Terminator Renaissance

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Le pari semblait risqué, très risqué même : mettre McG, esthète du cinéma d’action édulcoré et extra-terrestre, aux commandes du nouvel opus de la saga Terminator. Soit un univers comptant un solide réseau de fans depuis les chefs d’oeuvre de James Cameron, craignant alors que leurs machines préférées deviennent des acrobates défiant les lois de la physique et abattent les blagues comme d’autres enfilent les perles. Très vite, cependant, les premières images et communiqués nous rassurèrent sur la direction que prendrait le film, et la question n’était alors plus de savoir si Terminator Renaissance conférerait au n’importe quoi mais, au contraire, savoir de quelle façon il parviendrait à s’intégrer à la saga. Et la réponse divisera très certainement, tant ce nouveau film s’éloigne en fait de la forme classique des Terminator pour imposer sa « Renaissance ».

En 2018, la Terre est devenue un monde post-apocalyptique où la race humaine a presque été entièrement exterminée par le super-ordinateur Skynet, à la tête de l’armée des Terminators. John Connor, leader de la résistance, essaye de gérer celle-ci sur l’ensemble du globe quand le mystérieux Marcus fait son apparition. Ne sachant ce qu’il fait là, son dernier souvenir est d’avoir été dans le couloir de la mort et John doit alors déterminer s’il a été envoyé du futur ou bien s’il a été sauvé du passé. Cependant, alors que l’assaut final contre les hommes se prépare, John et Marcus sont entraînés dans une odyssée qui les mènera jusqu’au coeur des machinations de Skynet, où ils découvriront le terrible secret derrière l’annihilation de l’humanité

La première grosse inconnue de ce projet était ainsi la présence derrière la caméra de McG, auteur de deux longs-métrages Charlie et ses Drôles de Dames sympathiques et sans prétention mais ne constituant absolument pas une carte de visite suffisamment convaincante pour s’attaquer à une licence comme Terminator. Nous attendions donc que le réalisateur fasse ses preuves et, comme le laissaient supposer les nombreuses images et vidéos du film dévoilées avant sa sortie, il s’en est alors sorti avec plus que les honneurs. Sa réalisation se fait ici plus viscérale, plus percutante que dans les délires acidulés des trois kickeuses de charme, en adéquation avec un sujet qui ne prête pas vraiment à rire comme, par exemple, lors de cette première partie où nous découvrons une Terre ravagée aux côtés de Marcus. Enfin, nous ne sommes pas non plus venus voir Terminator Renaissance pour nous retrouver face à un drame, même science-fictionnel, et nous entendons donc bien avoir également notre quota de spectaculaire, de fusillades, cascades et explosions en tous genres. Un exercice auquel McG se prête avec la même efficacité, faisant en plus conserver à toutes ses scènes d’action une lisibilité exemplaire quand la tendance actuelle est plus à la cacophonie visuelle (il s’essaye même à quelques reprises à l’exercice du plan-séquence pour des résultats assez saisissants). A ce titre, la présence des robots géants (les « Harvesters ») avait été prise pour une volonté de marcher sur les plates-bandes de Transformers : il n’en est strictement rien comme en témoigne la relative immobilité de ces mécaniques gigantesques, ce qui ne les en rend pas plus inoffensifs pour autant.

Ce nouvel opus de la saga est donc l’occasion d’en gonfler sérieusement la mythologie et, si l’on pourra regretter que les T-600 et T-800 ne soient actifs dans l’intrigue qu’en quantités très limitées, il faut voir à côté de cela les nombreuses nouvelles machines de mort prêtes à affronter les pauvres humains. Vicieuses, tenaces, et plutôt joliment conçues avec cette manie d’être interdépendantes. Nous n’avons ainsi peut-être pas encore droit à la véritable guerre contre Skynet que l’on nous avait promis, une monumentale bataille qui s’étendrait sur toute la surface du globe, mais c’est parce que ce film se pose en fait comme une véritable introduction à une nouvelle saga et, par conséquent, se doit de nous introduire en premier lieu aux nouveaux composants de son univers. Lequel prend alors en quelques occasions, assez étonnamment, des accents de fantasy (on a vraiment l’impression de voir différentes races de monstres avec les différents modèles de robots) ou encore de bis rital post-nuke, surtout dans les scènes avec les T-600 qui possèdent un côté brut de décoffrage rugueux à souhait.

