Archive pour décembre, 2009

Esther

31 décembre, 2009

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Votre but dans la vie est d’avoir des enfants ? De fonder une belle et grande famille ? Grand bien vous en fasse… bande de couillons ! C’est vrai, quoi, vous n’allez jamais au cinéma ? Vous n’avez pas encore compris que, en plus de porter sur le système avec la régularité du bus scolaire, les chiards peuvent également se révéler être de véritables dangers pour votre santé mentale puis physique ? Si la réponse est « non », pas de problème : Esther et sa diabolique gamine éponyme sont là pour vous administrer une petite piqure de rappel !

Ayant perdu leur troisième enfant alors que la femme était encore enceinte, un couple décide un jour d’adopter une fille pour surmonter leur chagrin. Ils pensent avoir découvert la perle rare avec Esther, une enfant discrète et un peu décalée mais aussi intelligente et talentueuse. Pourtant, une fois arrivée dans sa nouvelle demeure, elle révèle petit à petit un aspect plus sombre de sa personnalité, dangereux, et met en péril l’unité de la famille. Mais quel secret troublant se cache derrière le comportement de Esther ?

Des films avec des « enfants méchants », parce qu’ils fonctionnent sur un contraste terrifiant pour la plupart des gens, nous en avons déjà vu quelques-uns. Certains usant d’un postulat fantastique (La Malédiction), d’autres de la SF (Birth) ou encore du bon vieux thriller, au rang desquels compte Le Bon fils avec un Macaulay Culkin qui cherchait à casser son image d’enfant-acteur sans talent. Alors, pour peu que vous ayez vu ce dernier ou un Joshua sorti en 2008, il ne faut pas vous attendre à rencontrer beaucoup de surprises avec Esther, où la ré-utilisation des ficelles du genre est une règle d’or. Plusieurs scènes ont ainsi un fort goût de déjà-vu et là où le film aurait pu creuser la différence, soit le mystère entourant la Laura Ingalls démoniaque, il se trouve que le twist final annoncé avec fracas dans la campagne promo est effectivement surprenant… mais aussi artificiel au possible ! Vous verrez, ça laisse un drôle de goût dans la bouche, que ne rehausse pas même le suspense. En effet, Jaume Collet-Sera nous avait montré qu’il pouvait être relativement inventif avec le pourtant moyen La Maison de cire mais ici, hormis lors de deux, trois séquences, il semble flemmarder et n’hésite pas à abuser des cheap-tricks, parfois même en double. Autant dire qu’avec le manque d’originalité ça peut faire beaucoup, et on se demande alors ce qui pourra bien sauver la péloche des limbes du thriller mou du genou pour bobos effarouchés (salut les gars !).

La réponse tient en deux mots : Isabelle Fuhrman. Bon d’accord, ce ne sont pas tout à fait des mots mais cela ne change rien au fait que la jeune comédienne livre une interprétation des plus étonnantes, aussi à l’aise en petit ange surdoué qu’en meurtrière froide et calculatrice. Deux visages auxquels la jeune Isabelle confère la même conviction, n’en rendant Esther que plus flippante. Et s’il faut tout de même reconnaître une qualité au scénario, c’est qu’il se permet de profiter des talents de la jeune comédienne en abordant des sujets plutôt complexes et tabous, où là encore elle se montre diaboliquement convaincante.

En fait, quand on y regarde de plus près, Esther repose presque intégralement sur les épaules de son actrice principale qui les a heureusement assez solides pour contrebalancer le reste du casting, pas toujours très convaincant (sans compter qu’ils ne sont pas gâtés avec leurs personnages à baffer). Le film propose donc un réel intérêt de ce côté-ci mais pour peu qu’on le remette en perspective dans le genre, il s’inscrit alors dans une moyenne honorable sans rien avoir de transcendant. Si ce n’est, bien sûr, de nous rappeler que les enfants peuvent être de vrais petits enc#### !!!

