Jusqu’en Enfer

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L’évènement est d’importance : après avoir révolutionné le cinéma d’horreur dans les années 80 avec ses Evil Dead et être passé depuis à du cinéma plus grand public (mais toujours avec le même talent), l’immense Sam Raimi revient donc aujourd’hui au genre qui l’a vu naître. Malheureusement pour les fans, ce n’est pas à l’occasion du très attendu Evil Dead 4 mais pour un projet original auquel Sam the Man et son frère Ivan pensent depuis de nombreuses années, depuis en fait L’Armée des ténèbres. Rien d’énorme, juste un petit truc qui leur tenait à coeur et qu’ils ont donc pu enfin concrétiser, libres de faire ce qu’ils voulaient maintenant qu’ils sont solidement installés à Hollywood. Un sacré terrain de jeu pour des garnements comme eux.

La jeune Christine Brown a tout pour être heureuse : un job dans une banque, une jolie maison, un petit ami avec lequel les choses deviennent sérieuses. Ne manque plus à ce tableau idyllique qu’une petite augmentation de salaire même si, pour cela, Christine doit piétiner ses principes. Ainsi, lorsqu’une vieille gitane se présente à elle en lui demandant de prolonger le remboursement des traites de sa maison, Christine le lui refuse afin d’être bien vue de son patron. Mais pas de la vieille femme qui, privée de sa demeure, va par vengeance jeter le mauvais oeil sur elle. La vie de Christine devient alors un enfer, la malédiction de Lamia la poursuivant où qu’elle aille. N’ayant plus que trois jours à vivre, elle va devoir absolument trouver un moyen de s’en défaire avant que le démon ne l’emmène jusqu’en Enfer  

Producteur au travers de sa société Ghost House Pictures et cinéaste respecté depuis qu’il engrange les dollars, Sam Raimi avait ainsi les coudées totalement franches pour ce film et ne va pas hésiter à s’en servir, mettant à mort par exemple d’entrée de jeu un enfant. Un tabou qu’il transgresse sans la moindre gêne, mais il ne faut pas croire que sa liberté est vue par le cinéaste comme une opportunité de choquer. Ce n’est pas ce qui l’intéresse, loin de là même comme en témoigne le remord qu’il traîne depuis des années quant à la scène du viol sylvestre de Evil Dead. Pour bien comprendre alors ce qu’est Jusqu’en Enfer, il faut se le figurer dans ses moindres détails comme une récréation élaborée par Raimi pour sa personne, qui a enchaîné sur trois très gros films avec les Spider-Man et s’apprête désormais à y retourner avec le quatrième. Plus encore que de satisfaire les fans (ce qui se serait traduit obligatoirement par Evil Dead 4), le réalisateur a donc choisi de se faire plaisir lui-même et cela réussit plutôt bien à la péloche, dont le caractère jouisseur n’en est alors que plus communicatif. Son nouvel opus est ainsi souvent comparé à un train fantôme dans la presse et il est indéniable qu’on ne peut trouver d’image plus parlante pour le décrire : une fois le train en marche, ça ne s’arrête plus jusqu’à la sortie.

Modèle d’efficacité, Jusqu’en Enfer l’est donc assurément grâce au talent de son réalisateur, qui n’a rien perdu de son talent lorsqu’il s’agit de créer des ambiances propices aux frissons. Et des frissons, vous en aurez devant ce film qui ne cessera en plus de vous faire sursauter de votre siège. On pourra alors toujours râler sur le fait que Raimi use et abuse des cheap-tricks, les « effets faciles », pour nous faire réagir, mais cela rentre encore une fois de plein pied dans la logique « train fantôme » qui préside ici. Tout pour le fun, et même si c’est un peu gros. Enfin, Raimi reste quand même un maître et, à partir de cette simple technique, il nous en offre une telle palette de variations qu’il faudrait vraiment en vouloir pour le qualifier de feignant. Sans compter que, loin de la Force et des cadavéreux, il bâtit ici une nouvelle mythologie horrifique au potentiel de folie, la malédiction de Lamia pouvant s’exprimer sous de très différentes incarnations (les surprises sont nombreuses). Mais la plus flippante restera bien sûr le visage de cette vieille bohémienne (ça fait peur les gitans), qui ne semblait pas forcément payer de mine comme ça sur les photos mais se révèle en fait angoissante pour de bon, toujours grâce au talent avec lequel Raimi la fait régulièrement surgir devant nous.

Ajoutant à cela une bonne dose d’humour dont il a le secret, Raimi parachève ainsi un pur divertissement horrifique comme nous avons rarement l’occasion d’en voir sur grand écran. Bien sûr, cela ne remplace pas un Evil Dead 4 (qui ne se fera de toutes façons très certainement jamais) mais il faudrait être vraiment obtus pour s’arrêter sur ce genre de considérations tant nous atteignons là des cimes dans la forme de spectacle du cinéma. Sans prétention ni prise de tête, mais avec un talent et une fidélité à soi-même qui forcent le respect et renforcent notre passion pour lui. Sam Raimi veut nous traîner Jusqu’en Enfer ? Et comment qu’on l’y suit !

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2 Réponses à “Jusqu’en Enfer”

  1. mabataille dit :

    Une nouvelle licence pour Sam Raimi c’est bien… j’en ai un peu marre de ses suites même s’il sait assurer le fan service.
    Maintenant j’irai pas le voir, il fait trop beau :)

  2. pitouwh dit :

    Mais quand tu sors de Jusqu’en Enfer, la lumière te semble encore plus éclatante et bénéfique !

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