Démineurs

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Ancienne protégée et épouse de James Cameron, Kathryn Bigelow possède une place bien particulière dans le microcosme hollywoodien. Déjà, elle est réalisatrice, ce qui n’est pas si fréquent que ça. Mais en plus, il s’agit sans conteste de la réalisatrice la plus burnée qui soit au pays de l’oncle Sam, capable de jouer dans la cour des garçons et leur donner de quoi réfléchir. Aux frontières de l’aube, Point Break, Strange Days,… Peu de films mais, à chaque fois ou presque, ceux-ci se sont imposés comme des modèles dans leur genre, des péloches aussi bien foutues et pensées que divertissantes. Et puisque cela faisait sept ans que la belle n’avait rien explosé sur nos grands écrans, depuis K-19 : le piège des profondeurs, autant dire que Démineurs était on ne peut plus célébré et attendu !

Quand le sergent James prend la tête à Bagdad d’une unité de déminage de l’armée américaine, il a très vite fait de surprendre ses subordonnés par son assurance qui flirte avec de la témérité, ne leur épargnant aucune mission dangereuse. Mais alors qu’ils essayent de le raisonner, la ville s’embrasse et plonge dans le chaos le plus total. Forcés de jouer à un dangereux jeu de piste, James et son unité de démineurs se retrouvent au coeur d’une cité où chaque immeuble peut cacher un sniper et où chaque objet peut être piégé

On l’a dit, Bigelow est une réalisatrice tout autant intelligente que douée lorsqu’il s’agit de tout faire péter. Pour son grand retour, elle a donc choisi le projet parfait avec ce The Hurt Locker (titre VO) lui imposant rigueur (traiter de la guerre) et offrant en même temps de formidables opportunités pour l’action (s’intéresser aux démineurs et leurs explosives missions). Pour ce qui est du spectaculaire, là, il n’y a absolument aucun problème : Bigelow déchire tout ! Chaque scène de déminage est ainsi un vrai grand moment de cinéma, captivant à s’en faire grimper la tension artérielle (à noter également la présence d’un excellent duel entre snipers). La façon puissante dont elle iconise les « astronautes » malgré une tenue qui pourrait vite devenir ridicule, la tension omniprésente avec une maîtrise de l’espace nous plongeant au coeur du danger, tout respire un savoir-faire exceptionnel nous convaincant que la réalisatrice n’a rien perdu de son mordant. Et lorsque ses héros foirent leur coup et ne parviennent à désamorcer une bombe, nous assistons alors à quelques uns de plus jolis badaboums de l’histoire du cinéma d’action. Peut-être pas aussi recherchés que ceux d’un Blown Away (autre film sur les démineurs et modèle du genre) mais filmés avec une grâce les rendant tantôt beaux à pleurer, tantôt d’une brutalité à rester le souffle coupé. Sur le plan de l’action, Démineurs est donc une réussite on ne peut plus exemplaire.

Et pour ne rien gâcher, il sait aussi traiter son sujet avec ce qu’il faut de tact et de réflexion. Il est en effet toujours casse-gueule de s’attaquer à un film de guerre, surtout quand il s’agit d’une guerre actuelle, mais Bigelow et son scénariste en ont parfaitement conscience et évite l’écueil du patriotisme dangereux. En fait, ils s’attachent même si bien à multiplier les points de vue (jusqu’à mettre par exemple le héros dans la position d’une victime de la brutalité américaine) qu’on entrevoit la guerre dans toute son horrible simplicité, s’appliquant à chacun quelque soit le camp où l’on est. La parole est alors peu donnée aux « méchants » mais cela est inutile pour comprendre leurs motivations, expliquées qu’elles sont par la présence envahissante et l’animosité des soldats américains, leur réponse dans un dialogue en forme de cercle vicieux. Ceci dit, la réalisatrice ne veut pas uniquement présenter la guerre comme un enfer mais cherche à complexifier cette vision, en premier lieu au travers de son personnage principal (excellent Jeremy Renner) qui est devenu accroc à cet univers et ce danger permanent au détriment de lui-même.

Mais si cet aspect du constat que pose le film sur le conflit est plutôt bien amené, il en est un autre qui va amoindrir notre plaisir en tant que spectateur. Ainsi, comme c’est le cas pour ces démineurs postés en territoire ennemi, l’histoire alterne entre phases d’attente et missions dans une rotation mécanique, la routine d’une guerre dont on ne peut imaginer la fin. Une noble intention que de vouloir retranscrire cela sauf que, dans un film, cela revient à se priver de toute construction narrative. Le film avance ainsi comme sans but réel, son intrigue spoliée par une approche documentaire excluant toute forme de progression ou véritable climax. Et, aussi bien foutes soient-elles, les scènes donnent alors l’impression de se suivre sans jamais faire avancer le schmilblick, créant un vide certain là où l’histoire aurait dû nous passionner et pas seulement nous faire réfléchir.

Démineurs reste donc un retour grande force pour Kathryn Bigelow, dont la réalisation sait toujours aussi bien satisfaire nos bas instincts et réflexions plus louables, même si on regrettera que son histoire tournant un peu à vide ne lui procure pas le souffle nécessaire pour nous transporter. Voilà un fil rouge qu’il n’aurait peut-être pas fallu couper…

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3 Réponses à “Démineurs”

  1. mabataille dit :

    Tous ces films c’est bien gentil mais c’est peanuts avant la sortie de 2012 et Avatar en cette fin d’année…

    J’ai connu un démineur… très ennuyeux… bah j’irai pas voir le film :)

  2. pitouwh dit :

    Parce que tu vas au cinéma toi, de toutes façons ? ;-)

  3. mabataille dit :

    Cette provoque à 2 balles ! Et puis je n’ai pas précisé où j’irai le voir, ça peut très bien être dans mon salon.

    A chacun sa façon de dénoncer le prix scandaleux de la culture en France :p

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