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Solomon Kane

30 décembre, 2009

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Rendu extrêmement populaire dans les années 80 grâce au film de Milius avec ce bon vieux Schwarzy, Conan est à l’origine un personnage du fiévreux écrivain Robert E. Howard. Mais ce qu’on oublie parfois trop vite, c’est que Howard n’a pas seulement imaginé les aventures barbares du Cimérien et, parmi ses autres récits, nous retrouvons ceux ayant pour héros un certain Solomon Kane. Un puritain pourfendeur de démons et monstres à la morale aussi droite que son allure, impitoyable au combat. Autant dire que le potentiel cinématographique est carrément là. Alors, est-ce que le film de Michael J. Bassett saura être profitable au Puritain comme le fut celui de Milius pour le Cimérien ?

Dans un seizième siècle où la magie noire le dispute à la foi religieuse, Solomon Kane est un soldat de Dieu engagé avec ferveur et fureur dans son combat contre les forces du Mal. Multipliant les massacres sans vergogne, il est bientôt damné et, pour sauver son âme, renonce totalement aux armes. Devenu un Puritain, son errance l’amène à rencontrer une famille avec laquelle il trouve une nouvelle paix. Mais quand celle-ci est menacée par les hordes infernales d’un puissant sorcier, Solomon Kane n’a pas d’autre choix que de s’abandonner à un nouvel affrontement

Comme les nombreuses bandes de sword and sorcery qui suivirent la sortie de Conan le Barbare, la bonne volonté évidente derrière Solomon Kane ne signifie pas que le film parvient à feinter les défauts. En fait ils y sont même légions, inhérents à certaines productions de Samuel Hadida et sa société Davis Films. C’est à dire que d’un sujet en or mais ambitieux, on se retrouve au final avec une péloche bancale, bâtarde, de peur de se couper d’une partie du public en poussant le concept trop loin. Rappelez-vous les Resident Evil et l’invention du « gore propre »… Un fait d’autant plus rageant que toute l’intrigue aspire à la violence la plus brutale qui soit, symbolisation de l’horreur qui se trame en cette contrée (une constante du genre qu’il partage avec le film de guerre) mais également baromètre de la progression du héros, appelé à accepter sa condition de soldat illuminé. Alors ok, les combats sont plutôt sympa, mais on a vu plus démonstratif dans le genre. Et même quand le film se permet des choses relativement osées, on se garde bien de vous en montrer le moindre résultat. Mais le plus insidieux avec ce désir de la prod’ de rentrer au plus vite dans ses frais, c’est le sacrifice de précieuses minutes au montage afin de caler le plus de séances possibles par jour (on imagine pourquoi la post-production fut si longue). Très rythmé, Solomon Kane aurait ainsi gagné à franchir la barre des deux heures pour offrir davantage de souffle à son récit et, surtout, combler des blancs assez gênants. Une remarque concernant principalement les grands méchants, qui n’ont qu’un temps de présence ridicule à l’écran pour ne finalement rien y faire. Il faut voir l’ampleur du gâchis concernant le sorcier Malachi -apparition en toute fin, personnage inutile, mort pourrie alors qu’il est joué par le très cool Jason Flemyng- pour comprendre comme l’ensemble peut manquer de rigueur dans sa construction.

Ceci dit, en fier guerrier qu’il est, l’ensemble de ces défauts ne parvient pas non plus à mettre Solomon Kane à terre. Avec à sa barre un Michael J. Bassett (Wilderness) pas finaud mais efficace, le film garde tout du long un feeling pulp très plaisant, qui dédramatise ses errements (c’est pourquoi même quand James Purefoy surjoue à mort, ça passe). Non pas que ce courant artistique soit caractérisé par ses carences narratives, mais il est en fait dominé par un tel amour du genre approché qu’il nous communique cette flamme, la fait entrer en résonance avec la notre propre envers et contre tout. Et le réalisateur anglais de nous plonger alors dans une Europe ténébreuse à souhait, où les éléments ajoutent sans cesse au malheur des pauvres hères (la neige dans un premier temps, puis la pluie, sont omniprésentes). Des images fleurant bon la dark-fantasy et nous faisant presque oublier une partition horripilante de Klaus Badelt, tout en dissonances incongrues, sans compter qu’elles font aussi la part belle à un bestiaire fantastique varié. Pas forcément original, mais l’intention d’en donner au spectateur pour son argent se ressent dans chaque seconde du métrage et participe de cette bonne volonté qui achève d’emporter notre adhésion.

