Le Petit Nicolas

le_petit_nicolas_sempe_goscinny_laurent_tirard_kad_merad_valerie_lemercier_maxime_godart_affiche_poster

En ces temps de crise où tout semble se casser la gueule, la France n’a besoin que d’une seule chose et ce n’est pas de nouvelles fausses-promesses politiques. Non, ce qu’il lui faut, c’est une bonne grosse comédie fédératrice, un blockbuster humoristique pour toute la famille. Et si les films de ce type ne vont pas tarder à pleuvoir (Micmacs à tire-larigot, Lucky Luke et Cinéman rien qu’en octobre), c’est Le Petit Nicolas qui ouvre le bal. Un produit calibré pour réussir au box-office, tiré d’un héritage littéraire culte et en même temps frais dans les mémoires (la ressortie des bouquins), garni de pléthore de stars et exaltant le souvenir d’une France d’une autre époque (sic). Un attrape-couillon à la portée politique préoccupante diront certains, et ils auront peut-être raison. Mais voilà, nous avons tous ou presque adoré dans nos jeunes années les aventures imaginées par Goscinny et Sempé, et une curiosité toute enfantine nous pousse dès lors à tenter le coup. Alors, est-ce que c’est bon de retrouver ses dix ans ?

Dans la France des années 50, Nicolas mène une vie des plus agréables entre ses parents aimants et une bande de copains super chouettes, avec lesquels il ne cesse de faire des bêtises. Pourtant, le jour où il croit qu’un petit frère va bientôt arriver à la maison, Nicolas craint que ses parents ne l’abandonnent dans les bois comme le Petit Poucet. Pour y remédier, et avec l’aide de ses petits camarades, il va alors chercher un moyen d’empêcher que cela n’arrive

Vous l’aurez certainement remarqué, avoir un enfant dans un film équivaut bien souvent à souffrir d’une crise d’hémorroïdes fulgurante. « A pain in the ass » comme disent les anglophones, et c’est tout à fait ça quand on voit le traitement débilitant qui leur est en général accordé. Alors, quand un film a pour héros toute une bande de mioches, les risques de saignements rectaux sont multipliés de façon exponentielle. Sauf si, et c’est rarement le cas, on parvient à nous faire adopter leur point de vue, nous mettre à leur hauteur dans un mouvement faisant appel à nos propres souvenirs. C’est là la première réussite de cette adaptation on ne peut plus fidèle au matériau d’origine, qui en retrouve toute la saveur nostalgique de l’enfance. Les scènes avec les enfants sont toutes ainsi franchement réussies, surtout celles où la réalisation n’hésite pas à prendre quelques libertés et mettre en images les délires des héros en culottes courtes. Une réussite qu’il faut mettre bien sûr également au crédit des jeunes comédiens, confondants de naturel et en même temps avec ce qu’il faut de second degré dans leur jeu pour rendre ces archétypes drôles.

Un tel miracle veut-il néanmoins dire que c’est un succès sur toute la ligne ? Évidemment, non. Et comme bien souvent quand on a dix ans, il se trouve que « c’est rien qu’la faute des parents ». Ce qui ne signifie pas que Valérie Lemercier et Kad Merad sont mauvais comme des cochons mais, même si on les adore tous les deux, il faut bien reconnaître qu’ils alourdissent l’ensemble plus qu’autre chose. Ou, plus exactement, c’est à cause d’eux qu’il nous arrive régulièrement de quitter le point de vue des mômes, chose proscrite dans les nouvelles originales où les parents ne s’accaparaient jamais directement l’empathie du lecteur. Sauf que les gamins, tout talentueux qu’ils soient, ne sont pas encore des stars ; tandis que Kad et Valérie, si. On a cru bon alors de leur aménager leurs propres scènes et intrigue secondaire, histoire de capitaliser sur leur aura comique. Mais il n’en résulte en fait qu’un décalage irritant dans le plaisir régressif indispensable à tel projet (une remarque qui ne vaut pas pour les autres personnages adultes, toujours vus au travers du regard des enfants), se perdant alors parfois dans de la comédie de boulevard peu inspirée. Sans compter que c’est par leur biais que finira par s’imposer l’aspect le plus gênant et à craindre du film, cette vision archaïque et réactionnaire d’une société comme la rêve l’UMP, présentée ici avec un sens de la dérision trop peu marqué pour en devenir salutaire.

Malgré tout, il serait injuste de dire que Le Petit Nicolas pue le moisi et les regrets passéistes tant, la majorité du temps, il sait nous rappeler l’excitation de l’enfance, le frisson du jeu et de la découverte du monde. Une véritable madeleine de Proust sur pellicule, aussi plaisante à voir que le sont les histoires de Sempé et Goscinny à lire. N’est-ce pas ce qu’on appelle une adaptation réussie ?

19129822w434hq80.jpg  19129804w434hq80.jpg  19129818w434hq80.jpg

Une Réponse à “Le Petit Nicolas”

  1. karine tiniere dit :

    moi j ai bien rigolé tout le long du film 18/20 drôle! sympa! Kad géant! Valérie drôle! frais! belle mise en scène!!
    K tiniere du journal des enfants émission canal + du 5/10/09

Laisser un commentaire