Un moyen parmi d’autres de se démarquer des films de James Cameron, une volonté que l’on sent avoir présidé à la création de ce film et cela malgré les nombreux et indispensables rappels à la saga (vous verrez, l’apparition d’un certain ex-Monsieur Univers est sacrément galvanisante). Il sera donc très facile de prétexter que ce n’est pas là du Terminator que nous avons devant nous tant le film s’écarte du modèle narratif de la précédente trilogie, mouvement compensé malgré tout par quelques concessions qui affineront l’impression d’être en territoire connu (le climax dans un environnement industriel). Et c’est précisément là que ce volet gagne sa légitimité, évitant l’écueil du film de Jonathan Mostow qui se calait dans ce modèle sans pouvoir soutenir la comparaison avec les deux précédents opus. Mais plus encore que d’illustrer simplement le récit de cette lutte futuriste contre les machines, ce qui aurait été la solution de facilité, les scénaristes s’en servent en fait comme d’une base qu’ils étoffent considérablement, donnant ainsi au long-métrage des allures de nouveau départ incontestable. La mention « Renaissance » du titre français n’est donc aucunement galvaudée et, si le film souffrira forcément chez les fans de la comparaison avec ceux de Cameron (comment pourrait-il en être autrement lorsque l’on est comparé à lui ?), ce serait une erreur de s’arrêter à cela car, avec Terminator Renaissance, nous sommes bien passés à tout autre chose.

Mais tout n’est pas rose non plus et il est alors dommage que l’on ressente parfois trop fortement les coupes dans la narration, près d’une demi-heure d’images ayant à ce qu’il semble été évacuées du montage final. Une pratique regrettable et purement commerciale (dépasser la barre des deux heures, ça signifie perdre une projection par salle et par jour) qui se fait bien sûr au détriment de la caractérisation et de l’évolution des personnages, lesquels peinent ensuite un peu à s’imposer et à nous faire vibrer par leur combat pour la survie. Un état de fait particulièrement visible en ce qui concerne John Connor et sa femme Kate, pourtant interprétés par les très bons Christian Bale et Bryce Dallas-Howard mais laissés à l’abandon (la grossesse de Kate est-elle seulement une fois clairement évoquée ou prise en compte dans l’équation ?), comme bon nombre des autres rôles d’ailleurs. Seul s’en sort en fait un tant soit peu Marcus et, à travers lui, le personnage de Moon Bloodgood, même si là encore leur relation aurait gagné à être approfondie. En dépit alors de ce que nous aurions pu penser, ce montage fait de Marcus le héros de l’histoire et non John, ce qui ne manquera pas de désarçonner ceux refusant d’accepter qu’il s’agit avec ce film d’une introduction à un développement beaucoup plus conséquent. Il n’empêche, heureusement que Sam Worthington s’avère être une véritable révélation, ce qui n’annonce que du bon pour le Avatar de Cameron (il faut dire que ce dernier sait dénicher d’excellents acteurs, et McG a été bien malin de faire confiance à son choix), car il faut au moins ça pour faire passer la pilule de voir Bale et John Connor ainsi sacrifiés.

Malgré un lourd héritage dont il faut savoir se défaire et une durée trop courte (dont il faudra malheureusement s’arranger en attendant la sortie en vidéo), Terminator Renaissance est donc une réussite car il fait preuve d’une déférence et d’un esprit d’innovation lui assurant sa place dans la saga, tout en la relançant assez efficacement sur une autre voie. Un numéro d’équilibriste auquel on ne croyait pas vraiment, le pari étant risqué, mais McG et son équipe ont réussi leur coup : pour le cinquième, sûr et certain donc, we’ll be back !

(retrouvez cette critique sur dvdrama.com)

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5 Réponses à “Terminator Renaissance”

  1. mabataille dit :

    Sympa ton test, j’hésite vraiment à aller le voir ce T4…
    J’ai l’impression que je vais être très largement déçu : en fait, je m’attends à une fin du style de « Je suis une Légende » (le bouquin).

  2. pitouwh dit :

    Heuuu… non, pas du tout.

    En fait, à la fin, John ConnARGHHHH !!!…

  3. mabataille dit :

    Ben c’est exactement ça la fin du bouquin :’(

  4. pitouwh dit :

    Faux.

    La fin du livre Je suis une légende implique quantité de choses, sur le plan thématique, que tu ne retrouves absolument pas ici même si ça aurait très bien pu (mais ça aurait été sacrément couillu, voir suicidaire).

    De toutes façons, je ne sais même pas pourquoi on parle de ça : il faut aller le voir, ne serait-ce que parce que c’est un Terminator, et point barre ! ;-)

  5. mabataille dit :

    Bon alors Terminator Renaissance est un très bon film d’action, un Terminator médiocre et une plutôt bonne Renaissance.
    Je n’ai pas du tout aimé la fin et on a clairement l’impression qu’il manque des bouts de films : c’est très dommage d’aller au cinéma tout en sachant qu’il faudra acheter le BR ou DVD pour voir un « autre » film…
    J’ai bien apprécié ces 2 ou 3 T-600/800 que l’on croise (nombre ridicule inside) dont les apparitions sont très mordantes. Et Christian Bale reste est une fois de plus (sans compter Batman et son sirop pour la gorge) super crédible !
    Ta critique est excellente mais je regrette de lire de plus en plus que le côté commercial du cinéma est en train de le rendre moins attractif…

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