Alice au pays des merveilles

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Avec le style visuel si particulier dont il a fait montre tout au cours de sa carrière, il était évident que Tim Burton finirait par croiser la route de Lewis Carroll et de sa petite Alice. Aussi sûr que George Lucas finira par nous refaire une trilogie Star Wars. Devenu roi du conte de fées moderne avec des chefs d’oeuvres comme Edward aux mains d’argent ou L’Etrange Noël de Monsieur Jack, beaucoup voyaient alors dans ce nouveau projet la possibilité pour le réalisateur de revenir aux plus grandes heures de son cinéma, renouer avec la puissance des longs-métrages lui ayant assuré un statut d’artiste unique. Sauf que si la rencontre entre Burton et Carroll était attendue, le résultat final est lui tout à fait inattendu !

Depuis son plus âge Alice fait chaque nuit le même angoissant cauchemar, où elle poursuit un lapin blanc jusqu’à un terrier et tombe dans un monde étrange, peuplé de créatures bizarres. Allant aujourd’hui sur ses vingt printemps, elle est forcée par sa mère d’accepter un mariage arrangé mais, lors des fiançailles, elle voit le lapin blanc et se met à le suivre. Jusqu’à un terrier. Où elle finit par tomber… Pensant d’abord rêver de nouveau, ses différentes rencontres l’amènent pourtant à comprendre qu’elle est déjà venue dans ce monde et, plus encore, que celui-ci l’attendait pour être libéré du joug de la Reine Rouge

Les surprises sont donc de taille avec cette nouvelle version de Alice au pays des merveilles, et elles ne se limitent pas à découvrir que Johnny Depp en Chapelier Toqué vampirise bien moins le film que sa campagne promotionnelle. Non la vraie grosse surprise est que le dernier Burton est loin d’être aussi « merveilleux » que ce l’on pouvait croire, voire même attendre, ce qui expliquera en grande part le rejet dont il fait l’objet. Car le réalisateur a choisi une toute autre voie que la fantasy pure, s’aventurant contre toute attente dans le registre plus guerrier de l’heroic fantasy. Un changement dû bien sûr à la volonté de satisfaire aux critères des blockbusters actuels en terme de spectacle mais également, et c’est plus intéressant, au désir de ne pas refaire une nouvelle fois l’histoire originale (avec laquelle Burton avoue n’avoir pas spécialement d’affinités). De lui donner une suite avec un personnage principal plus vieux, ayant un autre regard sur ce monde parallèle. L’intrigue de « l’élue » a beau alors être relativement bateau, il est sympathique en contrepartie de pouvoir découvrir Wonderland (qui se nomme en fait Underland, Alice ayant mal compris le nom lors de sa première visite) et ses habitants sous un autre jour, moins onirique. Parce que même si la conclusion sentant le bricolage de dernière minute contredit cela, il y a véritablement l’idée que ce monde souterrain existe bien, n’est pas que le fruit des songes d’une jeune fille. On regrettera alors surtout qu’il ne soit pas fait plus de connexions avec le livre de Lewis Carroll, pour expliquer davantage la raison de la première venue d’Alice, mais il s’agit vraiment de passer à autre chose, quitte à s’éloigner considérablement de l’esprit du matériau d’origine (le Chapelier Toqué est un résistant ? Le Jabberwocky est une arme de la Reine Rouge ?) pour lui donner une « réalité » plus tangible, un cadre dans lequel pourra s’installer l’intrigue d’heroic fantasy.

Si l’ensemble a alors parfois un peu des allures de Seigneur des Anneaux du pauvre, Tim Burton n’étant pas franchement le roi de la baston, il parvient tout de même à nous livrer quelques images et scènes puissamment évocatrices, validant sa vision de Alice au pays des merveilles. D’autant que ces envolées voient leur potentiel crever le plafond grâce au score magnifique d’un Danny Elfman dopé au sword & sorcery, décidément plus inspiré que jamais après l’excellente B.O. de Wolfman. Néanmoins, tout n’est pas rose et le long-métrage pèche parfois sur le plan du spectaculaire. Il est ainsi à noter que sa 3D, pourtant tant vantée dans la communication autour du film, n’a absolument rien de remarquable. On trouve bien quelques effets de profondeur sympa ici ou là mais, pour le reste, on sent bien que la réalisation n’a pas profité de la même réflexion que celle opérée sur, au pif, Avatar (surtout que le film n’a été converti en relief qu’après le tournage) Une comparaison qui dessert encore plus le dernier Burton quant on regarde de plus près la qualité de ses CGI, sur lesquels on aurait aimé que l’équipe ait eu davantage de temps pour les peaufiner. Les environnements manquent cruellement de vie et certains personnages, monstres et animaux, ont un rendu pas toujours convaincant. En fait, et paradoxalement, l’effet cartoon recherché ne fonctionne vraiment qu’avec les protagonistes « humains », véritables « gribouillis » de Tim Burton amenés à la vie grâce à des extensions numériques soignées et des comédiens très à l’aise dans un registre excessif (Crispin Glover, Matt Lucas, et une mention spéciale pour Helena Bonham Carter). Toutefois, à propos de son style visuel, on notera chez le génie de Burbank non pas un recyclage intensif de ses figures favorites, ce qu’on lui reproche souvent, mais bien une exploration vers des territoires pas toujours heureux. La jardin aux fleurs en particulier laisse une première impression mitigée de ce pays des merveilles, par trop baveuse et dans des teintes franchement moches, que rattrapera heureusement la suite du métrage.

