Archive pour septembre, 2009

Hôtel Woodstock

28 septembre, 2009

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Vous aimez les hippies ? Pour vous, les années 60 ne sont pas mortes ? Woodstock est l’événement que vous regretterez toujours de n’avoir vécu et, pour compenser, vous pensez désormais tout savoir sur ces trois jours de paix et de musique ? En vous proposant de découvrir la grande Histoire au travers d’une plus petite, Hôtel Woodstock est alors fait pour vous tant le nouvel effort de Ang Lee s’ingénie à retranscrire l’excitation ayant entouré ce concert légendaire, qui a célébré cette année ses 40 piges. Une invitation backstage, pour découvrir les coulisses et la préparation de cette fête de l’amour. En tout cas jusqu’à un certain point…

Parce que leur motel ne rapporte pas assez d’argent dans ce coin paumé qu’est Catskills, la banque menace les Teichberg de saisir tous leurs biens. Le couteau sous la gorge, leur fils Elliot trouve alors comme ultime solution d’accueillir un concert hippie dont aucune ville n’a voulu. Et s’il n’avait pas prévu tous les ennuis que cela amènerait, il était également très loin d’imaginer tout le bien que ça lui ferait

S’il existe déjà d’excellents documentaires s’intéressant à Woodstock (en particulier le célèbre long-métrage de Michael Wadleigh), ce film mérite tout de même d’exister en cela qu’il nous plonge au coeur de la préparation du concert, faisant du spectateur le témoin privilégié de la folie ambiante. Comme Ang Lee nous l’a prouvé par le passé, en particulier avec son Hulk, il n’a aucun scrupule à travailler la matière filmique pour donner à son cinéma une approche sensitive supplémentaire. Il était donc un candidat idéal pour ce projet, capable qu’il est de nous faire ressentir le maelström d’émotions que génère la préparation de Woodstock grâce à une réalisation éprise de liberté, ne se refusant aucune figure de style. Split-screen à foison, plan-séquence, utilisation de différents formats vidéo,… Lee ne pousse pas l’expérimentation au niveau d’un Oliver Stone mais il faudrait alors être de mauvaise foi pour nier l’efficacité de son traitement, aussi généreux que dynamique. Et intelligent, comme le prouve la tendance très nette qu’auront les cadrages de s’élargir et se remplir au fur et à mesure qu’on progresse dans l’histoire.

Tout ça en restant exclusivement du point du vue du personnage principal et auteur du livre original, Elliot Tiber (interprété par Demetri Martin), et c’est peut-être bien ce qui va venir entacher légèrement ce voyage dans les années hippies. Car si la première partie passe comme un joint après un copieux repas, la seconde présentera en revanche une certaine érosion de son intérêt. Plus que la frustration de ne pas assister directement aux concerts, que nous n’entendrons que de loin (ce n’est pas là de toutes façons la raison d’être du film), c’est bien l’histoire personnelle du héros -perdue dans l’oeil du cyclone- qui pose problème. Homosexuel ayant du mal à s’affirmer (décidément, ça potine Lee après Le Secret de Brokeback Mountain), Elliot va ainsi trouver le moyen de régler tous ses problèmes durant le festival, allant d’expériences en confrontations qui l’amèneront à avoir sa révélation. Mais même si elle se fait l’écho du vent de liberté qui souffla sur l’époque, cristallisé par Woodstock, la petite histoire peine à se montrer véritablement intéressante ou, tout du moins, à soutenir la comparaison avec notre envie de plonger plus avant dans les coulisses du festival.

Heureusement donc que le casting est impeccable, le moindre petit rôle ayant été confié à des comédiens talentueux et totalement investis dans le film. Ang Lee nous rappelle là qu’il est aussi un excellent directeur d’acteur et, en toute simplicité, ceux-ci insufflent alors à leurs personnages une épaisseur bienvenue (à l’exception de Billy, le GI traumatisé joué par Emile Hirsch et dépeint de manière trop caricaturale), les rendant à la fois attachants, drôles et parfois même un peu émouvants. Demetri Martin bien sûr, qui tient là son premier grand rôle et s’en sort plus qu’avec les honneurs, mais aussi un Liev Schreiber méconnaissable en travesti (ça sent l’Oscar du meilleur second rôle) et surtout une Imelda Staunton qui, après son rôle d’Ombrage dans les Harry Potter, devrait vous donner une nouvelle fois des envies de meurtre tant elle sait rendre détestable le personnage de la mère.