Ce n’est donc pas le Conan de Milius mais, à bien y regarder, cela aurait pu être largement pire. Après, on pourra toujours remettre en cause le respect du film par rapport au matériau original, bien plus sombre et intransigeant, mais il n’en reste pas moins qu’au petit jeu des licences massacrées (une spécialité hollywoodienne), Solomon Kane en sort la tête haute. Loin d’être parfait, il n’en constitue pas moins une honnête petite série B divertissante et plutôt agréable à voir, qui gagnera à être découverte par tous ceux ayant privilégié (et à raison) en cette fin d’année Avatar. Sûr qu’à sa sortie en vidéo, ce sera un vrai carton !

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Avatar

21 décembre, 2009

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Tout, absolument tout était réuni pour que Avatar suscite chez nous la plus fiévreuse des attentes. Déjà, le simple fait que James Cameron revienne à la réalisation d’un film de fiction dix ans après Titanic. Qui plus est pour porter à l’écran une énorme épopée SF comme nous n’en avons jamais vu au cinéma, dont le souffle et la portée l’inscrivent immédiatement dans le « classicisme » des grandes oeuvres de l’âge d’or de Hollywood. Mais surtout, en raison des années de recherches effectuées par Cameron afin de concrétiser techniquement ce projet, c’est bien la promesse de voir le cinéma entrer dans une nouvelle ère qui achevait de nous faire rêver. L’annonce d’une véritable révolution. Sachant que, si révolution il y a, le réalisateur de Terminator 2 est à n’en point douter l’un de ceux capables de la provoquer. Alors on enfile ses lunettes et, le sourire aux lèvres après avoir tant attendu, on pénètre dans le monde de Pandora…

Pandora, planète lointaine intéressant les humains pour ses ressources minières, est la terre-mère des Na’vis, un peuple de géants vivant en harmonie avec la nature. Pour les approcher et traiter avec eux, mais aussi pour survivre à l’atmosphère de ce monde, les hommes utilisent des avatars dans lesquels ils projettent leur conscience. Jake Sully, ex-marine paraplégique, rejoint tout juste cette mission et fait rapidement preuve d’une affinité particulière avec les autochtones, qu’il cultive de jours en jours auprès de la farouche Neytiri. Mais sous l’impulsion des entrepreneurs et militaires, la guerre entre humains et Na’vis est bientôt déclarée et Jake se retrouve face à un choix essentiel

Alors, en quoi Avatar est censé apporter une véritable révolution ? Parce que des films en Real-3D, après tout, nous en avons désormais vu quelques-uns ; et si certains tenaient plus de l’attraction foraine qu’autre chose, un artiste comme Robert Zemeckis a su au contraire tracer de passionnantes pistes légitimant cette innovation. Mais voilà : là où le réalisateur de La Légende de Beowulf se sert de cet outil pour fluidifier à l’extrême sa narration, Cameron veut lui l’utiliser pour nous plonger comme jamais dans l’univers d’un film. Pour ça, il a créé un monde complet que nous ne quitterons à aucun moment et a donc recours en plus au relief, qu’il ne cesse de penser en termes d’échelle et d’utilisation de la profondeur du champ. Bonne idée, car c’est bien la voie à suivre pour nous projeter au milieu de l’action, nous intégrer à l’espace du métrage. Et James Cameron y parvient admirablement. Parce qu’en toutes occasions il use avec intelligence de cet espace, cherche à asseoir sa réalisation dans un schéma réaliste, crédible. Pas de travellings improbables à la Zemeckis ici, il s’agit de faire garder à la caméra un point de vue « humain » pour qu’il se confonde au mieux avec le nôtre. Et ça fonctionne. Oh oui, ça fonctionne. Mais ce n’est pas tout…

