OSS 117 : Rio ne répond plus

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Ayant rencontré un vif succès public et critique en 2006 avec leur résurrection du héros créé par Jean Bruce, c’est en toute logique que Jean Dujardin et le réalisateur Michel Hazanavicius se retrouvent aujourd’hui pour emmener le plus séduisant et « français » des espions hexagonaux dans une nouvelle aventure pleine de péripéties et d’exotisme kitsch, dans un esprit serial-esque en adéquation parfaite avec la nature du personnage. A priori, rien de nouveau donc sous le soleil de Rio (qui en plus ne répond plus… pétasse), et c’est finalement l’impression que nous aurons un peu au sortir de cette plongée dans l’univers Technicolor de Hubert Bonisseur de la Bath. Mais est-ce un mal pour autant ?

Hubert Bonisseur de la Bath, alias OSS 117, est l’espion français considéré par ses supérieurs comme le meilleur de sa profession. En cette année 1967, il est envoyé en mission à Rio de Janeiro, à la recherche d’un ancien dignitaire nazi réfugié en Amérique du sud après la guerre. Les péripéties de son enquête vont l’amener à traverser le Brésil, de Rio à Brasilia en passant par les chutes d’Iguaçu, accompagné d’une charmante espionne du Mossad, elle aussi à la recherche du nazi. L’homme a du charme, la jeune femme aussi, et, sur fond de bossa-nova, ils vont alterner aventures et histoire d’amour

Ainsi, si vous avez eu l’occasion d’expérimenter OSS 117 : Le Caire nid d’espions, vous nagerez en eau connue avec OSS 117 : Rio ne répond plus, son personnage principal se cantonnant avec un renfrognement somme toute très français dans les convictions et réactions que nous lui connaissons. Sauf que, puisque nous sommes dans une suite, il se montre alors bien sûr deux fois plus désagréable, crétin et chauvin (français, donc) que ce qu’il avait pu nous dévoiler jusque-là. Une surenchère dont l’efficacité et la réussite résident pour beaucoup dans le talent de Dujardin, si incroyablement à l’aise dans le costume de de la Bath qu’il semble n’avoir été fait que pour lui et dans lequel il irradie d’une assurance bancale réservant toujours son petit effet comique. On pourra alors trouver parfois un peu lassant sa façon de rigoler à ses propres blagues (et ça lui arrive souvent, vu que personne ne comprend ou ne veut comprendre ce qui sort de sa bouche), mais ce n’est rien en comparaison des quelques exploits et fulgurances humoristiques que lui réserve un scénario qui n’aura de cesse de le mettre en contradiction avec tout ce qui l’entoure.

Et des éléments qui s’opposent à l’agent OSS 117 et sa morale réactionnaire, le film en comporte toute une flopée entre les chinois, les nazis, les juifs, les hippies, les américains, les crocodiles et tout ce que vous pourrez imaginer dans une aventure d’espionnage bien plus ouvertement parodique et absurde que la précédente. En effet, à l’époque, Dujardin et Hazanavicius se défendaient farouchement d’avoir fait une parodie avec OSS 117 : Le Caire nid d’espions, préférant voir ça comme un « pastiche » (ce qui revient un peu à jouer sur les mots, mais bon). Un discours qu’ils ne peuvent plus tenir aujourd’hui tant les clins d’oeil au cinéma de ce genre sont nombreux dans le nouvel opus (que ceux qui ne tiquent pas face au climax final sortent se couper une phalange), participant de ce foisonnement que l’on y ressent en permanence.

Ce qui pourrait d’ailleurs devenir, toujours comme pour le premier film, le principal défaut de cette séquelle qui, à force de générosité, finit par vous perdre dans une intrigue de laquelle nous nous désintéressons complètement. Plus encore, nous pouvons parfois avoir l’impression d’être laissé sur place par certaines blagues, non pas parce qu’elles ne seraient pas drôles mais, au contraire, parce qu’elles sortent à ce point de nulle part que nous ne pouvons qu’être décontenancés par elles. A ce titre, il est alors sûr et certain que ce nouveau blockbuster de la comédie française gagnera fortement à être vu et revu, une particularité que nous retrouvions déjà avec le long-métrage de 2006 qui se bonifie toujours au fil des visionnage. Un contrainte à laquelle nous nous plierons donc avec plaisir d’autant que, en plus d’être drôle, ce film bénéficie une nouvelle fois de tout le savoir-faire de Hazanavicius en matière de réalisation, lequel compose un visuel confondant de similarités avec les productions auxquelles il rend son hommage amusé. L’impression d’être face à un film des années 60 est ainsi quasi-totale (nous noterons l’utilisation intensive du split-screen, qui connut à l’époque sa première véritable heure de gloire avec le développement des effets vidéos), n’en rendant cette aventure brésilienne que plus dépaysante et drôle.

OSS 117 : Rio ne répond plus est en conséquence ce que l’on peut appeler un vrai « numéro 2″, une suite reprenant la recette du précédent en la poussant juste un cran plus loin. Un exercice de surenchère n’aboutissant pas toujours à de franches réussites mais qui, pour le coup, parvient à nous livrer ici un film on ne peut plus recommandable, nouvelle résurgence d’un cinéma désuet sur lequel le OSS 117 des années 2000 pose un regard à la fois amoureux et lucide. Si seulement plus de comédies françaises pouvaient approcher un tel niveau de qualité dans le fond comme dans la forme, peut-être arrêterions-nous alors de voir un Bienvenue chez les ch’tis comme le canon du genre…

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