Archive pour mai, 2009

Jusqu’en Enfer

30 mai, 2009

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L’évènement est d’importance : après avoir révolutionné le cinéma d’horreur dans les années 80 avec ses Evil Dead et être passé depuis à du cinéma plus grand public (mais toujours avec le même talent), l’immense Sam Raimi revient donc aujourd’hui au genre qui l’a vu naître. Malheureusement pour les fans, ce n’est pas à l’occasion du très attendu Evil Dead 4 mais pour un projet original auquel Sam the Man et son frère Ivan pensent depuis de nombreuses années, depuis en fait L’Armée des ténèbres. Rien d’énorme, juste un petit truc qui leur tenait à coeur et qu’ils ont donc pu enfin concrétiser, libres de faire ce qu’ils voulaient maintenant qu’ils sont solidement installés à Hollywood. Un sacré terrain de jeu pour des garnements comme eux.

La jeune Christine Brown a tout pour être heureuse : un job dans une banque, une jolie maison, un petit ami avec lequel les choses deviennent sérieuses. Ne manque plus à ce tableau idyllique qu’une petite augmentation de salaire même si, pour cela, Christine doit piétiner ses principes. Ainsi, lorsqu’une vieille gitane se présente à elle en lui demandant de prolonger le remboursement des traites de sa maison, Christine le lui refuse afin d’être bien vue de son patron. Mais pas de la vieille femme qui, privée de sa demeure, va par vengeance jeter le mauvais oeil sur elle. La vie de Christine devient alors un enfer, la malédiction de Lamia la poursuivant où qu’elle aille. N’ayant plus que trois jours à vivre, elle va devoir absolument trouver un moyen de s’en défaire avant que le démon ne l’emmène jusqu’en Enfer  

Producteur au travers de sa société Ghost House Pictures et cinéaste respecté depuis qu’il engrange les dollars, Sam Raimi avait ainsi les coudées totalement franches pour ce film et ne va pas hésiter à s’en servir, mettant à mort par exemple d’entrée de jeu un enfant. Un tabou qu’il transgresse sans la moindre gêne, mais il ne faut pas croire que sa liberté est vue par le cinéaste comme une opportunité de choquer. Ce n’est pas ce qui l’intéresse, loin de là même comme en témoigne le remord qu’il traîne depuis des années quant à la scène du viol sylvestre de Evil Dead. Pour bien comprendre alors ce qu’est Jusqu’en Enfer, il faut se le figurer dans ses moindres détails comme une récréation élaborée par Raimi pour sa personne, qui a enchaîné sur trois très gros films avec les Spider-Man et s’apprête désormais à y retourner avec le quatrième. Plus encore que de satisfaire les fans (ce qui se serait traduit obligatoirement par Evil Dead 4), le réalisateur a donc choisi de se faire plaisir lui-même et cela réussit plutôt bien à la péloche, dont le caractère jouisseur n’en est alors que plus communicatif. Son nouvel opus est ainsi souvent comparé à un train fantôme dans la presse et il est indéniable qu’on ne peut trouver d’image plus parlante pour le décrire : une fois le train en marche, ça ne s’arrête plus jusqu’à la sortie.

Modèle d’efficacité, Jusqu’en Enfer l’est donc assurément grâce au talent de son réalisateur, qui n’a rien perdu de son talent lorsqu’il s’agit de créer des ambiances propices aux frissons. Et des frissons, vous en aurez devant ce film qui ne cessera en plus de vous faire sursauter de votre siège. On pourra alors toujours râler sur le fait que Raimi use et abuse des cheap-tricks, les « effets faciles », pour nous faire réagir, mais cela rentre encore une fois de plein pied dans la logique « train fantôme » qui préside ici. Tout pour le fun, et même si c’est un peu gros. Enfin, Raimi reste quand même un maître et, à partir de cette simple technique, il nous en offre une telle palette de variations qu’il faudrait vraiment en vouloir pour le qualifier de feignant. Sans compter que, loin de la Force et des cadavéreux, il bâtit ici une nouvelle mythologie horrifique au potentiel de folie, la malédiction de Lamia pouvant s’exprimer sous de très différentes incarnations (les surprises sont nombreuses). Mais la plus flippante restera bien sûr le visage de cette vieille bohémienne (ça fait peur les gitans), qui ne semblait pas forcément payer de mine comme ça sur les photos mais se révèle en fait angoissante pour de bon, toujours grâce au talent avec lequel Raimi la fait régulièrement surgir devant nous.