Car davantage que ce premier défi, les années de préparation et de recherches de Cameron ont porté leurs fruits et amené les images de synthèse à faire des progrès considérables dans le domaine du photo-réalisme. Sans quoi, même avec une illusion absolue du relief, l’entreprise aurait coulé à pic. S’il faut alors reconnaître que certains éléments à l’image nous donnent l’impression d’être face à un jeu vidéo (les méchas en particulier), difficile de ne pas être bluffé par le véritable Everest du film, les Na’vis et autres avatars. Des êtres hauts de trois mètres et bleus, improbables créatures dont nous ne remettons pourtant jamais en cause l’existence du fait de CGI ultra-chiadés (et le terme est faible) ou d’une technique proche de la performance-capture qui retranscrit à merveilles le jeu des comédiens. Les Na’vis sont réels, pas de doute là-dessus. Comme à l’accoutumée, Cameron s’avère être un technicien de génie mais est également capable de tirer le meilleur de ses acteurs, qu’ils soient « virtuels » ou non. Stephen Lang est tout spécialement excellent dans la peau du colonel Miles Quartitch, fou de guerre dangereux et expérimenté, et le reste du casting ne démérite pas. On s’étonnera même que Michelle Rodriguez parvienne à ne pas saouler au bout de trente secondes, ce qui ne lui était pas arrivé depuis longtemps !

Tout ça grâce à James Cameron, l’homme-providence du cinéma américain. Un réalisateur de génie qui nous fait là encore une démonstration de mise en scène de haute-volée, attachée à un spectacle gigantesque (dans l’action ou non) sans jamais perdre de vue le facteur humain, ce qui fait vivre une histoire. Même si, avouons-le, celle-ci ne va pas chercher ses idées bien loin. C’est là le seul véritable défaut que l’on pourrait faire à Avatar, son scénario si ancré dans les récits de « choc des cultures » qu’il en devient relativement prévisible. Est-ce pour autant une réelle faiblesse une fois que nous sommes devant le film (ou « dedans », si vous avez les lunettes) ? Heureusement non car ce classicisme, Cameron l’utilise pour insuffler un caractère universel à son histoire, la rendre la plus effective possible auprès des spectateurs. Faussement naïf, il y parvient parce qu’il est un réalisateur d’une grande intelligence et un scénariste sachant parfaitement ce qu’il fait, ayant des choses à dire. Par exemple dans le parcours vers la résurrection de son héros brisé, au sens propre comme figuré, ou dans un message écologique jamais lourdingue car reposant sur le constat simple de l’interdépendance entre un écosystème, sa faune et sa flore (voir comment les Na’vis se connectent littéralement à leur monde).

Peut-on alors qualifier Avatar de révolution pure et simple ? En fait, la question reste ouverte et ce sera à chacun de se faire son idée, s’il s’agit d’une « révolution » ou d’une « évolution ». Une chose est sûre : à la fin, quand le personnage ouvre les yeux pour la seconde fois, il n’est définitivement plus le même. Et quand les lumières de la salle se rallument, on ressent un peu de cela. Oui, Avatar est avec certitude un classique instantané et nous rappelle avec force pourquoi Cameron nous a tant manqué ces dernières années. Le « roi du monde » est de retour, vive le roi !

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Bienvenue à Zombieland

14 décembre, 2009

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Si les zombies ont toujours entretenu des liens très étroits avec l’Amérique, que ce soit au travers de leurs origines haïtiennes ou bien de la pléthore de films sur le sujet réalisés dans le sillon de Romero, il est indéniable que le renouveau de cette vorace créature s’est fait par l’intermédiaire de nos voisins britanniques. Le 28 jours plus tard de Danny Boyle, bien sûr, puis le Shaun of the Dead de Edgar Wright qui légitima la « zombie comedy ». C’est d’ailleurs vers ce dernier que semble se tourner Bienvenue à Zombieland, avec son duo d’anti-héros lâchés dans un monde infesté de morts-vivants. Sauf qu’ici, en lieu et place de la batte de cricket (et la « winchester », bien sûr), ils sont armés de fusil à pompe et mitraillettes. Alors, après y avoir ajouté leur sauce, les américains tiennent-ils enfin leur Shaun of the Dead ?

