Archive pour novembre, 2009

Mary et Max

10 novembre, 2009

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L’histoire nous l’a déjà démontré à plusieurs reprises mais il est toujours bon de le réaffirmer : l’animation n’est absolument pas réservée à un jeune public, elle peut aussi s’adresser aux spectateurs de plus de 10 ans. Cela, l’australien Adam Elliot l’a parfaitement compris comme le prouvent ses courts-métrages en stop-motion (« en pâte à modeler » pour les profanes) et, fort d’un Oscar récolté en 2004 pour son Harvie Krumpet, il s’est donc lancé avec Mary et Max dans la réalisation de son premier long. Une histoire tragique, terriblement ancrée dans un malaise tout contemporain, mais racontée aussi avec humour. Difficile équation, qui n’en rend la réussite que plus gratifiante.

Mary et Max s’appuie ainsi sur deux drames humains pour se bâtir, deux destins brisés qui ne prêteraient normalement pas à rire. D’un côté nous avons Mary, jeune australienne curieuse de tout mais complexée, délaissée par ses parents et somme toute très solitaire. De l’autre nous avons Max, quarantenaire, juif new-yorkais psychologiquement handicapé et lui aussi très seul. Pas de quoi se fendre la poire donc au premier abord, et pourtant. Parce que si le réalisateur précise bien que son film est tiré d’une histoire vraie, ce dont on peut toujours douter, le drame personnel de chaque protagoniste est contrebalancé par le caractère incroyable de leur rencontre, qui les amènera à échanger pendant près de 20 ans leurs doutes et aspirations au travers de quantité de lettres. Flirtant presque avec le conte, la part sombre des choses nous est ainsi présentée au travers d’un prisme qui, non content de l’altérer en rien, va même jusqu’à soutenir son propos en la débarrassant d’un réalisme pouvant vite tourner au misérabilisme rébarbatif (ou, pire, nous faire nous questionner quant à cette amitié tabou entre une petite fille et un adulte).

Un effet qui est bien sûr renforcé par la forme même du métrage, l’animation impliquant une distance, une caricature, n’en rendant le message que plus clair. D’autant que Adam Elliot s’avère être un artiste de très grand talent, aussi à l’aise dans le fond que dans la forme de son projet. Déjà magnifique en lui-même, le stop-motion trouve donc à la fois sous sa direction pureté de l’animation et beauté de la réalisation, pour un résultat dont la finesse n’a d’égale que le charme qui s’en dégage. Même la ville de New York, représentée comme un anxiogène cloaque noir et blanc, porte en son sein des notes de beauté, d’espoir, comme les petites tâches colorées des cadeaux qu’envoie Mary à Max.

Si l’on ne ressentait donc une légère redondance en cours de métrage -inévitable de par sa forme épistolaire- et un déception fasse à un final abrupt, Mary et Max pourrait prétendre au statut de chef d’oeuvre immédiat tant Adam Elliot sait insuffler coeur et âme à son récit. L’humanité et l’humour du film naissent ainsi dans la relation des deux héros et sa représentation, le télescopage de leurs points-de-vue, mais aussi dans l’amour que porte le réalisateur/scénariste pour son oeuvre et son art. Il va sans dire que l’on suivra avec intérêt la suite de sa carrière, surtout si la même flamme continue de l’habiter !

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Micmacs à tire-larigot

3 novembre, 2009

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Après avoir plongé dans les horreurs et conséquences de la Première Guerre Mondiale avec Un long dimanche de fiançailles, Jean-Pierre Jeunet revient avec un film plus léger, plus dans le ton « comédie décalé » qui a fait sa gloire. Mais si la patte de son créateur est immédiatement reconnaissable dans ce Micmacs à tire-larigot, on sent également que le réalisateur a oeuvré avec le cul entre deux chaises…

Bazil fait partie de ces poissards qui n’ont jamais eu la moindre chance. Son père tué par une mine anti-personnelle alors qu’il était enfant, il fut mis en pension suite au suicide de sa mère et, après une existence assez triste, perd tout ce qu’il avait le jour où il reçoit une balle en pleine tête. A la rue, il trouve bientôt une nouvelle famille parmi les résidents de Tire-larigot, des marginaux vivant dans une casse automobile et recyclant tout ce qu’ils peuvent trouver. Et avec leur aide, il va bientôt mettre sur pied un plan pour se venger des deux fabricants d’armes qui ont ruiné sa vie

Vous le verrez alors, il saute immédiatement aux yeux que le film appartient à la filmographie de Jeunet tant son style visuel si particulier est ici présent, remplissant la moindre parcelle du champ. Néanmoins, et même si on sent une recherche d’inventivité constante, nous ne pourrons qu’être étonnés devant la façon qu’aura le film de faire des rappels plus ou moins directs aux autres efforts du réalisateur. Comme si Jeunet, comme le pensent ses détracteurs, commençait à se mordre la queue. Sauf que le français, parfaitement conscient de cela, essaye également de donner une personnalité unique à son film, pour éviter à tout prix qu’il soit taxé de n’être qu’un Amélie Poulain 2. Et c’est en cela que Micmacs à tire-larigot commet sa plus grosse erreur, refusant catégoriquement de reprendre certains des artifices qui rendaient Le Fabuleux destin d’Amélie Poulain si plaisant à regarder, de l’utilisation de la musique comme moteur de l’image à la présence d’un narrateur. Privé de ce genre de choses alors qu’elles lui auraient été bien utiles, son dernier film demeure donc un magnifique livre d’images mais qui jamais ne nous entraîne dans son rythme, dont aucune véritable saveur ne se dégage.

D’autant que si les personnages sont plutôt attachants, jolie galerie de bras cassés et coeurs brisés avec un casting comme toujours impeccable chez Jeunet, le scénario en lui-même est sacrément paresseux, poussif même. Il est vrai que nous sommes dans un conte aux forts accents de cartoon, mais cela ne signifie en aucune façon qu’il faille rester à la surface des choses. Bien au contraire. Il n’y a qu’à voir le Enfermé dehors de Albert Dupontel, autre récit des « petits contre les grands » fonctionnant sur le même principe, pour comprendre que ce genre de films peut faire preuve d’une réelle intelligence dans son propos, là où Micmacs à tire-larigot reste désespérément manichéen. Des méchants très méchants, des gentils très gentils, et un intrigue qui file alors qu’on a fini par s’en désintéresser complètement, notre attention captivée seulement par quelques trouvailles de Jeunet.

En voulant donc éviter la comparaison avec son plus gros succès, Jeunet revient à un style plus proche de ses débuts mais sans que l’intrigue suive, alourdissant considérablement ce qu’on imaginait être un moment de légèreté, de divertissement, d’émotions. Rien de la sorte dans Micmacs à tire-larigot, un peu trop auto-piloté pour convaincre. Heureusement, le talent visuel de Jean-Pierre Jeunet est là et saura tout de même prodiguer un (tout petit) peu de fantaisie, mais ça aurait pû… et dû… être tellement plus !

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