Ajoutant à cela une bonne dose d’humour dont il a le secret, Raimi parachève ainsi un pur divertissement horrifique comme nous avons rarement l’occasion d’en voir sur grand écran. Bien sûr, cela ne remplace pas un Evil Dead 4 (qui ne se fera de toutes façons très certainement jamais) mais il faudrait être vraiment obtus pour s’arrêter sur ce genre de considérations tant nous atteignons là des cimes dans la forme de spectacle du cinéma. Sans prétention ni prise de tête, mais avec un talent et une fidélité à soi-même qui forcent le respect et renforcent notre passion pour lui. Sam Raimi veut nous traîner Jusqu’en Enfer ? Et comment qu’on l’y suit !

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Terminator Renaissance

27 mai, 2009

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Le pari semblait risqué, très risqué même : mettre McG, esthète du cinéma d’action édulcoré et extra-terrestre, aux commandes du nouvel opus de la saga Terminator. Soit un univers comptant un solide réseau de fans depuis les chefs d’oeuvre de James Cameron, craignant alors que leurs machines préférées deviennent des acrobates défiant les lois de la physique et abattent les blagues comme d’autres enfilent les perles. Très vite, cependant, les premières images et communiqués nous rassurèrent sur la direction que prendrait le film, et la question n’était alors plus de savoir si Terminator Renaissance conférerait au n’importe quoi mais, au contraire, savoir de quelle façon il parviendrait à s’intégrer à la saga. Et la réponse divisera très certainement, tant ce nouveau film s’éloigne en fait de la forme classique des Terminator pour imposer sa « Renaissance ».

En 2018, la Terre est devenue un monde post-apocalyptique où la race humaine a presque été entièrement exterminée par le super-ordinateur Skynet, à la tête de l’armée des Terminators. John Connor, leader de la résistance, essaye de gérer celle-ci sur l’ensemble du globe quand le mystérieux Marcus fait son apparition. Ne sachant ce qu’il fait là, son dernier souvenir est d’avoir été dans le couloir de la mort et John doit alors déterminer s’il a été envoyé du futur ou bien s’il a été sauvé du passé. Cependant, alors que l’assaut final contre les hommes se prépare, John et Marcus sont entraînés dans une odyssée qui les mènera jusqu’au coeur des machinations de Skynet, où ils découvriront le terrible secret derrière l’annihilation de l’humanité

La première grosse inconnue de ce projet était ainsi la présence derrière la caméra de McG, auteur de deux longs-métrages Charlie et ses Drôles de Dames sympathiques et sans prétention mais ne constituant absolument pas une carte de visite suffisamment convaincante pour s’attaquer à une licence comme Terminator. Nous attendions donc que le réalisateur fasse ses preuves et, comme le laissaient supposer les nombreuses images et vidéos du film dévoilées avant sa sortie, il s’en est alors sorti avec plus que les honneurs. Sa réalisation se fait ici plus viscérale, plus percutante que dans les délires acidulés des trois kickeuses de charme, en adéquation avec un sujet qui ne prête pas vraiment à rire comme, par exemple, lors de cette première partie où nous découvrons une Terre ravagée aux côtés de Marcus. Enfin, nous ne sommes pas non plus venus voir Terminator Renaissance pour nous retrouver face à un drame, même science-fictionnel, et nous entendons donc bien avoir également notre quota de spectaculaire, de fusillades, cascades et explosions en tous genres. Un exercice auquel McG se prête avec la même efficacité, faisant en plus conserver à toutes ses scènes d’action une lisibilité exemplaire quand la tendance actuelle est plus à la cacophonie visuelle (il s’essaye même à quelques reprises à l’exercice du plan-séquence pour des résultats assez saisissants). A ce titre, la présence des robots géants (les « Harvesters ») avait été prise pour une volonté de marcher sur les plates-bandes de Transformers : il n’en est strictement rien comme en témoigne la relative immobilité de ces mécaniques gigantesques, ce qui ne les en rend pas plus inoffensifs pour autant.