Quelque peu handicapé par sa balance entre petite et grande histoire, Hôtel Woodstock n’en demeure donc pas moins une formidable plongée dans l’effervescence de la fin des années 60 et de l’une de ses dates-phares, nous faisant revivre avec délice la douce utopie de l’époque. Peace.

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District 9

19 septembre, 2009

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La science-fiction, de par sa distanciation naturelle avec notre réalité, sert paradoxalement très souvent à poser un regard sur notre présent. Et si nous penserons tout de suite à l’anticipation en tant qu’approche la plus logique, des chemins plus détournés peuvent également être pris. Comme l’allégorie, la parabole. Une école de laquelle se prévaut Neil Blomkamp avec son premier long-métrage, son récit « d’invasion » extraterrestre ayant pour but unique de mettre en avant la façon ignoble dont l’être humain peut se comporter avec autrui, ce qu’un tel climat engendre. Au bon souvenir de l’apartheid, et de tous les conflits passés, présents et futurs. Mais si une approche réaliste aurait pu presque aussi bien faire passer le message, pourquoi avoir choisi la SF ? Le spectacle, bien sûr ! Le spectacle !

Trente ans auparavant, de mystérieux réfugiés venus du ciel arrivèrent sur Terre. Ne sachant qu’en faire, les gouvernements mondiaux se disputèrent jusqu’à ce que l’affaire soit confiée à MultiNationalUnited, une société privée qui les parqua dans le District 9, en Afrique du Sud, en vue de trouver le secret de leur formidable et lucratif armement. Cet équipement ne pouvant cependant fonctionner que s’il reconnaît de l’ADN alien, les recherches du MNU stagnèrent jusqu’à ce qu’un de leurs agents de terrain, Wikus van der Merwe, contracte un virus modifiant son code génétique. Devenu la cible de toutes les convoitises, il n’a alors d’autre choix que de se réfugier dans le District 9 tandis que les tensions entre humains et aliens n’ont jamais été si vives

Film à message, District 9 tente ainsi de sensibiliser le spectateur à un problème propre à notre espèce (ou que nous avons tout du moins élevé au rang d’art) : la xénophobie. Et le choix de déplacer cette haine irrationnelle sur des aliens, nous l’avons dit, ne fera que mettre en exergue les horreurs constatées tout au long de notre Histoire. Néanmoins, certains critiques ont justement reprochés à Blomkamp cette méthode, qu’ils jugent grossière et trop évidente, alors que c’est justement là son intérêt : grossir le trait, caricaturer pour rendre son message plus limpide et probant. Après, il est vrai que telle technique peut devenir dangereuse entre de mauvaises mains mais le jeune réalisateur est trop malin pour ça et, avec une objectivité presque documentaire (dont la réalisation se fait d’ailleurs fortement écho), nous présente les constantes d’un problème séculaire. Il n’y a pas que le Bien et le Mal, non, mais une pluralité de points de vue qui s’entrechoquent et se détruisent par leur absence de compréhension. Parce que si la majorité des humains présentés ici font preuve d’un racisme primaire ou ordinaire à l’égard des « crevettes », l’intrigue n’oublie pas de nous rappeler à plusieurs reprises qu’il en existe aussi se battant pour la défense des aliens tout comme, et c’est le plus important, elle n’hésite pas à s’attarder sur les conséquences du traitement qui est réservé aux habitants du District 9. Maintenus dans des conditions on ne peut plus précaires, les extraterrestres sont effets forcés pour survivre de devenir des menaces aux yeux des humains et, au lieu de ne montrer qu’une agression à sens unique, Blomkamp installe donc cette haine dans un cercle inextricable. Bien plus pessimiste, mais aussi terriblement plus lucide.

