Invictus

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Bien qu’il fêtera ses 80 ans cette année, Clint Eastwood fait preuve d’une boulimie artistique nous donnant à penser que, avant de prendre sa retraite et mourir (une idée très présente dans sa filmographie récente), le réalisateur tient à finir de dire ce qu’il a sur le coeur. Avec son troisième film en un peu plus d’un an, Invictus, l’ancien Dirty Harry nous parle ainsi de tolérance, de paix entre les différents groupes pouvant cohabiter dans un espace donné. Un message finalement très proche de celui de son précédent effort, Gran Torino, sauf que la rencontre improbable de deux voisins se dérobe ici au destin de tout un pays, l’Afrique du Sud de l’après-apartheid. Un changement d’échelle dans lequel le discours de Eastwood perd un peu en finesse.

Tout juste élu président de l’Afrique du sud, Nelson Mandela doit s’occuper des affaires d’état mais également d’un problème plus préoccupant, son pays continuant d’être rongé par les restes de l’apartheid. Pour y remédier, il lui vient l’idée de réunir ses concitoyens sous une même bannière en se servant du sport, et plus spécialement du rugby. La Coupe du Monde se tenant dans une année, il demande alors au capitaine de la très moyenne équipe nationale de se surpasser pour porter haut les couleurs de l’Afrique du sud

En tant que réalisateur, Clint Eastwood s’est fait une spécialité ces dernières années d’éclairer des sujets difficiles avec une retenue remarquable. L’euthanasie dans Million Dollar Baby, la question du point-de-vue dans la guerre (le diptyque Mémoires de nos pères / Lettres d’Iwo Jima), la brutalité policière avec L’Echange ou encore le « racisme ordinaire » dans Gran Torino. Mais loin de se départir de l’émotion en évitant ainsi le pathos, Eastwood parvenait à chaque fois à capter la part humaine du drame avec une sensibilité unique, celle d’un vieux sage connaissant ses fautes, celles des autres, et capable d’y réfléchir avec recul, sans la moindre véhémence. En cela le Eastwood réalisateur de la dernière décennie est donc assez proche de l’image publique de Nelson Mandela, l’homme derrière le « Tribunal du Pardon », et le portrait qu’il nous en dresse dans Invictus lui offre par conséquent une réelle épaisseur, presque un certitude de véracité. Il faut dire aussi qu’en confiant le rôle à Morgan Freeman, acteur dont le talent n’est plus à démontrer, la moitié du travail était faite. Pour le reste, Eastwood assoit alors le sentiment de réalisme grâce à une réalisation sans fioriture, le plus étonnant étant peut-être bien l’absence quasi-totale de musique dans la première partie pour se rapprocher du style documentaire.

Et pourtant, malgré cette réussite formelle apparente (à noter les réussis matchs de rugby où l’on sent bien la violence des chocs), Invictus ne peut prétendre à la même intelligence dans son propos que les précédents films du réalisateur. Pourquoi cela ? Parce que cette fois, l’approche de Eastwood confine à un optimisme des plus forcenés, pour ne pas dire franchement naïf. C’est vrai, depuis quand le sport peut-il réunir ainsi les gens, leur faire oublier les différences qu’ils pensent avoir ? Rappelez-vous l’espoir de la France Black-Blanc-Beur au lendemain de la Coupe du Monde de foot en 98 et comment, quatre ans plus tard, le Front National passait au second tour de l’élection présidentielle… Difficile dès lors de « croire » à l’histoire que nous raconte Eastwood car si le message est on ne peut plus louable -et même indispensable- les mécaniques narratives apparaissent comme trop grossières pour émouvoir, nous impliquer. Tout se passe comme l’imaginait Mandela, dans une logique autant implacable qu’irréaliste, et bien qu’il existait plusieurs nids où épaissir le récit (les agents de sécurité, les joueurs de l’équipe), ceux-ci sont traités avec une légèreté flirtant souvent avec la comédie. Et que dire du final, où Eastwood nous conduit jusqu’à un happy-end douteux à grand renfort de ralentis lourdingues…

Alors, que ce soit clair, Invictus n’est pas un mauvais film en soi, mais on ne peut nier qu’il s’agit d’une sacrée déception quand on pense à celui qui est aux commandes, et au sujet qui était entre ses mains. Sa nouvelle oeuvre se contente en fait d’une approche ultra-simpliste difficilement pardonnable chez Eastwood, usant des bonnes grosses ficelles de ce genre de films. Après, il est sûr qu’un peu de naïveté peut faire du bien en ces temps cruels mais, pour le coup, on aurait préféré que ce soit quelqu’un d’autre qui s’y colle.

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3 Réponses à “Invictus”

  1. mabataille dit :

    Ca manque de quelque chose, un peu de sérieux peut-être… En tout cas les acteurs jouent le jeu.

  2. karinetiniere dit :

    le côté naif est dans la vraie vie de Mandela! c’est un humaniste un vrai il a mis 27 ans à ravaler sa colère!
    hé oui c est un idéaliste qui par son charisme a réussit à mobiliser un peuple entier,la coupe du monde est une infime partie des ses actions pour unir.
    Quand N Mandela mourra il rejoindra Ghandi.
    C est tout ce que j avais à dire à ce propos!!

  3. pitouwh dit :

    Attendez, y a un truc que j’ai pas compris là… « Quand N Mandela mourra il rejoindra Ghandi »… ils vont partager le même caveau ? Et pourquoi ça ?

    (mauvaise) Blague à part, je suis tout à fait d’accord sur le fait que Mandela est un grand homme comme on en voit trop rarement. Mais comme le dit l’ami mabataille, le film manque de « sérieux », au sens où il galvaude son sujet avec un traitement naïf qui, certes, rend hommage à Mandela, mais ne donne pas une réelle émotion à son combat.

    Et c’est tout ce que j’avais à dire à propos de ça.

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