Ce nouvel opus de la saga est donc l’occasion d’en gonfler sérieusement la mythologie et, si l’on pourra regretter que les T-600 et T-800 ne soient actifs dans l’intrigue qu’en quantités très limitées, il faut voir à côté de cela les nombreuses nouvelles machines de mort prêtes à affronter les pauvres humains. Vicieuses, tenaces, et plutôt joliment conçues avec cette manie d’être interdépendantes. Nous n’avons ainsi peut-être pas encore droit à la véritable guerre contre Skynet que l’on nous avait promis, une monumentale bataille qui s’étendrait sur toute la surface du globe, mais c’est parce que ce film se pose en fait comme une véritable introduction à une nouvelle saga et, par conséquent, se doit de nous introduire en premier lieu aux nouveaux composants de son univers. Lequel prend alors en quelques occasions, assez étonnamment, des accents de fantasy (on a vraiment l’impression de voir différentes races de monstres avec les différents modèles de robots) ou encore de bis rital post-nuke, surtout dans les scènes avec les T-600 qui possèdent un côté brut de décoffrage rugueux à souhait.

Un moyen parmi d’autres de se démarquer des films de James Cameron, une volonté que l’on sent avoir présidé à la création de ce film et cela malgré les nombreux et indispensables rappels à la saga (vous verrez, l’apparition d’un certain ex-Monsieur Univers est sacrément galvanisante). Il sera donc très facile de prétexter que ce n’est pas là du Terminator que nous avons devant nous tant le film s’écarte du modèle narratif de la précédente trilogie, mouvement compensé malgré tout par quelques concessions qui affineront l’impression d’être en territoire connu (le climax dans un environnement industriel). Et c’est précisément là que ce volet gagne sa légitimité, évitant l’écueil du film de Jonathan Mostow qui se calait dans ce modèle sans pouvoir soutenir la comparaison avec les deux précédents opus. Mais plus encore que d’illustrer simplement le récit de cette lutte futuriste contre les machines, ce qui aurait été la solution de facilité, les scénaristes s’en servent en fait comme d’une base qu’ils étoffent considérablement, donnant ainsi au long-métrage des allures de nouveau départ incontestable. La mention « Renaissance » du titre français n’est donc aucunement galvaudée et, si le film souffrira forcément chez les fans de la comparaison avec ceux de Cameron (comment pourrait-il en être autrement lorsque l’on est comparé à lui ?), ce serait une erreur de s’arrêter à cela car, avec Terminator Renaissance, nous sommes bien passés à tout autre chose.

