Archive pour octobre, 2009

Lucky Luke

22 octobre, 2009

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C’est un fait, il est rare que le western vienne trainer ses bottes poussiéreuses dans le paysage cinématographique français. Alors, quand une occasion se présente et qu’un jeune réalisateur s’y attelle, on peut être sûr qu’il ne s’en tiendra pas au cahier des charges et tendra plutôt à y apposer sa propre patte, aussi bien pour innover que pour satisfaire au diktat du cinéma d’auteur. Même s’il s’agit d’une adaptation. Nous avions vu la chose se produire avec Blueberry, l’expérience secrète : très bon film en soi, preuve éclatante du talent de Jan Kounen, mais également adaptation loupée qui ne manqua pas de courroucer les fans de Jean Giraud. Fans de Morris et Goscinny, préparez-vous alors à un choc similaire car le Lucky Luke de James Huth, s’il est un lonesome cowboy, emprunte pourtant la même voie que les autres…

Véritable légende du farwest, Lucky Luke est appelé par le président des Etats-Unis à sécuriser la ville de Daisy Town, dangereux repaire de bandits qui verra très prochainement se dérouler la jonction du chemin de fer entre côtes est et ouest. Une mission pareille à nulle autre pour le cowboy qui tire plus vite que son ombre car, en plus de la fâcheuse tendance des grandes figures du farwest à s’y réunir subitement, il s’agit de la ville où ses parents furent assassinés

Quand on pense Lucky Luke, on pense bien sûr western mais, par-delà, on pense aussi humour. En effet, les aventures du cowboy étaient toujours émaillées de nombreux gags qui ont créé leur style et, avec l’équipe de Brice de Nice aux commandes de cette nouvelle version, on pouvait croire alors qu’elle saurait retranscrire cela. Mais si l’humour est bien présent tout au long du film, pour beaucoup grâce à Jean Dujardin et à un Michaël Youn parfait en Billy the Kid de bande-dessinée, on s’étonnera que la cascade de blagues attendue soit finalement si chiche. On l’a dit : parce qu’il en avait l’opportunité, James Huth a voulu faire un western comme il l’a toujours imaginé et, dans cette optique, il paraît évident que la gaudriole n’était pas sa priorité première. Tout comme, en fin de compte, adapter la BD ne l’intéressait pas plus que ça. Plus inspiré par Sergio Leone que par Morris et Goscinny, le réalisateur cumule donc ce qui ne manquera pas de passer pour des trahisons pures et simples aux yeux des fans, faisant de son héros une icône spaghetti, presque grindhouse même (voyez l’affiche), avec une sous-intrigue dont l’âpreté dépareille grandement dans le cadre d’une histoire de Lucky Luke. Vous verrez, la scène d’intro met tout de suite dans l’ambiance…

Sur le plan de l’adaptation, ce film ne peut donc se targuer d’une quelconque réussite si ce n’est celle d’amener les dessins de Morris à la vie, grâce à une direction artistique soignée et faisant honneur au genre. Mais au-delà, rien. Et même si l’on désire faire comme pour Blueberry, l’expérience secrète, à savoir ne prendre le film que ce pour qu’il est et ne pas chercher de filiation, ses qualités visuelles indéniables ne suffisent pas à pallier une grosse lacune scénaristique. Difficile en effet, arrivé dans la seconde moitié du métrage, de ne pas ressentir un certain ennui face au développement du scénario, qui trahit encore davantage la dimension monolithique de Luke tout en dilatant artificiellement la durée de la péloche (l’humour n’étant pas suffisamment là pour rattraper la chose). Tout cela, encore une fois, découlant de la volonté d’épaissir ce qui n’a pas lieu d’être, de faire un vrai western au lieu d’une véritable adaptation. Il y a donc un décalage constant entre ce que l’on voit (un western de bande-dessinée) et ce que l’on veut nous montrer (un western grindhouse, parfois même crépusculaire) et finalement, ne sachant sur quel pied danser, on finit par s’asseoir dans un coin en attendant que ça passe.

