Blood – the Last vampire

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Avec la sortie un peu plus tôt cette année de Dragonball Evolution, nous avions eu un exemple flagrant d’adaptation de manga complètement foirée et, plus simplement, d’un très mauvais film sur tous les points par dessus le marché. Il faut dire que le matériau à transposer en long-métrage live était on ne peut plus compliqué, de l’univers visuel bien particulier de Toriyama à l’ampleur des différents arcs narratifs, sans compter tous les délires que nous avions pu nous faire depuis le temps que nous en rêvions. Et c’est là où nous en venons à Blood – the Last vampire, qui en matière d’adaptation est l’exact opposé de DBZ : un anime culte de même, donc grosse attente des fans, mais qui ne s’étalait que sur 45 minutes trop courtes et, surtout, se déroulait dans un cadre réaliste malgré ses éléments fantastiques. Autant dire que le passage en film live aurait alors dû se faire les doigts dans le nez, en se proposant simplement comme une extension intelligente de l’original. C’est trop demander ? Hé bah oui, faut croire…

Depuis des centaines d’années, Saya, mi-humaine mi-vampire, chasse les démons qui parcourent la surface du monde en revêtant une apparence humaine. Cette traque des suceurs de sangs n’a en fait qu’un but : atteindre leur chef, Onigen, qui a tué il y a longtemps de cela son père. Aidée dans sa mission par une mystérieuse organisation, elle est ainsi guidée à l’orée des années 70 vers une base américaine installée au Japon et où de nombreux meurtres sanglants se sont produits dernièrement. Infiltrée dans le lycée de la base, elle va tenter de remonter la piste jusqu’au monstre qui serait derrière tout ça… le duel final approche

Alors avant toutes choses, rappelons que les producteurs de ce film -bien qu’étant majoritairement d’origine asiatique- ont fait appel pour le poste de réalisateur à Chris Nahon, petit frenchy s’émancipant ici de l’influence de Luc Besson. Un choix surprenant, d’autant que Hong Kong ou le Japon ne manquent pas de talents, mais après tout pourquoi pas ? C’est vrai, il n’a jamais reçu beaucoup de considérations pour son boulot et, il faut l’avouer, L’Empire des loups était une véritable plaie, mais Le Baiser mortel du dragon comportait quand même quelques scènes très sympa et plutôt bien fichues. L’optimisme en bandoulière, on s’installe donc devant le film, enhardi par une promo riche en images attrayantes. Et sur ce point, pas de problème : Nahon et son équipe ont fait du sacré bon boulot en délivrant quantité de magnifiques plans aux ambiances ultra-travaillées, dont les « excès » retranscrivent assez bien l’idée de manga-live. Une direction artistique excellente et qui en met plein les yeux, donc, mais qu’en est-il du reste ? Tout le reste ?

Dès la première scène, on comprend ainsi l’ampleur du plantage : reprenant celle de l’anime avec Saya opérant dans le métro, on se dit d’abord que c’est plutôt joli, qu’il y a des propositions esthétiques intéressantes et tout le toutim, et lorsque commence l’action se fait alors sentir tout le néant de la réalisation. Certes, Nahon fait de la belle image, mais son travail se limite à celui d’un clippeur doué, incapable dans le cas présent d’insuffler la moindre saveur à son long-métrage. Il faut dire aussi qu’il n’est pas aidé par un scénario tout bonnement honteux, ne proposant rien d’intéressant en supplément de l’anime et prévisible à un point que ça en devient presque vexant (et quand dans les dernières secondes il y a enfin un truc surprenant, c’est pour livrer une conclusion aussi obscure que lénifiante). Vous auriez ainsi aimé en découvrir un peu plus sur Saya, la voir mise au coeur d’un récit tragico-épique où sa nature conflictuelle serait un formidable moteur narratif ? Hé bah non, sorry, mais il est bien connu que le public occidental caucasien ne peut s’identifier à un héros n’ayant pas la même couleur de peau que lui et, alors, a été intégrée à l’histoire une exaspérante fille de général américain. Qui, loin de faire efficacement ressortir le côté humain de Saya en raison d’une relation artificielle, va en plus conséquemment alourdir le récit avec les scènes qui lui sont allouées. Histoire d’enfoncer le pieu toujours plus profond.

Après, certains d’entre nous pourraient penser (et ils auraient raison) que ce n’est pas si grave finalement un mauvais scénario, et que le film peut se rattraper par exemple avec des scènes d’actions chiadées. Le Baiser mortel du dragon ne valait justement que pour ça, rien de plus, mais là où la péloche avec Jet Li savait ménager quelques combats véritablement cool, bien chorégraphiés et mis en images (le duel contre les jumeaux, énorme), Chris Nahon officie cette fois dans la bouillie insipide ! Si ce n’est donc le duel en flashback de maître Kato (le tuteur de Saya dans ses premières années) contre une flopée de ninjas vampires, aucune autre des scènes d’action ne parviendra à éveiller le moindre intérêt chez le spectateur, plongé qu’il sera dans ses réflexions pour comprendre ce qui se passe à l’image. Un gros bordel dû alors à cette manie actuelle du montage ultra-cut en plan serré, mais aussi à des CGI accusant un mauvais goût et un manque de savoir-faire évidents. Nous passerons donc très rapidement sur les créatures hideuses (dans le mauvais sens du terme) et grotesques pour soulever un point plus intéressant, soit cette volonté évidente d’offrir au film les débordements sanglants de l’original. Noble intention, mais voilà : ici, les geysers de sang sont réalisés avec des images de synthèse faisant paraître le jus de raisin comme de la gelée en apesanteur ! On essaye alors bien à un moment de faire dire à la fille de général que le sang des vampires n’est pas comme le nôtre, mais il se trouve qu’il a le même rendu ridicule lorsque ce sont des humains qui sont tués. Alors, lacune technique ? Choix artistique pour éviter la censure ?

Ou bien juste une nouvelle preuve du caractère dégénéré et pathétique de cette adaptation ?

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4 Réponses à “Blood – the Last vampire”

  1. darkrikku dit :

    Et la Onigen alors,  » Je sus ta mère » « Nonnnnnnnn » , j’aimais bien son ombrelle quand même.
    J’aurai du aller voir Coraline …

  2. pitouwh dit :

    J’espère surtout que tu n’as pas emmené ton pauvre père voir cette merde ! ;-)

    Moi, je remercie le ciel que ma mère ne m’ait pas suivi.

  3. Réalisateur Ken Loach dit :

    Bonjour, je suis triste de voir qu’il n’y a rien consacré à Ken Loach et ses films. Quoi qu’il en soit c’est un site bien fait. Bravo la cinéphile !

  4. pitouwh dit :

    Sorry, mais il est vrai que Ken Loach n’est pas trop ma came en plus de ne pas être quand même le plus geek des réalisateurs en activité (quoique, Looking for Eric le ferait presque rentrer dans ce cadre).

    Merci en tout cas du compliment et de votre visite, mister Loach !

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