Intelligent, District 9 l’est donc sans l’ombre d’un doute, mais qu’en est-il de la concrétisation de ces idées à l’écran ? Blomkamp, en tant qu’ancien des effets spéciaux, n’est-il au mieux qu’un habile artisan comme beaucoup d’autres ayant sauté le pas ou bien un véritable auteur, capable de donner du sens à sa réalisation ? Sans hésitation, nous choisirons alors la seconde option tant le film est révélateur de son talent à jouer avec les images, le premier tiers du métrage sous forme de documentaire en étant un exemple parfait. Epaulé en plus par Peter Jackson, qui lui a quasiment donné les clés de Weta Digital, il profite d’effets spéciaux plutôt incroyables et qui n’en donnent que plus de véracité aux images. Malgré leur apparence assez hideuse et le fait même qu’ils ne s’expriment pas dans notre langue, attendez-vous ainsi à être régulièrement émus en contemplant les extraterrestres, modélisés et animés avec un savoir-faire presque naturaliste. C’est bien simple : on en croit totalement en leur existence ! Et cela est dû donc autant à leur création qu’à leur représentation (sans oublier un acteur principal excellent, Sharlto Copley, autre grosse révélation), pour un résultat bluffant de réalisme en dépit de son caractère éminemment énorme.

D’autant que, comme nous l’abordions plus haut, le réalisateur sud-africain n’hésitera pas à user du spectaculaire pour ajouter du piment à son film. Et de ce côté-ci, on sent bien que le bonhomme a éprouvé une grande frustration à ne pouvoir faire aboutir sur grand écran son Halo, adapté du fameux jeu vidéo de Microsoft. Le contraste avec ce qui a précédé sera alors peut-être trop flagrant pour certains spectateurs et ce sera dommage pour eux, car la dernière ligne droite jusqu’à la fin est un monument d’action ultra-jouissive qui ne perd néanmoins jamais de vue ses objectifs. Un tour de force ultra-référentiel sans que cela vienne empiéter sur l’unité de l’entreprise et, quand le héros monte finalement à bord de son armure de combat, on a presque envie de pleurer tant on atteint ici ce que nous avons toujours rêvé de voir dans un film live (même comparé à la surenchère d’un Matrix Revolution).

A la hauteur de nos attentes et même plus encore, District 9 est donc assuré de devenir un des monuments de la science-fiction au ciné tant il sait marier intelligence du propos, finesse de la réalisation et pur plaisir cinéphilique. Une oeuvre absolument énorme, dont on aurait aimé qu’elle s’attarde encore davantage sur ses thématiques tellement le temps semble filer lorsque l’on est devant. Neil Blomkamp vient d’entrer dans la cour des grands et nous n’espérons désormais qu’une seule chose : qu’il y reste pour longtemps s’il continue à nous offrir de telles oeuvres. D’ailleurs, ils ne cherchent pas quelqu’un pour le nouveau Robocop ?

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Ultimate Game

17 septembre, 2009

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Révélé au monde par le gonzo Hyper Tension, le duo Mark Neveldine/Brian Taylor s’est très vite imposé comme l’équipe gagnante pour aboutir à des films d’action autres, complétement aboutis dans leur délire. Au point même d’ailleurs que la suite des aventures de Chev Chevios, jugée trop barrée, n’aura pas droit aux honneurs d’une sortie en salles chez nous (cet automne en DVD). Qu’importe puisque, après avoir été repoussé à plusieurs occasions, leur Ultimate Game tourné entre les deux opus Statham-esques arrive aujourd’hui chez nous !

Dans le futur proche, un nouveau type de jeu en réseau fait fureur. Le joueurs peuvent en effet désormais prendre le contrôle total de véritables personnes, et le plus populaire de ces jeux est Slayers. Où des condamnés à mort sont lancés dans une arène et s’éliminent sous le commandement des gamers, avec à la clé une annulation de peine s’ils parviennent à survivre à 30 parties. Dans ce contexte, le plus populaire des participants est Kable, sur le point de gagner son ticket de sortie. Mais parce qu’il entrevoit les dangers de ce système et le Mal qui l’a créé, il va chercher à mettre le jeu « game over »

A la sortie de Hyper Tension, nombre de critiques avait noté -à juste titre- la similitude entre ce film et le jeu vidéo GTA, dont il reprenait certaines mécaniques ainsi que l’impression d’impunité totale. Une adaptation officieuse mais réussie, en somme, et qui faisait donc du duo Neveldine/Taylor l’équipe parfaite pour mettre en images ce Ultimate Game. Car s’il est évident qu’un tel projet va mettre en avant les dérives du jeu en réseau, et par extension des jeux vidéos, il ne faut pas pour autant tomber dans le piège de l’avertissement bas du front, réac’. D’où l’intérêt d’avoir des personnes comme les deux trublions aux commandes, qui connaissent le monde vidéo-ludique, l’aiment et sont donc capables de poser un constat sincère sur lui. Ce à quoi ils s’appliquent comme il faut, dénonçant aussi bien les joueurs que ceux qui les font jouer. A ce titre, le méchant créateur de Slayers est tout bonnement énorme, mégalomane interprété par un Michael C. Hall qui semble vraiment se faire plaisir après la retenue imposée sur Dexter.