Comme Jan Kounen avec son Blueberry, James Huth est donc plus intéressé par l’opportunité de faire SON western que celle d’adapter une fameuse bande-dessinée, s’éloignant par le fait considérablement de son modèle. Les fans de Lucky Luke peuvent alors passer leur chemin tandis que les autres, s’ils ne cherchent pas une grosse comédie, pourront s’essayer à ce western bancal mais avec quelques jolies fulgurances. Il n’empêche, il s’agit quand même d’une sacrée déception vu la masse de talents qui y étaient associés…

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L’Assistant du vampire

16 octobre, 2009

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Si, pour leurs premiers pas en tant que réalisateurs, les frangins Weitz ont oeuvré de concert dans la comédie pour teenagers (American Pie) puis la comédie tout court (Pour un garçon), Chris est parti ensuite pour des horizons plus magiques, cédant aux sirènes de la fantasy pour kids avec A la croisée des mondes : La Boussole d’or. Ne pouvant s’en laisser démontrer par son petit frère, Paul a alors cherché son blockbuster adapté d’un roman à succès et, quelques années après, le voici qui arrive avec L’Assistant du vampire. Le premier volume ciné de la saga Cirque du Freak d’après Darren Shan (Darren O’Shaughnessy de son vrai nom), une sorte de Harry Potter au pays des suceurs de sang et autres monstres de foire. Toujours de la magie, donc, mais de la magie noire cette fois.

Adolescent sans histoires, Darren accompagne un soir son ami Sean à un spectacle de monstres, le Cirque du Freak. Mais s’il a l’habitude de toujours réfléchir avant d’agir, Darren va ce coup-ci se montrer plus impulsif et mettre en danger la vie de son copain. Pour le sauver, il accepte alors la proposition du vampire Larten Crepsley : devenir son assistant et, par le fait, abandonner son existence humaine. Mais tandis qu’il découvre cet univers étrange et fascinant, il va aussi prendre conscience de la lutte intestine qui le ronge et dans laquelle il aura un rôle à jouer

C’est indéniable, la trame de L’Assistant du vampire partage nombre de points communs avec les écrits de J.K. Rowling. Mais là où nous faisions la rencontre du sorcier à lunettes encore jeune, induisant dans ses premières aventures un ton axé sur l’émerveillement, les héros de Cirque du Freak sont eux déjà des adolescents. Une différence primordiale car si le film de Paul Weitz commence comme une teenage-comedy plutôt balourde, dès l’irruption du fantastique nous entrons dans un univers merveilleux à sa façon, il est vrai, mais aussi foncièrement plus sombre, plus adulte. Il est ainsi amusant de remarquer que là où un Hagrid à la bonhommie de gros nounours servait de guide dans Harry Potter, c’est là aussi un géant qui introduit les héros au monde « magique », le spectacle de monstres, mais cette fois en bien plus perturbant. Que ce soit dans la façon de les mettre en opposition par le cadrage ou, plus efficace encore, grâce à l’étrange crâne bombé dont est affublé Ken Watanabe. D’ailleurs les maquillages et autres CGI des créatures participent grandement de la touche horrifique du film, à laquelle nous sommes donc confrontés très tôt par le biais d’un spectacle de monstres bien barré, comme organisé par le Tim Burton plaisantin de Beetlejuice. Ceci dit, en tant que franchise destinée à être déclinée en plusieurs épisodes, L’Assistant du vampire ne peut se contenter de la comédie fantastique et développe très vite une intrigue plus large, avec une guerre entre vampires qui se prépare et mettra à l’épreuve l’amitié de Darren et Sean. Pas très original mais toujours efficace, cet aspect de l’intrigue est en plus encore assombri par la présence d’inquiétants personnages comme la brute Murlaugh (Ryan Stevenson) et son maître, un Mr. Tiny dont il nous tarde d’en découvrir plus.