Mais tout n’est pas rose non plus et il est alors dommage que l’on ressente parfois trop fortement les coupes dans la narration, près d’une demi-heure d’images ayant à ce qu’il semble été évacuées du montage final. Une pratique regrettable et purement commerciale (dépasser la barre des deux heures, ça signifie perdre une projection par salle et par jour) qui se fait bien sûr au détriment de la caractérisation et de l’évolution des personnages, lesquels peinent ensuite un peu à s’imposer et à nous faire vibrer par leur combat pour la survie. Un état de fait particulièrement visible en ce qui concerne John Connor et sa femme Kate, pourtant interprétés par les très bons Christian Bale et Bryce Dallas-Howard mais laissés à l’abandon (la grossesse de Kate est-elle seulement une fois clairement évoquée ou prise en compte dans l’équation ?), comme bon nombre des autres rôles d’ailleurs. Seul s’en sort en fait un tant soit peu Marcus et, à travers lui, le personnage de Moon Bloodgood, même si là encore leur relation aurait gagné à être approfondie. En dépit alors de ce que nous aurions pu penser, ce montage fait de Marcus le héros de l’histoire et non John, ce qui ne manquera pas de désarçonner ceux refusant d’accepter qu’il s’agit avec ce film d’une introduction à un développement beaucoup plus conséquent. Il n’empêche, heureusement que Sam Worthington s’avère être une véritable révélation, ce qui n’annonce que du bon pour le Avatar de Cameron (il faut dire que ce dernier sait dénicher d’excellents acteurs, et McG a été bien malin de faire confiance à son choix), car il faut au moins ça pour faire passer la pilule de voir Bale et John Connor ainsi sacrifiés.

Malgré un lourd héritage dont il faut savoir se défaire et une durée trop courte (dont il faudra malheureusement s’arranger en attendant la sortie en vidéo), Terminator Renaissance est donc une réussite car il fait preuve d’une déférence et d’un esprit d’innovation lui assurant sa place dans la saga, tout en la relançant assez efficacement sur une autre voie. Un numéro d’équilibriste auquel on ne croyait pas vraiment, le pari étant risqué, mais McG et son équipe ont réussi leur coup : pour le cinquième, sûr et certain donc, we’ll be back !

(retrouvez cette critique sur dvdrama.com)

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Anges et Démons

24 mai, 2009

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Il est des choses curieuses, tout de même, comme par exemple notre faculté à apprendre de nos erreurs pour nous corriger, nous améliorer. Un processus qui tombe sous le sens, et ceux qui y satisfont sont alors on ne peut plus dignes de louanges car, malgré tout et malheureusement, ce n’est pas toujours le cas. Il est ainsi d’autant plus rageant de voir aujourd’hui arriver ce Anges et Démons car, en tant que suite au Da Vinci Code (en livre, c’est l’inverse) réalisée avec la même équipe, ce film corrige bien certaines des erreurs de la précédente adaptation des écrits de Dan Brown. Mais, et c’est là où c’est triste, ces améliorations ne font finalement qu’amener de nouveaux défauts !

Quand il découvre des preuves du retour des Illuminati, une ancestrale secte anti-chrétienne, le professeur d’histoire de l’art Robert Langdon apprend par la même occasion qu’un terrible complot s’ourdit contre l’Eglise catholique et qu’une bombe d’un genre particulier est sur le point de faire disparaître le Vatican. Sans attendre, il se rend à Rome et joint ses forces à Vittoria Vetra, une belle et énigmatique scientifique italienne, pour enrayer la machination. Et alors que le compte à rebours se rapproche dangereusement de son issue fatale, tous deux se lancent sur une piste d’indices vieux de 400 ans, à travers les vestiges du passé qui sont désormais la seule chance d’avenir du Vatican

Si beaucoup de gens furent emballés par l’ambiance de mystère qui planait sur Da Vinci Code, de nombreux autres ressentirent au contraire une certaine gêne face au rythme cahoteux du film. Poussif même tant la péloche se perdait parfois en dialogues explicatifs, desservis encore par un montage de paresseux. Avec Anges et Démons, Ron Howard et ses collaborateurs voulaient donc rattraper le coup et, très vite, il s’avérera qu’ils ont atteint leur but. L’impression d’urgence est ainsi bien plus présente que dans le précédent et, enfin, on en ressent la temporalité très limitée des récits de Brown. Mais plus encore c’est sur l’impression de danger qu’a voulu insister le réalisateur, porte choisie afin de nous impliquer davantage dans le récit. Et s’il a recours pour ça à des ficelles vraiment énormes (grosse musique qui pète -et pète bien- dès que les personnages se déplacent, plans gratuitement paranoïaques sur les visages dans la foule,…), frôlant même parfois le ridicule comme avec cette scène dans les archives du Vatican sans alimentation électrique, force est d’avouer malgré tout que Howard a plutôt bien réussi son coup.