Mais critiquer n’est pas tout et, s’il l’on veut parler de jeu vidéo et en montrer sur grand écran, autant réfléchir à la façon de la faire. Leur vision d’un Second Life réel est ainsi particulièrement angoissante d’inhumanité, sans même parler du stupre qui y règne, et les scènes d’action dans Slayers devraient vous rappeler l’excitation de quelques parties endiablées de Counter Strike. Pour compenser d’ailleurs l’absence d’interactivité d’un film et faire malgré tout appel aux réflexes des gamers, le duo opte pour un découpage plus survolté que jamais où il ne s’agit pas tant de lire l’action que de la ressentir. Un Graal sur lequel plusieurs cinéastes se sont cassés les dents et qui est ici comme enfin miraculeusement atteint, Neveldine et Taylor étant en fait dans leur élément lorsqu’il s’agit d’exploser les rétines et cerveaux. Il va sans dire néanmoins que cette approche ne fera pas l’unanimité parmi les spectateurs, dont certains seront largués ou saoulés par tant de fureur.

Enfin, si les jeux dépeints dans le film s’incarnent dans le réel, les scénaristes/réalisateurs n’oublient pas que leur allégorie traite des univers virtuels d’aujourd’hui et que, en tant que telle, ne peut se permettre une approche uniquement réaliste, dramatique. Il faut du fun, du fendard, et en plus de l’action on trouve donc dans le long-métrage un second degré réjouissant, à l’humour trash, barré et référentiel. Le méchant improvisant un hommage à Thriller, Milo Ventimiglia (le Peter Petrelli de Heroes, également à l’affiche d’un Pathology scénarisé par Neveldine/Taylor) venant faire un coucou dans le rôle d’un pervers surexcité, autant de moments décalés impliquant une déréalisation semblable à celle dont on a conscience face à un jeu vidéo, quand on y joue sainement. Et sous couvert de blagues hilarantes, voilà comment on continue d’affiner son message !

Ultimate Game, c’est donc un film complètement fou et en même temps plus malin qu’il n’y paraît, en phase à 100% avec son sujet. Une réussite que l’on doit en grande part au binôme à sa tête qui, sous des allures de cancres hyperactifs, cache bien de véritables auteurs au style unique dans l’industrie du cinéma. Vivement alors le mois d’octobre, que nous puissions enfin découvrir Hyper Tension 2 en DVD et plonger une nouvelle fois dans l’esprit survolté de ces deux malades !

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Mission-G

16 septembre, 2009

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Après Pirates des Caraïbes et autres blockbusters estivaux, Disney et le producteur Jerry Bruckheimer refont équipe pour nous nous présenter cette fois des espions d’un genre nouveau : des cochons d’Inde, accompagnés d’une taupe et d’une mouche. Oui mais attention, formule Bruckheimer oblige, il s’agit de bestioles surentraînées, munies de gadgets derniers cris et lancées dans une mission riche en explosions !

Bon, vous n’êtes pas dupes en lisant ce qui a précédé, Mission-G est bien évidemment destiné en premier lieu à un jeune public, très jeune de préférence. Il faut ainsi être capable d’accepter l’idée de ces animaux poilus qui pourraient en découdre avec James Bond et lui souffler la Bond-girl sous le nez, concept on ne peut plus puéril. D’ailleurs, on ne s’étonnera pas que le réalisateur tienne l’idée de son fils de cinq ans, tout content de ramener chez lui le cochon d’inde de l’école et d’imaginer des rongeurs-soldats avec des petites armes et des petits casques… Hollywood, là où les délires d’un chiard peuvent devenir un film à plus de 100 millions de dollars… Il ne faut pas vous attendre alors à ce que le scénario dépasse ce postulat, se contentant au contraire de paresser dans la routine d’une intrigue ampoulée, pleine des gimmicks propres aux productions Bruckheimer-esque. Mais après tout, qui s’en préoccupe ?

