante, mais bien comme d’une parabole sur la force de la conviction personnelle contre la pensée unique. La toute puissance de l’esprit en paix, cristallisée dans une conclusion de doux rêveur. Un message qui aurait pu devenir risible si le réalisateur Grant Heslov (également acteur, vu entre autres en acolyte de Schwarzy dans True Lies) ne menait pas si bien sa barque, injectant ce qu’il faut d’absurde et de rythme pour déjouer tous les obstacles de l’exercice et livrer une oeuvre divertissante tout en ayant un vrai fond.

Mais si la sauce prend si bien, c’est aussi en très grande part grâce à l’un des plus incroyables castings qu’on ait vu depuis longtemps, ou en tout cas l’un des mieux employés. C’est simple, les têtes d’affiche collent si bien avec leur personnage qu’ils semblent n’avoir été écrits que pour eux, de façon à les utiliser au plus près de ce qu’ils font le mieux, d’une image qu’ils rendent immédiatement identifiable. Nous sommes là encore dans une logique de caricature, transcendée donc par la facilité avec laquelle les comédiens endossent leur rôle : Ewan McGregor en candide apprenti, Jeff Bridges ressuscitant le cultissime Jeffrey Lebowski, un Kevin Spacey parfait en représentant des culs-coincés comploteurs (on notera aussi la présence d’un Stephen Avatar Lang s’imposant définitivement comme un précieux second couteau). Et, surtout, George Clooney. The King. Un acteur qui aurait pu se contenter de capitaliser sur sa belle gueule au sortir de Urgences mais qui a su au contraire dynamiter ces attentes, se révélant en particulier dans la comédie au côté des frères Coen. Le voir ici en Lynn Cassady ne manquera alors pas de rappeler sa prestation dans O’Brother, ce qui ravira à coup sûr tous ceux considérant qu’il s’agit de son meilleur rôle. Et de loin, en plus, tant Clooney y faisait preuve d’un second degré savoureux, transformant avec naturel ses mimiques de beau-gosse en pures expressions de cartoon. Un registre qu’il réinvente dans la peau de cette machine de guerre pacifiste, hippie combattant hilarant de par sa conviction en ses pouvoirs et techniques mais portant également en lui une vraie blessure (la mort de la chèvre, scène à mourir de rire au demeurant). Celle que partagent tous ceux ayant vu leur innocence dissolue dans les horreurs de la guerre.

Porté par un casting aux petits oignons et un humour ravageur, Les Chèvres du Pentagone donnerait alors presque l’impression d’être l’oeuvre des frères Coen (en mode « comédie », cela va sans dire) au regard de la manière dont il enrobe son discours d’une sévère dose d’absurde, sans sacrifier l’un au profit de l’autre. Un jeu tout en finesse duquel Grant Heslov se sort avec les honneurs, livrant une ode antimilitariste aussi drôle que communicative. Alors n’hésitez plus et, vous aussi, devenez un jedi de la paix !

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