Astro Boy

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Dans le milieu de l’animation en images de synthèse, le studio Imagi possède une place bien à part. En effet, là où les plus gros du marché accumulent les projets originaux, la jeune structure s’attelle elle à transposer en 3D certaines licences cultes, prospectant davantage par le fait auprès des fanboys et autres geeks. Une politique qui avait plutôt bien fonctionné avec TMNT Les Tortues Ninja et que Imagi entend bien perpétuer avec son nouveau projet, adaptant ni plus ni moins que l’oeuvre-phare du génie Osamu Tezuka, Tetsuwan Atomu. Un choix risqué et ambitieux, qui a d’ailleurs failli obliger le studio à mettre la clé sous la porte. Mais à vaincre sans péril, on gagne sans gloire, et Imagi entend bien faire son trou pour de bon parmi les mastodontes du milieu !

Dans la cité volante de Metro City, le docteur Tenma décide un jour de créer un robot pour remplacer son fils tragiquement disparu, Toby. De ses recherches naît Astro Boy, une machine douée de pouvoirs extraordinaires comme une super force ou la faculté de voler mais persuadée cependant d’être un vrai petit garçon. Son choc n’en est donc que plus grand lorsque sa vraie nature lui est révélée et que Tenma, comprenant que rien ne remplacera jamais son fils, l’abandonne. Perdu à la surface de la Terre, Astro entame un voyage qui l’amènera à accepter sa destinée et, quand Metro City et tous ses habitants sont mis en danger par une terrible menace, il n’hésite alors pas une seconde à devenir le héros qu’il a toujours été

Risqué, cet Astro Boy l’est à n’en point douter. Parce qu’il faut quand même un sacré courage pour s’attaquer à une icône de ce calibre, en sachant pertinemment que les adorateurs du petit robot ne manqueront pas de vous tomber dessus au moindre pas de travers. En cela, le second bébé de Imagi marche sur les traces du précédent, contrebalançant l’inévitable polissage par un respect qui fait plaisir à voir. L’histoire originale de Tezuka s’appuyait ainsi sur un drame cruel, la mort d’un enfant puis l’abandon par le père de l’avatar qu’il en avait créé, et nous serons surpris de retrouver cet élément tel quel dans le long-métrage. Sans que l’on ait cherché à le transformer pour convenir au jeune public actuel d’occident, ce qui n’était pas gagné vu les troubles rencontrés lors de sa production. Le réalisateur David Bowers (Souris City) se dit très fan de l’oeuvre originale et, à défaut de pouvoir le faire passer au détecteur de mensonges, force est donc d’avouer qu’il s’attache bien à retranscrire l’émotion et la complexité du récit de Tezuka. Même par la suite, lorsqu’il est obligé d’étayer sa propre histoire, il le fait en citant la référence première de Tezuka, Pinocchio, et continue ainsi de perpétuer ce qui a toujours fait le coeur de Astro Boy.

Mais bien que nous ayons là une nouvelle preuve de la politique fanboy de Imagi, il leur faut aussi transiger avec nombre d’impératifs qu’implique un projet si ambitieux. Plus que s’attacher les services d’un casting quatre étoiles, cela signifie par exemple céder à quelques blagues faciles avec une multiplication astronomique des sidekicks humoristiques, sans compter l’apparition de personnages plus « contemporains » pour l’identification des jeunes spectateurs. Les gamins de la Terre sont à ce titre assez maladroitement dessinés car trop différents des personnages de Metro City, plus respectueux du trait de Tezuka. Et si l’on pourra toujours arguer qu’il s’agit de mettre en avant le contraste entre les deux lieux, il n’en reste pas moins au final un décalage assez gênant. Un sacrifice qui ne conduit heureusement pas au racolage pur et simple, la bande des orphelins évitant les clichés trop fédérateurs, mais il n’empêche qu’on sent là quelque peu les limites de Imagi et sa volonté de respect. L’ambition enflammée du jeune studio lui permet en effet de produire des films se démarquant du reste du marché mais, ironiquement, lui impose en contrepartie de se conformer à certaines grosses ficelles. On s’étonnera alors, dans la scène de l’arène, de voir Astro prétendre qu’il ne veut pas se battre avant de mettre en pièces ses adversaires dans la joie et la bonne humeur. Tel est le marché : il faut progresser dans l’intrigue et divertir tout en jonglant avec un budget serré, quitte à être plus léger sur certains points. Triste fatalité, d’autant qu’ils avaient réussi à éviter ce problème sur le plan visuel, choisissant une approche cartoonesque palliant leurs limites techniques, et nous livraient en plus de jolies petites scènes d’action !

Péchant donc un peu par excès d’ambition, Astro Boy n’en constitue pas moins une introduction sympathique à la création de Tezuka qui saura également ne pas trop froisser les fans confirmés. Avec son second long-métrage, Imagi Studios s’affirme pour de bon comme l’une des alternatives les plus intéressantes dans le milieu de l’animation 3D et nous avons désormais hâte de voir ce qu’ils feront de Gatchaman !

Sortie le 09 décembre 2009.

(Retrouvez cette critique sur DVDRAMA)

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