Parce que ce n’est évidemment pas pour son histoire que l’on vient voir une telle oeuvre. Film popcorn par excellence, qui plus est avec « des-animaux-en-CGI-qui-parlent » (je suis très fan), Mission-G se doit surtout d’être divertissant. Drôle donc, pour commencer. Or, à part quelques gags sympa que nous devons en grande part aux souris et au hamster/furet de l’animalerie, il n’y a pas grand chose qui viendra réveiller les zygomatiques du spectateur de plus de 8 ans. Humour pipi-caca, punchlines foireuses, absence parfois étonnante de second degré, nous sommes bien loin des canons du genre tels que Comme chiens et chats (je suis très fan, je l’ai dit).

Toutefois, s’il y a bien un point sur lequel le film ne nous lèse pas, c’est sur son caractère spectaculaire. Ancien des effets spéciaux oscarisé pour son boulot sur Abyss, le débutant Hoyt Yeatman a ainsi été accepté comme réalisateur pour sa faculté à pouvoir gérer le tournage en Real-3D. Et s’il ne s’y entend pas pour révolutionner le langage cinématographique, ni même pour l’employer avec une pointe d’originalité ou de réflexion, il est indéniable qu’il organise quelques scènes en relief assez réussies, fonctionnant sur le principe relativement pauvre mais malgré tout efficace de la montagne-russe. Est-il alors utile de préciser que, sans la Real-3D, le film perd à flots le peu d’intérêt qu’il pouvait avoir ? Hé oui, même les scènes d’action. Pour les malchanceux que leurs enfants traîneront donc dans une salle non-équipée, ne restera plus qu’à observer les magnifiques images de synthèse donnant vie aux cochons d’Inde mais aussi, lors du climax, à un impressionnant robot. Petit lot de consolation.

Pur produit de la rencontre Disney/Bruckheimer, Mission-G semble donc néanmoins cumuler les défauts de ces deux écoles en livrant un film trop tourné vers les gosses et tout juste sauvé par sa technique. Dommage, il y avait beaucoup mieux à faire avec des cochons d’Inde espions…

(sortie en salles le 14 octobre 2009)

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Numéro 9

5 septembre, 2009

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Fort d’un court-métrage ayant été remarqué pour la masse de talent que l’on y rencontrait, Shane Acker passe aujourd’hui au long en transposant la petite pépite qui l’a fait connaître, épaulé dans cette tâche par de prestigieux producteurs (Tim Burton et Timur -Nightwatch- Bekmambetov, quand même). Débarquées de nulle part à Noël dernier, les premières images de ce Numéro 9 avaient ainsi secoué le petit monde des fans d’animation qui ne s’attendaient aucunement à voir débouler quelque chose de semblable en provenance des Etats-Unis, où règnent en maîtres Pixar et consorts. Soit un film d’animation s’annonçant comme sombre et adulte jusqu’au moindre pixel de ses images de synthèse, par conséquent on ne peut plus original sur un marché privilégiant presque exclusivement les bambins. Mais pas ce coup-ci.

Quand 9 vient à la vie, c’est pour se retrouver dans un univers post-apocalyptique complètement déserté par l’espèce humaine. Par chance il rencontre une petite communauté de créatures semblables à lui, qui vivent terrées dans la peur d’immenses machines ravageant la surface du monde avec la ferme intention de le détruire. Bien qu’il soit le petit nouveau et n’est donc pas très au courant de ce qu’il se passe, 9 convainc ses nouveaux compagnons que se cacher n’est pas une solution s’ils veulent survivre à ces agressions perpétuelles. Il faut riposter et, surtout, découvrir pourquoi les machines s’en prennent ainsi à eux. Une question dont la réponse pourrait bien sceller à jamais le sort de leur civilisation

