Lucky Luke

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C’est un fait, il est rare que le western vienne trainer ses bottes poussiéreuses dans le paysage cinématographique français. Alors, quand une occasion se présente et qu’un jeune réalisateur s’y attelle, on peut être sûr qu’il ne s’en tiendra pas au cahier des charges et tendra plutôt à y apposer sa propre patte, aussi bien pour innover que pour satisfaire au diktat du cinéma d’auteur. Même s’il s’agit d’une adaptation. Nous avions vu la chose se produire avec Blueberry, l’expérience secrète : très bon film en soi, preuve éclatante du talent de Jan Kounen, mais également adaptation loupée qui ne manqua pas de courroucer les fans de Jean Giraud. Fans de Morris et Goscinny, préparez-vous alors à un choc similaire car le Lucky Luke de James Huth, s’il est un lonesome cowboy, emprunte pourtant la même voie que les autres…

Véritable légende du farwest, Lucky Luke est appelé par le président des Etats-Unis à sécuriser la ville de Daisy Town, dangereux repaire de bandits qui verra très prochainement se dérouler la jonction du chemin de fer entre côtes est et ouest. Une mission pareille à nulle autre pour le cowboy qui tire plus vite que son ombre car, en plus de la fâcheuse tendance des grandes figures du farwest à s’y réunir subitement, il s’agit de la ville où ses parents furent assassinés

Quand on pense Lucky Luke, on pense bien sûr western mais, par-delà, on pense aussi humour. En effet, les aventures du cowboy étaient toujours émaillées de nombreux gags qui ont créé leur style et, avec l’équipe de Brice de Nice aux commandes de cette nouvelle version, on pouvait croire alors qu’elle saurait retranscrire cela. Mais si l’humour est bien présent tout au long du film, pour beaucoup grâce à Jean Dujardin et à un Michaël Youn parfait en Billy the Kid de bande-dessinée, on s’étonnera que la cascade de blagues attendue soit finalement si chiche. On l’a dit : parce qu’il en avait l’opportunité, James Huth a voulu faire un western comme il l’a toujours imaginé et, dans cette optique, il paraît évident que la gaudriole n’était pas sa priorité première. Tout comme, en fin de compte, adapter la BD ne l’intéressait pas plus que ça. Plus inspiré par Sergio Leone que par Morris et Goscinny, le réalisateur cumule donc ce qui ne manquera pas de passer pour des trahisons pures et simples aux yeux des fans, faisant de son héros une icône spaghetti, presque grindhouse même (voyez l’affiche), avec une sous-intrigue dont l’âpreté dépareille grandement dans le cadre d’une histoire de Lucky Luke. Vous verrez, la scène d’intro met tout de suite dans l’ambiance…

Sur le plan de l’adaptation, ce film ne peut donc se targuer d’une quelconque réussite si ce n’est celle d’amener les dessins de Morris à la vie, grâce à une direction artistique soignée et faisant honneur au genre. Mais au-delà, rien. Et même si l’on désire faire comme pour Blueberry, l’expérience secrète, à savoir ne prendre le film que ce pour qu’il est et ne pas chercher de filiation, ses qualités visuelles indéniables ne suffisent pas à pallier une grosse lacune scénaristique. Difficile en effet, arrivé dans la seconde moitié du métrage, de ne pas ressentir un certain ennui face au développement du scénario, qui trahit encore davantage la dimension monolithique de Luke tout en dilatant artificiellement la durée de la péloche (l’humour n’étant pas suffisamment là pour rattraper la chose). Tout cela, encore une fois, découlant de la volonté d’épaissir ce qui n’a pas lieu d’être, de faire un vrai western au lieu d’une véritable adaptation. Il y a donc un décalage constant entre ce que l’on voit (un western de bande-dessinée) et ce que l’on veut nous montrer (un western grindhouse, parfois même crépusculaire) et finalement, ne sachant sur quel pied danser, on finit par s’asseoir dans un coin en attendant que ça passe.

Comme Jan Kounen avec son Blueberry, James Huth est donc plus intéressé par l’opportunité de faire SON western que celle d’adapter une fameuse bande-dessinée, s’éloignant par le fait considérablement de son modèle. Les fans de Lucky Luke peuvent alors passer leur chemin tandis que les autres, s’ils ne cherchent pas une grosse comédie, pourront s’essayer à ce western bancal mais avec quelques jolies fulgurances. Il n’empêche, il s’agit quand même d’une sacrée déception vu la masse de talents qui y étaient associés…

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2 Réponses à “Lucky Luke”

  1. karinetiniere dit :

    trop de personnages mélangés,une histoire confuse,Lucky Luke est un héro jamais il ne doute de lui.
    la partie doute a cassé le mythe.

  2. pitouwh dit :

    On n’est jamais aussi triste de tuer nos idoles que de voir les mythes s’écrouler… comprenne qui pourra, moi je ne sais même pas pourquoi j’ai écrit ça…

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