Alice au pays des merveilles selon Tim Burton n’est donc absolument pas le film que nous aurions imaginé, abandonnant très vite l’errance moins hasardeuse qu’il n’y paraît du roman de Lewis Carroll pour un traitement bien plus proche du Monde de Narnia. D’ailleurs, il est dommage de constater lors des dernières minutes que l’intrigue s’emmêle un peu les pinceaux entre ses considérations de conte de fées et d’heroic fantasy, n’arrivant à donner qu’une conclusion incomplète et artificielle. C’est sûr, les fans de la première heure en voudront une nouvelle fois au réalisateur pour s’être fondu dans le moule d’un gros studio, plus insidieusement encore qu’avec La Planète des singes, surtout qu’il a volontairement pris le contre-pied de ce que l’on attendait. Mais malgré ses défauts et le choc premier de découvrir un film si inattendu, le dernier Burton pourra s’apprécier pour qui est prêt à passer outre le souvenir de ses oeuvres les plus anciennes. Traversé par la grâce diaphane de Mia Wasikowska et nanti de quelques jolies fulgurances épiques (encore une fois, merci Danny Elfman), le long-métrage porte en outre -qu’on le veuille ou non- la patte de son réalisateur, avec ce que ça implique de figures imposées mais aussi d’évolutions. A sa façon, Tim Burton vient ainsi de faire son Hook et si certains l’accepteront, d’autres le rejetteront en bloc. En fait, c’est un peu comme cette énigme que ne cesse de poser le Chapelier Toqué à Alice, « pourquoi un corbeau ressemble à un bureau? » : il n’y a pas de réponse…

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7 Réponses à “Alice au pays des merveilles”

  1. mabataille dit :

    Pas terrible ce Prince Narnia 3, j’ai pas vu le 2 donc j’ai pas trop compris pourquoi il manque un garçon et que l’autre est teint en roux mais bon… j’ai pas aimé, j’avais pas aimé le bouquin tu me diras !
    Les génies se renouvèlent, ici Tim Burton se recycle péniblement. Dyson a bien inventé un ventilo sans pâles après l’aspirateur sans sac quoi… Ca devrait l’inspirer bordel !

  2. pitouwh dit :

    Ta comparaison avec Dyson me troue le cul… Qu’est-ce que je peux dire après un tel truc ? ;-)

  3. mabataille dit :

    Je propose un « Tim Burton n’a rien fait de bien depuis Mars Attacks. »

  4. pitouwh dit :

    T’as raison, il a juste enchaîné sur Sleepy Hollow qui est certainement un de ses meilleurs films, mais ça ne vaut pas le coup d’en parler…

  5. mabataille dit :

    Je l’ai en Blu Ray ce film et je peux t’assurer qu’en fait il est pas si bien que ça :p ma proposition tiens donc toujours !

  6. kramvoussanos dit :

    à film génial réalisateurs génial ! Moi je trouve que tim burton a réalisé de formidable films (beetlejuice , edwards aux mains d’argents) et a tjrs su se renouvelé ( charlie et la chocolatrie notamment).Il a aussi diversifié les genres : le film de super héros ( batman et sa suite), la comédie musicale (sweeney todd), le film d’animation ( les noces funèbres), le film fantastique ( Big Fish), le film de sciences-fiction ( la planète des singe)…
    De plus, il s’entourent tjours de la meme équipe.

  7. pitouwh dit :

    @ mabataille : c’est ton opinion, mec, mais c’est quand même à se demander si tu ne serais pas né avec le coeur plein de haine…

    @ kramvoussanos : pas mieux à dire, mais il ne faut pas en oublier pour autant les quelques faiblesses (plus ou moins graves) qui émaillent sa brillante carrière. Rien que La Planète des singes reste une erreur de parcours assez monumentale…

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