Ainsi, et même s’il n’a pas écopé chez nous d’une interdiction, il est indéniable que Numéro 9 n’est pas à conseiller aux plus jeunes spectateurs, qui ressortiraient de la séance passablement effrayés. Là où Wall-E nous présentait un avenir anxiogène mais toujours porteur d’espoir, ne serait-ce que parce que les humains attendent leur heure bien en sécurité, le film de Shane Acker donne tout de suite le La : l’espèce humaine est éteinte, finie, remisée dans les remous du passé. Comme dans le chef d’oeuvre de Pixar, c’est une situation que nous devons à nos propres travers sauf que cette fois nos inventions, au lieu de rester à nettoyer la planète, sont celles par qui est venue la déculottée, présentée ici au travers de plusieurs petits flashbacks entre Half-Life 2 et Octobre de Eisenstein. Et les résultats de ces violents combats, nous les voyons dans le film, au travers bien sûr d’un paysage éventré mais aussi de quelques cadavres croisés ça et là dont, preuve ultime de la maturité du projet, une mère serrant contre elle son bébé…

Très peu porté sur l’humour, ce qui aurait pu être une porte de secours un peu discutable dans un contexte si pessimiste, Acker préfère donc faire de son film une véritable oeuvre de science-fiction, aussi bien nourrie par l’anticipation que la fantasy. Mais par l’horreur également, fruit ici des sciences humaines que sont la robotique et l’alchimie. Incarnées dans ces mignonnes et en même temps inquiétantes marionnettes, numérotées de 1 à 9 ; ainsi que dans leur ennemis, des machines fait de bric et de broc un peu selon le principe de Virus, le gore en moins. Et le plus beau dans l’affaire c’est que Shane Acker, malgré le manque d’expérience, parvient on ne peut mieux à retranscrire tout le côté angoissant de ces créatures mécaniques, leur ménageant quelques entrées flippantes à souhait. Doué de même dans la construction de scènes d’action joliment épiques, il assure donc à son premier long-métrage un statut de spectacle complet de la première à la dernière minute.

En fait, le seul véritable défaut que l’on pourrait trouver à Numéro 9 est sa durée trop courte qui ne lui permet pas de développer le coeur du récit, les émotions, comme il aurait dû l’être pour prétendre à côtoyer la perfection. On imagine combien il a dû être dur de monter un tel projet, même en ayant le soutien de personnes de poid comme Burton ou Bekmambetov, et cela se ressent alors sur la part émotionnelle du film. Mais on se prend une telle claque visuelle de chaque instant que, loin de nous arrêter à ces considérations, on élèvera le premier long-métrage de Shane Acker au rang qui est le sien. Celui des oeuvres réussies et foutrement prometteuses !

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Inglourious Basterds

5 septembre, 2009

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Quentin Tarantino ressemble beaucoup à ses films : ça parle, ça parle et, s’il arrive que du bon sorte parfois de ce flot incessant de palabres, on se retrouve le plus souvent avec une boursouflure auditive dont on se demande comment on peut la qualifier de chef d’oeuvre. Indéniablement doué avec une caméra, énormément même, Tarantino n’en tombe donc pas moins régulièrement dans la caricature de son propre style, l’exécrable et récent Boulevard de la mort en étant un exemple plus que parlant. Vous vous rappelez ces dialogues interminables ? C’est pourquoi, quand il fut dit par les critiques que Inglourious Basterds était « trop bavard », décevant en comparaison de la formidable campagne promo, on pouvait craindre le pire. Parce que « qui peut le mieux, peut le pire », un adage qui colle à la peau de Quouentine…

… et dont il ne s’est malheureusement pas débarrassé ici ! Pas la peine de le cacher, sa première incursion dans le genre du film de guerre est ainsi une véritable déception, à mille lieux de ce que l’on nous vend depuis des mois. En revanche, même si son nouveau long-métrage est encore fois spécialement bavard, il est étonnant de constater que le problème ne vient pas de là. Ou si peu. Parce que si certaines scènes sont en effet un peu longuettes (dans la cave-bistrot), pour une fois le sieur ne fait pas déblatérer ses personnages à tort et à travers. Ici, les discussions les plus anodines servent un but, créent de la tension (surtout grâce à des acteurs de la trempe de l’excellent Christoph Waltz), quand il nous avait souvent habitué à du vent nombriliste. Mais alors, par où peu bien pécher Inglourious Basterds si ses dialogues sont acceptables ?