Et ce sera bien là justement le problème du long-métrage qui, en moins de deux heures, peine sérieusement à faire tenir les trois premiers livres de Cirque du Freak. Passons encore sur les transitions parfois trop abruptes entre les scènes mais difficile de faire l’impasse sur toutes les zones d’ombre du scénario, tous ces éléments qu’il ne fait qu’évoquer ou utiliser à peine. Nous savons bien sûr que c’est en vue de préparer les futurs épisodes, nous y sommes désormais habitués, néanmoins cela ne change rien à l’affaire : on ressentira une grande frustration dans la manière qu’a le film de survoler les ramifications de son intrigue ou une étonnante et conséquente galerie de seconds rôles. Pire, à trop vouloir en faire tenir sur une si courte durée, l’apprentissage du héros par Crepsley (John C. Reilly, toujours aussi royal) est réduit à peau-de-chagrin, tuant dans l’oeuf la relation maître/élève qui aurait pourtant pu cimenter l’ensemble. Une fausse note heureusement contrebalancée par un visuel des plus soignés, gardant sans cesse intact notre intérêt grâce à une réutilisation ludique des codes du genre, agrémentés en plus de scènes d’action plutôt brutales dès lors qu’elles ne cherchent pas à retranscrire la « super-vitesse » des vampires.

Malgré donc la présence pas franchement rassurante de Paul Weitz aux commandes, L’Assistant du vampire assure joliment le spectacle en se proposant comme une sorte de Harry Potter au pays de Barnum, plus sombre et franc du collier que les aventures du sorcier. On plonge avec bonheur dans cet univers forain riche en monstres, idées et possibilités narratives même si, au bout du compte, subsistera cette sensation d’avoir assisté à une introduction qui pu être davantage développée. Pas de quoi refuser le voyage, mais la suite a alors intérêt à venir au plus vite pour combler les manques !

Sortie le 02 décembre 2009.

(Retrouvez cette critique sur dvdrama.com)

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Very Bad Trip

9 octobre, 2009

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Sorti en France depuis maintenant trois mois et demi, Very Bad Trip continue pourtant d’être projeté dans certaines salles. Il est vrai que les temps sont un peu moroses et garder alors à l’affiche une comédie, qui plus est précédée d’une excellente réputation, peut s’avérer payant. Avec un peu de retard, découvrons-donc la comédie n°1 de cette année aux USA…

Parce que l’un des leurs va se marier, une bande de copains part à Las Vegas pour enterrer sa vie de garçon au cours d’une fête inoubliable. Petit problème : ils se réveillent le matin suivant avec la gueule de bois, ayant oublié la moindre seconde de la soirée. Gros problème : malgré tous leurs efforts, ils ne retrouvent plus le futur marié. Et là où ça devient catastrophique, c’est que la cérémonie a lieu dès le lendemain !

Pas la peine d’en faire un mystère, Very Bad Trip est effectivement une comédie réussie, en tout cas en cela qu’elle ne manquera de vous faire régulièrement rire ou tout au moins, pour les plus réfractaires, pouffer. Ayant fricoté avec le Frat Pack au travers de films comme Retour à la fac ou Starsky et Hutch, le réalisateur Todd Phillips connaît bien les ficelles de la comédie, sait ménager le rythme pour rendre les gags plus efficaces et, par le foisonnement de son film, est même en mesure de représenter la plupart des styles d’humour. Il faut donc être sacrément mal-embouché pour ne pas rire devant cette gueule de bois épique d’autant que, même si nous n’avons pas ici de stars de l’humour US, le trio de comédiens fonctionne à merveilles et nous fait découvrir des talents prometteurs (sans oublier la présence -toujours agréable- de la magnifique Heather Graham). Bon, nous les avions bien déjà tous croisés le long de plusieurs péloches mais, pour le coup, c’est la première fois que leur est ainsi laissé le devant de la scène dans une comédie, et ça marche sacrément bien !