Suite à une épidémie, tous les êtres humains se sont transformés en zombies. Tous ? Non, pas Columbus, un jeune homme craintif et maniaque dont l’existence ultra-ordonnée lui a permis de survivre jusqu’ici. C’est alors qu’il fait la rencontre de Tallahassee, un autre survivant qui se trouve être son exact opposé. Mais dans ce monde où chacun essaye de vous dévorer, on ne va pas faire la fine bouche, non ?

Au premier abord, la tentation de relier ce Zombieland à la rom-zom-com de Edgar Wright peut être grande mais, après visionnage, l’idée vous quitte comme elle est venue. D’accord, il y a des similitudes entre les deux projets mais leurs différences sont encore plus primordiales, et en particulier une : là où Shaun of the Dead fonctionnait beaucoup sur le registre de la parodie (sans se moquer pour autant), Zombieland n’y touche presque jamais. Parce que son jeune réalisateur, Ruben Fleischer (dont c’est le premier long-métrage), avoue de lui-même ne pas être un fan du genre ni même le connaître spécialement. Difficile, donc, d’y faire référence. Mais ce pour quoi il a un talent certain, c’est la comédie, et pour faire sortir son film de zombies de la masse il va alors le mixer avec des règles directement empruntées au buddy-movie. Une idée qui fonctionne très bien dans ce contexte apocalyptique, excellent prétexte pour faire cohabiter deux personnages contraires même si, en cours de métrage, cet aspect de l’histoire est un peu délaissé et provoque un ralentissement du rythme.

Qu’importe, le film fonctionne malgré tout car il peut se reposer -en premier lieu- sur un casting impeccable. Bon, les actrices (Emma Super Blonde Stone et Abigail Little Miss Sunshine Breslin) ne sont pas spécialement gâtées avec des rôles de petites chacals irritantes, mais il n’en va pas de même avec leurs acolytes masculins. Impérial dès qu’il joue les timbrés ou les outcasts, Woody Harrelson trouve avec Tallahassee un personnage fait sur mesure pour lui, tout en gouaille et démesure. Mais la vraie révélation de cette bande de bras cassés, c’est bien évidemment son comparse Jesse Eisenberg. Déjà parce qu’on ne le connaissait pas du tout, au contraire des trois autres, et aussi parce qu’il nous rend son personnage très sympathique en dépit de sa maniaquerie. Drôle, efficace à sa façon dans l’action (voir la course sur le parking au début), il complète efficacement Woody le looney pour former un duo apte à nous entraîner dans leur aventure.

Pas con, Fleischer assure en plus encore davantage ses arrières en jouant la carte d’une action bien gratuite dès qu’il le peut, allant même jusqu’à filmer avec force de détails nos héros saccageant un magasin. Juste pour le plaisir de tout péter. Une logique de jouisseur ponctuant l’intrigue de scènes bien croquignolettes (les « zigouillages de zombies de la semaine ») et qui se parachève dans un climax très fendard, où fleurissent les idées le long d’un carnage festif (le décor si prête génialement) et pétaradant. Mais le réalisateur ne se contente pas de nous balancer des fusillades comme ça, il garde toujours à l’esprit une approche ludique de l’image. Son film étant porté par la narration de Eisenberg, dé-réalisante par sa nature même, il se permet plusieurs fantaisies conduisant son film à sans cesse interpeler notre oeil. Le monstrueux générique de début sur « For Whom the Bell Tolls » de Metallica nous plonge immédiatement dans cette liberté que prend la réalisation, et qui se traduit le plus souvent par des ralentis généreux (tout est plus beau au ralenti) mais surtout l’intégration interactive des règles de Columbus. Un style auquel Zombieland se tiendra jusqu’au bout, et ça tombe bien puisque cette originalité lui sied joliment.

