La Nuit au musée 2

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Couronné par un franc succès lors de sa sortie en salles, on ne peut néanmoins pas dire que La Nuit au musée nous avait complètement convaincu, la faute à une approche familiale qui venait vampiriser l’excellent concept de base pour se perdre en conjectures sur le devoir paternel. Devenu indigeste, le script donnait en plus l’impression d’avancer à l’aveuglette dans son dernier tiers, ne parvenant pas à faire coïncider sa nature fantastique avec sa sous-intrigue moralisatrice. Dans ce contexte, une suite était alors plus que le bienvenue car il restait beaucoup à faire avec un postulat si alléchant, ouvrant la voie à une infinité de délires. La seule condition apparente pour réussir cette séquelle -ou au moins pour lui faire surpasser le premier- était ainsi de se plier aux règles du « numéro 2″, lesquelles commandent à mettre plus de tout, partout, et plus encore. Et vous savez quoi ? C’est exactement ce que l’équipe derrière La Nuit au musée 2 a fait !

Deux années ont passé depuis que Larry Daley a découvert que les résidents du musée de New-York s’animent à la nuit tombée, et il est désormais devenu le patron d’une entreprise florissante qui commercialise ses inventions. Préoccupé par ses nouvelles responsabilités, il en a presque oublié ses amis nocturnes et apprend donc un jour avec stupeur que le musée ne fait plus recette et que, pire encore, nombre de ses statues et modèles réduits vont être remisés pour toujours dans les souterrains sur lesquels est posé le Smithsonian de Washington. Impuissant, il voit les caisses partir pour la capitale. Mais quand le cowboy Jedediah l’avertit que la tablette de Ahkmenrah les a suivi par erreur jusqu’au Smithsonian et a réveillé le dangereux Kah Mun Rah, Larry n’a alors d’autre choix que d’infiltrer le plus grand musée du monde pour y passer une nouvelle nuit de folie !

Tous ceux chez qui le souvenir de La Nuit au musée est encore vif se rappelleront alors à quel point celui-ci pouvait se montrer crispant, préférant se construire autour de la thématique du père absent et irresponsable (une constante dans la comédie familiale américaine) plutôt que de donner libre-cours à ses délires fantastiques, ce que nous recherchions. Une erreur que nous aurons l’impression de retrouver dans les premières minutes de la séquelle, le thème de la responsabilité ayant seulement changé de sujet pour passer de la paternité à la gestion d’une entreprise. Ce qui nous épargne pour beaucoup la présence irritante d’un enfant culpabilisateur au premier plan de l’histoire, c’est toujours ça de gagné, mais n’en conserverait pas moins le même développement lénifiant et moralisateur. Sauf que La Nuit au musée 2, dont le scénario se déroule cette fois-ci sur une seule et unique nuit, va très vite mettre de côté ces allégations pour plonger bille-en-tête dans le vif de l’action, adoptant un rythme extrêmement soutenu qui privilégie au maximum l’action et les gags. Un traitement de blockbuster survolté ici appliqué à une comédie qui devient alors une cascade presque ininterrompue d’éclats de rire, ne laissant aucun répit au spectateur. La tension dramatique en sera parfois un peu désamorcée, comme par exemple lors du climax où Shawn Levy n’hésite pas à intégrer une scène comique hors-sujet au beau milieu d’un combat titanesque (attendez un peu de voir les miniatures en mode 300), mais il y a en fait une telle profusion d’humour que nous sommes littéralement emportés par la vague comique, loin de nous attarder sur ce genre de petits couacs. Parce que si la morale du premier film était ainsi d’accepter ses responsabilités, cette fois -comme le dira la jolie aviatrice Amelia Earhart à Larry- il ne s’agit que de s’amuser (« Have fun« ) et uniquement cela !