L’histoire, ma bonne dame, l’histoire ! Parce que, à être trop gourmand, Tarantino perd complètement de vue le coeur de sa péloche, pourtant bien résumé dans le titre. En lieu et place du film de groupe que nous étions en droit d’attendre, l’auteur s’aventure donc sur un chemin plus alambiqué où deux intrigues vont se croiser, celle des Basterds et celle de Shoshanna, juive française ourdissant un complot anti-nazis de son côté. Et au lieu de se soutenir, ces deux pistes vont en réalité se piétiner jusqu’au point, et là c’est dramatique, que les Basterds ne semblent plus avoir qu’un rôle secondaire ! Si ce n’est au travers d’une paire de séquences, jamais nous ne sentons l’émulsion guerrière de voir un tel groupe lâché en territoire ennemi ce qui, soyons clair, était le véritable intérêt d’un tel projet. Mais non, au lieu de rester avec ces mercenaires ultra-violents, de découvrir chacun d’entre eux pour les élever en véritables héros de l’intrigue, il faut se coltiner nombre de passages où le charisme d’huître de Shoshanna (une Mélanie Laurent peu convaincante) anéantit tout possibilité de spectacle fun. Et encore, on a échappé au pire puisque le réalisateur a coupé à foison dans ses rushs, retirant près d’une heure de bobine. Ce qui se ressent dans certains raccourcis ou événements inexpliqués mais qui, au moins, nous a épargné une catastrophe plus grande encore.

Inglourious Basterds est malgré tout un vrai gâchis, d’autant que Quentin Tarantino fait de nouveau preuve d’un putain de talent de réalisateur, au travers de quelques scènes incroyables qui auraient dû servir de modèle au reste. Mais voilà, Tarantino reste Tarantino et, lui qui parle tant de son amour du cinéma, on se demande alors pourquoi il ne pense pas plus au plaisir du spectateur… Branleur, va !

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G.I. Joe – Le Réveil du Cobra

4 septembre, 2009

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Aaaah, les G.I. Joe ! Que de souvenirs émus de batailles homériques, organisées dans l’espace restreint d’une simple chambre d’enfant transfigurée par l’imagination des jeunes années. Un sentiment que cet efficace bourrin de Stephen Sommers doit connaître pour l’avoir plutôt bien retranscrit dans son film, livrant une péloche aussi décomplexée que spectaculaire. Pourtant, c’est avec surprise que nous découvrirons qu’une adaptation réussie ne fait pas toujours un bon film…

N’y allons alors pas avec le dos de la cuillère : sur presque tous les niveaux, G.I. Joe – Le Réveil du Cobra touche au grand n’importe quoi halluciné. L’histoire, déjà, qui nous fait découvrir le début de du conflit entre les forces spéciales G.I. Joe et l’organisation Cobra, alors que celle-ci essaye de détruire le monde avec un nouveau type d’armement. Du basique donc, et tant mieux puisqu’il s’agit d’adapter une ligne de jouets en film : pas la peine de péter plus haut que son cul, on n’est pas là pour faire du Proust. Sauf qu’il se trouve que les producteurs, malins comme toujours, ont prévu de faire une trilogie à partir de cette licence. Des idées de grandeur amenant alors le scénario à rechercher pitoyablement de l’épaisseur et là où nous aurions dû rester dans le frontal, on se retrouve en fait avec une caractérisation des personnages censée leur apporter de la profondeur, à base de flashbacks qui n’ont donc de profond que l’ennui qu’ils provoquent en nous (à une exception près, une brutale baston entre deux gosses fous-furieux). Un traitement simpliste et lénifiant, retrouvé à l’exact dans des dialogues purement fonctionnels, parfois même complètement ridicules.