Néanmoins, est-ce que Very Bad Trip mérite l’engouement dont il a bénéficié et le pied d’estal sur lequel on l’a installé ? Outre qu’il s’agisse d’une excellente petite comédie, il faut avouer que ce n’est malheureusement pas le cas. Très bien, le film est drôle, mais après ? Parce que si Phillips connaît les ficelles de la comédie, il a aussi tendance à un peu trop se reposer sur elles et l’intrigue avance avance alors en ligne droite, sans surprise ni originalité. Non pas que ce soit indispensable à une comédie mais, celle-ci ayant été tellement vantée, on aurait pu s’attendre à ce qu’elle innove un minimum. Au contraire, le déroulement mécanique de l’intrigue se passe sans le moindre accroc ni pic d’intensité, un phénomène rendu particulièrement évident au travers des transitions musicales omniprésentes. Ce qui donne la pêche, très bien, mais constitue quand même une forme de narration spécialement pauvre, où l’histoire est totalement supplantée par les sketchs.

Défavorisé par tout le battage que l’on a fait autour, Very Bad Trip n’est donc pas tout à fait la claque hilarante que l’on attendait. Il n’en demeure pas moins une sympathique comédie, avec un abattage de gags assez impressionnant, et qui gagnera très certainement à être revue dans la tranquillité enfumée de votre salon privé.

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Astro Boy

9 octobre, 2009

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Dans le milieu de l’animation en images de synthèse, le studio Imagi possède une place bien à part. En effet, là où les plus gros du marché accumulent les projets originaux, la jeune structure s’attelle elle à transposer en 3D certaines licences cultes, prospectant davantage par le fait auprès des fanboys et autres geeks. Une politique qui avait plutôt bien fonctionné avec TMNT Les Tortues Ninja et que Imagi entend bien perpétuer avec son nouveau projet, adaptant ni plus ni moins que l’oeuvre-phare du génie Osamu Tezuka, Tetsuwan Atomu. Un choix risqué et ambitieux, qui a d’ailleurs failli obliger le studio à mettre la clé sous la porte. Mais à vaincre sans péril, on gagne sans gloire, et Imagi entend bien faire son trou pour de bon parmi les mastodontes du milieu !

Dans la cité volante de Metro City, le docteur Tenma décide un jour de créer un robot pour remplacer son fils tragiquement disparu, Toby. De ses recherches naît Astro Boy, une machine douée de pouvoirs extraordinaires comme une super force ou la faculté de voler mais persuadée cependant d’être un vrai petit garçon. Son choc n’en est donc que plus grand lorsque sa vraie nature lui est révélée et que Tenma, comprenant que rien ne remplacera jamais son fils, l’abandonne. Perdu à la surface de la Terre, Astro entame un voyage qui l’amènera à accepter sa destinée et, quand Metro City et tous ses habitants sont mis en danger par une terrible menace, il n’hésite alors pas une seconde à devenir le héros qu’il a toujours été

Risqué, cet Astro Boy l’est à n’en point douter. Parce qu’il faut quand même un sacré courage pour s’attaquer à une icône de ce calibre, en sachant pertinemment que les adorateurs du petit robot ne manqueront pas de vous tomber dessus au moindre pas de travers. En cela, le second bébé de Imagi marche sur les traces du précédent, contrebalançant l’inévitable polissage par un respect qui fait plaisir à voir. L’histoire originale de Tezuka s’appuyait ainsi sur un drame cruel, la mort d’un enfant puis l’abandon par le père de l’avatar qu’il en avait créé, et nous serons surpris de retrouver cet élément tel quel dans le long-métrage. Sans que l’on ait cherché à le transformer pour convenir au jeune public actuel d’occident, ce qui n’était pas gagné vu les troubles rencontrés lors de sa production. Le réalisateur David Bowers (Souris City) se dit très fan de l’oeuvre originale et, à défaut de pouvoir le faire passer au détecteur de mensonges, force est donc d’avouer qu’il s’attache bien à retranscrire l’émotion et la complexité du récit de Tezuka. Même par la suite, lorsqu’il est obligé d’étayer sa propre histoire, il le fait en citant la référence première de Tezuka, Pinocchio, et continue ainsi de perpétuer ce qui a toujours fait le coeur de Astro Boy.

