La Route

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Par les sombres temps qui courent, difficile d’envisager l’avenir avec un optimisme béat. C’est vrai, l’être humain a sérieusement déconné les siècles passés et, dans un futur plus ou moins proche, nous allons donc nous prendre le retour de bâton en plein dans la tronche. Une angoisse dont le cinéma de genre récent s’est bien évidemment fait l’écho, nous confrontant à de nombreuses reprises et de différentes manières avec cette apocalypse en devenir. Réalisé en 2007 et tiré d’un roman de Cormac McCarthy (No Country for Old Men), La Route est alors de ceux-là sauf que, là où l’exercice du film post-nuke tombe souvent dans un sensationnalisme divertissant, le quatrième long-métrage de John Hillcoat (The Proposition) opte pour une approche plus réaliste et humaine. Essentiellement humaine, même.

Dans un futur proche, une catastrophe a ravagé la surface de la planète et privé les humains de toutes ressources, les laissant désemparés face à une terre stérile et un ciel où ne perce plus le soleil. Certains se sont réunis en bandes et chassent les autres pour s’en nourrir, tandis que les « gentils » cèdent au désespoir ou tentent de survivre dans ce morne chaos. Un père et son fils traversent ainsi le pays pour atteindre la côte sud où, pensent-ils, les attendent des conditions de vie plus clémentes. Mais la route devant eux et encore bien longue… et dangereuse

Avant toutes choses, le spectateur susceptible de regarder La Route doit savoir que ce n’est pas avec ce film qu’il passera un bon moment. Non pas qu’il soit une véritable purge à suivre mais, tout du moins, il faut bien reconnaître qu’il n’est pas spécialement remuant. Nous ne sommes pas devant Doomsday, quoi, et certains pourront donc se faire chier tant les scènes-chocs sont rares. Réussies, c’est vrai (voir la découverte dans la cave), mais rares, ou en tout cas pas là où on pourrait les attendre. Se calquant à ce qu’il semble au maximum sur le livre original, l’adaptation reste ainsi focalisée sur la famille brisée, ce père et son fils marchant par-delà la douleur, la faim et la peur, et absolument TOUT dans le film servira à développer leur relation, à en explorer chaque facette par la mise en question de la force de l’espoir et ce qui peut le faire naître. Il peut alors être étonnant de constater que jamais l’origine de la fin du monde ne sera dévoilée, même dans les flashbacks (qui présentent plus spécifiquement le pourquoi? de leur exode), mais c’est tout simplement parce que le récit n’en a rien à faire : il s’agit seulement de suivre la lutte pour la survie de ces deux improbables héros dans tout ce qu’elle peut avoir de plus cruellement réaliste.

Un parti-pris scénaristique pas forcément cinématographique et qui, pour maintenir intacte notre attention, se doit absolument d’être servi par des comédiens impeccables. La tête d’affiche est alors fort heureusement tenue par Viggo Mortensen, dont les talents de comédien ne sont désormais plus à prouver et qui trouve ici un emploi à la hauteur de son implication coutumière. Méconnaissable, sa performance est d’autant plus remarquable qu’il s’agit peut-être de sa dernière avant quelques temps, l’acteur ayant exprimé son désir de se retirer des plateaux. Auquel cas il partirait donc la tête haute. Quant au gamin interprétant son fils, Kodi Smit-McPhee, s’il lui arrive d’être un peu énervant à cause de quelques réactions enfantines (imputables alors au scénario et non à lui), il tire joliment son épingle du jeu et se montre très convaincant dans un rôle pourtant pas facile. L’alchimie entre les deux fonctionne alors à merveilles et prodigue à La Route son indispensable substance. Une qualité d’interprétation que nous retrouverons chez les personnages secondaires les plus importants, qui ont tous été confiés à des valeurs sûres comme Garrett Dillahunt, Robert Duvall et Guy Pearce.

Et John Hillcoat peut se permettre d’avoir un casting si classe car il n’y a pas pléthore de personnages parlants dans l’intrigue, ni même beaucoup de figurants. Les trois-quart du temps, la seule présence humaine à l’écran est ainsi celle du père et de son fils, plongés dans un univers post-apocalyptique assez singulier. Rural et gris (magnifique photo de Javier -Les Autres- Aguirresarobe), il se démarque surtout dans cette idée de « planète morte » que l’on a rarement vu si bien illustrée au cinéma. L’impression perpétuelle de vide et de désespoir contre lesquels luttent le duo se fait ainsi grandement ressentir dans la façon qu’a Hillcoat de représenter l’environnement, avec un réalisme que ne renierait pas le Alfonso Cuaron des Fils de l’homme, nous livrant au passage quelques idées saisissantes d’horreur (les arbres tombant tout seuls). Tout ça, encore une fois, pour servir au mieux la quête et la caractérisation des personnages.

S’il n’est donc pas le plus fendard des films post-apo, quelques longueurs pouvant décontenancer, La Route se propose néanmoins comme un objet filmique assez fascinant, porté par les compositions du chanteur Nick Cave et de Warren Ellis (L’Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford, déjà excellent dans ce style atmosphérique) et bien entendu ses comédiens ou son réalisateur, convaincus du bien-fondé de leur approche malgré ce que l’on pouvait attendre d’un film de ce genre. Et une fois arrivés au bout du (d’un) chemin, nous ne pouvons que leur donner raison !

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6 Réponses à “La Route”

  1. judepomm dit :

    Super film qui pour moi est passé comme une lettre à la poste .Viggo est eternel , je serai deg qu’il arrete . Le parallèle avec les fils de l’homme est bien vue , je n’y avait pas penser alors que cet environnement froid est peut etre ce qui m’a le plus plu.Je m’attendais a plus de « méchant » mais j’ai trouvé d’autant mieux qu’il n’y en est pas tant.

  2. pitouwh dit :

    Voilà : si vous êtes « open-minded », fan de Viggo et des Fils de l’homme (mais comment pourrait-ce ne pas être le cas ?), vouss trouverez tout à fait votre compte avec ce film !

  3. mabataille dit :

    Je suis en train de lire le roman faute d’avoir vu le film (dèg). Le livre est assez difficile à lire (passé/présent, pensées/paroles, papa/fiston) tout est mélangé dans de courts paragraphes.
    En tout cas il y a beaucoup de tensions : dès la page 30 tu flippes qu’ils meurent de froid, de faim, mangés… une ambiance géniale se dégage de ce livre.
    Le DVD/BR sort le 4 mai apparemment, c’est loin !

  4. pitouwh dit :

    Les grands esprits se rencontrent, je viens juste de m’offrir le bouquin ! Bon, pas dit que je puisse m’y plonger tout de suite mais j’ai entendu dessus du très bon et du très mauvais, donc je suis assez curieux (il est vrai que la forme a l’air un peu space).

  5. mabataille dit :

    Déjà fini, ça faisait longtemps que j’avais pas été autant flippé en lisant un bouquin. J’avais très peur pour les héros jusqu’à la toute fin, et finalement ça se termine moins mal que je ne le pensais.
    Pouah mais qu’est ce qu’ils en chient dans cette aventure !!!

    Bonne lecture Pitou, c’est un très bon bouquin.

  6. pitouwh dit :

    Gracias, on partagera nos impressions autour d’un barbecue humain !

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