Anges et Démons est donc une grosse machine hollywoodienne parfaitement huilée, vous emmenant du point A au point B sans fioriture, mais il se trouve que cette réussite va en fait tuer dans l’oeuf tout le mysticisme qui avait tant plu dans le premier film. En effet, Robert Langdon ne nous ennuie plus en passant trois plombes à nous raconter l’histoire de tel ou tel symbole mais, quand il essaye ici de servir à quelque chose grâce à ses déductions, cela va en fait tellement vite que la sensation de mystère est complètement inexistante ! Déjà que l’on se sentait exclu des raisonnements dans Da Vinci Code, ici c’est comme si on était à peine autorisé à écouter. Alors on ne passe finalement notre temps qu’à suivre les personnages dans leur course effrénée, extérieurs à ce qu’il se passe et aux protagonistes, le doigt bloqué dans une mécanique dont nous ne pouvons voir que la rotation sans en comprendre le fonctionnement (voir les facilités et raccourcis qu’ils se ménagent, comme par exemple avec le premier rôle féminin qui sert d’expert en anti-matière, en médecine-légale, en nettoyage de chaussettes,…). Quant au traitement de la thématique maîtresse de l’histoire, la confrontation entre science et religion, elle est tournée à ce point en faveur de l’Eglise que le film perd toute forme de discours et rend Langdon plus transparent que jamais, privé de toute répartie face à la sagesse des hommes de religion.

La plus grosse faiblesse de cette seconde aventure du professeur Robert Langdon sera ainsi définitivement son écriture, Anges et Démons ne réussissant jamais à se montrer véritablement intéressant. Non pas qu’on s’y ennuie, pas du tout même, mais en fait on se laisse bercer et on oublie presque aussitôt un résultat bien tiède au regard de ce que ça aurait pu être. Le film est donc techniquement meilleur que Da Vinci Code mais en même temps moins efficace, un paradoxe qui nous renforcera dans l’idée que les écrits de Dan Brown feraient peut-être mieux de rester sur papier.

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Star Trek

18 mai, 2009

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Avec l’arrivée de ce Star Trek en salles, nous assistons à la renaissance d’une saga ayant secoué les imaginaires science-fictionnels de nombreux nerds depuis plusieurs dizaines d’années. Une oeuvre séminale ayant donc déjà connu plusieurs bifurcations avec ses séries spin-off mais ce film-ci, en se proposant de revisiter les origines de la création de Gene Roddenberry et de ré-interpréter ses figures les plus emblématiques, a bien sûr déchainé les foudres des trekkies dès son annonce. Et maintenant que le film est sorti, les avis entre ces extrémistes de la Fédération divergent sacrément, certains évoquant une « refonte intelligente » quand d’autres n’hésitent pas à parler de « massacre en règle ». Mais qu’en est-il pour le commun des mortels, ceux que les aventures pacifistes et en pyjama de Kirk et consorts n’ont jamais passionné ? En gros, et cela même si l’on ne connaît quasiment rien de l’univers de Star Trek (comme l’auteur de ces lignes), peut-on néanmoins prendre du plaisir devant ce film sans être complètement largué ou freiné par les incunables de la série ?

Trompe-la-mort, bagarreur et désobéissant, James Kirk a grandi dans l’Iowa sans la présence de son père, mort il y a de cela des années après l’attaque d’un mystérieux vaisseau romulien. Réfléchi, brillant et calme, Spock a toujours été tiraillé malgré tout par son sa double-identité, à la fois vulcain et humain. Ces deux hommes que tout oppose -si ce n’est leur dévouement pour la Fédération- vont alors se retrouver sur le même vaisseau pour son premier vol, l’USS Enterprise, et affronter un ennemi possédant un lien très fort avec le passé et le futur de chacun