Ne cherchant pas à singer le modèle de ses glorieux aînés ni même à s’imposer comme un nouveau chef d’oeuvre du genre, Bienvenue à Zombieland a été pensé dans le seul but de communiquer sa bonne humeur au spectateur. Et ça fonctionne on ne peut mieux ! Inventif, marrant, explosif, il s’agit là d’un excellent divertissement qui, par sa manie de jouer sur de nombreux niveaux, saura réjouir des cinéphiles d’horizons variés. Et si vous êtes un peu tristes à la fin de quitter ces sympathiques survivants, pas de panique : récompensé par un joli carton au box-office, une suite est déjà à l’étude et sera… en 3D ! Yeepee yeah !

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La Route

5 décembre, 2009

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Par les sombres temps qui courent, difficile d’envisager l’avenir avec un optimisme béat. C’est vrai, l’être humain a sérieusement déconné les siècles passés et, dans un futur plus ou moins proche, nous allons donc nous prendre le retour de bâton en plein dans la tronche. Une angoisse dont le cinéma de genre récent s’est bien évidemment fait l’écho, nous confrontant à de nombreuses reprises et de différentes manières avec cette apocalypse en devenir. Réalisé en 2007 et tiré d’un roman de Cormac McCarthy (No Country for Old Men), La Route est alors de ceux-là sauf que, là où l’exercice du film post-nuke tombe souvent dans un sensationnalisme divertissant, le quatrième long-métrage de John Hillcoat (The Proposition) opte pour une approche plus réaliste et humaine. Essentiellement humaine, même.

Dans un futur proche, une catastrophe a ravagé la surface de la planète et privé les humains de toutes ressources, les laissant désemparés face à une terre stérile et un ciel où ne perce plus le soleil. Certains se sont réunis en bandes et chassent les autres pour s’en nourrir, tandis que les « gentils » cèdent au désespoir ou tentent de survivre dans ce morne chaos. Un père et son fils traversent ainsi le pays pour atteindre la côte sud où, pensent-ils, les attendent des conditions de vie plus clémentes. Mais la route devant eux et encore bien longue… et dangereuse

Avant toutes choses, le spectateur susceptible de regarder La Route doit savoir que ce n’est pas avec ce film qu’il passera un bon moment. Non pas qu’il soit une véritable purge à suivre mais, tout du moins, il faut bien reconnaître qu’il n’est pas spécialement remuant. Nous ne sommes pas devant Doomsday, quoi, et certains pourront donc se faire chier tant les scènes-chocs sont rares. Réussies, c’est vrai (voir la découverte dans la cave), mais rares, ou en tout cas pas là où on pourrait les attendre. Se calquant à ce qu’il semble au maximum sur le livre original, l’adaptation reste ainsi focalisée sur la famille brisée, ce père et son fils marchant par-delà la douleur, la faim et la peur, et absolument TOUT dans le film servira à développer leur relation, à en explorer chaque facette par la mise en question de la force de l’espoir et ce qui peut le faire naître. Il peut alors être étonnant de constater que jamais l’origine de la fin du monde ne sera dévoilée, même dans les flashbacks (qui présentent plus spécifiquement le pourquoi? de leur exode), mais c’est tout simplement parce que le récit n’en a rien à faire : il s’agit seulement de suivre la lutte pour la survie de ces deux improbables héros dans tout ce qu’elle peut avoir de plus cruellement réaliste.

