Bad Lieutenant : Escale à la Nouvelle-Orléans

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Quand il fut annoncé qu’un remake du Bad Lieutenant de Abel Ferrara était en préparation, la nouvelle en déconcerta plus d’un tant le film original est intrinsèquement lié aux obsessions de son réalisateur, à son style de déliquescence urbaine. Savoir de plus que Nicolas Cage remplacerait Harvey Keitel n’était pas pour nous rassurer, l’acteur n’ayant pas spécialement brillé ces dernières années et semblant avoir le chic de participer à des remakes hautement contestables (Bangkok Dangerous, Wicker Man). Sur cette base, Bad Lieutenant : Escale à la Nouvelle-Orléans s’inscrivait alors dans la tradition des projets inutiles et pète-gueule, les appelés à la médiocrité. C’était sans compter sur la participation de Werner Herzog, un artiste au travail pas toujours facile d’accès mais souvent intéressant, qui est parvenu à se détacher de son imposant modèle pour offrir quelque chose de neuf. Pas forcément palpitant, mais original.

Dans la Nouvelle-Orléans de l’après ouragan Katrina, l’inspecteur de la police criminelle Terence McDonagh enquête sur le meurtre d’une famille africaine par un caïd local. Mais entre une blessure au dos qu’il soigne à grand renfort de stupéfiants, une vie personnelle compliquée et une ville où la frontière entre Bien et Mal n’a jamais été aussi floue, Terence perd peu à peu pied avec le réel

Du remake annoncé, difficile en fin de compte d’en trouver la moindre trace dans ce Bad Lieutenant : Escale à la Nouvelle-Orléans dont seul le titre le relie vraiment au film de Ferrara. Si ce n’est que nous suivons dans les deux cas un flic dans sa descente aux enfers, tout diffère donc entre les deux longs-métrages et ce n’est pas plus mal. Il aurait en effet été idiot de vouloir refaire un film d’auteur pur et dur. Herzog et son scénariste ont ainsi eu la très bonne idée de déplacer leur intrigue dans une Nouvelle-Orléans ravagée il y a peu par une catastrophe naturelle, un cadre en phase avec l’actualité et inédit dans le paysage hollywoodien. Mais plus que de chercher à se montrer original, il s’agit d’établir un lien entre ce lieu tentant de se reconstruire et un personnage principal luttant pour ne pas se casser la gueule, chacun étant la force et la faiblesse de l’autre. Intéressante, cette approche pallie un peu au manque d’impact de l’effilochage mental du policier, mystique (quelques hallucinations barrées sont à prévoir) mais sans la valeur christique sulfureuse de chez Ferrara.

Heureusement, et même s’il se laisse aller en quelques occasions à un cabotinage qui nous rappellera à coup sûr sa performance dans Volte-Face, Nicolas Cage nous prouve combien il peut être convaincant lorsqu’il est bien dirigé. Toujours sur la corde raide, il erre dans ce paysage en ruines tel un fantôme halluciné, coké jusqu’aux yeux, et on ne l’a en fait pas senti aussi juste dans un rôle depuis Lord of War, qui date quand même d’il y a cinq ans.

Néanmoins, si toutes ces considérations sauvent le film du naufrage que nous redoutions, il souffre au final d’une intrigue trop balisée pour rendre l’ensemble vraiment prenant. Eva Mendes a beau traverser le métrage de sa beauté ensorcelante (et suffisant d’ordinaire à nous captiver en toutes circonstances), difficile de se passionner pour des articulations scénaristiques empruntées au tout-venant du genre, s’achevant qui plus est en une conclusion grotesque de facilité. Ce qui est bien sûr une façon pour Herzog d’appuyer son propos, cette façon insolente avec laquelle on peut se créer de faux-héros lorsqu’on en a besoin (voir les promotions pas franchement méritées du ripou de l’histoire), mais ce discours post-11 septembre n’est effectif que sur un plan thématique, pas cinématographique. D’autant que le réalisateur conserve la plupart du temps le filmage presque naturaliste que nous lui connaissons, ne le trompant qu’au détour de quelques séquences un peu plus expérimentales.

Pas vraiment haletant mais pas inintéressant non plus, Bad Lieutenant : Escale à la Nouvelle-Orléans se pose donc comme une curiosité de plus dans la filmographie de Werner Herzog, un faux-remake valant surtout pour ses thématiques et les retrouvailles avec le Nicolas Cage des grands jours. C’est peu mais c’est déjà ça, surtout au regard de comment tout cela s’annonçait.

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