Pour relancer une franchise dont le public s’est de plus en plus cloisonné au fil des ans, il fallait la confier à une personne capable au moins, si ce n’est d’en retranscrire l’essence (nous laisserons les connaisseurs s’exprimer sur le sujet), d’assurer le spectacle. Et en mettant à la tête de ce reboot le téléaste JJ Abrams (Lost, Alias), les responsables de Paramount ont eu le nez plutôt creux à en juger comme le bonhomme insuffle à son film un rythme des plus trépidants. Bon, cela ne va pas sans un scénario se permettant quelques raccourcis un peu trop évidents -voir l’apparition surprise sur la planète de glace- mais il faut bien reconnaître que l’on ne s’arrêtera pas sur la chose, la péloche ne nous en laissant de toutes façons pas le temps. Abrams mène ainsi sa barque en pilote automatique, sans accroc, et livre un popcorn movie plein de scènes rendant pleinement honneur aux possibilités (et devoirs) d’un blockbuster, où même une shaky-cam parfois trop présente n’arrivera pas à gâcher le spectacle.

Mais si Abrams n’est aucunement perdu quand il s’agit de jouer dans la cour des longs-métrages en matière d’ambitions de réalisation, son principal point fort reste malgré tout sa science du personnage qui trouve une occasion parfaite de s’exprimer dans le reboot d’une franchise. Libre de creuser le portrait de ses personnages comme il l’entend (là où il était au contraire muselé sur Mission : Impossible 3), d’autant plus grâce à un élément scénaristique désolidarisant en cours de route ce film de la saga-mère, il centre le coeur de son récit assez habilement sur le contraste entre les deux figures incontournables que sont Kirk et Spock, imaginant la naissance de leur amitié légendaire avec une pertinence n’en facilitant que davantage l’empathie du spectateur. Il faut dire aussi qu’il est épaulé par de solides choix de casting, Zachary Quinto continuant de se montrer excellent même hors de Heroes et Chris Pine étant loin du beau-gosse tête à claque que nous aurions pu craindre. Une distribution sûre qui s’étend à l’ensemble des seconds rôles, où l’ont sent comme tous sont impliqués dans le projet et l’intrigue, même si nous regretterons par exemple que le méchant romulien Nero (Eric Bana) ne soit pas creusé un chouïa plus ou bien que Simon Pegg soit cantonné au rôle de sidekick comique lourdingue (dommage, surtout que le film ne manque pas d’un humour plus efficace à côté de cela).

Il est néanmoins indéniable que JJ Abrams et son équipe ont parfaitement rempli leur contrat en relançant ainsi la franchise Star Trek car, en livrant un blockbuster joliment emballé, ils s’assurent l’approbation du plus grand nombre, auquel on n’offre pas si souvent des oeuvres à ce point divertissantes. Après, certains fans hurleront obligatoirement au scandale, parce qu’ils sont des fans et que c’est une réaction toute naturelle (pas de problème les jeunes, nous sommes tous comme ça), mais il leur sera difficile de s’en prendre au film en lui-même plutôt que de ronchonner sur sa place au sein de la saga. Mission réussie, donc.

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La Nuit au musée 2

8 mai, 2009

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Couronné par un franc succès lors de sa sortie en salles, on ne peut néanmoins pas dire que La Nuit au musée nous avait complètement convaincu, la faute à une approche familiale qui venait vampiriser l’excellent concept de base pour se perdre en conjectures sur le devoir paternel. Devenu indigeste, le script donnait en plus l’impression d’avancer à l’aveuglette dans son dernier tiers, ne parvenant pas à faire coïncider sa nature fantastique avec sa sous-intrigue moralisatrice. Dans ce contexte, une suite était alors plus que le bienvenue car il restait beaucoup à faire avec un postulat si alléchant, ouvrant la voie à une infinité de délires. La seule condition apparente pour réussir cette séquelle -ou au moins pour lui faire surpasser le premier- était ainsi de se plier aux règles du « numéro 2″, lesquelles commandent à mettre plus de tout, partout, et plus encore. Et vous savez quoi ? C’est exactement ce que l’équipe derrière La Nuit au musée 2 a fait !