Un parti-pris scénaristique pas forcément cinématographique et qui, pour maintenir intacte notre attention, se doit absolument d’être servi par des comédiens impeccables. La tête d’affiche est alors fort heureusement tenue par Viggo Mortensen, dont les talents de comédien ne sont désormais plus à prouver et qui trouve ici un emploi à la hauteur de son implication coutumière. Méconnaissable, sa performance est d’autant plus remarquable qu’il s’agit peut-être de sa dernière avant quelques temps, l’acteur ayant exprimé son désir de se retirer des plateaux. Auquel cas il partirait donc la tête haute. Quant au gamin interprétant son fils, Kodi Smit-McPhee, s’il lui arrive d’être un peu énervant à cause de quelques réactions enfantines (imputables alors au scénario et non à lui), il tire joliment son épingle du jeu et se montre très convaincant dans un rôle pourtant pas facile. L’alchimie entre les deux fonctionne alors à merveilles et prodigue à La Route son indispensable substance. Une qualité d’interprétation que nous retrouverons chez les personnages secondaires les plus importants, qui ont tous été confiés à des valeurs sûres comme Garrett Dillahunt, Robert Duvall et Guy Pearce.

Et John Hillcoat peut se permettre d’avoir un casting si classe car il n’y a pas pléthore de personnages parlants dans l’intrigue, ni même beaucoup de figurants. Les trois-quart du temps, la seule présence humaine à l’écran est ainsi celle du père et de son fils, plongés dans un univers post-apocalyptique assez singulier. Rural et gris (magnifique photo de Javier -Les Autres- Aguirresarobe), il se démarque surtout dans cette idée de « planète morte » que l’on a rarement vu si bien illustrée au cinéma. L’impression perpétuelle de vide et de désespoir contre lesquels luttent le duo se fait ainsi grandement ressentir dans la façon qu’a Hillcoat de représenter l’environnement, avec un réalisme que ne renierait pas le Alfonso Cuaron des Fils de l’homme, nous livrant au passage quelques idées saisissantes d’horreur (les arbres tombant tout seuls). Tout ça, encore une fois, pour servir au mieux la quête et la caractérisation des personnages.

S’il n’est donc pas le plus fendard des films post-apo, quelques longueurs pouvant décontenancer, La Route se propose néanmoins comme un objet filmique assez fascinant, porté par les compositions du chanteur Nick Cave et de Warren Ellis (L’Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford, déjà excellent dans ce style atmosphérique) et bien entendu ses comédiens ou son réalisateur, convaincus du bien-fondé de leur approche malgré ce que l’on pouvait attendre d’un film de ce genre. Et une fois arrivés au bout du (d’un) chemin, nous ne pouvons que leur donner raison !

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Max et les Maximonstres

1 décembre, 2009

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Considéré comme un prodige dans les domaines de la pub et des clips vidéo, le réalisateur Spike Jonze avait fait des débuts très remarqués sur grand écran avec Dans la peau de John Malkovich, véritable trip de la quatorzième dimension qui restait en même temps profondément ancré dans notre monde (rien que le fait de donner à Malkovich son propre rôle à jouer, déjà). Un style entre rêve et réalité qui en faisait le client idéal pour porter à l’écran Max et les Maximonstres (Where The Wild Things Are en VO), monument de la littérature enfantine outre-atlantique écrit par Maurice Sendak en 1963. Mais s’il offre effectivement à son film un visuel splendide, doublé d’une vraie finesse dans l’approche de ses thématiques, force est de reconnaître que le conte tant attendu souffre de quelques lacunes scénaristiques passablement gênantes.

Max, un malicieux petit garçon, passe son après-midi à faire de mauvaises blagues pour attirer l’attention des plus grands. Excédée, sa mère finit par le punir et l’envoyer au lit sans dîner mais, furieux, l’enfant prend la fuite et s’imagine un univers peuplé de créatures fantastiques, les Maximonstres. Particulièrement effrayants, ceux-ci ont encore plus peur du petit garçon et le désignent donc sans plus de cérémonie comme leur roi. Une situation qui n’est pas pour déplaire à Max mais, alors qu’il goûte au plaisir du pouvoir et de l’aventure, il se met à comprendre certaines choses

