A Serious Man

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Si les frères Coen se sont toujours montrés habiles dans le genre du film noir, ils ont surtout brillé au travers de comédies aussi branques qu’intelligentes. C’est dire si le bordélique Burn After Reading fut une cruelle déception et combien on peut se méfier de leur petit dernier, A Serious Man, aux premières images plutôt loufoques mais que l’on annonce comme une « comédie dramatique ». Un oxymore que les deux frangins vont travailler au corps pour lui donner tout son sens, jouant d’un humour plus noir que jamais. Un vrai tour de force, malheureusement aussi virtuose que vain.

Dans le Midwest des années 60, Larry Gopnik est un professeur d’université à la vie sans le moindre remous. C’est pourquoi il est quelque peu surpris lorsque sa femme lui annonce qu’elle veut divorcer, premier maillon d’une chaîne d’événements qui vont plonger Larry dans un désarroi de plus en plus aliénant. Alors que son monde s’écroule, il cherche dans la religion l’explication de cet acharnement du sort contre lui

Quiconque a déjà vu une oeuvre des frères Coen sait que le duo, au sein du paysage hollywoodien, joue dans la cour des plus grands. Un statut dû autant à leur maîtrise technique impeccable qu’à des scénarios -signés bien sûr de leurs mains- ne cédant jamais à la facilité malgré les apparences, insufflant de la substance même là où l’on n’en attendrait pas vraiment (la comédie romantique avec Intolérable cruauté). Forcément il leur arrive de se planter, et plus souvent qu’on le voudrait encore, mais même leurs péloches les moins réussies ont alors à chaque fois cette patte unique, reflet de leur passion pour le cinéma et de la réflexion qui en découle. Et à plus d’un titre, A Serious Man s’inscrit dans cette tradition. Là où la trame du film pourrait ainsi paraître anémique et archi-rebattue, les Coen jouent la carte d’une mécanique implacable mais également surprenante, désamorçant nos prévisions nées à la lumière du pitch pour mieux nous faire ressentir la détresse de Larry Gopnik face aux catastrophes qui s’amoncellent (l’excellente performance de Michael Stuhlbarg n’y étant pas non plus étrangère). Un humour cruel et en même temps plein d’affection que l’on retrouve à l’identique dans la réalisation des frangins, ne serait-ce qu’au travers de leur reconstitution d’une Amérique des 60′s à la frontière de la nostalgie et de la désillusion.

Mais si les Coen donnent l’impression de s’acquitter brillamment de leur numéro d’équilibriste, prodiguant une réalité tangible au concept vague de « comédie dramatique », ce sentiment n’aura néanmoins qu’un temps. Car dans leur désir d’innovation, le duo abandonne toute conception classique de la narration (ou du moins la travestit jusqu’à l’en rendre méconnaissable) pour faire de A Serious Man une pochade réflexive, une histoire libre à toute interprétation. Exactement comme les récits que débitent les rabbins quand Larry vient chercher des réponses, les éminences religieuses se gardant bien d’y apporter la moindre explication. Une façon d’amener l’autre à réfléchir mais également de montrer combien on est sage et intelligent, d’affirmer sa supériorité face à celui qui est perdu. Et, disons-le, les Coen se la pètent sévère ici. Ils nous enfoncent progressivement dans une intrigue dont le sens nous échappe de plus en plus, les pistes de lecture étant aussi nombreuses qu’obscures (certains critiques sont allés jusqu’à établir un parallèle entre le film et la physique quantique, c’est dire). Comme les rabbins, ils évitent donc soigneusement d’exprimer leur propre opinion ou même d’apporter une quelconque conclusion, nous laissant au final aussi démunis que face à l’inattendue scène d’introduction.

On sort ainsi de A Serious Man avec l’impression d’avoir partagé le calvaire de son personnage principal pour rien, lui-même n’y pouvant queue dalle et n’y réagissant en rien. Frustrant, parce que les frères Coen font preuve de tout le talent que nous leurs connaissons mais sans autre but que de montrer combien ils sont malins et cultivés, pour plaire à ceux qui aiment également se croire malins et cultivés. Ce qui ne signifie pas que les autres -les adeptes d’un cinéma plus direct- ne comprendront rien à cette digression métaphysique mais, s’ils en arriveront aux mêmes conclusions embrouillées et vaseuses que le tout venant de l’intelligentsia, eux se demanderont au moins quel est l’intérêt de tout ça. Et ils auront bien raison.

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