L’Imaginarium du docteur Parnassus

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On peut le dire, Terry Gilliam fait sans conteste partie des réalisateurs parmi les plus poissards que l’on ait jamais vus. Ambitieux dans sa démarche artistique et revendicatif quant au statut d’auteur, l’ex-Monty Python a toujours rencontré les plus grandes difficultés à concrétiser ses visions mais il faut quand même avouer que, ces dernières années, on a atteint des sommets. L’annulation de L’Homme qui tua Don Quichotte, les conflits durant la post-prod’ des Frères Grimm,… Et, aujourd’hui, L’Imaginarium du docteur Parnassus, qui perdit en cours de route l’un de ses acteurs principaux. Cependant, envers et contre tout, Gilliam est parvenu à achever son film. Pour le meilleur et le pire.

Avec sa troupe de théâtre ambulant, « l’Imaginarium », le Docteur Parnassus offre au public l’opportunité unique d’entrer dans leur univers d’imaginations et de merveilles en passant à travers un miroir magique. Mais il cache un terrible secret : mille ans plus tôt, ne résistant pas à son penchant pour le jeu, il parie avec le diable, Mr Nick, et gagne l’immortalité. Plus tard, rencontrant enfin l’amour, le Docteur Parnassus traite de nouveau avec le diable et échange son immortalité contre la jeunesse. A une condition : le jour où sa fille aura seize ans, elle deviendra la propriété de Mr Nick. Maintenant, il est l’heure de payer le prix… Pour sauver sa fille, il se lance alors dans une course contre le temps, entraînant dans son sillage une ribambelle de personnages extraordinaires

Dessinateur à l’origine, Terry Gilliam a toujours exprimé une identité visuelle très forte au travers de ses oeuvres, pas forcément en terme de style mais bien de recherche. Capable de s’adapter à n’importe quel genre ou contexte, il nous a ainsi donner à voir nombre de tableaux incroyables, des images se gravant dans votre rétine de par leur originalité et leur beauté. Parce que son imagination, à ce qu’il semble, n’a absolument aucune limite. Un don faisant de son dernier film un parfait terrain de jeu pour s’exprimer, celui-ci glorifiant en sous-texte la toute puissance de l’imaginaire et, par un de ses éléments scénaristiques (le miroir de l’Imaginarium), offrant même l’opportunité de visualiser les rêveries les plus délirantes. Pour ces raisons, L’Imaginarium du docteur Parnassus constitue alors l’une des plus flamboyantes réussites formelles du réalisateur, qui fait une sorte de melting-pot de ses travaux précédents pour aboutir à quelque chose de neuf et toujours attrayant. Une remarque qui vaut d’ailleurs aussi bien pour les séquences dans le monde des fantasmes que celles se déroulant dans la réalité, où l’Imaginarium se donne comme un îlot de fantaisie au sein de notre morne monde.

Mais comme dit le proverbe creusois : « la mariée a beau être belle, elle a peut-être les pieds palmés ». Et s’il est effectivement splendide de sa première à la dernière minute, le nouveau film de Gilliam peine néanmoins à nous satisfaire pleinement. Un fait certainement dû donc à la disparition prématurée du comédien Heath Ledger, qui laissa tout le monde sur le cul et le projet dans la panade. Mais plutôt que de tout abandonner comme il le fit par le passé, Gilliam choisit au contraire de modifier son scénario en cours de route, faisant par exemple remplacer le défunt par trois de ses amis émus (Johnny Depp, Jude Law, Colin Farrell) pour les scènes de l’autre côté du miroir. Et de rabibochages en concessions, le film de perdre sérieusement en puissance dramatique. Il y avait pourtant une structure narrative très claire, aux accents faustiens, mais en fait la sauce ne prend pas, en dépit même du talent des différents acteurs concernés. Las, leurs personnages manquent cruellement de profondeur, noyés dans une intrigue si emberlificotée qu’elle finit en plus par se prendre un peu les pieds dans le tapis.

Si le plaisir de voir un nouveau Gilliam en salles est donc indéniable, d’autant quand il présente un une aventure visuelle si flamboyante, on a en contrepartie le regret de constater que cela doive passer en force. Alors oui, difficile d’être transporté par l’histoire de L’Imaginarium du docteur Parnassus, mais le voyage qu’il propose mérite malgré tout le détour, ne serait-ce que pour garder à l’esprit tout le faste que peu déployer le réalisateur. Et continuer d’espérer au jour qui le verra se lancer sur un projet sans complications !

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