Dès qu’il arriva sur le projet, Spike Jonze avait ainsi une ligne de conduite très claire : autant que possible, les images de synthèse seraient à bannir. Pour que la sensation de réel, de « vie », soit la plus forte possible. Une sacrée gageure quand on sait qu’il s’agit de faire cohabiter pendant plus d’une heure un unique petite garçon et sept monstres mesurant de trois à quatre mètres de haut, lesquels ne cessent de s’agiter, courir, faire des bonds,… Décision fut donc prise de faire jouer les maximonstres par des comédiens dans des costumes et de n’utiliser les CGI que pour les animations faciales et autres petits bidouillages. Un parti-pris couillu mais qui ne se révèle jamais vain, les monstres poilus étant au final plus beaux et vivants que nous aurions pu le rêver, parfaites retranscriptions du feeling des dessins de Sendak. D’ailleurs, cette déférence à l’oeuvre originale ne s’arrête pas là et, que ce soit dans la réalisation (joli étalonnage des couleurs) ou la direction artistique, tout est fait pour restituer au mieux les illustrations du livre. Avec une réussite exemplaire donc, qui nous donne l’impression de les voir littéralement prendre vie.

D’autant que le facteur humain n’est absolument pas mis à l’écart de cette fantaisie surréaliste, loin de là même grâce à l’interprétation bluffante de naturel du jeune Max Records. Habilement dirigé par Jonze -qui demanda aux acteurs/doubleurs des monstres d’être présents sur le tournage pour lui donner la réplique en hors-champ-, le gamin fait ainsi des prouesses loin de tous les clichés liés aux enfants-acteurs. Ce qui tient sûrement au fait que le réalisateur voulait à tout prix éviter cet écueil, volonté attestée par son regard on ne peut plus original sur le monde de l’enfance, où le gnangnan et la bonté naturelle laissent place à une rage primaire, un dévorant goût pour la vie. Pour s’en convaincre il n’y a alors qu’à voir les premières images du film, avec l’apparition sauvage du titre sur une musique tout autant délurée. Une entrée en matière radicale pour un conte.

Et c’est peut-être là ce qui va conduire Max et les Maximonstres à nous décevoir quelque peu car, dans cette volonté d’originalité, le film nous donnera au bout d’un moment l’impression d’avancer à l’aveuglette. Là où les contes sont d’ordinaire des oeuvres très structurées, basées sur une mécanique implacable assénant en toute fin sa morale, Jonze étaye lui son récit d’une curieuse façon, tout en obscurs sous-entendus. Bien sûr, les contes d’autrefois procédaient un peu de la même manière, à ceci près qu’eux ne donnaient pas la sensation de taire les éléments primordiaux à leur portée initiatique. Rendu difficile à la compréhension pour qui n’a pas envie de se creuser un peu la tête, le fil de rouge de l’histoire s’achève en plus abruptement, sans que se fasse sentir une véritable finalité. Le désir de laisser chacun se faire sa propre morale est alors bienvenu, comme toute marque d’anticonformisme quelle qu’elle soit, sauf que cela se traduit ici par un appauvrissement assez conséquent de l’intrigue, privée qu’elle est d’une réelle progression narrative. Et ça, c’est un vrai problème.

Au bout du compte, il ne se dégage donc pas de Max et les Maximonstres toute la puissance que nous en attendions même si, il faut l’avouer, le film de Spike Jonze offre un spectacle bien plus malin et intéressant que la majorité de la concurrence. Ce qui est déjà pas mal, surtout quand on a eu vent des préoccupantes rumeurs sur sa production (pas mal de désaccords entre le réalisateur et ses producteurs). Mais le gros « plus » sera bien sûr la partie purement visuelle du long-métrage, belle à en pleurer dans son illustration de la liberté et la fantaisie de l’enfance avec également ce que cela compte de part sombre. Reste à voir si l’on peut se contenter d’un « film d’images » brillant quand on a frôle de si près le chef d’oeuvre pur et simple.

(sortie en salles le 16 décembre)

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