Mais bien que nous ayons là une nouvelle preuve de la politique fanboy de Imagi, il leur faut aussi transiger avec nombre d’impératifs qu’implique un projet si ambitieux. Plus que s’attacher les services d’un casting quatre étoiles, cela signifie par exemple céder à quelques blagues faciles avec une multiplication astronomique des sidekicks humoristiques, sans compter l’apparition de personnages plus « contemporains » pour l’identification des jeunes spectateurs. Les gamins de la Terre sont à ce titre assez maladroitement dessinés car trop différents des personnages de Metro City, plus respectueux du trait de Tezuka. Et si l’on pourra toujours arguer qu’il s’agit de mettre en avant le contraste entre les deux lieux, il n’en reste pas moins au final un décalage assez gênant. Un sacrifice qui ne conduit heureusement pas au racolage pur et simple, la bande des orphelins évitant les clichés trop fédérateurs, mais il n’empêche qu’on sent là quelque peu les limites de Imagi et sa volonté de respect. L’ambition enflammée du jeune studio lui permet en effet de produire des films se démarquant du reste du marché mais, ironiquement, lui impose en contrepartie de se conformer à certaines grosses ficelles. On s’étonnera alors, dans la scène de l’arène, de voir Astro prétendre qu’il ne veut pas se battre avant de mettre en pièces ses adversaires dans la joie et la bonne humeur. Tel est le marché : il faut progresser dans l’intrigue et divertir tout en jonglant avec un budget serré, quitte à être plus léger sur certains points. Triste fatalité, d’autant qu’ils avaient réussi à éviter ce problème sur le plan visuel, choisissant une approche cartoonesque palliant leurs limites techniques, et nous livraient en plus de jolies petites scènes d’action !

Péchant donc un peu par excès d’ambition, Astro Boy n’en constitue pas moins une introduction sympathique à la création de Tezuka qui saura également ne pas trop froisser les fans confirmés. Avec son second long-métrage, Imagi Studios s’affirme pour de bon comme l’une des alternatives les plus intéressantes dans le milieu de l’animation 3D et nous avons désormais hâte de voir ce qu’ils feront de Gatchaman !

Sortie le 09 décembre 2009.

(Retrouvez cette critique sur DVDRAMA)

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Démineurs

4 octobre, 2009

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Ancienne protégée et épouse de James Cameron, Kathryn Bigelow possède une place bien particulière dans le microcosme hollywoodien. Déjà, elle est réalisatrice, ce qui n’est pas si fréquent que ça. Mais en plus, il s’agit sans conteste de la réalisatrice la plus burnée qui soit au pays de l’oncle Sam, capable de jouer dans la cour des garçons et leur donner de quoi réfléchir. Aux frontières de l’aube, Point Break, Strange Days,… Peu de films mais, à chaque fois ou presque, ceux-ci se sont imposés comme des modèles dans leur genre, des péloches aussi bien foutues et pensées que divertissantes. Et puisque cela faisait sept ans que la belle n’avait rien explosé sur nos grands écrans, depuis K-19 : le piège des profondeurs, autant dire que Démineurs était on ne peut plus célébré et attendu !

Quand le sergent James prend la tête à Bagdad d’une unité de déminage de l’armée américaine, il a très vite fait de surprendre ses subordonnés par son assurance qui flirte avec de la témérité, ne leur épargnant aucune mission dangereuse. Mais alors qu’ils essayent de le raisonner, la ville s’embrasse et plonge dans le chaos le plus total. Forcés de jouer à un dangereux jeu de piste, James et son unité de démineurs se retrouvent au coeur d’une cité où chaque immeuble peut cacher un sniper et où chaque objet peut être piégé