Et ce n’est pas le casting qui pourra rattraper cela, acteurs et actrices se disputant la palme de l’interprétation la plus médiocre avec une mention spéciale au bovin Channing Tatum. En effet, c’est à lui que revient les honneurs du rôle principal, Duke, celui auquel le public est censé se référer (on voit ici son arrivée chez les Joes). Mais cela devient un peu dur lorsque l’acteur nous donne une irrépressible envie de rire à chaque fois qu’il ouvre la bouche ! Balayées donc toutes leurs volontés de dramatisation et caractérisation, et la seule qui nous laissera finalement un souvenir positif est la Baronne, interprétée par Sienna Miller. Sans bien sûr que ce souvenir soit dû à ses talents de comédienne…

Qu’en est-il de l’action, alors ? Après tout, et même s’il ne fait pas que des chefs d’oeuvre, Stephen Sommers est plutôt doué dans sa partie et a toujours livré des films riches en scènes explosivement réussies. Mais voilà, hormis une impressionnante séquence dans les rues parisiennes (sur laquelle se basait d’ailleurs presque intégralement la campagne promo, à juste titre) et la bagarre de gamins dont nous parlions plus tôt, il n’y a presque rien à sauver des combats sur grand écran des G.I. Joe. Tristesse ! Mal-fichues, la plupart des scènes d’action ne ressemblent donc qu’à un gloubiboulga numérique baveux, plein de bruit et de fureur mais sans la moindre once d’intérêt. Une vaine surenchère qui sautera encore plus aux yeux du spectateur lors du climax, qui tire vers une sorte de sous-Star Wars abrutissant.

En fait, le problème de G.I. Joe – Le Réveil du Cobra est donc qu’il ressemble à une publicité pour jouets de 2h, la prétention en plus. Adaptation réussie, mais mauvais film. Un cocktail qui en fait un bon gros nanar des familles, appelé à devenir culte tellement il patauge dans le risible et le nawakesque. Mais pour ça il faudra bien attendre une vingtaine d’année, le temps que ce soit dissipé la sensation d’écoeurement…

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L’Attaque du métro 123

3 septembre, 2009

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Tony Scott est connu, entre autres, pour être le frère de Ridley Scott. Mais si son frère a très rapidement imposé sa marque sur l’histoire du cinéma (pensez Alien, pensez Blade Runner), il n’en est pas allé forcément de même avec Tony, qui a mis plus de temps à trouver son style. Réalisateur d’action appliqué mais coincé sur des projets peu intéressants, à quelques exceptions près (True Romance), il aura fallu ainsi attendre les années 2000 pour que le petit frère se décoince complètement, perfectionnant le travail sur le médium filmique qu’il avait entamé avec Ennemi d’état. Une approche survoltée de la réalisation, plus sensorielle que figurative, qui laissa certains spectateurs de marbre mais ne manqua pas d’introduire les autres à une forme quasi-inédite de cinéma.

Alors, quand il fut dit que Tony Scott allait remaker Les Pirates du métro, on se prenait à rêver d’un nouveau petit actionner bien énervé et stylé. Pensez donc, avec une histoire de prise d’otages dans le métro new-yorkais et où un homme du commun des mortels se retrouve à devoir gérer cette crise. Comme un petit air de Die Hard, non ? Hé bah, au bout du compte, pas du tout !

Parce que jamais l’intrigue ne dépassera ce postulat pour basculer dans l’action, se contentant au contraire de se perdre en palabres inutiles et autres affrontements psychologiques insipides. Grosse déconvenue, donc, et d’autant plus curieuse que Scott semble se démener comme un beau diable pour dynamiser cela, cumulant les trouvailles de réalisation et montage avec le talent qu’on lui connaît. Sauf que voilà, rien ne sert de s’énerver si c’est pour filmer du vent et, très rapidement, le spectateur s’ennuie comme lors d’un trajet en métro trop longuet.

Et ce n’est pas l’affrontement entre les têtes d’affiche qui parviendra à nous réveiller, mal équilibré comme il est. Parce que si Denzel Washington fait toujours preuve du même talent indéniable, d’autant plus à l’aise qu’il en est à sa quatrième collaboration avec Scott, John Travolta cabotine lui comme jamais, plus encore même que dans Volte-Face où il était déjà sacrément grimaçant. Un jeu d’acteur qui finira par aller à l’encontre du message qu’essaye de véhiculer le personnage, lequel aurait eu besoin d’un contexte plus réaliste pour acquérir du sens et de la force.

Pas tout à fait un plantage intégral non plus, L’Attaque du métro 123 n’est donc qu’un thriller bavard pour pas grand-chose, un remake inutile de plus à mettre au compte de Hollywood la vénale. Dommage seulement que Tony Scott se soit retrouvé mêlé à cela, et vivement qu’il se lance sur sa version de Les Guerriers de la nuit pour nous faire oublier cette pantalonnade !

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