Hors de contrôle

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Il a beau avoir été mêlé à des scandales pour le moins préoccupants ces dernières années (entre l’antisémitisme et l’alcoolisme, disons que son image publique n’était pas au top), l’acteur Mel Gibson nous manquait. Cela fait huit ans depuis le Signes de M. Night Shyamalan et même s’il s’est brillamment illustré en tant que réalisateur, ne pas voir sa trogne sur grand écran avait quelque chose de regrettable pour le paysage hollywoodien. Parce qu’on le connaît depuis toujours, on a vécu des tas de trucs ensemble, et qu’il est passionnant de pouvoir ainsi suivre la carrière et l’évolution d’un artiste. L’envie de célébrer son retour avec Hors de contrôle se faisait donc fortement ressentir, d’autant que ce polar motivé par la vengeance lui donnait l’opportunité de revenir dans son registre le plus excitant, « Mad Mel ». Tristement, la déconvenue n’en sera que plus grande…

Membre de la police de Boston, le détective Thomas Craven est aux anges lorsqu’il revoit sa fille unique après une longue absence. Mais le bonheur n’est que de courte durée car celle-ci est abattue sur le perron de leur maison, sans raison apparente. Le policier, découvrant quelle vie elle menait, remonte la piste jusqu’à son employeur, une entreprise privée aux pratiques plutôt troubles. Seul contre tous, plongé dans un complot mettant en danger la sécurité de l’État, Thomas Craven fera tout pour se venger de ceux ayant assassiné sa fille

En soi, Mel Gibson fait preuve du même talent que nous lui avons toujours connu. On aurait pu craindre que ces années d’absence et d’excès aient élimé son jeu d’acteur ou son charisme mais il n’en est rien et, usant de tous ses vieux trucs, il campe une figure paternelle crédible, parfois touchante lors d’échanges irréels avec sa fille disparue… Pas très « Mad Mel » tout ça, et c’est bien là la problème. Parce que si sa froide retenue d’homme mûr aurait pu coller idéalement à un projet comme Hors de contrôle, son potentiel reste pourtant inexploité par une intrigue lui refusant de basculer pour de bon du côté obscur (le titre original, Edge of Darkness, pourrait être traduit par « l’orée des ténèbres »). Mel a beau alors y croire, son personnage de Thomas Craven est dans les faits aux antipodes de paraître « hors de contrôle », tel un roquet aboyant mais trop lâche pour mordre. Ce qui nous donne des scènes incroyables comme celle où le flic en colère a le meurtrier de sa môme sous la main mais, plutôt que de lui en mettre une entre les deux yeux, se contente de le menacer et même de lâcher une punchline à la fin de leur vain échange (le déjà tout moisi « fasten your seatbelt » de la bande-annonce). Ajoutons à cela quelques idées personnelles douteuses et déplacées (que vient faire là ce commentaire sur le traumatisme des vétérans de la guerre ?) et il deviendra difficile, si ce n’est de prendre parti, de s’impliquer au moins dans cette vengeance tiédasse, mesurée, et en contradiction totale avec la violence du crime à son origine. Mais ce n’est pas le pire…

Il faut savoir en effet que Hors de contrôle était à l’origine une mini-série produite par la BBC en 1985, avec Martin Campbell déjà à ses commandes. En s’attaquant donc aujourd’hui à cette adaptation ciné, il est censé avoir une connaissance approfondie de son matériau, du moindre de ses rouages narratifs. Sauf qu’à la vision du film on a la tenace impression d’avoir devant nous un simple remontage des six épisodes de la série Edge of Darkness, avec tout ce que cela implique de carences scénaristiques : intrigues secondaires inexistantes, linéarité monotone, incohérences irritantes et même non-explication de certains éléments primordiaux de l’intrigue (quid de l’empoisonnement à la fin ?). Il va sans dire alors que le long-métrage peine à nous passionner, se calant dans une routine de thriller ultra-classique (et sans suspense, un comble !) que la réalisation de Campbell épouse sans effort, les doigts de pied en éventail. Entre ses James Bond (Goldeneye, Casino Royale), les Zorro et quelques sympathiques séries b (Vertical Limit, Absolom 2022), nous l’avons pourtant connu plus dynamique et inspiré mais ici, c’est à croire que le réalisateur était en pilote-automatique. Il poussera d’ailleurs la flemmardise jusqu’au bout, transformant la valeur mystique de la série originale en guimauve catho dans une dernière image dégoulinant de bons sentiments.

Elle est donc grande la déception avec Hors de contrôle, le film ne parvenant ni à rendre honneur au grand retour de Mel Gibson ni même à s’imposer comme une péloche correcte. Ampoulé, bancal et pas fun pour un sou, le nouveau Martin Campbell est à ranger dans la catégorie des thrillers mous du genou, de ceux qui préfèrent s’assurer une bonne place en prime-time sur les chaînes télés plutôt que de nous entraîner dans les recoins les plus sombres de l’esprit humain. Dommage, c’était tout le propos de l’affaire…

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