On l’a dit, Bigelow est une réalisatrice tout autant intelligente que douée lorsqu’il s’agit de tout faire péter. Pour son grand retour, elle a donc choisi le projet parfait avec ce The Hurt Locker (titre VO) lui imposant rigueur (traiter de la guerre) et offrant en même temps de formidables opportunités pour l’action (s’intéresser aux démineurs et leurs explosives missions). Pour ce qui est du spectaculaire, là, il n’y a absolument aucun problème : Bigelow déchire tout ! Chaque scène de déminage est ainsi un vrai grand moment de cinéma, captivant à s’en faire grimper la tension artérielle (à noter également la présence d’un excellent duel entre snipers). La façon puissante dont elle iconise les « astronautes » malgré une tenue qui pourrait vite devenir ridicule, la tension omniprésente avec une maîtrise de l’espace nous plongeant au coeur du danger, tout respire un savoir-faire exceptionnel nous convaincant que la réalisatrice n’a rien perdu de son mordant. Et lorsque ses héros foirent leur coup et ne parviennent à désamorcer une bombe, nous assistons alors à quelques uns de plus jolis badaboums de l’histoire du cinéma d’action. Peut-être pas aussi recherchés que ceux d’un Blown Away (autre film sur les démineurs et modèle du genre) mais filmés avec une grâce les rendant tantôt beaux à pleurer, tantôt d’une brutalité à rester le souffle coupé. Sur le plan de l’action, Démineurs est donc une réussite on ne peut plus exemplaire.

Et pour ne rien gâcher, il sait aussi traiter son sujet avec ce qu’il faut de tact et de réflexion. Il est en effet toujours casse-gueule de s’attaquer à un film de guerre, surtout quand il s’agit d’une guerre actuelle, mais Bigelow et son scénariste en ont parfaitement conscience et évite l’écueil du patriotisme dangereux. En fait, ils s’attachent même si bien à multiplier les points de vue (jusqu’à mettre par exemple le héros dans la position d’une victime de la brutalité américaine) qu’on entrevoit la guerre dans toute son horrible simplicité, s’appliquant à chacun quelque soit le camp où l’on est. La parole est alors peu donnée aux « méchants » mais cela est inutile pour comprendre leurs motivations, expliquées qu’elles sont par la présence envahissante et l’animosité des soldats américains, leur réponse dans un dialogue en forme de cercle vicieux. Ceci dit, la réalisatrice ne veut pas uniquement présenter la guerre comme un enfer mais cherche à complexifier cette vision, en premier lieu au travers de son personnage principal (excellent Jeremy Renner) qui est devenu accroc à cet univers et ce danger permanent au détriment de lui-même.

Mais si cet aspect du constat que pose le film sur le conflit est plutôt bien amené, il en est un autre qui va amoindrir notre plaisir en tant que spectateur. Ainsi, comme c’est le cas pour ces démineurs postés en territoire ennemi, l’histoire alterne entre phases d’attente et missions dans une rotation mécanique, la routine d’une guerre dont on ne peut imaginer la fin. Une noble intention que de vouloir retranscrire cela sauf que, dans un film, cela revient à se priver de toute construction narrative. Le film avance ainsi comme sans but réel, son intrigue spoliée par une approche documentaire excluant toute forme de progression ou véritable climax. Et, aussi bien foutes soient-elles, les scènes donnent alors l’impression de se suivre sans jamais faire avancer le schmilblick, créant un vide certain là où l’histoire aurait dû nous passionner et pas seulement nous faire réfléchir.

Démineurs reste donc un retour grande force pour Kathryn Bigelow, dont la réalisation sait toujours aussi bien satisfaire nos bas instincts et réflexions plus louables, même si on regrettera que son histoire tournant un peu à vide ne lui procure pas le souffle nécessaire pour nous transporter. Voilà un fil rouge qu’il n’aurait peut-être pas fallu couper…

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Le Petit Nicolas

3 octobre, 2009

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En ces temps de crise où tout semble se casser la gueule, la France n’a besoin que d’une seule chose et ce n’est pas de nouvelles fausses-promesses politiques. Non, ce qu’il lui faut, c’est une bonne grosse comédie fédératrice, un blockbuster humoristique pour toute la famille. Et si les films de ce type ne vont pas tarder à pleuvoir (Micmacs à tire-larigot, Lucky Luke et Cinéman rien qu’en octobre), c’est Le Petit Nicolas qui ouvre le bal. Un produit calibré pour réussir au box-office, tiré d’un héritage littéraire culte et en même temps frais dans les mémoires (la ressortie des bouquins), garni de pléthore de stars et exaltant le souvenir d’une France d’une autre époque (sic). Un attrape-couillon à la portée politique préoccupante diront certains, et ils auront peut-être raison. Mais voilà, nous avons tous ou presque adoré dans nos jeunes années les aventures imaginées par Goscinny et Sempé, et une curiosité toute enfantine nous pousse dès lors à tenter le coup. Alors, est-ce que c’est bon de retrouver ses dix ans ?

