Avatar

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Tout, absolument tout était réuni pour que Avatar suscite chez nous la plus fiévreuse des attentes. Déjà, le simple fait que James Cameron revienne à la réalisation d’un film de fiction dix ans après Titanic. Qui plus est pour porter à l’écran une énorme épopée SF comme nous n’en avons jamais vu au cinéma, dont le souffle et la portée l’inscrivent immédiatement dans le « classicisme » des grandes oeuvres de l’âge d’or de Hollywood. Mais surtout, en raison des années de recherches effectuées par Cameron afin de concrétiser techniquement ce projet, c’est bien la promesse de voir le cinéma entrer dans une nouvelle ère qui achevait de nous faire rêver. L’annonce d’une véritable révolution. Sachant que, si révolution il y a, le réalisateur de Terminator 2 est à n’en point douter l’un de ceux capables de la provoquer. Alors on enfile ses lunettes et, le sourire aux lèvres après avoir tant attendu, on pénètre dans le monde de Pandora…

Pandora, planète lointaine intéressant les humains pour ses ressources minières, est la terre-mère des Na’vis, un peuple de géants vivant en harmonie avec la nature. Pour les approcher et traiter avec eux, mais aussi pour survivre à l’atmosphère de ce monde, les hommes utilisent des avatars dans lesquels ils projettent leur conscience. Jake Sully, ex-marine paraplégique, rejoint tout juste cette mission et fait rapidement preuve d’une affinité particulière avec les autochtones, qu’il cultive de jours en jours auprès de la farouche Neytiri. Mais sous l’impulsion des entrepreneurs et militaires, la guerre entre humains et Na’vis est bientôt déclarée et Jake se retrouve face à un choix essentiel

Alors, en quoi Avatar est censé apporter une véritable révolution ? Parce que des films en Real-3D, après tout, nous en avons désormais vu quelques-uns ; et si certains tenaient plus de l’attraction foraine qu’autre chose, un artiste comme Robert Zemeckis a su au contraire tracer de passionnantes pistes légitimant cette innovation. Mais voilà : là où le réalisateur de La Légende de Beowulf se sert de cet outil pour fluidifier à l’extrême sa narration, Cameron veut lui l’utiliser pour nous plonger comme jamais dans l’univers d’un film. Pour ça, il a créé un monde complet que nous ne quitterons à aucun moment et a donc recours en plus au relief, qu’il ne cesse de penser en termes d’échelle et d’utilisation de la profondeur du champ. Bonne idée, car c’est bien la voie à suivre pour nous projeter au milieu de l’action, nous intégrer à l’espace du métrage. Et James Cameron y parvient admirablement. Parce qu’en toutes occasions il use avec intelligence de cet espace, cherche à asseoir sa réalisation dans un schéma réaliste, crédible. Pas de travellings improbables à la Zemeckis ici, il s’agit de faire garder à la caméra un point de vue « humain » pour qu’il se confonde au mieux avec le nôtre. Et ça fonctionne. Oh oui, ça fonctionne. Mais ce n’est pas tout…

Car davantage que ce premier défi, les années de préparation et de recherches de Cameron ont porté leurs fruits et amené les images de synthèse à faire des progrès considérables dans le domaine du photo-réalisme. Sans quoi, même avec une illusion absolue du relief, l’entreprise aurait coulé à pic. S’il faut alors reconnaître que certains éléments à l’image nous donnent l’impression d’être face à un jeu vidéo (les méchas en particulier), difficile de ne pas être bluffé par le véritable Everest du film, les Na’vis et autres avatars. Des êtres hauts de trois mètres et bleus, improbables créatures dont nous ne remettons pourtant jamais en cause l’existence du fait de CGI ultra-chiadés (et le terme est faible) ou d’une technique proche de la performance-capture qui retranscrit à merveilles le jeu des comédiens. Les Na’vis sont réels, pas de doute là-dessus. Comme à l’accoutumée, Cameron s’avère être un technicien de génie mais est également capable de tirer le meilleur de ses acteurs, qu’ils soient « virtuels » ou non. Stephen Lang est tout spécialement excellent dans la peau du colonel Miles Quartitch, fou de guerre dangereux et expérimenté, et le reste du casting ne démérite pas. On s’étonnera même que Michelle Rodriguez parvienne à ne pas saouler au bout de trente secondes, ce qui ne lui était pas arrivé depuis longtemps !

Tout ça grâce à James Cameron, l’homme-providence du cinéma américain. Un réalisateur de génie qui nous fait là encore une démonstration de mise en scène de haute-volée, attachée à un spectacle gigantesque (dans l’action ou non) sans jamais perdre de vue le facteur humain, ce qui fait vivre une histoire. Même si, avouons-le, celle-ci ne va pas chercher ses idées bien loin. C’est là le seul véritable défaut que l’on pourrait faire à Avatar, son scénario si ancré dans les récits de « choc des cultures » qu’il en devient relativement prévisible. Est-ce pour autant une réelle faiblesse une fois que nous sommes devant le film (ou « dedans », si vous avez les lunettes) ? Heureusement non car ce classicisme, Cameron l’utilise pour insuffler un caractère universel à son histoire, la rendre la plus effective possible auprès des spectateurs. Faussement naïf, il y parvient parce qu’il est un réalisateur d’une grande intelligence et un scénariste sachant parfaitement ce qu’il fait, ayant des choses à dire. Par exemple dans le parcours vers la résurrection de son héros brisé, au sens propre comme figuré, ou dans un message écologique jamais lourdingue car reposant sur le constat simple de l’interdépendance entre un écosystème, sa faune et sa flore (voir comment les Na’vis se connectent littéralement à leur monde).

Peut-on alors qualifier Avatar de révolution pure et simple ? En fait, la question reste ouverte et ce sera à chacun de se faire son idée, s’il s’agit d’une « révolution » ou d’une « évolution ». Une chose est sûre : à la fin, quand le personnage ouvre les yeux pour la seconde fois, il n’est définitivement plus le même. Et quand les lumières de la salle se rallument, on ressent un peu de cela. Oui, Avatar est avec certitude un classique instantané et nous rappelle avec force pourquoi Cameron nous a tant manqué ces dernières années. Le « roi du monde » est de retour, vive le roi !

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5 Réponses à “Avatar”

  1. Ce film ne m’attire pas du tout.

  2. mabataille dit :

    A 4 millions de dollars la minute ça le fait bien, encore heureux.
    Big up pour James Cameron sur ce coup là !

  3. mabataille dit :

    Je rajouterai que dans le genre gestion de projets c’est tout autant impressionnant, j’imagine qu’une comparaison avec une mission spatiale aurait du sens. A toi de nous faire ça Pitou !

  4. pitouwh dit :

    Non, je t’en prie, à toi l’honneur. ;-)

  5. lorang dit :

    Un avis qui utilisera autant de mots que ce que le scénario en contient:

    Des effets spéciaux révolutionnaires, une reconstitution fascinante d’un monde imaginaire, mais un scénario d’un banal affligeant pour ne pas dire ennuyeux …
    Bref on n’en retiendra que des images, c’est bien dommage.

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