Deux années ont passé depuis que Larry Daley a découvert que les résidents du musée de New-York s’animent à la nuit tombée, et il est désormais devenu le patron d’une entreprise florissante qui commercialise ses inventions. Préoccupé par ses nouvelles responsabilités, il en a presque oublié ses amis nocturnes et apprend donc un jour avec stupeur que le musée ne fait plus recette et que, pire encore, nombre de ses statues et modèles réduits vont être remisés pour toujours dans les souterrains sur lesquels est posé le Smithsonian de Washington. Impuissant, il voit les caisses partir pour la capitale. Mais quand le cowboy Jedediah l’avertit que la tablette de Ahkmenrah les a suivi par erreur jusqu’au Smithsonian et a réveillé le dangereux Kah Mun Rah, Larry n’a alors d’autre choix que d’infiltrer le plus grand musée du monde pour y passer une nouvelle nuit de folie !

Tous ceux chez qui le souvenir de La Nuit au musée est encore vif se rappelleront alors à quel point celui-ci pouvait se montrer crispant, préférant se construire autour de la thématique du père absent et irresponsable (une constante dans la comédie familiale américaine) plutôt que de donner libre-cours à ses délires fantastiques, ce que nous recherchions. Une erreur que nous aurons l’impression de retrouver dans les premières minutes de la séquelle, le thème de la responsabilité ayant seulement changé de sujet pour passer de la paternité à la gestion d’une entreprise. Ce qui nous épargne pour beaucoup la présence irritante d’un enfant culpabilisateur au premier plan de l’histoire, c’est toujours ça de gagné, mais n’en conserverait pas moins le même développement lénifiant et moralisateur. Sauf que La Nuit au musée 2, dont le scénario se déroule cette fois-ci sur une seule et unique nuit, va très vite mettre de côté ces allégations pour plonger bille-en-tête dans le vif de l’action, adoptant un rythme extrêmement soutenu qui privilégie au maximum l’action et les gags. Un traitement de blockbuster survolté ici appliqué à une comédie qui devient alors une cascade presque ininterrompue d’éclats de rire, ne laissant aucun répit au spectateur. La tension dramatique en sera parfois un peu désamorcée, comme par exemple lors du climax où Shawn Levy n’hésite pas à intégrer une scène comique hors-sujet au beau milieu d’un combat titanesque (attendez un peu de voir les miniatures en mode 300), mais il y a en fait une telle profusion d’humour que nous sommes littéralement emportés par la vague comique, loin de nous attarder sur ce genre de petits couacs. Parce que si la morale du premier film était ainsi d’accepter ses responsabilités, cette fois -comme le dira la jolie aviatrice Amelia Earhart à Larry- il ne s’agit que de s’amuser (« Have fun« ) et uniquement cela !

Dans cette optique, entre le rythme survolté du film et son intrigue qui prend désormais pour cadre le musée Smithsonian et ses nombreuses sections, tout a donc été pensé pour combler les lacunes du premier film et multiplier ce coup-ci les éléments fantastiques de façon relativement jouissive. Nous pourrons alors être étonnés du sentiment de foisonnement quasi-permanent ressenti devant le film, sa réalisation se chargeant dans de nombreuses séquences de remplir l’intégralité de son image de quantité de détails n’en rendant l’ensemble que plus remuant, plus vivant. A ce titre, la course-poursuite dans le dépôt est alors particulièrement significative de cette volonté puisque chaque action des protagonistes amène des caisses entreposées à être brisées, libérant alors à chaque fois quantité d’animaux affolés qui ajoutent encore à la folie ambiante. Très impressionnantes, ces scènes tirent en plus intelligemment parti de leur nouveau décor pour apporter quelques petites choses inédites, comme la galerie des personnages de fiction ou bien encore une section picturale qui n’est pas sans rappeler une des scènes les plus réussies de Les Looney Tunes passent à l’action, celle se déroulant au Louvre. Le film de Joe Dante peut cependant dormir sur ses deux oreilles (de lapin) puisque de telles scènes dans La Nuit au musée 2 -et tout spécialement celle du « Baiser sur Times Square »- paraîtront à chaque fois trop courtes à notre goût, toujours dans cet esprit de frénésie qui anime l’ensemble du métrage. Pas de quoi râler donc, une bonne idée abandonnée un peu trop vite laissant immédiatement la place à une autre ou bien à un gag énorme, et nous profiterons au contraire des nombreuses surprises que recèle l’aventure.