Dans cette optique, entre le rythme survolté du film et son intrigue qui prend désormais pour cadre le musée Smithsonian et ses nombreuses sections, tout a donc été pensé pour combler les lacunes du premier film et multiplier ce coup-ci les éléments fantastiques de façon relativement jouissive. Nous pourrons alors être étonnés du sentiment de foisonnement quasi-permanent ressenti devant le film, sa réalisation se chargeant dans de nombreuses séquences de remplir l’intégralité de son image de quantité de détails n’en rendant l’ensemble que plus remuant, plus vivant. A ce titre, la course-poursuite dans le dépôt est alors particulièrement significative de cette volonté puisque chaque action des protagonistes amène des caisses entreposées à être brisées, libérant alors à chaque fois quantité d’animaux affolés qui ajoutent encore à la folie ambiante. Très impressionnantes, ces scènes tirent en plus intelligemment parti de leur nouveau décor pour apporter quelques petites choses inédites, comme la galerie des personnages de fiction ou bien encore une section picturale qui n’est pas sans rappeler une des scènes les plus réussies de Les Looney Tunes passent à l’action, celle se déroulant au Louvre. Le film de Joe Dante peut cependant dormir sur ses deux oreilles (de lapin) puisque de telles scènes dans La Nuit au musée 2 -et tout spécialement celle du « Baiser sur Times Square »- paraîtront à chaque fois trop courtes à notre goût, toujours dans cet esprit de frénésie qui anime l’ensemble du métrage. Pas de quoi râler donc, une bonne idée abandonnée un peu trop vite laissant immédiatement la place à une autre ou bien à un gag énorme, et nous profiterons au contraire des nombreuses surprises que recèle l’aventure.

Mais là où le film de Shawn Levy marquera le plus de points positifs c’est définitivement au regard de l’intelligence avec laquelle a été élaboré son casting, se concentrant sur des « experts de l’humour », et rarement comédie nous aura alors déjà offert une galerie de seconds rôles à ce point géniaux. C’est simple, le moindre petit rôle a été pensé pour profiter du talent comique de son interprète et, le projet ayant rameuté du beau monde (à eux deux, Levy et Stiller possèdent un sacré réseau de connaissances dans le milieu), nous pourrons par exemple voir la star montante Jonah Hill ne venir que pour un petit rôle de trois minutes, excellentes bien évidemment. Il n’y a pas de secret : choisissez des acteurs doués pour la comédie et la sauce prendra ! Nous aurons ainsi grand plaisir à retrouver Owen Wilson, Steve Coogan, Robin Williams et Ricky Gervais, d’autant que s’ajoutent maintenant à leur joyeuse bande de brillants lurons. Soit le Spinal Tap Christopher Guest dans la peau de Ivan le Terrible, Bill Hader méconnaissable en général Custer ou encore, bien évidemment, notre Alain Chabat national qui incarne un Napoléon Bonaparte étonnamment d’actualité. Une belle brochette de seconds rôles dont la pièce-maîtresse sera alors le grand méchant Kah Mun Rah, prince égyptien psychotique et avec un défaut de prononciation auquel l’excellent mais trop rare Hank Azaria prête tout son talent. Régulier sur Les Simpson, c’est un pur régal que de le voir s’énerver pour tout et n’importe quoi et nous noterons au passage que son personnage, en tant qu’antagoniste clairement désigné, permet de mieux structurer l’histoire et d’éviter encore certains des désagréments du premier opus. Vraiment, il est trop fort ce Hank Azaria, et c’est un crime que de ne pas lui donner davantage de rôles plus importants !

Après, il est sûr que Ben Stiller -même en tant que héros et principale tête d’affiche- pourra parfois sembler mis au second plan parmi tous ces joyeux drilles, mais il se réserve heureusement quelques gags bien sentis et se voit en plus adjoint une partenaire de charme en la personne de Amy Adams, avec laquelle il entamera une romance sans excès de guimauve. Pétillante à souhait, la comédienne campe ainsi avec Amelia Earhart un personnage féminin à la fois volontaire et marrant, qui possède sa propre légitimité à apparaître dans le film (rappelez-vous à quel point Carla Gugino pouvait faire pièce rapportée dans le précédent). Bien plus convaincante en plus que dans Il était une fois… (peut-être parce que plus sympathique), elle apportera un peu de coeur à l’histoire pour compléter le tableau. Un très, très joli tableau.

Faisant table-rase des errements du premier film, La Nuit au musée 2 se révèle donc être une véritable bonne surprise, surpassant de très loin ce que nous en attendions. Bien sûr, il ne s’agit pas non plus d’une de ces comédies immédiatement cultes comme sait les faire Stiller, mais nous sommes néanmoins face à un long-métrage mené tambour battant et servi par une galerie de seconds rôles tout bonnement incroyables, soit un vrai blockbuster de la comédie familiale et franchement réussi qui plus est !

(retrouvez cette critique sur dvdrama.com)

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