Dans la France des années 50, Nicolas mène une vie des plus agréables entre ses parents aimants et une bande de copains super chouettes, avec lesquels il ne cesse de faire des bêtises. Pourtant, le jour où il croit qu’un petit frère va bientôt arriver à la maison, Nicolas craint que ses parents ne l’abandonnent dans les bois comme le Petit Poucet. Pour y remédier, et avec l’aide de ses petits camarades, il va alors chercher un moyen d’empêcher que cela n’arrive

Vous l’aurez certainement remarqué, avoir un enfant dans un film équivaut bien souvent à souffrir d’une crise d’hémorroïdes fulgurante. « A pain in the ass » comme disent les anglophones, et c’est tout à fait ça quand on voit le traitement débilitant qui leur est en général accordé. Alors, quand un film a pour héros toute une bande de mioches, les risques de saignements rectaux sont multipliés de façon exponentielle. Sauf si, et c’est rarement le cas, on parvient à nous faire adopter leur point de vue, nous mettre à leur hauteur dans un mouvement faisant appel à nos propres souvenirs. C’est là la première réussite de cette adaptation on ne peut plus fidèle au matériau d’origine, qui en retrouve toute la saveur nostalgique de l’enfance. Les scènes avec les enfants sont toutes ainsi franchement réussies, surtout celles où la réalisation n’hésite pas à prendre quelques libertés et mettre en images les délires des héros en culottes courtes. Une réussite qu’il faut mettre bien sûr également au crédit des jeunes comédiens, confondants de naturel et en même temps avec ce qu’il faut de second degré dans leur jeu pour rendre ces archétypes drôles.

Un tel miracle veut-il néanmoins dire que c’est un succès sur toute la ligne ? Évidemment, non. Et comme bien souvent quand on a dix ans, il se trouve que « c’est rien qu’la faute des parents ». Ce qui ne signifie pas que Valérie Lemercier et Kad Merad sont mauvais comme des cochons mais, même si on les adore tous les deux, il faut bien reconnaître qu’ils alourdissent l’ensemble plus qu’autre chose. Ou, plus exactement, c’est à cause d’eux qu’il nous arrive régulièrement de quitter le point de vue des mômes, chose proscrite dans les nouvelles originales où les parents ne s’accaparaient jamais directement l’empathie du lecteur. Sauf que les gamins, tout talentueux qu’ils soient, ne sont pas encore des stars ; tandis que Kad et Valérie, si. On a cru bon alors de leur aménager leurs propres scènes et intrigue secondaire, histoire de capitaliser sur leur aura comique. Mais il n’en résulte en fait qu’un décalage irritant dans le plaisir régressif indispensable à tel projet (une remarque qui ne vaut pas pour les autres personnages adultes, toujours vus au travers du regard des enfants), se perdant alors parfois dans de la comédie de boulevard peu inspirée. Sans compter que c’est par leur biais que finira par s’imposer l’aspect le plus gênant et à craindre du film, cette vision archaïque et réactionnaire d’une société comme la rêve l’UMP, présentée ici avec un sens de la dérision trop peu marqué pour en devenir salutaire.

Malgré tout, il serait injuste de dire que Le Petit Nicolas pue le moisi et les regrets passéistes tant, la majorité du temps, il sait nous rappeler l’excitation de l’enfance, le frisson du jeu et de la découverte du monde. Une véritable madeleine de Proust sur pellicule, aussi plaisante à voir que le sont les histoires de Sempé et Goscinny à lire. N’est-ce pas ce qu’on appelle une adaptation réussie ?

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