Mais là où le film de Shawn Levy marquera le plus de points positifs c’est définitivement au regard de l’intelligence avec laquelle a été élaboré son casting, se concentrant sur des « experts de l’humour », et rarement comédie nous aura alors déjà offert une galerie de seconds rôles à ce point géniaux. C’est simple, le moindre petit rôle a été pensé pour profiter du talent comique de son interprète et, le projet ayant rameuté du beau monde (à eux deux, Levy et Stiller possèdent un sacré réseau de connaissances dans le milieu), nous pourrons par exemple voir la star montante Jonah Hill ne venir que pour un petit rôle de trois minutes, excellentes bien évidemment. Il n’y a pas de secret : choisissez des acteurs doués pour la comédie et la sauce prendra ! Nous aurons ainsi grand plaisir à retrouver Owen Wilson, Steve Coogan, Robin Williams et Ricky Gervais, d’autant que s’ajoutent maintenant à leur joyeuse bande de brillants lurons. Soit le Spinal Tap Christopher Guest dans la peau de Ivan le Terrible, Bill Hader méconnaissable en général Custer ou encore, bien évidemment, notre Alain Chabat national qui incarne un Napoléon Bonaparte étonnamment d’actualité. Une belle brochette de seconds rôles dont la pièce-maîtresse sera alors le grand méchant Kah Mun Rah, prince égyptien psychotique et avec un défaut de prononciation auquel l’excellent mais trop rare Hank Azaria prête tout son talent. Régulier sur Les Simpson, c’est un pur régal que de le voir s’énerver pour tout et n’importe quoi et nous noterons au passage que son personnage, en tant qu’antagoniste clairement désigné, permet de mieux structurer l’histoire et d’éviter encore certains des désagréments du premier opus. Vraiment, il est trop fort ce Hank Azaria, et c’est un crime que de ne pas lui donner davantage de rôles plus importants !

Après, il est sûr que Ben Stiller -même en tant que héros et principale tête d’affiche- pourra parfois sembler mis au second plan parmi tous ces joyeux drilles, mais il se réserve heureusement quelques gags bien sentis et se voit en plus adjoint une partenaire de charme en la personne de Amy Adams, avec laquelle il entamera une romance sans excès de guimauve. Pétillante à souhait, la comédienne campe ainsi avec Amelia Earhart un personnage féminin à la fois volontaire et marrant, qui possède sa propre légitimité à apparaître dans le film (rappelez-vous à quel point Carla Gugino pouvait faire pièce rapportée dans le précédent). Bien plus convaincante en plus que dans Il était une fois… (peut-être parce que plus sympathique), elle apportera un peu de coeur à l’histoire pour compléter le tableau. Un très, très joli tableau.

Faisant table-rase des errements du premier film, La Nuit au musée 2 se révèle donc être une véritable bonne surprise, surpassant de très loin ce que nous en attendions. Bien sûr, il ne s’agit pas non plus d’une de ces comédies immédiatement cultes comme sait les faire Stiller, mais nous sommes néanmoins face à un long-métrage mené tambour battant et servi par une galerie de seconds rôles tout bonnement incroyables, soit un vrai blockbuster de la comédie familiale et franchement réussi qui plus est !

(retrouvez cette critique sur dvdrama.com)

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