Le Drôle de Noël de Scrooge

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Véritable pionnier des nouvelles technologies du 7ème art, Robert Zemeckis a toujours eu à coeur de se servir des effets spéciaux non pas pour épater la galerie mais bien pour créer de nouvelles réalités crédibles, aussi éloignées soient-elles de la nôtre. Ce n’est alors pas un hasard s’il fut le premier à se frotter à la performance capture, développant ce nouvel outil pour pousser toujours plus loin ses expérimentations. Et il s’y tient puisque, après le sympathique Polar Express ou l’énorme La Légende de Beowulf, il revient aujourd’hui avec un troisième représentant de cette nouvelle école entre cinéma live et d’animation. L’adaptation d’un classique de Charles Dickens, Un chant de Noël, que le réalisateur s’apprête donc à faire rentrer dans le 21ème siècle. Sans oublier, au passage, de livrer son propre classique pour les générations futures.

Dans l’Angleterre du 19ème siècle vit Ebenezer Scrooge, un vieil homme faisant passer les mots acariâtre et pingre pour des euphémismes. Détestant sincèrement Noël, il maudit cette période de l’année. Mais tout va changer néanmoins quand il reçoit la visite de trois fantômes, ceux des noëls passé, présent et futur, qui lui montreront comment il a et va continuer à gâcher sa vie s’il poursuit dans cette voie égoïste… Pas de problème, normalement tout le monde connaît cette histoire déjà maintes fois adaptée ou parodiée. C’est d’ailleurs ce qu’il y avait le plus à craindre avec Le Drôle de Noël de Scrooge (titre français crétin au possible), que celui-ci soit incapable de nous intéresser avec une intrigue aussi souvent rabâchée. D’autant que Zemeckis, réalisateur ET scénariste, prend bien garde de ne jamais s’éloigner du texte original, le respectant avec une déférence qui se calcule à la virgule près. Alors, cette nouvelle version est-elle inutile ?

Oh que non, bien sûr, car il se trouve en fait que Un chant de Noël n’a jamais été représenté de la sorte sur les écrans. Quand il décida d’illustrer un conte classique à l’aide de sa nouvelle technologie, Zemeckis avait parfaitement compris quel intérêt cela pouvait représenter, en quoi sa version se démarquerait des autres. Et quand nous sommes face au film, cela paraît effectivement une évidence : jamais une adaptation du texte de Dickens n’a déployé une telle magie sous nos yeux, que ce soit dans la re-création magnifique de l’Angleterre victorienne ou bien -et surtout- dans la mise en images de ses éléments fantastiques, les fantômes. Inspiré par les gravures qui parsemaient la première édition du livre, le réalisateur redonne donc à ces esprits l’apparence qu’avait imaginé l’auteur et que, finalement, nous n’avions jamais vraiment vu (à défaut de l’avoir lu) auparavant. Parce qu’il n’est rien que l’on ne puisse montrer une fois aidé par la performance capture, cette technique jouissant en même temps de la liberté de l’animation et de l’affect spectatoriel du ciné en prise de vue réelle.

D’ailleurs, il est étonnant de constater combien cette technique peut encore nous en mettre plein la vue dans sa faculté à reproduire le vivant, le jeu des comédiens « capturés », et cela en dépit des exemples déjà brillants des films précédents. On atteint en effet avec Le Drôle de Noël de Scrooge un niveau franchement bluffant, dopé par le jeu cartoonesque de Jim Carrey qui ne se limite pas à de la surenchère de grimaces mais bien à une interprétation tout en subtilités, d’autant plus que le canadien élastique incarne ici sept personnages. Une performance qui donne tout son sens au nom de cette technologie, plus apte que jamais à la retranscrire dans le moindre de ses détails. Au point même que le fan reconnaîtra la moindre des mimiques de Carrey, ce qui pose le problème légitime d’avoir ce sentiment de quasi-omniprésence du comédien. Mais son talent est finalement si bien exploité et malgré tout entouré (Gary Oldman, Colin Firth, Bob Hoskins, Robin Wright Penn, Cary Elwes) qu’on ne s’arrête pas un instant à ces considérations, emportés que nous sommes par une histoire pleine de la magie des fins d’années.

La réalisation de Zemeckis est ainsi d’une fluidité imparable, au point que l’on ne peut être que surpris lorsque la conclusion arrive après ce qui a semblé une petite heure. Tout s’enchaîne à merveilles, le fait que l’intrigue soit connue permettant bien sûr de ne pas avoir à se perdre en digressions, mais il y a plus encore. Et ce « plus » c’est donc la façon qu’a le réalisateur de raconter son histoire et de la filmer, lui imposant un mouvement permanent qui se retranscrit à l’image par des travellings vertigineux et virtuoses. De vraies parties de plaisir pour qui aura la chance de découvrir le film en 3D et qui, si elles pourraient sembler n’être dignes que d’une attraction foraine (le principal risque en matière de relief), participent au contraire indéniablement du rythme de l’ensemble. Et les choses vont alors aussi vite qu’elles sont agréables à suivre.

Robert Zemeckis remplit donc haut la main son pari, celui de ressusciter un conte classique en le transcendant grâce à une nouvelle enveloppe au cachet incomparable. Par son art et son savoir-faire technique, il impose Le Drôle de Noël de Scrooge instantanément comme un grand film et, c’est encore plus fort, un des meilleurs films de Noël jamais vus. En faisant cohabiter passé et futur dans le présent, il nous offre ainsi une oeuvre intemporelle dont les carillons joyeux ne cesseront de résonner pour longtemps. Du très grand art.

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2 Réponses à “Le Drôle de Noël de Scrooge”

  1. karinetiniere dit :

    un joli conte de noël qui nous rappelle que les temps sont durs et que le partage est toujours profitable!
    A tous les radins je conseille d aller voir ce film.

  2. pitouwh dit :

    Plus généralement, je conseillerai à tout un chacun de se frotter à cette petite merveille !

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