Mary et Max

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L’histoire nous l’a déjà démontré à plusieurs reprises mais il est toujours bon de le réaffirmer : l’animation n’est absolument pas réservée à un jeune public, elle peut aussi s’adresser aux spectateurs de plus de 10 ans. Cela, l’australien Adam Elliot l’a parfaitement compris comme le prouvent ses courts-métrages en stop-motion (« en pâte à modeler » pour les profanes) et, fort d’un Oscar récolté en 2004 pour son Harvie Krumpet, il s’est donc lancé avec Mary et Max dans la réalisation de son premier long. Une histoire tragique, terriblement ancrée dans un malaise tout contemporain, mais racontée aussi avec humour. Difficile équation, qui n’en rend la réussite que plus gratifiante.

Mary et Max s’appuie ainsi sur deux drames humains pour se bâtir, deux destins brisés qui ne prêteraient normalement pas à rire. D’un côté nous avons Mary, jeune australienne curieuse de tout mais complexée, délaissée par ses parents et somme toute très solitaire. De l’autre nous avons Max, quarantenaire, juif new-yorkais psychologiquement handicapé et lui aussi très seul. Pas de quoi se fendre la poire donc au premier abord, et pourtant. Parce que si le réalisateur précise bien que son film est tiré d’une histoire vraie, ce dont on peut toujours douter, le drame personnel de chaque protagoniste est contrebalancé par le caractère incroyable de leur rencontre, qui les amènera à échanger pendant près de 20 ans leurs doutes et aspirations au travers de quantité de lettres. Flirtant presque avec le conte, la part sombre des choses nous est ainsi présentée au travers d’un prisme qui, non content de l’altérer en rien, va même jusqu’à soutenir son propos en la débarrassant d’un réalisme pouvant vite tourner au misérabilisme rébarbatif (ou, pire, nous faire nous questionner quant à cette amitié tabou entre une petite fille et un adulte).

Un effet qui est bien sûr renforcé par la forme même du métrage, l’animation impliquant une distance, une caricature, n’en rendant le message que plus clair. D’autant que Adam Elliot s’avère être un artiste de très grand talent, aussi à l’aise dans le fond que dans la forme de son projet. Déjà magnifique en lui-même, le stop-motion trouve donc à la fois sous sa direction pureté de l’animation et beauté de la réalisation, pour un résultat dont la finesse n’a d’égale que le charme qui s’en dégage. Même la ville de New York, représentée comme un anxiogène cloaque noir et blanc, porte en son sein des notes de beauté, d’espoir, comme les petites tâches colorées des cadeaux qu’envoie Mary à Max.

Si l’on ne ressentait donc une légère redondance en cours de métrage -inévitable de par sa forme épistolaire- et un déception fasse à un final abrupt, Mary et Max pourrait prétendre au statut de chef d’oeuvre immédiat tant Adam Elliot sait insuffler coeur et âme à son récit. L’humanité et l’humour du film naissent ainsi dans la relation des deux héros et sa représentation, le télescopage de leurs points-de-vue, mais aussi dans l’amour que porte le réalisateur/scénariste pour son oeuvre et son art. Il va sans dire que l’on suivra avec intérêt la suite de sa carrière, surtout si la même flamme continue de l’habiter !

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